bagadyIntroduction

Antoine Bagady est biostatisticien à l'Institut fédératif de recherche en neurosciences (CNRS). Il est également professeur de Karaté. Il s'intéresse, et reproduit, de nombreux phénomènes extrèmes qui sont parfois perçus comme paranormaux tels que la marche sur le feu. Il vient d'ailleurs de publier un ouvrage sur la question intitulé "Se dépasser pour s'accomplir".

Comme la plupart des sceptiques francophones, Antoine Bagady est cohérent lorsqu'il parle de ce que nous pourrions appeler "le paranormal qui n'a rien de paranormal". Il intervient ainsi fréquemment dans les médias afin de proposer des explications rationelles à des phénomènes paraissant irrationnels. Etant donné sa formation scientifique et le fait qu'il soit souvent présenté comme un spécialiste du paranormal, nous pourrions supposer qu'Antoine Bagady sait de quoi il parle.

Ainsi, en mars dernier, le site Internet "L'internaute" avait proposé à Antoine Bagady de répondre aux questions des internautes. Comme chacun peut le constater, la plupart de ses réponses sont tout à fait cohérentes...mais que se passe-t-il quand un Internaute questionne Antoine Bagady à propos des recherches dans le domaine de la parapsychologie scientifique ?

Extrait :

Internaute : Que pensez vous des expériences de Ganzfeld sur la télépathie ? Elles sont sérieuses et montrent des résultats, non ? Alors pourquoi nier l'existence d'un tel pouvoir ?

Antoine Bagady : A l'époque de la grande URSS, des chercheurs ont tenté de mettre en évidence la télépathie, sans succès.

Qu'un chercheur au CNRS puisse répondre cela nous laisse perplexe. Tout d'abord, il existe effectivement certaines recherches URSS mais elles sont cependant globalement assez mal connues. En outre, il n y a pas eu de Ganzfeld en URSS. Mais surtout, Antoine Bagady ne répond pas à la question de l'Internaute. Cela signifie-t-il qu'il ne connait pas les travaux sur le Ganzfeld ? Pourtant, ces derniers sont notamment publiés dans des revues scientifiques classiques. Voici quelques publications sur le sujet :

- Dalton, K. (1997). Exploring the Links: Creativity and Psi in the Ganzfeld, Proceedings of the 40th Parapsychological Association convention, Brighton, UK.

- Morris, R.L., Cunningham, S., McAlpine, S. and Taylor, R. (1993). Towards replication and extension of autoganzfeld results, Proceedings of the 36th Parapsychological Association convention, Toronto, Canada.

- Bem, Daryl J. and Honorton, Charles (1994). Does Psi Exist? Replicable Evidence for an Anomalous Process of Information Transfer, Psychological Bulletin, 115(1): 4-18

- Milton, J. and Wiseman, R. (1999). Does Psi Exist? Lack of Replication of an Anomalous Process of Information Transfer, Psychological Bulletin, 125(4): 387-391

- Milton, J. (1999). Should Ganzfeld Research Continue to be Crucial in the Search for a Replicable Psi Effect? Part I. Discussion Paper and Introduction to an Electronic Mail Discussion. Journal of Parapsychology, 63, 309-335.

- Schmeidler, G.R. & Edge, H. (1999). Should Ganzfeld Research Continue to be Crucial in the Search for a Replicable Psi Effect? Part II. Edited Ganzfeld Debate. Journal of Parapsychology, 63, 335-388.

- Bem, D.J., Palmer, J. & Broughton, R.S. (2001). Updating the Ganzfeld database: A victim of its own success? Journal of Parapsychology, 65, 207-218.

- Storm, L. (2000). Research Note: Replicable Evidence of Psi: A Revision of Milton's (1999) Meta-analysis of the Ganzfeld Databases. Journal of Parapsychology, 64, 411-416.

- Storm, L. & Ertel, S. (2001). Does Psi Exist? Comments on Milton and Wiseman's (1999) Meta-Analysis of Ganzfeld Research. Psychological Bulletin, 127, 424-433.

- Milton, J. & Wiseman, R. (2001). Does Psi Exist? Reply to Storm and Ertel (2001). Psychological Bulletin, 127, 434-438.

- Bem, D.J, Palmer, J. and Broughton, R.S. (2001). Updating the Ganzfeld database: a victim of its own success? Journal of Parapsychology, 65, 207-218.

Le professeur de psychologie daryl Bem a notamment publié l'article "Ganzfeld Phenomena" qui décrit les recherches sur le sujet. Il est également important de rappeler que les sceptiques anglo-saxons ont également publié sur la question. Ainsi, Ray Hyman, l'un des rares sceptiques a avoir étudié en détail les publications du Ganzfeld a indiqué il y a quelques années, dans son rapport concernant le projet Stargate :

"Les éléments en faveur de la réalité des processus psi n'a jamais été aussi bonne [... ]. J'admets aussi que je n'ai pas d'explication à proposer pour les effets observés. "

Les conséquences de cette attitude

L'attitude d'Antoine Bagady est un nouvel exemple de pseudo-scepticisme français. Sous couvert d'informations justes et cohérentes concernant certains phénomènes qui n'ont rien de paranormaux, Antoine Bagady laisse penser, selon le principe d'omission, qu'il n'existe pas de travaux scientifiques serieux laissant ouvert la question de possibles interactions psi. Ce type d'attitude est dangeureuse car :

1/ Etant biostatisticien, qui plus est au CNRS, le grand public fait confiance à Antoine Bagady. S'il dit publiquement qu'il n'existe pas de travaux scientifiques serieux sur la question, les gens auront tendance à le croire. A force de répéter de telles affirmations, cela engendre une réelle désinformation sur le sujet dont l'une des conséquences est la quasi impossibilité d'aborder à l'université, en France, ces sujets.

2/ Pour la partie du public qui sait qu'il existe des laboratoires universitaires à l'étranger (comme probablement l'internaute qui a posé cette question), une telle réponse décridibilise les sceptiques et les scientifiques français. Cela met en évidence leur méconnaissance des travaux universitaires sur la question, ou, ce qui serait plus grave, leur volonté délibérée de cacher ces informations au grand public. C'est notamment pour cette raison qu'une partie du public considére parfois les scientifiques comme "bornés" et les sceptiques comme des gens qui seraient malhonnêtes intellectuement.

3/ Certaines personnes mal intentionnées peuvent facilement récupérer de tels écarts entre le discours de certains scientifiques français et la réalité des recherches. C'est notamment le cas de sectes comme la scientologie et les raéliens. Il est en effet facile, faits à l'appui, de démontrer ces procédés pseudo-sceptiques utilisés par certains scientifiques. Et les sectes se servent ensuite de cela pour vendre bien d'autres choses qui sont tout à fait imaginaires avec les dégats psychologiques que nous connaissons.

Quand des scientifiques français comme Henri Broch, Nicolas Gauvrit et Antoine Bagady ont ce type d'atttitude, leur volonté est probablement de bien faire. Ils critiquent les charlatans afin d'éviter que des personnes soient abusées. Mais est-il normal, sous couvert de scepticisme, d'utiliser des techniques (omission, déformation, etc.), justement critiquées quand elles sont utilisées par des charlatans, pour tenter de dissimuler les travaux scientifiques qui pourraient éventuellement contredire les croyances et les convictions de ces auteurs ?