logo_OZL’Observatoire Zététique (OZ) est une association sceptique française fondée en 2003, basée à Grenoble, et qui regroupe une quarantaine de personnes dans la région Rhône-Alpes. Elle présente la zététique comme « la méthode scientifique d’investigation des phénomènes prétendus paranormaux » (définition extraite d'ici). Ses membres organisent des expérimentations, des rencontres publiques, des conférences, des ateliers et même des cours universitaires. Richard Monvoisin, membre co-fondateur de l’OZ, ajoute que, sur le plan politique, la zététique réclame uniquement « le droit pour chacun à une information complète et contradictoire, condition sine qua non d'une réappropriation des choix personnels et des engagements de tout individu souhaitant agir en connaissance de cause » (passage d'où est extraite cette citation : ici) .

On pourrait s’attendre à ce que l’Observatoire Zététique s’intéresse au travail des parapsychologues dont l’objectif est similaire, voire identique. Mais les membres de l’OZ ont fait savoir que là n’était pas leur intérêt, et qu’il ne fallait pas se méprendre sur ce que cette association réalise et souhaite réaliser. Pour mieux comprendre la spécificité de cette association, qui lui permet de se démarquer du Laboratoire de Zététique d’Henri Broch (lire notre billet), du Cercle Zététique (lire notre billet) ou d’un institut de recherche en parapsychologie (par exemple l’Institut Métapsychique International), nous commenterons des citations d’Eric Deguillaume, actuel président de l’OZ, qui s’est exprimé sur la liste publique de l'oz et la newsletter de l’OZ de juin 2007.

Objet d’étude : le paranormal et non le psi

L’Observatoire Zététique se propose d’étudier les phénomènes paranormaux de façon général, les phénomènes parapsychologiques, comme l’ESP ou la PK, ne représentant qu’une fraction. Un grand éventail de phénomènes ne relèverait donc pas de la parapsychologie, tel les OVNIs, les médecines alternatives, les fantômes, la cryptozoologie, la radiesthésie, etc. Il a pu être dit (4 oct 2007) qu'une connaissance des données de la parapsychologie scientifique n’était donc pas un préalable nécessaire à la démarche zététique de l’OZ. En effet, pour le public, le paranormal ne se réduit pas aux effets mis en évidence par les parapsychologues, et il serait donc exagéré de se limiter à l’analyse des preuves supposés de l’ESP et de la PK.

Eric Deguillaume dit d'ailleurs méconnaître le corpus de la parapsychologie, sa passion étant l’ufologie, ce qui n’empêche pas, selon lui, que les membres de l’OZ étudient les phénomènes paranormaux dans leur ensemble : « La parapsychologie, qu'elle soit scientifique ou non, ne représente qu'une partie du champ d'application de la zététique, et il se trouve que, comme [on peut] le constater en parcourant ses publications, l'Observatoire Zététique l'occupe guère à l'heure actuelle. Que certains de ses membres donnent leur opinion personnelle à ce sujet, éventuellement sur sa liste publique, ne le concerne pas et ne saurait remettre en cause sa démarche. » (3 oct 2007). La parapsychologie est donc « un domaine ne représentant qu'une partie des phénomènes réputés paranormaux, et où l'OZ n'est justement pas actif » (3 oct 2007). L'objet d'étude de l'OZ est donc le paranormal et non le psi.

Méthode : analyse critique des faits

Le président de l’OZ propose une définition du sceptique avec laquelle nous pouvons tomber d’accord : « Pour moi c'est quelqu'un qui suspend son jugement en l'attente d'éléments concluants, provenant - par exemple - de la réalisation d'un protocole expérimental de parapsychologie, avec des parapsychologues et des psiphiles » (12 juin 2007). Or, il n’y a qu’une poignée de sceptiques ayant réalisé des expériences de parapsychologie, et aucun en France. De nombreuses personnes ont pourtant émis des jugements sur la parapsychologie en s’auto-proclamant sceptiques, ce qui serait injustifié si l’on suivait la définition d’Eric Deguillaume.

Nous arrivons donc à un point clef : à l'heure actuelle, la méthodologie zététique n'a pas été appliquée au dossier parapsychologique, et les membres de l'OZ sont conscients de cette situation. Si bien qu'en suivant le principe énoncé par Eric Deguillaume, selon lequel : « Ce qui fait la légitimité de l'approche zététique et de celle de l'OZ, c'est l'examen des faits. A ma connaissance, tout ce qu'affirment les membres de l'OZ lorsqu'ils font des interventions publiques se base sur l'examen des faits » (2 oct 2007), les membres de l’OZ n'ayant publié aucun travail traitant de parapsychologie scientifique, ils se doivent de réserver leur jugement sur ce domaine et de s'abstenir d'affirmations publiques. Cet "art du doute" fait d'analyse critique et de suspension de jugement est ce qui caractérise la méthode zététique.

Cependant, en France, la zététique est un terme qui a connus plusieurs destinées. Il a été remis au goût du jour par le biophysicien Henri Broch, dans une approche très critiquable lorsqu’elle s’attaque au dossier parapsychologique (cf. notre billet). Mais, comme nous le dit Eric Deguillaume, « Critiquer Broch pour critiquer l'OZ risque de ne pas mener très loin. » (3 oct 2007) Malgré une certaine filiation, l’OZ ne souhaite pas, ce qui est compréhensible, être tenu pour responsable des erreurs de Broch. La connaissance de ces erreurs, et en général des travaux qui diffusent la zététique dans tous les milieux, ne semble pas non plus une priorité à l’application de la zététique pour l'OZ. Eric Deguillaume indique n’avoir lu qu’un seul livre de Broch, et encore, sur le tard (2 oct 2007). De même, les erreurs du Cercle Zététique, dont plusieurs des membres adhèrent maintenant à l’OZ, ne peuvent lui être imputées. « L’Observatoire Zététique n’est représentatif que de ses membres. Nous faisons de la zététique, nous ne sommes pas la zététique. D’autres zététiciens, d’autres sceptiques, ne partagent pas forcément nos opinions ni notre vision de la discipline que nous nous efforçons de faire vivre. » (13 juin 2007) Il est vrai que la zététique ne peut appartenir à un seul groupe, et que ceux qui collaborent à ce blog se revendiquent plutôt de la zététique telle qu'elle fut développée par Marcello Truzzi (voir notre présentation ici).

Une distinction est néanmoins à faire entre les membres de l'OZ et les sceptiques étrangers, comme Wiseman, Blackmore, French, Alcock, Hyman, Truzzi, etc. Cette distinction entre zététicien et sceptique pourrait se superposer à la distinction entre amateur et professionnel. L’amateurisme est revendiqué à l’OZ. Eric Deguillaume indique ainsi : « Oui, nous somme des amateurs. Seulement, il y a une chose que vous oubliez : être amateur n'exclut pas d'être efficace. » (11 juin 2007). En effet, les modestes moyens dont dispose l’OZ ne lui donnent pas « les capacités matérielles d’une université » (13 juin 2007). 

Objectifs : dénonciation critique et développement des effets zététiques

Le principal objectif de l’OZ est d’appliquer la méthode zététique aux phénomènes réputés paranormaux, en vue de faire une dénonciation critique des revendications erronées ou injustifiées. La zététique s’adresse à un public « élargi » dans un but pédagogique : « (…) le principal intérêt pédagogique du principe "mystification/ démystification", (…) est de mettre en valeur des biais et des interprétations erronées, très courants dès qu'il est question de phénomènes réputés paranormaux, afin d'y sensibiliser l'auditoire - première étape dans le développement d'un esprit critique. » (3 oct 2007)

Quelques biais fréquemment rencontrés ont permis à Henri Broch de les formuler sous forme « d’effets zététiques ». L’existence de ces effets, issus de la logique scientifique, est indépendante de leur domaine d’application, qui peut être une pseudoscience comme la zététique elle-même (cf. notre billet). L’objectif premier de l’OZ étant de sensibiliser le public aux effets zététiques, pour en affûter l’esprit critique, cet objectif peut se remplir légitimement « sans avoir aucunement besoin de la connaissance de la parapsychologie scientifique » (3 oct 2007). Comme le confirme son président, le but de l’OZ n’est pas de mettre en place de réels travaux scientifiques sur la question parapsychologique et de faire avancer la recherche (3 oct 2007), ni même d’ailleurs dans les autres domaines où est appliquée la zététique (2 oct 2007). En somme, le paranormal est un seulement un support d’utilisation des outils pédagogiques simples développés par la zététique. L’OZ assure la diffusion et la promotion de l’esprit critique auprès du public.

Le paranormal, en plus d’être un support, est aussi revendiqué comme une passion (13 juin 2007). Tel Henri Broch, Eric Deguillaume admet avoir d’abord crû à ces phénomènes réputés paranormaux avant d’acquérir un recul critique. Il pense donc raisonnablement que « L’intérêt pour un sujet n’est pas un obstacle à l’exercice de la raison et de l’analyse objective. » (13 juin 2007)

Résultats et ouverture

On peut constater à l’heure actuelle la méconnaissance des travaux parapsychologiques et l’absence de centres de recherches ou de départements universitaires de parapsychologie en France. Il serait trop partial de dire que c’est un effet de la désinformation « sceptique » ou des tentatives fréquentes pour décrédibiliser la parapsychologie. La parapsychologie française est également responsable, ses travaux n’ayant pas atteint, dans les dernières décennies, le niveau des recherches internationales.

L’OZ nie toute possibilité que son activité constitue une nuisance pour la parapsychologie. Avoir un regard critique ne veut pas dire être antagoniste. Le fait de ne pas parler des travaux scientifiques en parapsychologie n’est pas considéré comme une « omission », ni comme le fruit d’une intention de décrédibiliser ce domaine.

L’OZ a donc publié pour l’instant deux recherches ayant obtenu des résultats négatifs : l’un testant la revendication d’un radiesthésiste, et l’autre celle d’un magnétiseur. Mais les avis divergent pour savoir s’il s’agit d’une expérience de parapsychologie, ou une expérience ne nécessitant pas de revue de la littérature scientifique, et dans les conclusions négatives sont inutilisables sur le plan scientifique. Des sceptiques d’autres pays, tel Randi, font l’éloge d’un des rares groupes sceptiques ayant véritablement une démarche expérimentale. Pour Eric Deguillaume, « monter des protocoles afin de vérifier des allégations de type psi » (11 juin 2007) n’est pas faire une expérience de parapsychologie. Seule une expérience faîte avec la participation de parapsychologues et de sceptiques professionnels auraient une valeur sur le plan scientifique. L’OZ sollicite donc la collaboration des chercheurs professionnels en parapsychologie, même si cela ne veut pas dire que leurs conseils seront suivis.

Résumons donc les principales caractéristiques de la position de l'OZ :

  • L'objet d'étude de l'OZ est le paranormal dans son ensemble, et pas le psi qui n'en constitue qu'une fraction.
  • L'approche n'est ni universitaire ni professionnelle. Elle est amateure et réalisée avec des moyens modestes

  • Le but de l'OZ est la diffusion de la pensée critique et scientifique, passant par le développement d'outils zététiques et la dénonciation critique des dérives pseudoscientifiques.

  • A cette fin, le paranormal est utilisé comme support pédagogique mais pas comme un objet de recherche en soi.

  • Ce qui intéresse les membres de l'OZ, c'est de proposer des protocoles scientifiques à des personnes rapportant des affirmations extraordinaires.

  • Les membres de l'OZ pensent qu'il n'est pas nécessaire de connaître les travaux scientifiques sur la question pour tester les personnes qui font ces affirmations.

  • Il suffit en effet, selon eux, de s'appuyer sur les affirmations de ces personnes concernant le phénomène allégué et sur leurs pratiques.

  • L'OZ n'a réalisé aucun travail traitant de parapsychologie scientifique, et se reserve donc de jugements sur ce domaine.

Nous soulignerons à présent nos points de désaccord avec l’approche de l’OZ telle qu’énoncée par son président actuel.

Critiques de la position de l'Observatoire Zététique

1/ L’absence de revue de littérature

L’OZ a la prétention de pouvoir étudier de façon critique et scientifique certaines affirmations extraordinaires. Parmi ces affirmations, certaines rencontrent les travaux scientifiques des parapsychologues. L’OZ pense alors pouvoir aussi étudier scientifiquement ces sujets sans lire la littérature scientifique. Or, la revue de littérature est une démarche essentielle dans le domaine scientifique ; il n’y a aucune raison pour que, dans le domaine de l'étude de certains phénomènes dits paranormaux, une partie des chercheurs - les zététiciens - se permettent d'ignorer une partie des travaux.

2/ Des protocoles isolés scientifiquement

La méconnaissance de la littérature scientifique conduit l’OZ à mettre en place des protocoles qui ne favorisent pas la mise en évidence des effets psi. Certes, cela n'est pas son objectif : l’OZ ne fait que tester les revendications au cas par cas, et pas un phénomène en particulier. Ainsi, l’OZ testera un magnétiseur mais pas le « magnétisme animal ». Or, rien ne justifie la possibilité d’une telle dissociation, sur le plan scientifique autant que sur le plan de la lecture qu’en fera le public. Pour tester un magnétiseur, une importante littérature existe qui permet d’entrer dans un processus scientifique. La référence au côté « extraordinaire » ou « spécifique » de la revendication ne permet nullement, sur le plan scientifique, de justifier une non prise en compte de la littérature.

3/ L’expertise donnée aux sujets plutôt qu'aux scientifiques

L’OZ affirme que les sujets testés sont eux-mêmes des experts de leur pratique. Ce sont donc ces derniers qui sont censés la connaiître le mieux, ce sont eux qui connaissent les paramètres nécessaires à son étude. Or, la littérature scientifique sur la question démontre clairement le décalage entre croyance et expérience paranormale. La connaissance du seul sujet n’est pas une base suffisante pour monter un protocole scientifique, même si son discours doit être pris en compte. Là encore, elle doit être associée à une connaissance de la littérature scientifique.

4/ Les techniques d’évitement

L’OZ revendique son amateurisme et sa méconnaissance du dossier parapsychologique, qui devraient logiquement conduire ses membres à ne pas émettre de jugement sur ce domaine. Si ces excuses ont quelque validité (manque de moyens, structure associative, activité bénévole), elles ne peuvent être utilisées pour valider l’évitement répété de la littérature scientifique en parapsychologie. L’ignorance ne peut pas être une excuse pour échapper aux critiques. Si l’on tient des allégations qu’on ne peut pas justifier, on s’expose légitimement à des critiques. Or Eric Deguillaume se dit ignorant du corpus de la parapsychologie, mais se permet d’affirmer vaguement : « malgré ma méconnaissance du domaine, je ne crois pas me tromper en affirmant que des fraudes ou des biais d'interprétation y ont été constatés occasionnellement, même chez Rhine, d'ailleurs. » (3 oct 2007) ou encore « qu'il n'existe pas, à ma connaissance, de travaux parapsychologiques majeurs publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture qui soient indépendantes des milieux parapsychologiques. » (3 oct 2007).

Le manque de moyens vaut également pour les parapsychologues français et pour une grande majorité des parapsychologues étrangers, ce qui ne les empêchent pas de s’affilier à une communauté scientifique et de mener des travaux de qualité. On constate que les parapsychologues sont rigoureux dans leur approche de la littérature (aussi bien parapsychologique que sceptique), alors que les membres de l'OZ ne semblent pas gênés par le fait de ne pas connaître des ouvrages sceptiques de base comme ceux de Broch. Un fossé se creuse entre une approche parapsychologique rigoureuse et professionnelle et une approche sceptique amateure. Or, ce domaine complexe ne se laisse pas aborder par l’amateurisme.

La revendication d'amateurisme conduit à des paradoxes. Ainsi, l’OZ rencontre des problèmes lorsqu’il s’adresse à des professionnels de la parapsychologie : « Ainsi, que l'OZ veuille monter un protocole expérimental en parapsychologie, et les parapsychologues objecteront aussitôt que les zététiciens ne sont pas des spécialistes de ce domaine (argument lu maintes fois sur cette liste). Lorsque les gens de l'OZ se tournent alors vers les spécialistes de la question, en l'occurrence les parapsychologues, ceux-ci, au lieu de leur faire profiter de leur expertise pour monter un protocole commun, préfèrent leur rétorquer qu'ils n'ont pas besoin d'être des spécialistes pour reproduire des expériences précédentes en parapsychologie. C'est le serpent qui se mord la queue. Quoi que l'OZ fasse, ses détracteurs lui nient toute légitimité, ce qui peut être commode pour beaucoup d'entre eux. » (2 oct 2007) Cet argument est problématique car, si d’un côté l’OZ s’accorde pour ne pas faire un travail professionnel, passant entre autres par une revue de la littérature scientifique en parapsychologie et par des publications dans des revues à comité de lecture, on ne voit pas ce qui lui donne le droit d’exiger la reconnaissance de professionnels. L’exigence, maintes fois répétée, qu’on analyse les travaux amateurs de l’OZ comme des travaux scientifiques, est injuste quand on voit l’absence d’analyse par l’OZ des véritables travaux scientifiques. Cela ne veut pas dire que ces travaux n’ont pas du mérite, en premier lieu celui de remplacer le fameux « Prix Défi ». L'objectif de ceux-ci n’est pourtant pas scientifique, ce qui implique qu’on ne peut exiger d'eux une valeur égale aux travaux ayant suivi les canons scientifiques.

5/ Les conséquences néfastes de cette approche

Qu’elles soient volontaires ou involontaires, contrôlées ou incontrôlées, l’approche de l’OZ a des conséquences qu’il ne peut feindre d’ignorer (leur revue de presse est d'ailleurs très explicite sur l'image dégagée par l'OZ). L’OZ pense ne pas nuire à la parapsychologie scientifique. Nous pensons au contraire que les expériences mises en place, par l'impression de recherche scientifique sur le psi qu'elles peuvent donner, sont récupérées par une partie du public comme un élément étayant la non existence des capacités psi. Or, ces recherches n'étudient pas ces capacités, malgré l’ambiguïté qui est maintenue. La diffusion de ces travaux sur le web sceptique facilite clairement cette récupération.

6/ Une ouverture de façade

L’OZ affiche donc d'une certaine façon une ouverture sur la forme. Ainsi, Eric Deguillaume demande aux personnes qui connaissent le dossier parapsychologique de les « instruire », de contribuer à réduire la méconnaissance du domaine par leurs collaborations (11 juin 2007). Néanmoins, cela doit se faire d’une façon bien spécifique : en participant à la mise en place des expérimentations amateures de l’OZ testant les revendications d’une personne selon une approche élitiste et sans revue de littérature. Les contributions sous forme de débats sont tolérées, même si plusieurs membres de l’OZ, dont son président, affichent leur ennui face à des questions scientifiques et épistémologiques complexes, renvoyant à de nombreux articles peu connus du grand public. « Si l’épistémologie et la rhétorique ont leur utilité, elles demeurent secondaires dans notre démarche. Notre plaisir à nous est l’examen des faits, la lecture des documents, l’écoute des témoignages, la collaboration avec sourciers et magnétiseurs. En bref, tout ce qui nous fait toucher du doigt la dimension humaine de ce que nous étudions. » (13 juin 2007). La dimension humaine, basée sur des témoignages sélectionnés et des expériences avec un seul sujet, est effectivement quelque chose de fascinant. Elle touche plus facilement le public que les études en laboratoires, avec des protocoles serrés tentant de mettre en évidence des effets de petite taille hors de tout doute possible. Plusieurs parapsychologues utilisent également l’élément humain pour vulgariser une recherche dont est friande le monde du spectacle. Néanmoins, c’est dans une optique de vulgarisation et non une finalité en soi. Pour faire de la recherche scientifique, la discussion méthodologique et épistémologique est toute aussi primordiale que l’examen de supposés « faits ».

De même, dans les apparences, l’OZ serait ouvert à la critique et soucieux de corriger ses travers pseudo-sceptiques (2 oct 2007). Ainsi, Eric Deguillaume conclut la newsletter de juin 2007 par ces mots : « L’OZ accepte volontiers la critique, et fait même mieux que ça : le propre de la démarche scientifique nécessite la révision de ses acquis en présence d’éléments nouveaux et probants. Encore faut-il que ladite critique porte sur les travaux menés par l’OZ, non par d’autres, et sur les faits plutôt que sur les mots. » Mais la critique permise est très limitée. Seuls des expériences amateures ou des dossiers portant sur des procédés pseudoscientifiques seraient accessibles à la critique. Les critiques de la démarche et de l’orientation de l’OZ, de la définition très ambiguë de ses statuts, de ses effets délétères sur l’opinion du public et des scientifiques, etc., tout cela ne serait pas autorisé.

En conséquence de ce qu’il vient d’être dit, l'ouverture affichée par l'OZ ne semble etre que de façade. Il existe une réelle volonté de dialogue, mais ce qui peut être dit n’est pas pris en compte. En particulier, les critiques qui ne portent pas exclusivement sur les quelques produits de l’OZ sont bottées en touche. La volonté de s’afficher comme de modestes amateurs souhaitant être aidés ne colle pas avec l’expertise revendiquée auprès des médias ou du monde de l’éducation. Il y a là un décalage très clair. Ainsi, si l’OZ souhaite progresser en tant qu’organisme sceptique en mettant en place des expériences avec des "pro-psi", il lui faudrait démontrer sa capacité à être dans une approche scientifique classique, c'est à dire :

  • Revue critique de la littérature,

  • Mise en place de travaux déjà effectués ou bien amélioration de ceux-ci,

  • Publication dans des revues à comité de lecture.