alcockL’Observatoire Zététique (OZ) a publié dans sa newsletter du 13 avril 2008 (téléchargeable ici) un compte-rendu de lecture ainsi que plusieurs citations de l’ouvrage du psychologue sceptique James Alcock (photo ci-contre). L’OZ a également publié une interview inédite de James Alcock par Géraldine Fabre, en le questionnant notamment au sujet d’une remarque le concernant tirée du Bulletin Métapsychique n°3 (article du membre du GEIMI Philippe Garnier, 2007). Quelques précisions nous paraissent nécessaires devant des remarques de l’OZ concernant la parapsychologie qui sont, une nouvelle fois, pour le moins approximatives.

« des erreurs méthodologiques dans les protocoles expérimentaux et le traitement des données, des interprétations problématiques et des explications ad hoc aux échecs (comme l’effet expérimentateur qui expliquerait que les sceptiques ne réussissent pas à mettre en évidence le psi). »

C’est une erreur classique d’incompréhension des travaux de parapsychologie. L’hypothèse mouton-chèvre et l’effet expérimentateur, ne sont pas des explications ad hoc. Si elles l’étaient, ces hypothèses seraient bien entendu illégitimes. Sauf qu’ici, ces hypothèses reposent sur des données expérimentales : les personnes qui ne croient pas à l’existence des perceptions extra-sensorielles ont de moins bon résultats (Pour une méta-analyse de ces travaux, cf. Lawrence, 1993). De même, plusieurs travaux ont semble-t-il mis en évidence l’influence des croyances de l’expérimentateur sur les résultats (Schlitz, Wiseman, Watt, & Radin, 2006). Bien entendu, ces résultats dérangent certains sceptiques, qui tentent de les camoufler en laissant entendre qu’il s’agirait d’hypothèses ad hoc, ou bien ne les mentionnent même pas.

« Si de telles erreurs se retrouvent dans d’autres domaines de la recherche scientifique, elles sont particulièrement importantes à pointer en parapsychologie car les résultats de cette discipline, s’ils étaient avérés, remettraient en question des connaissances solidement établies en biologie, physique, etc. »

Il y a effectivement des enjeux importants derrière les problèmes traités par la parapsychologie, mais les connaissances acquises qui vacilleraient restent encore loin d’être identifiées. Il est possible que la parapsychologie apporte des données complémentaires plutôt que révolutionnaires, ce sur quoi nous reviendrons. Dans l’immédiat, il n’y a pas d’étude mettant en évidence une surabondance d’erreurs méthodologiques en parapsychologie. Comme dit Alcock, la parapsychologie sert de support pour divulguer des problèmes se posant en fait dans tout le champ scientifique.

« Pour cette remise en question (toujours possible en science), la preuve avancée doit être incontestable. Le problème majeur reste donc, selon James Alcock, le fait qu’il n’existe toujours pas d’expérience rigoureuse, reproductible qui mette en évidence un phénomène psi. Il partage ainsi la vision de Hansel (1971) : « C’est une croyance en quête de données plutôt que des données en quête d’explication ». »

Cette argumentation a pour problème de réduire le point de vue des divers parapsychologues à celui d’une croyance unique. Or, il existe plusieurs cas de figures en parapsychologie comme il existe plusieurs avis différents selon les chercheurs. Il est tout à fait vrai qu’il n’existe pas une preuve incontestable du psi, ni une expérience si facilement reproductible qu’elle puisse convaincre n’importe quel chercheur de la réalité de ces phénomènes. Cependant, selon certains chercheurs, ces phénomènes sont reproductibles dans certaines conditions : par exemple le protocole sur les rêves télépathiques, le Ganzfeld standardisé ou les expériences de remote viewing (Pour des références sur ces travaux et sur d’autres, consulter le Recueil de preuves en faveur du psi de Parker & Brusewitz, 2003). Or, les sceptiques contemporains n’essayent pas de reproduire ces expériences. Lorsque certains s’y tentent, cela peut entraîner une certaine dissonance cognitive. Ainsi, deux sceptiques ont tenté de reproduire les expériences Ganzfeld standardisées (Delgado-Romero, & Howard 2005), obtenant un taux de succès de 32 % contre 25 % attendu, ce qui est conforme au taux moyen obtenu par les parapsychologues. Mais ces chercheurs ont alors conduit une autre étude ad hoc en modifiant la méthodologie, laquelle a échoué, et ont conclu leur article à partir de cet échec final.

L’absence de reproduction des protocoles parapsychologiques par les sceptiques est néanmoins la norme. Il est important de prendre conscience de ce que cela signifie : la communauté sceptique, qui prétend pourtant étudier le paranormal de façon scientifique, n’a jamais essayé de mettre tous les atouts de son côté. La logique voudrait que le chercheur qui souhaiterait se faire un avis fasse une revue de la littérature, et reproduise le protocole qui a le mieux fonctionné dans le plus grand nombre de laboratoires. Ce n’est pourtant pas ce que font la plupart des sceptiques, et cela a de quoi surprendre. Il existe en fait trois cas de figure :

· Vous êtes sceptique et refaites l’expérience, et vous obtenez éventuellement des résultats. Par honnêteté, vous les publiez. Dans ce cas, vous devenez louche, plus du tout fréquentable, bref, vous n’êtes plus considéré comme sceptique, mais comme parapsychologue et « pro-psi ». Cette mésaventure est arrivée par exemple au professeur de psychologie Daryl J. Bem avec le Ganzfeld (cf. Bem & Honorton, 1994).

· Vous êtes sceptique et refaites l’expérience, suite à quoi vous obtenez éventuellement des résultats. Cela ne correspond pas à votre conviction profonde, et vous altérez la présentation de vos recherches. Plusieurs exemples de sabotages de ce genre : Susan Blackmore (Berger, 1989), le CSICOP avec l’effet Mars (Rawlins, 1981 ; et Hansen, 2001, lisible ici), Delgado-Romero & Howard précédemment cité…

· Dernier cas de figure : vous faites comme l’OZ, en montant de mauvais protocoles ne donnant aucun résultat, ce qui entretient un discours sceptique.  Cela vaut par exemple pour Baker se débarrassant des conditions rigoureuses d’un laboratoire pour tester la sensation d’être observé « dans la rue » (2000).

« Je regrette de ne pas m’être plongée dans la lecture de cet ouvrage plus tôt dans ma vie de zététicienne. L’éclairage psychologique que James Alcock apporte sur les croyances est particulièrement fin et déborde largement du cas de la parapsychologie. J’ai également trouvé dans ce livre quelques éléments de réflexion concernant une interrogation que je garde toujours à l’esprit : « Les sceptiques refusent-ils de « voir », d’admettre une évidence « dérangeante » ? Sont-ils en dissonance cognitive, cherchant sans cesse à réfuter l’existence du psi qui mettrait en péril « leur science » ? ». Je n’imaginais pas que cette hypothèse puisse être étudiée en psychologie sociale et pourtant, ce fut le cas dès les années 70. Les résultats tentent à prouver que la sélectivité dans les informations et dans la perception soit en réalité du côté de ceux qui croient fortement au paranormal. »

C’est une incompréhension des travaux sur la dissonance cognitive, en particulier ceux de Léon Festinger. La dissonance cognitive touche toute personne face à des cognitions (croyances, opinions, connaissances) incompatibles entre elles. Il n’y a aucune recherche démontrant l’inexistence de ce phénomène chez des personnes se disant « sceptiques ». La tension désagréable générée par la dissonance cognitive peut conduire à une tentative de réduction de cette tension par sélection de l’information. Mais, là encore, toute personne sélectionne les informations qu’elle perçoit en fonction de ses systèmes de croyance, qu’elle soit sceptique ou parapsychologue.

Quelques remarques sur des citations de l’ouvrage de James Alcock

« Une des racines de la recherche métapsychique est […] le désir de combattre la vision du monde matérialiste, mécaniste, athée, scientifique, de plus en plus répandue, en prouvant scientifiquement que l’âme survit au corps. » (p. 55)

C’est un mythe amalgamant un discours croyant avec la démarche des scientifiques qui s’intéressent à la parapsychologie. Faire de la recherche en parapsychologie, c’est faire de la recherche scientifique sur les phénomènes paranormaux. Il ne s’agit que de cela. Voir des « racines » ou des « alliances » entre la parapsychologie et d’autres discours relève du procès d’intention, et non de l’analyse des faits. Encore une fois, le point de vue des parapsychologues n’est pas unifié, tout comme le point de vue des sceptiques. On trouve une grande diversité de croyances et de motivations parmi les parapsychologues, comme dans n’importe quel autre domaine.

« À ceux qui méprisent ainsi la science, la parapsychologie offre un monde de pouvoirs métapsychiques qui n’ont pas à subir la contraintes des « lois de la nature » que la science propose. » (p. 67)

Même amalgame entre un discours croyant et la démarche des parapsychologues. Or, la majorité d’entre eux pensent que, si les phénomènes psi existent, ils correspondent nécessairement aux lois de la nature.

« Le danger n’est pas tellement dans les croyances elles-mêmes que dans l’absence de jugement critique. » (p. 72)

Oui et dans les deux sens : lorsque l’on affirme que ce sont seulement ceux qui « croient au paranormal » qui sélectionnent les informations, on perd tout un pan de jugement critique : l’autocritique !

« Après un siècle de recherches, la parapsychologie a échoué à développer tout théorie cohérente, à produire des hypothèses vérifiables, à établir des normes qui permettent de distinguer spéculation créative et pensée magique. » (p. 230).

C’est faux. C’est une généralisation abusive. La parapsychologie a proposé plusieurs hypothèses testées de façon à être validées ou invalidées. Un exemple simple : l’effet mouton-chèvre dont nous parlions précédemment (Lawrence, 1993).

« La leçon immédiate que l’on peut en tirer est que les effets psi observés à ce jour pourraient bien n’être que les manifestations des caprices du hasard. » (p. 285)

Peut- être ! C’est ce que cherchent à comprendre les parapsychologues. Mais il faut que cette théorie soit démontrée, et cela passe par une explication des résultats obtenus par plusieurs laboratoires depuis des décennies.

« s’il est impossible d’établir de quelle façon l’on peut provoquer l’intervention du psi, ni les conditions qu’elle exige, ni le moment où le psi ne peut pas être observé, s’il est impossible de prédire son apparition en fonction de conditions initiales, il ne peut y avoir de régularité. » (p. 305)

Tout à fait et c’est pourquoi les parapsychologues ont dégagé, au fil des expériences, les paramètres permettant de prédire son apparition dans un cadre donné. Certainement pas de la même façon que l’on peut prédire la position d’un objet inerte dans un référentiel classique, mais faut-il rappeler que les parapsychologues travaillent avec des êtres humains ? Les difficultés qu’ils rencontrent sont courantes pour tout chercheur dans le domaine des sciences humaines.

Quelques remarques sur l’interview  

« JA - Non, pas complètement. Je connais des parapsychologues qui ont la compétence méthodologique excellente dans l'étude tant de la psychologie que de la parapsychologie, et ils sont très soigneux dans leurs recherches et dans leurs rapports. Malheureusement, il y a d'autres qui manquent clairement de cette expertise. »

Comme nous l’avons déjà dit, les sceptiques anglo-saxons sont dans l’ensemble d’un meilleur niveau que les sceptiques francophones. Certains d’entre eux, comme Alcock, ont lu une partie de la littérature parapsychologique et font parfois des remarques tout à fait pertinentes. Cela leur permet aussi d’arrêter de stigmatiser tous les parapsychologues comme étant des incompétents, ce que l’on trouve dans la plupart des ouvrages sceptiques français et sur le web sceptique français. Nous rejoignons tout à fait cette analyse d’Alcock mais rappelons que nous pourrions l’étendre à beaucoup d’autres domaines. Le fait est que les institutions parapsychologiques sont moins développées qu’en physique par exemple, et par conséquent, il y a un système de sélection des chercheurs qui est moins important.

« Quant à la manipulation de données, il y a un problème que j'observe plutôt souvent dans la littérature de parapsychologie : le chercheur commence par une hypothèse particulière, mais si cette hypothèse n'est pas soutenue par les données, il trouve d'autres aspects des données qui pourraient peut-être refléter des influences paranormales (mais peut-être, simplement les fluctuations statistiques, étant donné qu'elles n'ont pas été prédites) et ensuite, c'est pris comme la preuve que les influences paranormales ont été effectivement impliquées. C'est clairement inacceptable. L'approche correcte serait de former de nouvelles hypothèses basées sur ces données et les mettre à l'épreuve.

De nouveau, bien trop souvent on trouve des explications ad hoc pour expliquer pourquoi un effet prédit ne s'est pas produit. Il n'y a aucun problème avec l'offre des spéculations, mais il y a un problème si l'on prend cette absence d’effet en faveur d'une hypothèse comme la preuve de la présence d'un effet paranormal, l'effet d'expérimentateur par exemple. »

Un tel procédé serait anti-scientifique. Il aurait été judicieux de profiter de l’occasion pour demander à James Alcock à quelles publications il faisait référence.

« OZ - À de nombreuses reprises, nous avons demandé à des parapsychologues de nous fournir une référence de publication d’une expérience mettant en évidence le psi. La réponse n’a jamais été claire. Nos interlocuteurs évoquent à la place d’une preuve probante, un faisceau de présomptions en faveur de l’existence du psi. Que pensez-vous de cet argument ?

JA - Il ne faut jamais compter sur les présomptions. Au départ, la plupart des physiciens n'ont pas accepté la théorie de relativité - ils ont rejeté les présomptions, parce qu’elles ont été trop impossibles pour croire ! À présent, chacun l'accepte parce que cette idée très radicale a été soutenue régulièrement par les données. Dans beaucoup d'autres cas dans la science, les présomptions se sont révélées être incorrectes. Les présomptions sont utiles pour guider notre recherche, mais si elles ne peuvent pas être confirmées empiriquement, elles ne sont plus utiles. »

A quels parapsychologues l’OZ a-t-il fait cette requête et quelle a été cette réponse qui « n’a jamais été claire » ? En ce qui nous concerne, certains étudiants membres de GEIMI ont proposé à plusieurs reprises et très clairement plusieurs publications « mettant en évidence le psi ». Ces publications portent sur la question cruciale de l’authenticité empirique de ces phénomènes, mais elles ne sont pas en elles-mêmes des preuves. En outre, pour comprendre ce débat, une publication expérimentale n’est pas suffisante. Un abord sérieux de la question implique de consulter plusieurs publications expérimentales, leurs critiques, les tentatives de reproduction, et les méta-analyses ; et cela pour chaque protocole ciblant un type de phénomène.

Penser qu’il pourrait exister une telle expérience cruciale, et une seule, reviendrait à penser naïvement qu’une telle expérience existe obligatoirement. Dans l’état actuel des recherches, tout semble indiquer qu’une telle expérience paraît impossible. La raison en est que ces phénomènes impliquent des sujets humains et des expérimentateurs humains pouvant tout deux faire varier l’issue de l’expérience. Raisonner ainsi en termes d’expérience cruciale, c’est-à-dire une expérience indépendante du sujet testé, de l’expérimentateur et des conditions expérimentales, c’est plaquer une logique épistémologique inadaptée pour un tel objet d’étude. Si le psi existait sous la forme d’une interaction entre objets physiques inertes, on pourrait en revanche imaginer une telle expérience cruciale. Mais les recherches en parapsychologie n’ont pas permis d’extraire l’aspect strictement physique de cette supposée interaction psi.

« OZ - Pourquoi malgré l’absence de résultats probants et d’applications selon vous, la recherche en parapsychologie perdure-t-elle ?

JA - À mon avis, l'effort est fait pour justifier ce que les chercheurs croient déjà - c'est-à-dire qu'il y a un aspect à notre existence qui est plus que la chair et le sang, un aspect non-matériel. L'absence de données empiriques n'entame jamais l'enthousiasme d'atteindre ce but. »

Il existe des résultats intéressants qui méritent d’être approfondis et c’est pour cela que les recherches sont poursuivies. Quant aux applications, le fait même que Géraldine Fabre pose cette question illustre une nouvelle fois la méconnaissance de la littérature parapsychologique parmi les sceptiques. Il existe des applications dans plusieurs domaines, en particulier en archéologie et dans la recherche des personnes disparues (Pour quelques références, consultez cette page http://www.metapsychique.org/-Les-applications-du-psi-.html). Si de telles perceptions existent, n’est-ce pas essentiel d’essayer de les comprendre et de les maîtriser, par exemple pour rechercher des enfants disparus ?

En revanche, à ce jour, il n’y a pas d’application technologique du psi, mais comment pourrait-il y en avoir dans l’état actuel de nos connaissances ? La réponse de James Alcock met à nouveau en évidence une certaine représentation du chercheur en parapsychologie : des dualistes convaincus ! Mais qu’est ce que cela signifie ? De qui parle James Alcock ? Pour quelle raison faudrait-il être dualiste pour être parapsychologue ? Il est tout à fait possible d’être parapsychologue, matérialiste et athée ! Alcock n’a aucunement démontré le contraire, et procède d’un amalgame approximatif entre un discours croyant et la démarche scientifique des parapsychologues. Comme l’ont déjà remarqué plusieurs chercheurs de tout bord, tout le propos d’Alcock est de faire la psychologie des personnes qui croient au paranormal puis de l’appliquer directement aux parapsychologues, sans envisager réellement le fossé entre ces deux populations.

« OZ - Finalement, la parapsychologie est-elle une science, une pseudo-science ou autre chose ?

JA - Bien que j'aie conclu dans mon livre que c'est une pseudo-science, je dirais maintenant qu'il y a certains parapsychologues qui prennent une approche plutôt scientifique, mais comme tous les scientifiques, se trompent quelquefois, et ils sont quelquefois désorientés (misguided). Il y a d'autres dont l'approche est clairement pseudoscientifique. Pourtant, dans mon esprit, il n'y a pas de « science » de parapsychologie, car chaque science doit avoir au moins quelques données incontestables. La parapsychologie n'a jamais produit d'expérience qui puisse être répétée par des scientifiques neutres avec fidélité. Les théories parapsychologiques n'ont pas de sens du point de vue de la science normale. En effet, si la parapsychologie est correcte, il y a des erreurs fondamentales dans la physique, la biologie, les neurosciences, etc. et donc on aurait besoin de bonnes données pour être capable d'accepter les théories parapsychologiques. (La théorie d'Einstein, évoquée ci-dessus, a été finalement soutenue par les données solides). »

Cette question d’une qualification théorique de la scientificité de la parapsychologie dépend fondamentalement des critères utilisés pour définir science et pseudoscience. Selon les critères employés, la parapsychologie apparaît ou non comme étant une science. Cela perpétue la controverse sur l’authenticité des phénomènes psi mais sur un terrain purement théorique. De sorte que la question nous paraît secondaire. La première chose à se demander serait celle-ci : existe-t-il des travaux de parapsychologie de qualité ? On retombe ici sur le terrain d’une factualité dont Alcock ne donne trop souvent qu’une vision floue et implacable.

Quant aux révolutions supposées engendrées par la mise en évidence du psi, cela n’a pas de sens non plus. D’une part, car personne ne connaît la nature de ces interactions si elles existent, et par conséquent on voit mal comment on pourrait prédire avec certitude les connaissances qui seraient à revoir. Et d’autre part, si ces perceptions existent, elles permettraient très probablement de compléter les théories actuelles comme le font les théories d’Einstein par rapport à celles de Newton. Par exemple, si la psychokinèse existe, cela ne veut pas dire pour autant que les lois de la gravitation sont fausses. Cela signifie que dans certains cas particuliers, d’autres facteurs peuvent avoir un impact sur cette loi. En somme, l’argument d’Alcock ne fait que soutenir une mythologie du psi comme catastrophe scientifique, renforçant de ce fait crainte et fascination à l’égard de la parapsychoogie.

« OZ - Si vous rééditiez ce livre aujourd’hui, que changeriez ou rajouteriez-vous ?
JA - Je changerais la discussion sur science/pseudo-science. Les critères de Bunge que j'ai utilisés sont trop ad hoc. Je développerais bien plus ce qui concerne la formation et la maintenance des croyances. Je ferais une meilleure discussion sur les origines de magie et de religion. Je complèterais mes critiques sur la méthodologie des recherche en parapsychologie (tel de que je l'ai écrit dans le livre récent, Psi Wars). »

James Alcock a rédigé un excellent article dans le Journal of Consciousness Studies (2003, repris dans Psi Wars) conseillé aux étudiants du GEIMI dès leur entrée dans le groupe, et cela dans le cadre du pôle scepticisme et non-psi. Il est très intéressant car c’est à notre connaissance l’article le plus approfondi sur la théorie sceptique des résultats de la parapsychologie. Alcock a d’ailleurs été en collaboration avec le parapsychologue Parker qui propose un article qui fait à peu près le contre-point de celui d’Alcock (Parker, 2003).


Références :

Alcock, J. (2003). Give the Null Hypothesis a Chance. Reasons to Remain Doubtful about the Existence of Psi. Journal of Consciousness Studies, 10, No. 6–7, 2003, pp. 29–50.

Baker, R.A. (2000). Can We Tell When Someone Is Staring at Us ? Skeptical Inquirer, mars-avril. http://www.csicop.org/si/2000-03/stare.html

Bem, D., & Honorton, C. (1994), Does psi exist ? Replicable evidence of an anomalous process of information transfer. Psychological Bulletin, 115, 4-18.

Berger, R. (1989). A Critical Examination of the Blackmore Psi Experiments. Journal of the American Society for Psychical Research, 83, 123-144. (http://www.psiexplorer.com/blackmore_critique.htm)

Delgado-Romero, E.A., & Howard, G.S. (2005). Finding and correcting flawed research litteratures. The Humanistic Psychologist, 33(4), 293-303.

Garnier, P. (2007). Lumière sur quelques livres sceptiques : Parapsychologie, science ou magie de James Alcock. Bulletin Métapsychique, vol.1, n°3, p.16.

Hansen, G. (2001). The Trickster and the Paranormal. New York : Xlibris.

Lawrence, T. R. (1993), Gathering in the sheep and goats. A meta-analysis of forced choice sheep-goat ESP studies 1947-1993. Presented Paper. Proceedings of the 36th Annual Convention of the Parapsychological Association, 75-86.

Parker, A. (2003). We Ask, Does Psi Exist ? But is this the right question and do we really want an answer anyway ? Journal of Consciousness Studies, Volume 10, Numbers 6-7, 111-134(24).

Parker, A., & Brusewitz, G. (2003). A Compendium of the Evidence for Psi. European Journal of Parapsychology, vol. 18, 29-48.

Rawlins, D. (1981). Starbaby. Fate, 34(10), Octobre, 67-98.

Rhine, J. B. (1952). The problem of psi-missing. Journal of Parapsychology, 16, 90-129.

Rhine, J. B. (1969). Psi-missing re-examined. Journal of Parapsychology, 33, 1-38.

Schlitz, M., Wiseman, R., Watt, C., & Radin, D. (2006). Of two minds : Sceptic-proponent collaboration within parapsychology. Br J Psychol, 97(Pt 3):313-22.