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Alex Tsakiris est le créateur d'un blog appelé "Skeptico" sur lequel il a posté  plus de trente interviews sous forme de podcasts, effectuées avec les principaux chercheurs en parapsychologie et les principaux sceptiques. Comme il l'explique lui-même dans cette interview, il était lui même sceptique, aussi bien envers les parapsychologues que les sceptiques car il trouvait des deux côtés des argumentations cohérentes :

"I was skeptical… of both sides. I had read some books and papers on psi and was impressed, but I had also explored the skeptical side of the debate and found their arguments persuasive. I found the whole thing rather frustrating, here were these very smart scientists with completely opposing viewpoints."

Alex Tsakiris a donc réalisé des interviews dans l'espoir d'avoir quelques réponses à ses questions. Cette démarche nous paraît exemplaire car c'est selon notre expérience le seul moyen de réellement se faire un avis objectif concernant les données scientifiques actuelles à propos des phénomènes réputés paranormaux. Cela implique de consulter et d'étudier en détail à la fois les recherches scientifiques controversées sur ces sujets ainsi que leurs critiques, et c'est également ce que nous faisons au sein du Groupe Etudiants de l'IMI : étudier les faits et les critiques, quelles que soient leurs origines.

Nous avons alors découvert ce qu'Alex Tsakiris a également rapidement observé : un réel problème avec les arguments de la communauté sceptique. Tsakiris s'en est tout d'abord rendu compte en étudiant les critiques de Ray Hyman concernant les expériences de Dean Radin :

"I went into the interview inclined to side with Ray Hyman because he sounded so sure of himself, like he had really dug into this stuff and found the fatal flaw. Well, I played Ray Hyman clips to Dean Radin during the interview and he countered them very convincingly. He pointed out how his published research directly contradicted Ray Hyman criticism. I tried to follow-up with Ray Hyman, but he would never respond. I finally was able to interview Dr. Steven Novella from Skeptics’ Guide to the Universe. He had done the original interview with Ray Hyman, but had no explanation for Hyman’s claims. The experience opened my eyes to what some parapsychology researchers face."

C'est également ce que nous avons observé :  lorque vous consultez les critiques sceptiques, ces derniers semblent si sûr d'eux, les arguments paraissent si percutants, que vous pourriez être tenté de rejeter l'ensemble des travaux de parapsychologie comme un ensemble d'ineptie. C'est ce que font les pseudo-sceptiques.

Mais, si vous faites réellement sérieusement vos devoirs, et que vous retournez voir les parapsychologues avec les arguments des sceptiques, que vous analysez les publications dans le détail, vous vous rendez progressivement compte qu'il y a un problème : les critiques sceptiques, qui paraissaient pourtant si convainquantes, sont dans un grand nombre de cas un mélange d'approximations ou d'erreurs. Cela nous a conduit, tout comme Tsakiris, à cette conclusion :

"As I looked into the work of some of the leading parapsychology researchers I realized some of the best research is ignored."

Après près de trente inteviews avec les sceptiques les plus célèbres comme James Randi, Richard Wiseman ou encore Steven Novella, Tsakiris a décidé récemment de faire le point dans un podcast intitulé " Ce que j'ai appris des sceptiques comme Michael Shermer, Steven Novella, James Alcock et James Randi" dont le résumé est le suivant :

"Skeptiko Host Alex Tsakiris looks back at over thirty episodes of Skeptiko and examines what he’s learned from his interviews with skeptics: Michael Shermer, Steven Novella, James Alcock and James Randi. Tsakiris explains how his opinion of the skeptical community has evolved: "…I started this journey expecting genuine debate, a battle of ideas, a war over the evidence, but that’s not what I found. I found a lot of frustrated researchers who were facing a well-organized, aggressive skeptical community that’s managed to change the rules of the game when if come to how certain kinds of controversial science research is done."

Nous conseillons à nos lecteurs d'écouter les interviews de Tsakiris avec les différents sceptiques et de consulter ensuite ce podcast qui fait le point sur ces échanges. Tsakiris explique qu'il avait comme idée initiale qu'il devait y avoir dans ce domaine des échanges et des débats honnêtes entre des scientifiques d'avis différents. Mais après avoir discuté avec la plupart des sceptiques, Tsakiris en arrive à cette conclusion, résumée par trois principales critiques :

  • Les sceptiques ne supportent pas la recherche

Tsakiris souligne un problème récurrent (particulièrement visible en France) : l'absence de financements pour les recherches dans ce domaine. Ainsi, les sceptiques font tout pour éviter que le moindre financement soit dédié à la recherche scientifique sur les phénomènes réputés paranormaux. Est-il normal que pour des sujets si importants, et qui intéressent tant le public, il n'y ait que si peu de financements pour la recherche ?

  • Les sceptiques ne lisent pas les recherches

Tsakiris parle en connaissance de cause puisqu'il a pu confronter dans le détail les arguments des sceptiques et des parapsychologues sur plusieurs dossiers. Il en arrive à la même conclusion que le pôle scepticisme de GEIMI : si les sceptiques sont sceptiques, c'est pour une raison simple : ils ne lisent pas la littérature. Ils ne cessent de répéter qu'ils aimeraient lire ne serait-ce qu'un rapport scientifique de qualité, que la charge de la preuve revient aux parapsychologues, mais ce qui est paradoxal, c'est que les données sont là et les interviews de Tsakiris le montrent bien : lorsque les sceptiques sont confrontés aux données, ils ne les connaissent pas car ils ne les ont pas consulté. Pourquoi ? Car cela contredit leur vision du monde, ils préférent donc les éviter.

Tsakiris a également observé ce que nous repérons fréquemment dans les groupes sceptiques : la répétition au sein de ces groupes de ce que d'autres sceptiques disent sans que ces faits soient vérifiés. Tsakiris propose un exemple provenant de ses interviews. Rupert Sheldrake avait mis en place des expériences sur les "chiens qui attendent le retour de leur maitre" comme s'ils avaient une capacité spéciale pour deviner cela. C'est là une étrange idée, mais pourquoi pas. Le seul moyen n'est-il pas de mettre en place des expériences en conditions contrôlées afin de tester cette hypothèse ? C'est ce qu'a fait Sheldrake, obtenant des résultats probants dans ces conditions. Mais Richard Wiseman, un sceptique britannique célèbre, fit également des expériences avec le même chien et affirma n'avoir obtenu aucun résultat. Voilà ce que la plupart des sceptiques croient, et notamment le célèbre James Randi lui aussi interviewé à ce sujet, qui n'hésita pas à affirmer sur Skeptico que Sheldrake et cette histoire de chiens qui attendent leurs maitre avaient été "débunkés" par Wiseman. Sauf que Wiseman a fait une erreur dans ses conclusions concernant ses données et que paradoxalement, ses résultats confirment ceux de Sheldrake, ce que Wiseman reconnait lui-même. On peut ainsi constater comment des affirmations erronnées de la part de sceptiques sont ensuite diffusées dans l'ensemble du monde sceptique même si elles sont complètement erronnées. Nous avons pu constater qu'il existait ainsi des dizaines de mythes sceptiques que vous rencontrez dès lors que vous discutez avec des sceptiques et qui rendent le débat difficile.

  • Les sceptiques ne font pas d'expériences

Enfin, le troisième point souligné par Tsakiris concerne le fait que les sceptiques ne font pas d'expériences. C'est là encore un aspect très spécifique de la controverse en ce domaine : d'un côté des parpasychologues qui font des expériences et de l'autre, des sceptiques qui critiquent mais qui ne font pas d'expériences. C'est probablement l'un des arguments majeurs qui met la puce à l'oreille de tout observateur extérieur qui s'intéresse à ces débats : l'absence de reproduction des protocoles probants de la part de la communauté sceptique. Pourquoi ? Car 1/ Les sceptiques ne lisent pas ces recherches, ils ne les connaissent donc pas 2/  Ils croient en connaitre certaines car ils ont pris connaissance de leurs critiques, mais ce sont le plus souvent des critiques mensongères 3/ Ce serait prendre le risque pour eux d'obtenir réellement des résultats et de se trouver dans un état de dissonance cognitive fort désagréable.

Pour aller plus loin, Tsakiris a mis en place OpenSourceScience.net dont l'objectif est de permettre l'expérimentation autour de travaux controversés, comme ceux sur les chiens qui attendent leur maitre. Vous pouvez également  discuter des podcast de skeptico sur le forum de Skeptico.