Introduction

TargPuttof_couvNous avons repris en détail un article rédigé par Cécile Ursini et publié récemment par l’Observatoire Zététique. Cet article décrit et critique les expériences des physiciens Targ et Puthoff présentées dans Aux Confins de l’esprit : une étude expérimentale sur les phénomènes paranormaux (Albin Michel, 1978). Les expériences relatées dans ce livre ont également fait l'objet d'un article des mêmes auteurs dans Nature (« Information Transmission Under Conditions of Sensory Shielding », Nature, Vol. 152, Octobre 1974, p. 602-607.), qui est également critiqué.

Afin de profiter au mieux de notre relecture, nous conseillons à nos lecteurs de :


  1. Tout d'abord, lire l’ouvrage de Targ et Puthoff,
  2. De lire ensuite la critique de Cécile Ursini publiée par l’OZ,
  3. Enfin, de comparer cette critique avec nos remarques.

Nous avons copié-collé 28 remarques de Cécile Ursini, et nous y répondons à partir des données que nous connaissons à l'heure actuelle. Nous n'avons pas encore pu vérifier certains points. En bleu, les critiques issues de l’article de Cécile Ursini. En vert, nos précisions.


Reprise des critiques de l'Observatoire Zététique

1. "OZ : [Targ et Puthoff] sont à l'origine du projet Scanate, qui par la suite est devenu Stargate, en partenariat avec la CIA et la DIA (Defense Intelligence Agency), dont l'objet principal était l'étude de la vision à distance (Remote Viewing)."

> L’objectif du programme Stargate était en effet l’étude de la vision à distance mais aussi et surtout son application concrète dans le domaine du renseignement.

2. "OZ : Les expériences relatées dans ce livre ont fait l'objet d'un article de Nature [1], qui est toujours considéré comme une référence par certains parapsychologues."

> C’est un article cité fréquemment, notamment parce qu’il a été publié dans Nature et qu’il a donné suite à des débats très médiatisés. Mais ce n’est pas un article considéré comme une référence ou un modèle par les parapsychologues (Cf. par exemple le manuel de référence en parapsychologie : An introduction to parapsychology)


3. "OZ : Lorsque l'enregistrement fut fait à la main par un observateur, à l'exclusion de tout autre système d'enregistrement, les résultats redevinrent significatifs."


> Targ et Puthoff abordent cet aspect et sont bien conscients des biais potentiels provenant du fait de prendre les résultats à la main. En effet, il aurait été préférable d'éviter un enregistrement à la main.


4. "OZ : Dans la plupart des cas, Geller se trouve seul dans une salle dont les parois sont métalliques."

> Dans certains cas, Geller est seul dans une salle isolée sensoriellement avec une personne qui surveille devant la porte. Pour être sûr qu’il n’y avait pas de triche, Targ et Puthoff modifient ensuite les conditions : Geller est situé dans une autre pièce et c’est l’émetteur qui est dans la salle isolée. Puis l'émetteur est placé dans un autre batiment. Dans ces différentes circonstances, les résultats n’ont pas changé : Geller a proposé des dessins qui correspondent clairement aux cibles.

5. "OZ : Elle s'est produite aussi lors d'une série où il n'y avait effectivement pas de transmetteur, même si elle fut moindre."


> Il n'est pas précisé que Hammid, sans que cela lui a été dit, a elle-même eu l’intuition qu’il n’y avait pas eu de transmetteur.


6. "OZ : Cette étude avec Swann a tellement suscité d'enthousiasme qu'elle a été à l'origine du projet Scanate, pour « Scanning by coordinate », engagé pour trois ans, et précurseur du projet Stargate."


> Entre autre. Ce qui a certainement été l’élément crucial, décrit brièvement dans l’ouvrage, c’est la description de Price de façon extrêmement précise (noms des dossiers, des bureaux) d’une base secrète américaine.


7. "OZ : Tout d'abord, on peut tempérer l'enthousiasme suscité par la comparaison entre les dessins réalisés par les sujets et les photographies qui leurs sont accolées dans le livre. N'est-ce pas un cas de validation subjective ? Nulle part on ne nous indique quand ces photos ont été prises. Si elles sont postérieures à l'expérience, elles sont à peu près dénuées de valeur : consciemment ou non, le photographe aura probablement choisi les prises de vues les plus conformes aux dessins... "


> L'angle dans lequel peuvent être prises les photos peut être utilisé pour souligner une concordance. Dans le cas présent, nous n’en savons rien : on ne peut pas tempérer ou confirmer cet enthousiasme sans données supplémentaires pour vérifier ou infirmer cette hypothèse. Cependant, un documentaire a été réalisé par la BBC qui reprend certaines des cibles et on voit clairement que l'hypothèse de la validation subjective apparaît manifestement inadaptée pour rendre compte des résultats. Le sujet dit par exemple « je vois une jetée avec des bateaux » et la cible est une jetée avec des bateaux. On voit assez mal comment l’effet de validation subjective, sur la façon dont on prendrait la photo pourrait permettre d’obtenir un tel effet.


8. "OZ : David Marks et Dick Kamman, le co-auteur de la première édition de « The Psychology of the Psychic », ont répliqué l'expérience de vision à distance. Leur protocole est similaire à celui de Targ et Puthoff. Deux assistants ont repéré cent cibles à moins de trente minutes de voiture. La liste est placée sous surveillance. Trente-cinq expériences ont été menées, avec cinq sujets. Le premier résultat intéressant est que tous les sujets sont contents de leur description au moment du feedback, et les expérimentateurs aussi. Le deuxième fait capital est qu'aucun résultat significativement meilleur que le hasard n'a été obtenu lors de l'évaluation par les juges, ce qui a beaucoup déçu tout le monde."


> Si Marks et Kamman n’ont pas réussi à reproduire ces résultats, peut-être est-ce parce que les conditions étaient inadaptées ? Nous n’en savons rien, c’est une hypothèse. Mais le fait est que si Marks et Kamman n’ont pas réussi, d’autres laboratoires et d’autres chercheurs ont en revanche réussi à reproduire ces résultats. Targ et Puthoff citent dans l’ouvrage d’autres auteurs qui ont obtenu le même type de résultats, notamment Sinclair, dont les résultats avaient vivement intéressé Einstein, qui signa la préface de son ouvrage classique Mental Radio (1930). Targ et Puthoff ont reproduit ensuite leurs résultats lors de protocoles ultérieurs. Ainsi, dire que « tout le monde a été déçu » est une chose qui n'a aucune importance, car ce qui importe est la comparaison des différentes études pour déterminer si un effet significatif se dégage.


9. "OZ : les transcriptions contenaient des « indices » permettant de les ordonner elles aussi chronologiquement. C'est même le cas de celles incluses dans « Aux confins de l'esprit ». Page 105 on peut lire « Ils ne donnent pas l'impression d'être loin. Je dirais que c'est environ -- même pas la moitié de la distance de Marina [sic], et cela semble être sur une ligne à peu près dans cette direction. ». Or la Marina est une des cibles. On peut déduire d'une part que la description en question n'est pas celle de la Marina, et d'autre part que la cible en question vient après la Marina dans l'ordre chronologique. L'autre transcription présentée dans l'ouvrage, p. 146, est même datée du « lundi 7 octobre, onze heures », ce qui simplifie encore la tâche ! Marks recense six sortes d'indices présents dans les transcriptions données aux juges, même s'ils ne sont pas tous aussi simples que ceux dont je viens de parler."


> Le fait que le sujet parle de la Marina ne donne pas d’indication concernant la cible : la cible pourrait très bien être la Marina même s’il parle de la Marina. De même, le fait de donner la date de la retranscription ne donne pas non plus d’indication sur la cible à repérer à moins de supposer, comme certains sceptiques l’on fait, que les descriptions ont été données dans le même ordre. Sauf que cette information est fausse. Les juges ont été interrogés et ont indiqué que les descriptions leurs avaient été remises après avoir été mélangées de façon aléatoire. Cela étant dit, les premières expériences n’étaient effectivement pas parfaites, ce qu’ont fait remarquer les autres parapsychologues à Targ et Puthoff. Ce problème a ensuite été pris en compte lors des expériences ultérieures : les résultats ont persisté.


10. "OZ : Marks et Kamman ont alors procédé à ce qu'ils appellent le jugement à distance : les transcriptions de Targ et Puthoff ont été données à des juges qui ne disposaient d'aucun moyen de savoir à quoi ressemblaient les cibles. Ils ne pouvaient donc dans leurs classement que se baser sur les indices présents dans les transcriptions. Les résultats ont été significativement meilleurs que le hasard, pour certains meilleurs que ceux du SRI. À l'inverse, ils ont expurgé les transcriptions de leurs indices, comme ils l'avaient eux-mêmes fait lors de leur réplication, et cette fois-ci les résultats étaient conformes au hasard".


> Cet argument est certainement le plus redoutable, car on ne nous propose qu’une seule version, la version sceptique. Ce que ne précise pas Cécile Ursini, c’est que Charles Tart a fait également le même travail : il a supprimé tous les indices, et les résultats sont restés significatifs. Cela signifie que lorsque les indices sont supprimés, des juges sont capables d’avoir des scores tout aussi significatifs. L’argument selon lequel ces indices permettraient d’expliquer des résultats ne tient donc pas la route. Notons également que Robert Morris, un parapsychologue connu pour son sérieux, s’était intéressé à l’ouvrage de Marks et Kamman. Voilà ce qu’il en dit dans un article publié en 1980 : « Marks et Kamman évitent l’ensemble des expériences considérées comme les meilleures et ne citent pas les résultats des revues de parapsychologie. Ils proposent une sélection biaisée des données qui peut être considérée comme inadéquate pour évaluer la recherche psi. »


11. "OZ : On peut également faire quelques remarques au sujet de la procédure d'évaluation. D'abord, l'intervention de juges rend l'interprétation des résultats un peu ambiguë (les éventuels bons résultats sont-ils le fait des juges, capables de faire les bons appariements, ou du sujet, capable de faire une bonne description ?) et complique les choses."

> Si Cécile Ursini connait une technique plus adaptée pour obtenir des résultats, elle peut la proposer. Les parapsychologues en cherchent depuis près de 30 ans et lors du récent congrès PA, ils ont encore proposé de nouveaux logiciels à cette fin. Il est un peu léger de se positionner ainsi, en affirmant que cela « complique les choses », sans consulter les dizaines de publications existant sur la question. Quand on fait une revue de littérature dans le domaine scientifique, on ne dit pas : « ça complique les choses ». On étudie les publications et si on est capable de proposer un moyen plus simple ou mieux adapté, la seule chose pertinente à faire est de le communiquer.

12. "OZ : Le feedback donné au sujet immédiatement après l'expérience en allant sur les lieux de la cible pose aussi problème, comme le fait remarquer Marks. Il serait logique que le sujet soit tenté, consciemment ou non, de ne pas faire de description rappelant une cible déjà visitée. Cela facilite d'autant la tâche des juges. "


> Quand les indices ont été supprimés, les juges ont quand même été capables de retrouver les bonnes cibles.


13. "OZ : Dernière remarque, une méthode simple aurait permis d'améliorer grandement le protocole en éliminant ou en minorant l'effet des biais évoqués : permettre qu'une cible soit tirée plusieurs fois (c'est-à-dire faire un tirage avec remise). "


> Targ et Puthoff avaient également pris en compte ce problème, et c’est pour cela qu'il y avait, dans le pool total, des cibles du même type (plusieurs églises par exemple) pour éviter un effet du type : « J’ai eu une fontaine hier donc je n’aurai pas de fontaine aujourd’hui ».


14. "OZ : Compte tenu de la proximité du protocole avec celui de la vision à distance, on peut se demander dans quelle mesure les remarques faites à ce sujet ne sont pas valables dans le cas présent."


> Soit il y a une critique précise et détaillée qui permet d’expliquer un résultat par un biais, soit il n’y a pas de critique précise et détaillée. En l’occurrence, la locution « on peut se demander » n’a aucune valeur. Avec des « on peut se demander », on peut « critiquer » absolument n’importe quoi.


15. "OZ : PrOZstat [12] permet de calculer que la probabilité d'obtenir quatre appariements justes lors de quatre expériences est de 4,2 %, ce qui est effectivement inférieur à la barre des 5 % utilisée par les auteurs pour décider qu'un événement est significativement trop peu probable par hasard pour avoir une origine parapsychologique. "

> Nous constatons donc que l'OZ confirme que les résultats sont bien significatifs pour cette expérience.

16. "OZ : Malheureusement, d'après Randi, qui tient les informations qui suivent du caméraman, Zev Pressman, ce qu'on voit sur ce film est une reconstitution de l'expérience, même si le commentaire affirme le contraire."

> Pressman, qui a été interrogé à ce sujet, a confirmé qu’il avait bien fait le film et a confirmé son authenticité. Il a démenti cette affirmation deux fois en public en indiquant « la révélation que Randi m’attribue est pure fiction ». Malgré cela, Randi n’a jamais modifié cette information dans la ré-édition de ses ouvrages.


17. "OZ : Des personnels du laboratoire racontent même des amas de dessins (des dizaines, voire des centaines) dans la salle où se trouvait Geller."

> Il faut croire Randi sur parole car aucun document n’atteste de cela. Randi n’est jamais allé sur place et tire cela de mystérieux scientifiques. Un homme, censé représenté un groupe de scientifiques, travaillant en secret et utilisant le nom de code Broomhilda, aurait passé ces informations à Randi. Randi n’a jamais été en mesure de donner le nom de ces personnes. Il aurait recoupé avec d’autres sources. Peut-être, mais il faut croire Randi sur parole. Peut-on vraiment le faire quand il a été démontré qu'il avait sciemment menté sur plusieurs autres informations ?

18. "OZ : le mur séparant la pièce contenant la cible (dans la plupart des expériences) de la pièce où était enfermé Geller a un trou de trois à quatre pouces de diamètre destiné à faire passer des câbles. Ce trou n'était bouché que par du coton"

> Le trou en question, dans lequel passaient des câbles, ne permettait qu’une vision très limitée. Mais surtout, il est bouché par une plaque et pour éviter toute suspicion, Puthoff, pensant qu’un sujet pourrait éventuellement tenter de passer une fibre optique, a surveillé le trou pour éviter tout problème durant les expériences de télépathie. On peut rajouter que Randi a également décrit le trou plus large et plus haut qu’il n’est en réalité. Le mieux que l’on puisse voir, comme l’explique Rogo, qui est allé vérifier sur place, c’est un bout du sol et le mur opposé. Cela ne permet pas de voir la cible. Rogo a également interrogé des personnes présentes à l’époque des expériences qui indiquent que des câbles bouchaient le trou lors des expériences avec Geller.


19. "OZ : Shipi Shtrang, un des accolytes israëliens de Geller, entraîné à lui faire passer des informations dans certains tours de ses spectacles de cabaret, était souvent présent sur les lieux de l'expérience ou à proximité immédiate. Certaines de ses conversations avec Targ pendant qu'elle dessinait la cible ont probablement pu être entendues par Geller à travers le mur."

> Dans les expériences avec Geller, Shipi n’était pas là.


20. "OZ : Celui de Randi date de 1980, celui de Marks a été publié une première fois en 1974, puis une deuxième en 2000. Le temps écoulé a laissé tout loisir à Targ et Puthoff de produire toute réfutation qu'ils songeraient utile, en particulier entre les deux éditions de « The psychology of the psychic ». D'après Marks et les quelques recherches que j'ai pu effectuer, ils ne l'ont pas fait (ou pas suffisamment ouvertement), ce qui laisse malheureusement supposer que ces négligences ont été commises, ou au moins certaines d'entre elles."


> Puthoff a rencontré Randi. Il avait repris les 28 critiques de la part de Randi et est donc allé le voir pour en parler avec lui, en prenant la précaution d’enregistrer la conversation. Randi avoua qu’il avait faux sur tous les points. Il a même indiqué qu’il corrigerait cela lors des prochaines publications du CSICOP. Il ne l’a jamais fait. Concernant Marks, comme indiqué précédemment, Tart a refait les expériences en supprimant les indices. En somme, Targ et Puthoff ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour essayer de contrer ces arguments.

21. "OZ : Deux points sur les dix du tableau p. 67 sont de manière évidente dans l'océan (45°N, 150°O et 30°S, 0°), ce qui procure deux succès faciles. […] Surtout, le fait que Swann se propose lui-même avec insistance pour cette activité, dont il fixe lui-même le protocole, suffit à rendre suspecte cette « expérience ». Est-il si difficile d'avoir une idée (même vague) du paysage d'un lieu désigné par des coordonnées qui ne sont pas tirées au hasard, mais choisies par des gens ? Il suffit d'un peu d'entraînement... D'autant qu'aucune précision n'avait été définie à l'avance sur la qualité des descriptions et sur la taille de la zone désignée par les coordonnées.


> Eventuellement, à supposer que Swann connaissait parfaitement les coordonnées. Targ et Puthoff sont bien conscients de ce biais potentiel : lors des expériences ultérieurs avec des coordonnées qui ne permettaient pas de faire le lien, les résultats ont persisté.


22. "OZ : La première de ces expériences, celle d'Ingo Swann, a fait l'objet d'un commentaire de Randi. Ce dernier a contacté Arthur Hebard, le constructeur du magnétomètre, qui était présent durant l'expérience. Il ignorait avoir été cité dans « Aux confins de l'esprit », et en fut irrité. En effet, il n'a pas été consulté sur l'interprétation physique du phénomène observé. Contrairement à ce qu'affirment Targ et Puthoff dans un passage jouant implicitement sur sa propre caution, il dit disposer de plusieurs autres interprétations qu'un phénomène paranormal, par exemple un problème avec l'hélium servant à refroidir le magnétomètre, dont le réseau de distribution était utilisé simultanément par plusieurs laboratoires au SRI. Un tel problème avait déjà produit des perturbations similaires par le passé. Plutôt que cinq secondes, c'est dix à quinze minutes après le début de l'expérience que la modification de la courbe enregistrée est apparue. Il ajoute qu'un changement dans l'enregistrement n'implique pas forcément un changement dans le champ magnétique lui-même, contrairement aux dires de Targ et Puthoff (p. 57). Il estime enfin que la non-reproductibilité du phénomène le rend suspect."

> Là encore, on serait tenté d’être stupéfait concernant l’écart entre ce que rapportent Targ et Puthoff et la réalité, sauf que Rogo a voulu vérifier l’information voyant cet écart entre ce que disait Puthoff et ce que disait Randi. Rogo a fini par retrouver Arthur Hebard dans le New Jersey, dans les laboraoires de Bell. Hebard a tout d’abord indiqué être intéressé par la parapsychologie ce qui contredit l’affirmation de Randi selon laquelle il ne connaissait pas les affirmations de Targ et Puthoff. Mais plus important encore, Hebard a précisé que Randi lui avait demandé de l'appuyer pour dire que Targ et Puthoff étaient des menteurs. Il avait refusé. Hebard a bien confirmé qu’il y avait eu l’effet observé.


23. "OZ : Du point de vue méthodologique maintenant, Randi fait observer que Swann n'a jamais dit quelle modification il entendait provoquer : n'importe quel changement de l'enregistrement aurait ainsi pu être interprété comme un bon résultat.[…] après la fin de l'expérience proprement dite, alors que Swann ne regarde plus l'appareil, la courbe redevient normale. Rien n'est volontaire ici."

> C'est-à-dire que Puthoff fait venir un sujet, dit que ce serait formidable d’obtenir un effet, et un effet anormal se produit sur l'enregistrement, effet qui disparait ensuite. La corrélation est quand même intéressante.

24. "OZ : Page 44, on peut lire « nous apprîmes que demander à un sujet d'effectuer notre expérience plutôt que la sienne, c'était un peu comme exiger d'un pianiste se présentant à une audition de jouer de la flûte ». Même si la comparaison est forte, elle est fallacieuse. Abandonner la mise au point du protocole au sujet, c'est abdiquer toute possibilité de conclure valablement en risquant de se faire mener par le bout du nez."

> Mais Targ et Puthoff n'ont pas abandonné la mise en place du protocole au sujet. Ils ont essayé de prendre en compte ce qu'indiquait le sujet. Il est possible de s'adapter au sujet tant que les contrôles scientifiques sont suffisants.


25. "OZ : Le livre se clôt sur un chapitre intitulé « Utilisation pacifique de l'énergie psi », qui évoque le diagnostic médical par perception extrasensorielle. La fille de Russell Targ, Elizabeth, pratique d'ailleurs la « guérison quantique » à distance. La dérive me semble facile et dangereuse."


> La fille de Targ, Elizabeth, ne pratique plus rien puisqu'elle est décédée. Elle était psychiatre et effectuait des travaux sur le sida. En outre, la guérison psi n'est pas une absurdité si l'on suppose que les effet psi existent. Ils existent plusieurs études effectuées en conditions contrôlées qui méritent que l'on s'interroge plutôt que l'on stigmatise cela à coup de préjugés en en faisant une dérive "facile et dangereuse".


26. "OZ : Sous la direction d'Edwin May le programme de Targ et Puthoff s'est poursuivi sans eux au SRI jusqu'en 1989. Le partenariat avec la CIA et le Département de la Défense a donné lieu à d'importants investissements financiers, même s'ils ont fluctué en fonction du temps. En 1989, Stargate a quitté le SRI pour le SAIC (Palo Alto offices of Science Applications International Corporation). En 1995, la CIA, qui avait abandonné le programme avant de se le voir reconfier plus tard, conclut que « la vision à distance n'a pas montré de valeur dans les opérations de renseignement » ( « Remote viewing, as exemplified by the efforts in the current program, has not been shown to have value in intelligence operations ») et met fin au projet."


> C'est un résumé partial et incomplet. Il est facile de citer ainsi uniquement les arguments qui vont dans un sens "sceptiqu". La CIA a demandé une évaluation à l'AIR. Deux experts se sont prononcés : le psychologue sceptique Ray Hyman et et la statisticienne parapsychologue Jessica Utts. Leurs conclusions sont identiques en ce qui concerne l'appréciation de la méthodologie, de l'analyse et du taux de signification des effets obtenus. Mais elles divergent sur le plan de l'interprétation théorique et pragmatique : Hyman pense que le remote viewing n'a pas d'intérêt pour le renseignement. Utts pense au contraire que les travaux effectués démontrent l'existence des perceptions psi et sont utiles pour le renseignement. On remarquera également que Joe McMoneagle, l'un des espions médiums, a reçu la Légion du Mérite, la plus haute distinction pour un militaire qui n'est pas au front, pour avoir apporté des "informations cruciales et vitales pour le renseignement qui n'étaient pas disponibles par d'autres sources" lors d'environ 150 missions. Plusieurs gradés de haut niveau ont également indiqué l'importance de ce programme. On remarquera enfin que le président Ronald Reagan a indiqué que le programme Stargate était ce qui était le plus étonnant qu'il ait vu lorsqu'il était président. Reagan fait référence à un crash d'avion retrouvé grâce au programme Stargate. La réalité est donc autrement plus complexe que cette décision de la CIA qui est d'ailleurs très controversée puisque plusieurs experts indiquent qu'ils ne savent pas si ce programme n'a pas été fermé pour en ouvrir un autre plus secret vu les résultats obtenus.

27. "OZ : Targ et Puthoff avaient quitté le SRI depuis longtemps, Targ dès 1982, alors que la qualité de son travail était mise en cause par le Département de la Défense, et Puthoff en 1985, alors que la réputation de son équipe du SRI était sur le déclin.


> Nous ne savons pas d'où Cécile Ursini tire cette information concernant la qualité des travaux de Targ et Puthoff. A notre connaissance, ils étaient et sont encore des physiciens respectés. En revanche, Cécile Ursini ne cite pas les autres travaux dans lesquels Targ et Puthoff ont reproduit des résultats de ce type. Targ a publié plusieurs  articles reproduisant des résultats en conditions contrôlées. Puthoff a développé une technique d'application de remote viewing lui ayant permis de gagner 25 000 dollars (dont la description est publiée dans "Research in Parapsychology", 1984).


28. "OZ : Il est à noter que des expériences dont le but était de montrer cette synchronisation avaient déjà été menées avant celles du SRI et qu'il y en a encore, trente ans après, qui sont réalisées. La plupart sont négatives.

> Nous ne connaissons pas de méta-analyse sur la question. A notre connaissance plusieurs équipes ont reproduit ces résultats. Nous ne savons pas à partir de quelles données Cécile Ursini conclut que la plupart sont négatives.

Conclusion

Cet article permet de mieux comprendre l'approche zététique de Cécile Ursini et de l'Observatoire Zététique face à la parapsychologie :

  1. Lecture d'une publication de parapsychologie,
  2. Lecture des ouvrages sceptiques concernant cette publication,
  3. Critique de la publication de parapsychologie à partir des critiques provenant des ouvrages sceptiques.

C'est également le travail que nous faisons, sauf que par expérience, nous avons remarqué qu'il fallait se méfier des ouvrages sceptiques et douter même de ces ouvrages, nous rajoutons donc une autre étape :

      4. Vérifier que les critiques sceptiques sont justes.

Malheureusement, Cécile Ursini et l'OZ n'ont pas jugé bon de faire ce travail de vérification, alors que nous trouvons 28 points qui auraient pu bénéficier de précisions. C'est suite à de telles vérifications que nous sommes devenus de plus en plus critiques envers ceux qui se présentent comme sceptiques. A notre connaissance, le même trajet a été emprunté par plusieurs sceptiques devenus "pro-psi" (comme les appelle les sceptiques, puisque quelqu'un qui prend la défense des parapsychologues est souvent jugé comme étant nécessairement un croyant). Par exemple, Michael Prescott, ancien sceptique et fan de Randi, s'est lui aussi intéressé aux expériences de Targ et Puthoff et aux critiques de Randi. Voici ce qu'il en dit après quelques années à vérifier les dires de Randi :

"[...] j'avais des sentiments contrastés concernant Randi. Je le voyais comme fier et arrogant, mais je supposais qu'il était sincère, et de son point de vue, honnête. Après avoir analysé sa contribution à la controverse concernant Targ et Puthoff en détail, je ne suis pas du tout impressionné par ses arguments. Randi  s'est posé comme figure d'intimidation, souhaitant attaquer et ridiculiser, et ayant la volonté de modifier, voire même d'inventer des preuves. En somme, le genre de personne qui ferait n'importe quoi pour dominer un débat, que ce soit par des moyens honnêtes ou par le mensonge."

Nous avons déjà repéré dans d'autres travaux que Randi a plusieurs fois était pris très clairement en train de mentir dans ses affirmations sur des travaux de parapsychologie (Cf. en particulier les expérience de Sheldrake sur Jaytee). Pourrons-nous un jour voir un site sceptique accepter cette idée et relayer cette information pourtant démontrée clairement dans plusieurs écrits ?

Tant que cela ne sera pas le cas, nous resterons très prudents concernant les écrits sceptiques.
Sans ce travail de doute et de vérification, le risque est grand d'effectuer un travail de désinformation secondaire : des sceptiques sincères dans leur démarche et qui font confiance à des sceptiques médiatiques. Ils ne vérifient ni les sources, ni les travaux originaux, et se passent de l'avis des parapsychologues. Ils propagent alors des contre-vérités tout en étant persuadés de proposer des critiques justes et pertinentes. Nous trouvons donc intéressant que l'OZ et Cécile Ursini analysent des travaux de parapsychologie mais nous regrettons que cette approche se traduise par un doute qui ne doute pas des écrits sceptiques.

Ce travail de désinformation secondaire explique en grande partie pourquoi de nombreuses expériences de parapsychologie sont jugées à tort comme n'étant pas fiables. C'est aussi la raison pour laquelle la plupart des universitaires français ne peuvent prendre au sérieux ces travaux : soit ils ne les connaissent pas, soit ils pensent les connaître comme étant une somme d'erreurs et d'approximations.