31 mars 2008
Pourquoi ne pas prendre Ian Hacking au sérieux… lorsqu’il parle de parapsychologie
Ian Hacking (1936-) est un philosophe canadien spécialiste de la philosophie des sciences. Nommé professeur à l’Université de Toronto en 1982, il occupera la chaire de philosophie et d’histoire des concepts scientifiques au Collège de France de 2000 à 2005. Plusieurs de ses travaux sont largement reconnus par ses pairs : sur le style de la science en laboratoire, sur les statistiques et les probabilités, sur la classification en sciences humaines. Sans remettre en cause son œuvre, nous nous pencherons seulement sur un article qu’il a publié en 1993 dans Dialogue, la revue de l’association canadienne de philosophie (vol.32, pp. 587-94), intitulé « Some Reasons for Not Taking Parapsychology Very Seriously » (Quelques raisons pour ne pas prendre la parapsychologie très au sérieux).
Il est étonnant que cet auteur, qui n’avait jamais vraiment apporté de contributions au domaine de la parapsychologie ni de sa critique, produise un tel article au titre si affirmatif. Il s’agit en fait d’un article basé sur la revue du livre du parapsychologue et philosophe Stephen Braude, The limits of influence : Psychokinesis and the Philosophy of Science (1986). L’éditeur de la revue Dialogue pensait que ce travail, qui pénétrait donc dans le champ de la philosophie des sciences, n’avait jamais été discuté adéquatement. Il demanda donc à Ian Hacking de l’analyser, et celui-ci dit avoir saisi « l’occasion de le traiter sérieusement ».
Un historique miné d’erreurs
En matière de sérieux, Hacking nous avait habitué à mieux. Son article multiplie les erreurs donnant à penser que le travail a été bâclé. Nous allons repérer ces erreurs dans un premier temps :
- Hacking parle de différents instituts de parapsychologie, mais ne donne pas toujours leurs noms corrects. Ainsi, le laboratoire du Princeton Engineering Anomalies Research devient le Engineering Anomalies Institute ; l’Institut Métapsychique International devient l’Institut de Métempsychique ! Cela fait dire à Hacking que ce nom, dérivé de « métempsychose » et attribué à Richet, implique que ses membres pensaient que les phénomènes psi étaient associés avec la survie après la mort et la transmigration des âmes…
- Il parle du Stanford Research Institute, rattaché à l’Université de Standford, qui conduisit à partir de 1972 des recherches parapsychologiques. Cela est correct, sauf que Hacking affirme que Werner von Braun en était le principal chercheur. Ce scientifique allemand issu de l’Allemagne nazie n’est en fait intervenu que lors de la décision de la NASA d’attribuer des fonds à ces recherches (il y était favorable car sa grand-mère avait vécu une expérience psi !). Les chercheurs les plus connus étaient Harold Puthoff, Russell Targ et Ed May. Et leurs recherches ne portaient pas « en particulier » sur la psychokinèse, comme l’affirme Hacking, mais surtout sur le « remote viewing ». Quelle est la source de Hacking ? « I was told » (p. 589), c’est-à-dire : « On m’a dit que… »
- Il s’appuie ensuite à plusieurs reprises sur l’avis de Charles Richet, qui aurait servi de caution scientifique pour ces recherches. Malgré le fait que Hacking a déjà publié une étude historique sur Richet (1988), il fait encore plusieurs erreurs. Il lui attribue le prix Nobel de médecine de 1909, alors que c’est celui de 1913. Il reconnaît que Richet est le premier à avoir appliqué les statistiques dans un protocole où les cibles sont randomisés, ce qui fut un progrès méthodologique à la fois pour les sciences psychiques et pour la science en général. Mais ensuite Hacking fait plusieurs approximations. Il dit que Richet décida au début des années 1880 que ce phénomène de clairvoyance étudié statistiquement n’était pas intéressant, et qu’il tourna son attention vers des psychokinèses à grande échelle. En fait, Richet a conçu ses expériences avec Léonie, le sujet déjà étudié par Pierre Janet, et présenta, comme Janet, ses 3 000 essais expérimentaux devant la Société de Psychologie Physiologique de Paris en 1885 et 1886. On est déjà au milieu des années 1880. Et les recherches de Richet sur ce qu’il appelait la métapsychique subjective ne s’arrêteront pas là, car elles occupent les deux tiers du Traité de Métapsychique (1922) et pèsent le plus dans sa conviction personnelle. C’est son élève, le Dr Jean-Charles Roux, qui reprit dès 1892 la méthode que préconisait Richet depuis 1884 : établir une preuve quantitative d’une faculté paranormale en faisant intervenir le calcul des probabilités. Ils anticipaient sur Rhine de plus de 30 ans. Enfin, Richet ne s’est pas tourné vers les psychokinèses à grande échelle par désintérêt : il a toujours mené ses recherches sur les deux faces du problème, et observait la médium à effets physiques Eusapia Palladino en conditions contrôlées dès 1882. Il considérait qu’à ses yeux, certaines preuves de la métapsychique objective n’étaient pas suffisantes, et qu’il lui fallait des expériences nouvelles pour triompher de ses hésitations (Revue Métapsychique, Jan-Fév 1924).
Ces erreurs, prises une à une, semblent anodines. Mais on trouve peu d’endroits où Hacking fait autant d’approximations en seulement 8 pages. Il semble donc ne pas maîtriser le dossier de la parapsychologie qu’il prétend traiter, et se référer parfois, de son propre aveu, à des on-dit.
Une litanie pseudo-sceptique
Cela ne nous empêche d’étudier l’argumentation qu’il déploie dans son article. Elle est finalement assez sommaire, et consiste à répéter que chaque expérience réalisée en parapsychologie a été un échec, sans donner aucune des références qui permettraient de vérifier (p. 591). Cette présomption dogmatique selon laquelle les données de la parapsychologie n’ont jamais pu être persuasives est placée du côté du pseudo-scepticisme par Irwin & Watt (Introduction to Parapsychology, 2007, p.251-252). En effet, et contrairement au vrai scepticisme scientifique, un élément de doute n’y est jamais pris en compte.
Par exemple, Hacking présente rapidement les recherches d’Ina Jephson, de la Society for Psychical Research, qui fit des expériences de clairvoyance sur des cartes entre 1924 et 1928. Elle reçut l’aide d’un grand statisticien, Sir Ronald Fisher, qui développa un système où pouvait compter pour succès la couleur, l’ordre des cartes, le nombre et le rang de la carte, le tout combiné dans un score moyen. Hacking nous dit qu’elle publia ses résultats, et arrêta ses recherches (p.591), ce qui laisse entendre que les résultats furent négatifs et provoquèrent un désintérêt. Cela est faux : ses résultats furent très significatifs (1928), mais les parapsychologues trouvèrent un biais dans son protocole, le corrigèrent et répétèrent les expériences. Jephson participa aux recherches jusqu’en 1933, puis travailla ensuite comme psychologue avec des enfants perturbés. Ses recherches furent reprises entre autres par Rhine à l’Université de Duke, ce que Hacking omet de mentionner.
Hacking se justifie pourtant de cette faiblesse de son argumentation (p.590) : il ne s’agit pas toujours de jugements a priori, mais « les gens » ne veulent passer leur temps à faire « d’autres sortes de science ». Certains refusent de passer plus de temps sur la parapsychologie parce qu’ils en ont déjà donné beaucoup, et qu’ils savent que rien de plus ne va arriver. « We have done our time », dit Hacking, mais se place-t-il lui-même dans ce lot ? Les raisons de ne pas prendre au sérieux la parapsychologie tourne vite à un « circulez, il n’y a rien à voir »…
Pour autant, Hacking ne conçoit pas la parapsychologie comme une pseudoscience (p.591) : ce serait une science tout à fait parfaite, basée sur quelques spéculations intéressantes mais malheureusement réfutées par les statistiques. Pour Hacking, les phénomènes psi ne seraient pas de ceux qui se laissent reproduire systématiquement dans les laboratoires. Il faudrait quitter l’usage des statistiques pour se tourner vers la constatation d’événements singuliers, convaincants, et opposés aux régularités statistiques, ce que Hacking appelle, à la suite de Peter Galison (1987), les « golden events ». Mais pour Hacking, les recherches de ce genre ne renvoient qu’à un âge d’or nostalgique du début du XXe siècle. Que ce soit avec Home et Palladino comme médiums, et Richet ou Lombroso comme expérimentateurs, ces recherches se faisaient dans une atmosphère propice à la fraude. Les expérimentateurs étaient des croyants, les séances se tenaient toujours dans l’obscurité, et il n’y aurait donc rien d’extraordinaire à expliquer. Et puis, s’il reste des choses inexpliquées, tout le monde sait bien que nous rencontrons souvent des myriades de bizarrerie que nous n’expliquons pas (p.592). Avec une telle stratégie argumentative, Hacking se met à l’abri d’une étude attentive du dossier, qui aurait pu lui faire se rendre compte que Home réalisait ses expériences en plein jour, et non dans l’obscurité, et à plusieurs reprises devant des témoins a priori sceptiques (voir à ce sujet : P. Lamont, The first psychic, Londres : Little Brown, 2005).
Même dans sa tentative pour critiquer les idées de Braude, Hacking procède par des raisonnements qui ne lui ressemblent pas. Ainsi, Braude affirme que les scientifiques, les universitaires et les intellectuels ignorent les preuves des phénomènes psi, qu’ils écartent celles que l’on connaît et ne cherchent pas à investiguer davantage, et que cela peut se comprendre comme de la lâcheté et de la malhonnêteté intellectuelle. Hacking se fait fort de répondre à cela, tout d’abord en reconnaissant qu’effectivement « la plupart des membres de ces classes professionnelles rejètent les phénomènes psi, et le font avec mépris ». A cela il oppose la création des sociétés savantes de recherches psychiques, qui ont réussi à instituer une séparation entre le paranormal vulgaire et les phénomènes psi que l’on pouvait étudier (p.588). Hacking retourne donc l’argument de Braude, parapsychologue critiquant le désintérêt des autres scientifiques, en disant qu’il n’y a pas de désintérêt vu qu’il y a des parapsychologues ! Il pousse l’argument jusqu’à son paradoxe : certes, ces sociétés n’ont reçu le soutien que d’une minorité de chercheurs curieux à chaque génération, et ceux-ci furent même l’objet des moqueries (p.589) ou d’embarras (p.590) de la part de leurs collègues plus « coincés » (p.589). Mais « la communauté scientifique en général n’a pas refusé d’étudier ces phénomènes » (p.589). Ainsi, lorsque c’est à son avantage, Hacking se sert de la minorité des parapsychologues comme de représentants de la communauté scientifique dans son ensemble. Il ajoute également que la plupart des scientifiques actuellement curieux restent silencieux parce qu’ils sont convaincus qu’il n’y a pas d’événements psi à étudier de nos jours (p.589), ce qui reste à prouver !
Hacking cherche donc à montrer que le mépris des scientifiques pour les phénomènes psi est légitime (p.588). Pour cela, il revient à son argument principal, à savoir sa litanie sur l’absence de résultats en parapsychologie. Le SRI n’aurait obtenu aucun résultat (à sa décharge, Hacking publie en 1993, alors que le programme gouvernemental connu sous le nom de Stargate n’a pas encore été déclassifié), le PEAR non plus. Comment Hacking, qui possède des informations fausses sur le SRI et ne connaît pas le nom exact du PEAR, peut-il affirmer que ces deux laboratoires n’ont obtenu aucun résultat ?
Quelques pistes pour comprendre
L’article que nous analysons n’est pas le seul où Hacking évoque la recherche psychique. Il l’avait déjà fait en 1988, en étudiant, en tant qu’historien des sciences, l’apport de Richet à la méthodologie expérimentale par l’introduction de la randomisation et des statistiques, au cours de ses expériences de clairvoyance avec Léonie (I. Hacking, « Telepathy : Origins of Rondomization in Experimental Design », Isis, 79, 427-451). Malgré les précautions qu’il avait prises, son article a été compris comme une reconnaissance des contributions de la parapsychologie aux autres disciplines scientifiques, et donc une sorte de soutien. Or, ce soutien ne reflétait pas vraiment l’état d’esprit de Hacking, et pouvait même le desservir dans sa carrière. On peut donc comprendre cet article critique comme une tentative de rééquilibrer la balance, et d’affirmer haut et fort son appartenance à une communauté rejetant la parapsychologie. Il s’agirait là d’un article stratégique, lavant Hacking de tout soupçon d’accointance avec la parapsychologie. Il reste néanmoins très étonnant que l’article ait été accepté sous cette forme, émaillé d’erreurs, manquant de références, à l’argumentation boiteuse, au titre affirmatif, bien loin du traitement « sérieux » qui était revendiqué. Hacking étant une autorité dans son domaine, connu pour sa rigueur, cela a pu influencé les correcteurs de la revue Dialogue, ce qui est d’autant plus problématique. Il s’agirait alors d’un nouveau exemple où est accepté comme parole experte par rapport à une discipline quelqu’un qui ne pourrait y prétendre, simplement parce qu’il s’agit de parapsychologie.
Une autre piste nous provient d’une communication personnelle de Bertrand Méheust, à qui Hacking avait confié s’être beaucoup plongé dans le paranormal durant son adolescence, son milieu étant très crédule. Ce revirement critique aurait donc des racines personnelles et affectives, expliquant en partie le manque de rigueur dans le traitement de ce dossier associé à la prétention de bien le connaître, et d’avoir perdu bien assez de temps à l’étudier.
Certes, le livre de Braude n’est pas exempt de tout défaut et réfère à des opinions (par exemple, sur le fait que l’usage des statistiques en parapsychologie n’est pas suffisant pour convaincre le grand public) qui ne sont pas nécessairement représentatives de celles de la communauté parapsychologique. Mais la tentative de Hacking pour légitimer le mépris de la parapsychologie ne fait que renforcer l’impression que ce mépris n’est pas intellectuellement honnête.
05 janvier 2008
Le blog skeptico : quand un sceptique dialogue avec les sceptiques et les parapsychologues
Alex Tsakiris est le créateur d'un blog appelé "Skeptico" sur lequel il a posté plus de trente interviews sous forme de podcasts, effectuées avec les principaux chercheurs en parapsychologie et les principaux sceptiques. Comme il l'explique lui-même dans cette interview, il était lui même sceptique, aussi bien envers les parapsychologues que les sceptiques car il trouvait des deux côtés des argumentations cohérentes :
"I was skeptical… of both sides. I had read some books and papers on psi and was impressed, but I had also explored the skeptical side of the debate and found their arguments persuasive. I found the whole thing rather frustrating, here were these very smart scientists with completely opposing viewpoints."
Alex Tsakiris a donc réalisé des interviews dans l'espoir d'avoir quelques réponses à ses questions. Cette démarche nous paraît exemplaire car c'est selon notre expérience le seul moyen de réellement se faire un avis objectif concernant les données scientifiques actuelles à propos des phénomènes réputés paranormaux. Cela implique de consulter et d'étudier en détail à la fois les recherches scientifiques controversées sur ces sujets ainsi que leurs critiques, et c'est également ce que nous faisons au sein du Groupe Etudiants de l'IMI : étudier les faits et les critiques, quelles que soient leurs origines.
Nous avons alors découvert ce qu'Alex Tsakiris a également rapidement observé : un réel problème avec les arguments de la communauté sceptique. Tsakiris s'en est tout d'abord rendu compte en étudiant les critiques de Ray Hyman concernant les expériences de Dean Radin :
"I went into the interview inclined to side with Ray Hyman because he sounded so sure of himself, like he had really dug into this stuff and found the fatal flaw. Well, I played Ray Hyman clips to Dean Radin during the interview and he countered them very convincingly. He pointed out how his published research directly contradicted Ray Hyman criticism. I tried to follow-up with Ray Hyman, but he would never respond. I finally was able to interview Dr. Steven Novella from Skeptics’ Guide to the Universe. He had done the original interview with Ray Hyman, but had no explanation for Hyman’s claims. The experience opened my eyes to what some parapsychology researchers face."
C'est également ce que nous avons observé : lorque vous consultez les critiques sceptiques, ces derniers semblent si sûr d'eux, les arguments paraissent si percutants, que vous pourriez être tenté de rejeter l'ensemble des travaux de parapsychologie comme un ensemble d'ineptie. C'est ce que font les pseudo-sceptiques.
Mais, si vous faites réellement sérieusement vos devoirs, et que vous retournez voir les parapsychologues avec les arguments des sceptiques, que vous analysez les publications dans le détail, vous vous rendez progressivement compte qu'il y a un problème : les critiques sceptiques, qui paraissaient pourtant si convainquantes, sont dans un grand nombre de cas un mélange d'approximations ou d'erreurs. Cela nous a conduit, tout comme Tsakiris, à cette conclusion :
"As I looked into the work of some of the leading parapsychology researchers I realized some of the best research is ignored."
Après près de trente inteviews avec les sceptiques les plus célèbres comme James Randi, Richard Wiseman ou encore Steven Novella, Tsakiris a décidé récemment de faire le point dans un podcast intitulé " Ce que j'ai appris des sceptiques comme Michael Shermer, Steven Novella, James Alcock et James Randi" dont le résumé est le suivant :
"Skeptiko Host Alex Tsakiris looks back at over thirty episodes of Skeptiko and examines what he’s learned from his interviews with skeptics: Michael Shermer, Steven Novella, James Alcock and James Randi. Tsakiris explains how his opinion of the skeptical community has evolved: "…I started this journey expecting genuine debate, a battle of ideas, a war over the evidence, but that’s not what I found. I found a lot of frustrated researchers who were facing a well-organized, aggressive skeptical community that’s managed to change the rules of the game when if come to how certain kinds of controversial science research is done."
Nous conseillons à nos lecteurs d'écouter les interviews de Tsakiris avec les différents sceptiques et de consulter ensuite ce podcast qui fait le point sur ces échanges. Tsakiris explique qu'il avait comme idée initiale qu'il devait y avoir dans ce domaine des échanges et des débats honnêtes entre des scientifiques d'avis différents. Mais après avoir discuté avec la plupart des sceptiques, Tsakiris en arrive à cette conclusion, résumée par trois principales critiques :
Les sceptiques ne supportent pas la recherche
Tsakiris souligne un problème récurrent (particulièrement visible en France) : l'absence de financements pour les recherches dans ce domaine. Ainsi, les sceptiques font tout pour éviter que le moindre financement soit dédié à la recherche scientifique sur les phénomènes réputés paranormaux. Est-il normal que pour des sujets si importants, et qui intéressent tant le public, il n'y ait que si peu de financements pour la recherche ?
Les sceptiques ne lisent pas les recherches
Tsakiris parle en connaissance de cause puisqu'il a pu confronter dans le détail les arguments des sceptiques et des parapsychologues sur plusieurs dossiers. Il en arrive à la même conclusion que le pôle scepticisme de GEIMI : si les sceptiques sont sceptiques, c'est pour une raison simple : ils ne lisent pas la littérature. Ils ne cessent de répéter qu'ils aimeraient lire ne serait-ce qu'un rapport scientifique de qualité, que la charge de la preuve revient aux parapsychologues, mais ce qui est paradoxal, c'est que les données sont là et les interviews de Tsakiris le montrent bien : lorsque les sceptiques sont confrontés aux données, ils ne les connaissent pas car ils ne les ont pas consulté. Pourquoi ? Car cela contredit leur vision du monde, ils préférent donc les éviter.
Tsakiris a également observé ce que nous repérons fréquemment dans les groupes sceptiques : la répétition au sein de ces groupes de ce que d'autres sceptiques disent sans que ces faits soient vérifiés. Tsakiris propose un exemple provenant de ses interviews. Rupert Sheldrake avait mis en place des expériences sur les "chiens qui attendent le retour de leur maitre" comme s'ils avaient une capacité spéciale pour deviner cela. C'est là une étrange idée, mais pourquoi pas. Le seul moyen n'est-il pas de mettre en place des expériences en conditions contrôlées afin de tester cette hypothèse ? C'est ce qu'a fait Sheldrake, obtenant des résultats probants dans ces conditions. Mais Richard Wiseman, un sceptique britannique célèbre, fit également des expériences avec le même chien et affirma n'avoir obtenu aucun résultat. Voilà ce que la plupart des sceptiques croient, et notamment le célèbre James Randi lui aussi interviewé à ce sujet, qui n'hésita pas à affirmer sur Skeptico que Sheldrake et cette histoire de chiens qui attendent leurs maitre avaient été "débunkés" par Wiseman. Sauf que Wiseman a fait une erreur dans ses conclusions concernant ses données et que paradoxalement, ses résultats confirment ceux de Sheldrake, ce que Wiseman reconnait lui-même. On peut ainsi constater comment des affirmations erronnées de la part de sceptiques sont ensuite diffusées dans l'ensemble du monde sceptique même si elles sont complètement erronnées. Nous avons pu constater qu'il existait ainsi des dizaines de mythes sceptiques que vous rencontrez dès lors que vous discutez avec des sceptiques et qui rendent le débat difficile.
Les sceptiques ne font pas d'expériences
Enfin, le troisième point souligné par Tsakiris concerne le fait que les sceptiques ne font pas d'expériences. C'est là encore un aspect très spécifique de la controverse en ce domaine : d'un côté des parpasychologues qui font des expériences et de l'autre, des sceptiques qui critiquent mais qui ne font pas d'expériences. C'est probablement l'un des arguments majeurs qui met la puce à l'oreille de tout observateur extérieur qui s'intéresse à ces débats : l'absence de reproduction des protocoles probants de la part de la communauté sceptique. Pourquoi ? Car 1/ Les sceptiques ne lisent pas ces recherches, ils ne les connaissent donc pas 2/ Ils croient en connaitre certaines car ils ont pris connaissance de leurs critiques, mais ce sont le plus souvent des critiques mensongères 3/ Ce serait prendre le risque pour eux d'obtenir réellement des résultats et de se trouver dans un état de dissonance cognitive fort désagréable.
Pour aller plus loin, Tsakiris a mis en place OpenSourceScience.net dont l'objectif est de permettre l'expérimentation autour de travaux controversés, comme ceux sur les chiens qui attendent leur maitre. Vous pouvez également discuter des podcast de skeptico sur le forum de Skeptico.
01 décembre 2007
Antoine Bagady et la parapychologie
Antoine Bagady est biostatisticien à l'Institut fédératif de recherche en neurosciences (CNRS). Il est également professeur de Karaté. Il s'intéresse, et reproduit, de nombreux phénomènes extrèmes qui sont parfois perçus comme paranormaux tels que la marche sur le feu. Il vient d'ailleurs de publier un ouvrage sur la question intitulé "Se dépasser pour s'accomplir".
Comme la plupart des sceptiques francophones, Antoine Bagady est cohérent lorsqu'il parle de ce que nous pourrions appeler "le paranormal qui n'a rien de paranormal". Il intervient ainsi fréquemment dans les médias afin de proposer des explications rationelles à des phénomènes paraissant irrationnels. Etant donné sa formation scientifique et le fait qu'il soit souvent présenté comme un spécialiste du paranormal, nous pourrions supposer qu'Antoine Bagady sait de quoi il parle.
Ainsi, en mars dernier, le site Internet "L'internaute" avait proposé à Antoine Bagady de répondre aux questions des internautes. Comme chacun peut le constater, la plupart de ses réponses sont tout à fait cohérentes...mais que se passe-t-il quand un Internaute questionne Antoine Bagady à propos des recherches dans le domaine de la parapsychologie scientifique ?
Extrait :
Internaute : Que pensez vous des expériences de Ganzfeld sur la télépathie ? Elles sont sérieuses et montrent des résultats, non ? Alors pourquoi nier l'existence d'un tel pouvoir ?
Antoine Bagady : A l'époque de la grande URSS, des chercheurs ont tenté de mettre en évidence la télépathie, sans succès.
Qu'un chercheur au CNRS puisse répondre cela nous laisse perplexe. Tout d'abord, il existe effectivement certaines recherches URSS mais elles sont cependant globalement assez mal connues. En outre, il n y a pas eu de Ganzfeld en URSS. Mais surtout, Antoine Bagady ne répond pas à la question de l'Internaute. Cela signifie-t-il qu'il ne connait pas les travaux sur le Ganzfeld ? Pourtant, ces derniers sont notamment publiés dans des revues scientifiques classiques. Voici quelques publications sur le sujet :
- Dalton, K. (1997). Exploring the Links: Creativity and Psi in the Ganzfeld, Proceedings of the 40th Parapsychological Association convention, Brighton, UK.
- Morris, R.L., Cunningham, S., McAlpine, S. and Taylor, R. (1993). Towards replication and extension of autoganzfeld results, Proceedings of the 36th Parapsychological Association convention, Toronto, Canada.
- Bem, Daryl J. and Honorton, Charles (1994). Does Psi Exist? Replicable Evidence for an Anomalous Process of Information Transfer, Psychological Bulletin, 115(1): 4-18
- Milton, J. and Wiseman, R. (1999). Does Psi Exist? Lack of Replication of an Anomalous Process of Information Transfer, Psychological Bulletin, 125(4): 387-391
- Milton, J. (1999). Should Ganzfeld Research Continue to be Crucial in the Search for a Replicable Psi Effect? Part I. Discussion Paper and Introduction to an Electronic Mail Discussion. Journal of Parapsychology, 63, 309-335.
- Schmeidler, G.R. & Edge, H. (1999). Should Ganzfeld Research Continue to be Crucial in the Search for a Replicable Psi Effect? Part II. Edited Ganzfeld Debate. Journal of Parapsychology, 63, 335-388.
- Bem, D.J., Palmer, J. & Broughton, R.S. (2001). Updating the Ganzfeld database: A victim of its own success? Journal of Parapsychology, 65, 207-218.
- Storm, L. (2000). Research Note: Replicable Evidence of Psi: A Revision of Milton's (1999) Meta-analysis of the Ganzfeld Databases. Journal of Parapsychology, 64, 411-416.
- Storm, L. & Ertel, S. (2001). Does Psi Exist? Comments on Milton and Wiseman's (1999) Meta-Analysis of Ganzfeld Research. Psychological Bulletin, 127, 424-433.
- Milton, J. & Wiseman, R. (2001). Does Psi Exist? Reply to Storm and Ertel (2001). Psychological Bulletin, 127, 434-438.
- Bem, D.J, Palmer, J. and Broughton, R.S. (2001). Updating the Ganzfeld database: a victim of its own success? Journal of Parapsychology, 65, 207-218.
Le professeur de psychologie daryl Bem a notamment publié l'article "Ganzfeld Phenomena" qui décrit les recherches sur le sujet. Il est également important de rappeler que les sceptiques anglo-saxons ont également publié sur la question. Ainsi, Ray Hyman, l'un des rares sceptiques a avoir étudié en détail les publications du Ganzfeld a indiqué il y a quelques années, dans son rapport concernant le projet Stargate :
"Les éléments en faveur de la réalité des processus psi n'a jamais été aussi bonne [... ]. J'admets aussi que je n'ai pas d'explication à proposer pour les effets observés. "
Les conséquences de cette attitude
L'attitude d'Antoine Bagady est un nouvel exemple de pseudo-scepticisme français. Sous couvert d'informations justes et cohérentes concernant certains phénomènes qui n'ont rien de paranormaux, Antoine Bagady laisse penser, selon le principe d'omission, qu'il n'existe pas de travaux scientifiques serieux laissant ouvert la question de possibles interactions psi. Ce type d'attitude est dangeureuse car :
1/ Etant biostatisticien, qui plus est au CNRS, le grand public fait confiance à Antoine Bagady. S'il dit publiquement qu'il n'existe pas de travaux scientifiques serieux sur la question, les gens auront tendance à le croire. A force de répéter de telles affirmations, cela engendre une réelle désinformation sur le sujet dont l'une des conséquences est la quasi impossibilité d'aborder à l'université, en France, ces sujets.
2/ Pour la partie du public qui sait qu'il existe des laboratoires universitaires à l'étranger (comme probablement l'internaute qui a posé cette question), une telle réponse décridibilise les sceptiques et les scientifiques français. Cela met en évidence leur méconnaissance des travaux universitaires sur la question, ou, ce qui serait plus grave, leur volonté délibérée de cacher ces informations au grand public. C'est notamment pour cette raison qu'une partie du public considére parfois les scientifiques comme "bornés" et les sceptiques comme des gens qui seraient malhonnêtes intellectuement.
3/ Certaines personnes mal intentionnées peuvent facilement récupérer de tels écarts entre le discours de certains scientifiques français et la réalité des recherches. C'est notamment le cas de sectes comme la scientologie et les raéliens. Il est en effet facile, faits à l'appui, de démontrer ces procédés pseudo-sceptiques utilisés par certains scientifiques. Et les sectes se servent ensuite de cela pour vendre bien d'autres choses qui sont tout à fait imaginaires avec les dégats psychologiques que nous connaissons.
Quand des scientifiques français comme Henri Broch, Nicolas Gauvrit et Antoine Bagady ont ce type d'atttitude, leur volonté est probablement de bien faire. Ils critiquent les charlatans afin d'éviter que des personnes soient abusées. Mais est-il normal, sous couvert de scepticisme, d'utiliser des techniques (omission, déformation, etc.), justement critiquées quand elles sont utilisées par des charlatans, pour tenter de dissimuler les travaux scientifiques qui pourraient éventuellement contredire les croyances et les convictions de ces auteurs ?
08 novembre 2007
Hallucination, suggestion et séances médiumniques
Introduction
Dans ce billet, nous allons étudier ce qui nous apparait comme une recherche d'orientation sceptique (ou zététique) de qualité. Ce sera également l'occasion de rendre peut-être plus intelligible notre approche en donnant un exemple du type d'approche universitaire sceptique que nous défendons.
Ce travail de recherche a été effectué par Richard Wiseman (département de psychologie de l'université de Hertfordshire, plus axé sceptique) et Matthew Smith (département de psychologie de Liverpool, plus axé parapsychologie scientifique). Il a été publié en 2004 dans le British Journal of Psychology, une revue de psychologie classique. Cet article est disponible en ligne à cette adresse. Une vidéo sur ce type d'expérience est aussi disponible :
Présentation de l'expérience
La qualité de cette recherche provient du fait qu'elle teste, en conditions contrôlées, certaines hypothèses pouvant rendre compte, au moins en partie, de résultats obtenus lors de l'étude de phénomènes réputés paranormaux. Les phénomènes en question concernent les séances médiumniques particulièrement à la mode au début du siècle mais qui sont encore d'actualité. Dans ces séances, des médiums devaient notamment tenter de déplacer des objets par la simple action de la pensée (la psychokinèse).
Lorsque l'on consulte dans le détail les compte-rendus de ces expériences, on constate qu'elles se déroulaient dans des conditions bien particulières : le plus souvent dans la pénombre et durant de nombreuses heures. Il existe une multitude de comptes rendus de ces séances, impliquant notamment de grands scientifiques, qui demeurent difficile à expliquer.
Wiseman et Smith ont donc mis en place un protocole visant à évaluer la pertinence d'informations d'observateurs lors de séances médiumniques. L'hypothèse de Wiseman et Smith est que des personnes qui ont tendance à croire au paranormal verront davantage de phénomènes "paranormaux" qui ceux qui n'y croient pas, et cela selon l'influence de suggestions verbales.
Au cours de deux expériences, Wiseman et Smith ont placé des objets luminescents sur une table. Les personnes de l'assistance (environ 25 personnes lors de chaque séance ; 152 personnnes présentes en huit séances, recrutées lors de congrès Fortean Times) sont assises autour de cette table. Elles remplissent un questionnaire concernant leur croyance ou non à certains phénomènes paranormaux. Un faux médium fait ensuite son apparition. Les participants se tiennent la main et observent différents objets placés sur la table tandis qu'ils sont placés dans une semi obscurité. Un système infra-rouge et une caméra vidéo permettent de vérifier ce qui se passe lors de la séance. Certains objets sont bougés par des techniques d'illusionisme. D'autres ne bougent pas mais le médium suggère oralement que l'objet bouge (la table par exemple). Deux semaines plus tard, les personnes présentent lors de l'expérience recoivent un questionnaire leur demandant d'indiquer ce qu'elles ont observé lors de la séance. Voyons à présent quels sont les résultats obtenus par Wiseman et Smith.
Résultats de l'expérience
Les résultats indiquent, de façon significative (p=.05), dans la première expérience, que les personnes qui croyaient au paranormal avant la séance ont davantage vu la table bouger (ce qui est le cas de 31% des participants, sachant qu'en réalité la table ne bougeait pas mais que le médium suggérait oralement qu'elle bougeait). De la même façon, 10% des personnes ont vu une sonnette bouger, alors qu'elle n'avait pas bougé et que le faux médium ne suggérait rien. Cette première expérience démontre clairement l'impact de la suggestion orale sur le témoignage des participants.
La deuxième expérience est du même ordre. Elle visait à confirmer les résultats obtenus lors de la première étude. Les résultats sont plus nuancés :
- pour un tambour qui ne bouge pas avec le faux médium (en l'occurence Wiseman) ne disant rien : 10% rapporte qu'il a bougé. Pas de relation significative selon que les participants soient croyants ou non (p=.039)
- pour une sonnette qui ne bouge pas avec le faux médium suggèrant qu'elle bouge : 11% des participants disent qu'elle a bougé. Là encore, les croyants ont davantage tendance à modifier la réalité (p=.05)
- pour une ardoise qui bouge réellement avec le faux médium suggèrant qu'elle ne bouge pas : 86% des participent disent que l'ardoise n'a pas bougé. Pas de lien entre le fait d'être croyant au paranormal ou non (p=.92)
- pour un chandelier qui bouge réellement avec le faux médium ne disant rien : 9% indique que le chandelier n'a pas bougé. Pas de lien entre le fait d'être croyant ou non (p=.35)
Les résultats pour le tambour et la sonnette semblent ne pas confirmer les premiers résultats. Cependant, pour l'ardoise et le chandelier, les résultats obtenus confirment les résultats de la première étude. Le lien entre l'observation et la croyance initiale est également confirmé. Les résultats obtenus suggèrent aussi fortement que les croyants sont plus susceptibles à la suggestion que les non-croyants. La suggestion orale, en fonction des croyances des personnes, pourrait donc avoir un impact important sur la mémorisation d'évenements.
Les résultats de cette étude permettent de s'interroger concernant certains phénomènes rapportés comme authentique lors de séances médiumniques. On remarquera en outre que le questionnaire portait aussi sur différents phénomènes vécus lors de la séance et généralemment rattachés à ce type de conditions (changement de température, sentiment d'énergerie, etc.) Il est donc fort probable que ce type de séance induise chez les participants des réactions et des ressentis psychosomatiques. Il est possible qu'il s'agisse de ce type de phénomène que l'on retrouve aussi lorsque des personnes se rendent sur des lieux hantés comme les RIP. On notera aussi que plusieurs participants ont réellement été convaincu d'avoir assisté à des phénomènes paranormaux.
Comme dans tout bon travail de recherche, celui de Wiseman et Smith indique également ses limites. Il est en particulier difficile de déterminer dans quelle mesure les résultats obtenus dans ces conditions peuvent être étendus à d'autres domaines. Le public choisi pour l'expérience est notamment spécifique. Dans des séances spirites, il est probable que les personnes présentes, souvent motivées par la volonté de rentrer en contact avec un proche décédé récemment, soient davantage en prise avec de tels processus. Et cela d'autant plus que dans cette expérience, il n'était pas dit aux personnes qu'ils assisteraient à des phénomènes paranormaux "véridiques". La question reste alors la suivante : peut-on pour autant réduire l'ensemble des expériences de séances médiumniques à des suggestions verbales, une mémoire "subjective" et la croyance des participants ?
28 septembre 2007
La voyance en ligne
Les sites de voyance en ligne sont particulièrement nombreux. Sont-ils fiables ? Peut-on réellement obtenir des informations de qualité par le biais des services de voyance par téléphone et par Internet ?
Les charlatans et les escrocs
L'immense majorité des sites de voyance appartient à des charlatans et des escrocs. Ces derniers créent un nombre considérable de sites - qui ont d'ailleurs des architectures similaires et repérables - en recherchant la visibilité la plus grande. Ces sites proposent généralement une « voyance gratuite » en fonction des réponses données à quelques questions. Suite à cette consultation gratuite, une somme d'argent est demandée afin de bénéficier d'autres services...
Ces sites sont un véritable fléau et certains webmestres vivent de la création de tels sites. Ils les conçoivent et les vendent pour plusieurs milliers d'euros au plus offrant. Les acheteurs potentiels peuvent à leur tour espérer des gains conséquents. Il en est de même des sites proposant des contacts téléphoniques avec des « voyants » recrutés de la même façon que pour les hotline, c'est-à-dire dans une population de personnes non douées qui suivent des protocoles prédéfinis. On leur explique brièvement comment satisfaire les clients ; il ne leur reste plus qu'à répondre aux nombreux appels...
Les convaincus et les illuminés
Outre cette multitude de sites gérés par des escrocs, on peut également remarquer l’existence de quelques sites de voyants dont l’approche est manifestement honnête. Cependant, honnêteté ne signifie pas compétence, et les motivations de ceux qui deviennent voyants sont généralement à la rencontre entre croyances et « raisons sociales ». En effet, s’installer comme voyant, n’est-ce pas la possibilité de trouver un emploi somme toute assez confortable, permettant de bien gagner sa vie, et cela sans qualification particulière ?
Les raisons d'un succès
Dans un cas comme dans l’autre, comment comprendre que ces sites aient un tel succès ? Plusieurs raisons sont repérables. La première est sans doute la difficulté psychologique et sociale dans laquelle se trouvent un nombre grandissant de personnes. Face à une vie difficile et tourmentée, il peut s’avérer, pour certains, plus simple d'attendre de l'espoir de ce type de consultations de voyance. Ainsi, nombreux sont ceux qui consultent ces sites afin d'être rassurés concernant un avenir qui leur paraît inquiétant. De la même façon, nombreux sont ceux qui consultent ces services de voyance pour s'entendre dire qu'ils sont exceptionnels, qu'ils vont devenir riches ou retrouver un amour perdu.
Une autre source de ce succès provient de la grande méconnaissance du public d'un certain nombre de biais psychologiques pouvant laisser croire qu'une personne a des perceptions extra-sensorielles. Ces biais, associés à quelques "trucs" de mentalisme, permettent d'impressionner des esprits qui se disent rationnels et sceptiques. L'objet de ce billet n'est pas l’étude détaillée de ces différents procédés. Nous pouvons cependant souligner au passage les plus courants :
L'effet barnum : face à des énoncés généraux, nous avons tendance à nous reconnaître dans certains d'entre eux (alors que ces énoncés pourraient correspondre à n'importe qui).
La fascination : l'effet barnum se combine généralement à l'effet de fascination engendré par la consultation de voyance, et cela aussi bien par Internet ou par téléphone. Nombreux sont ceux, en mal de merveilleux, qui espèrent ainsi vivre un phénomène exceptionnel dans la rencontre avec une personne censée être douée de capacités extra-sensorielles.
Le cold reading : un certain nombre de techniques, appelées techniques de "cold reading", sont particulièrement efficaces pour donner l'impression que l'on sait des choses sur une personne sans pour autant la connaître. Certains mentalistes arrivent à des résultats saisissants en utilisant ces techniques.
La communication infra-verbale : Largement sous estimée, et utilisée lors du "cold reading", cette forme de communication permet d'acquérir un très grand nombre d'informations. Par exemple, le temps de réponse de son interlocuteur peut être source de nombreuses ajustements. Ainsi, quand on analyse dans le détail certaines consultations de voyances, on peut remarquer qu'après avoir posé une question, le voyant analyse le temps de réponse du consultant. Si ce temps dépasse une certaine limite (même un temps très court de seulement quelques centièmes de secondes), il saura inconsciemment que sa question n'est probablement pas pertinente. Par exemple : "Avez vous un fils en difficulté actuellement ?". Si la personne ne répond pas rapidement, le voyant analyse inconsciemment ce temps de réponse et reprend sa question de lui-même "...ou peut-être plutôt une fille ou quelqu'un de votre entourage ?". De façon générale, l'analyse détaillée de ces signes restent à faire étant donné le peu de travaux scientifiques sur la question. C'est là encore l'une des conséquences du tabou académique auquel nous avons déjà fait allusion qui empêche l'analyse de données qui seraient certainement très enrichissantes de façon générale sur le plan scientifique.
Voyance et perceptions extra-sensorielles.
Comme vous l’aurez compris, il n’est pas souhaitable de consulter les sites de voyance par Internet. Non seulement vous aurez droit à des mensonges, mais vous enrichirez des escrocs qui pourront développer ce type d’activités. Les approches zététiques ont d'ailleurs un rôle essentiel à jouer dans l'éducation du grand public afin qu’il soit en mesure de reconnaître ces escrocs et ces différents biais psychologiques. Il serait également vivement souhaitable que le gouvernement prenne au plus vite des mesures pour lutter contre ces sites Internet. Une loi interdisant les consultations de voyance par Internet ne serait pas de trop.
Pour autant, peut-on réduire la voyance à ces sites Internet ? Tout dépend de ce que l'on entend par voyance. A l'heure actuelle, en France, la voyance semble être principalement un mouvement social, à cheval entre charlatanisme et croyance. Pourtant, la voyance trouve généralement sa légitimité dans l'existence des capacités extra-sensorielles. Cela place d'ailleurs la communauté parapsychologique dans une situation délicate car bien souvent, des travaux de nature expérimentale sont cités à tort et à travers pour légitimer ou prouver la voyance (ceci explique d'ailleurs en grande partie le développement du pseudo-scepticisme qui préfère sacrifier les travaux scientifiques sur la question, de peur de voir ces derniers récupérés de la sorte).
Il parait donc pertinent de différencier voyance et perceptions extra-sensorielles (PES). Deux hypothèses principales sont alors envisageables : soit les PES n'existent pas et la voyance est réductible à des phénomènes psychologiques du type de ceux déjà décrits précédemment, soit les PES existent mais la plupart des voyants n'ont pas de capacités de PES. Ces hypothèses nécessitent, pour qu'on soit en mesure d'y répondre, de plus amples recherches. Car il ne faut pas oublier qu’il existe également quelques rares voyants qui ont accepté de participé à des recherches scientifiques, donnant lieu parfois à des résultats troublants qu’il convient d’expliquer. Mais, quoiqu’il en soit, à l’heure actuelle, le lien entre voyance et perceptions extra-sensorielles semble fort limité…
26 septembre 2007
Futura-sciences, tabou académique et pseudo-scepticisme
Futura-science est le portail français le plus important sur le web concernant la diffusion de la pensée scientifique. Son succès n'est d'ailleurs pas étonnant car ce portail est très bien conçu et la plupart des articles, rédigés par de jeunes chercheurs, sont de qualité. Futura-science dispose notamment d'un forum, très visité, qui permet aux internautes d'échanger autour des différents domaines scientifiques. Nous nous intéresserons aujourd'hui à ce site car il propose une illustration intéressante des conséquences du tabou académique portant sur l'étude scientifique des phénomènes réputés paranormaux.
Une charte explicite
Dans la charte du forum, il est indiqué ceci :
"6. Ayez une démarche scientifique. Ce forum n'est pas un lieu de discussion sur de soi-disant phénomènes paranormaux ou "sciences" parallèles. Toutes idées ou raisonnement (aussi géniaux soient ils) doivent reposer sur des faits scientifiquement établis et non sur de vagues suppositions personnelles, basées sur d'intimes convictions. Etant sur un forum scientifique, les discussions religieuses ou politiques ne sont pas tolérées."
Une telle règle parait cohérente. Les modérateurs du forum du site Futura-science espèrent ainsi éviter les déviances pseudo-scientifiques. Ils espèrent également que les débats d'idées resteront des débats scientifiques reposant sur des argumentations scientifiques. Cependant, une telle approche, qui parait logique et rationnelle, cache une réalité plus complexe comme l'illustre ce récent débat sur le forum Futura-science consultable ici.
Une démarche zététique autorisée
Comment souvent sur les sites scientifiques, et notamment sur le forum Futura-Science, il est éventuellement possible d'envisager les phénomènes paranormaux dans une approche zététique "fermée" : il faut étudier ces phénomènes pour démontrer qu'ils ne sont que fantasmes et lubie. Le paranormal est la conséquence de croyances et le risque d'un retour de l'obscurantisme. Si un tel préalable est clairement énoncé, alors il est possible d'échanger sur ce thème. Dans le débat en question, les premiers échanges ne sont pas problématiques tant qu'ils ne portent que sur la zététique "fermée".
Pseudo-parapsychologie=parapsychologie=pseudo-science
Dès lors que l'approche zététique "fermée" est critiquée - car elle ne prend en compte qu'une partie des travaux scientifiques - tout débat devient rapidement impossible. Pourquoi ? Les modérateurs craignent manifestement le développement sur le forum de pensées para-scientifiques. Or ils sont persuadés, de par leur formation scientifique initiale, de connaitre les travaux pseudo-scientifiques portant sur l'étude des phénomènes paranormaux. Au vu des remarques des modérateurs, on constate en particulier qu'ils affirment connaitre la parapsychologie et l'avoir jugée : les méta-analyses sont mal faites et les protocoles sont biaisés.
Mais à aucun moment ces modérateurs ne sont en mesure d'en faire la preuve. Lorsqu'il leur est demandé d'étayer ces arguments par des références, comme indiqué dans la charte, aucun des modérateurs ne répond. Et pour cause, il s'agit d'un a priori pseudo-sceptique de base qui ne correspond à aucun fait établis. Cette hypothèse est confirmée par le fait que l'un des modérateurs fait référence au projet Stargate et en propose une lecture pseudo-sceptique en phase avec l'analyse que peut en faire Shermer. Comme nous l'avons déjà démontré, ce type d'analyse se passe volontiers des faits et nous sommes, pour le coup, clairement dans une approche pseudo-scientifique. Nous voyons d'ailleurs au passage comment se diffusent les critiques pseudo-sceptiques dans le milieu scientifique (car la plupart des scientifiques pensent que si c'est critique, c'est sérieux).
Le premier obstacle à la discussion est donc la ferme conviction, de la par des modérateurs, que ce sujet est nécessairement parascientifique, qu'il ne peut être l'objet de travaux universitaires et de débats de qualité. Cette conviction, qui provient de l'amalgame avec la pseudo-parapsychologie et de la désinformation pseudo-sceptique, conduit les modérateurs à ne pas étudier les publications proposées (rapport remis à la DIA, articles de revues comme Statistical Science ou Psychological Bulletin).
Le refus d'étudier les publications scientifiques
Puis, quand quelques rapports scientifiques sont proposés, notamment celui rédigé par Jessica Utts, professeur de statistiques, la réaction est celle de la communauté scientifique dans son ensemble : faire comme si tout ceci n'existait pas. En effet, étant donné la qualité du travail effectué, l'absence de biais manifestes, le seul moyen d'éviter de prendre en compte de tels travaux est de faire comme s'ils n'existaient pas. Une telle politique de l'autruche donne lieu à des biais déjà décrits dans ce blog : biais de sélection, de confirmation et de persévérance.
Ainsi, bien qu'il existe une dizaine de laboratoires universitaires travaillant sur ces questions, que des dizaines de scientifiques travaillent sur ce sujet, que leurs travaux sont publiés dans des revues mainstream, ces jeunes chercheurs ne changent pas leur position : cette réalité est jugée impossible dès le départ sans aucune analyse des faits. On est bien loin d'une approche scientifique !
Un objet d'étude qui ne doit pas donner lieu à des recherches scientifiques
Mis en difficulté par l'existence de ces travaux universitaires publiés dans des revues sérieuses - travaux qui contredisent clairement les convictions pseudo-sceptiques des modérateurs -, ces derniers indiquent qu'un tel objet ne doit pas être étudié. Les phénomènes réputés paranormaux n'existent pas et donc tout travail sur la question est une perte de temps.
Ce qui est d'autant plus étonnant, c'est que l'approche scientifique de ces phénomènes ne prétend nullement prouver ou démontrer l'existence de ces phénomènes. Une approche scientifique de la question vise simplement à étudier objectivement cet objet d'étude pour en déterminer la nature. Même une approche scientifique et critique n'est pas autorisée.
Cette attitude est la conséquence du tabou académique qui entoure ce type de recherches scientifiques. En somme, il est possible d'étudier n'importe quoi scientifiquement, mêmes les phénomènes les plus grotesques (cf. la partie "Débats scientifiques" du forum futura-science), mais il y a un sujet qui ne peut-être abordé : les phénomènes réputés paranormaux. Et même la publication de travaux par des scientifiques dans des revues mainstream n'y change rien, alors que c'est un des critères de scientificité attendu et déclaré manquant dans le champ des pseudosciences. Au final, on ne doit pas étudier et tenter de comprendre ces phénomènes. En ce domaine, l'obscurantisme est roi.
Des différents épistémologiques
Si ce refus dogmatique a priori trouve ses sources dans une approche pseudo-sceptique, il est également renforcé par certains choix épistémologiques. En l'occurence, les modérateurs ont manifestement des formations dans le domaine des sciences exactes, et malheureusement, comme c'est le cas à l'heure actuelle en France, les formations épistémologiques sont déplorables à l'université. En conséquence, beaucoup de jeunes chercheurs se représentent le domaine scientifique et leurs propres recherches avec une épistémologie naïve et datée.
Dans le cas présent, cela mène à certains choix épistémologiques clairement indiqués. Par exemple, ces jeunes chercheurs savent, sans étudier les travaux scientifiques sur la question, qu'un phénomène de nature psychologique ne peut avoir une incidence sur le plan physique. Ils n'ont pas besoin d'étudier ces travaux car ils savent déjà que c'est impossible.
Une illustration du tabou académique
Cette attitude de la part de jeunes chercheurs se retrouve dans toute une part de la communauté scientifique. On retrouve les mêmes symptômes : convictions que leur formation scientifique leur permet d'avoir un abord critique de ce thème de recherche, conviction parfois renforcée par des lectures pseudo-sceptiques. Ils pensent donc déjà connaitre les travaux sur la question. Ainsi, celui qui oserait dire "pourquoi ne pas étudier scientifiquement ces phénomènes ?" devient aussitôt louche. Il ne doit pas être sérieux, car ce thème de recherche n'est pas sérieux. A l'université, les conséquences de ce type de raisonnement sont claires : mieux vaut ne pas s'intéresser à tout cela si l'on veut pouvoir rester universitaire.
Ainsi, quand les modérateurs se trouvent en difficulté face à quelques publications scientifiques sur le sujet qui contredisent leurs convictions, le sujet est fermé, avec ceci d'indiqué :
"L'équipe de modération dans son ensemble est plus que sceptique sur les phénomènes para-psychologiques et autres. Dans un soucis d'ouverture elle a laissé s'exprimer des participants qui ont donné des références que chacun sera libre de consulter pour se faire son opinion. En conséquence, Futura-Sciences ne souhaitant pas être une tribune pour les para-sciences, cette discussion est fermée."
Un souci d'ouverture qui cependant ne cadre pas avec la réalité : les sujets portant sur cette question sont effacés par les modérateurs quelques temps après. En plus de la disparition des topics gênants, l'équipe éditorial de futura-sciences peut aller très loin dans la modération : menaces d'exclusion en message privé et interdiction de droits de réponse. Tout le contraire de ce qu'on attendrait d'un forum ayant un souci d'ouverture.
L'attitude du site Futura-Sciences, illustrée par ce débat, montre donc bien la situation dans laquelle se trouve la recherche scientifique en ce domaine. Elle ne peut se développer étant donnée les résistances de la part d'un certain nombre de chercheurs qui considèrent ce thème de recherche comme dangereux et sans intérêt. Persuadés d'être absolument dans leur bon droit, ils ne consultent jamais les publications scientifiques sur la question. Ils ne changent donc pas d'avis et jugent sévèrement ceux qui oseraient s'y intéresser. On comprend alors mieux pourquoi il n'y a pas de travaux universitaires sur la question dans l'hexagone. En attendant, les sectes et les charlatans peuvent tranquillement continuer à proliférer, profitant d'un non-interventionnisme scientifique.
12 septembre 2007
Des ovnis au mexique...
Ce billet sera l'occasion de prendre un exemple illustratif, un cas d'ufologie, pour étudier, brièvement, les positions "pseudo-". Ces positions sont très fréquentes dès qu'on aborde le paranormal. Ce sujet touche en effet en chacun de nous des zones de croyance, de fascination et de rejet. Ainsi, on observe bien souvent des réactions irrationnelles et infondées.
L'avantage de cet exemple provient du fait que nous avons, au final, l'explication du phénomène. Nous pouvons donc, dans l'après-coup, déterminer les réactions de chacun lors de la diffusion du phénomène et ainsi évaluer la pertinence de ces réactions.
Le cas en question est une observation d'ovni, filmée au mexique, en 2004. Ce cas d'ovni fut assez largement relayé médiatiquement, même en France, ce qui, il faut le dire, est particulièrement rare. La raison de cet écho médiatique trouve probablement ses sources dans l'aspect "télégénique" du cas provenant de la vidéo diffusée par l'armée de l'air mexicaine.
Deux attitude principales virent le jour :
Les "pseudo-ufologues" qui ont clamé haut et fort qu'il s'agissait là d'une preuve supplémentaire de la réalité d'une présence extra-terrestre sur Terre. Cette fois-ci, ces méchants sceptiques bornés n'avaient qu'à bien s'y tenir, ils détenaient enfin LA preuve de ce qu'ils avaient compris avant tout le monde : l'existence d'une civilisation extra-terrestre venant visiter la terre. Face à ces "pseudo-ufologues", on trouvait des "pseudo-sceptiques" proposant diverses explications "scientifiques" du phénomène : oiseaux, phares de camion, phénomène naturel, etc.
Ce que l'on constate assez rapidement quand on observe les échanges entre ces deux catégories de personnes, c'est à quel point il n'est plus questions de faits. Nous sommes dans le registre de la croyance puisque les pseudo-ufologues et les pseudo-sceptiques ne s'appuient pas sur des faits détaillés. Ils interprètent le phénomène en fonction de leurs convictions et de leurs croyances antérieures. Chaque nouveau détail est l'occasion de défendre sa position initiale.
Heureusement, il existe une troisième catégorie de personne qui analysa en détail les faits. Elle provient d'un observateur - ufologue ou sceptique, c'est sans importance - qui a réellement analysé sans a priori la vidéo et qui a donc pu proposer une hypothèse rendant compte du phénomène. Quelques explications sont disponibles ici.
Ce cas permet d'illustrer, brièvement, un phénomène qui ne touche pas seulement l'ufologie. Dès lors qu'il est question de paranormal, ce type d'approche prime généralement. Pour des raisons certainement complexe, le "paranormal" semble appartenir à ces sujets qui engendrent chez la plupart des gens une sorte de disparition de l'esprit critique pour laisser la place aux convictions les plus profondes. Ces convictions peuvent alors prendre deux apparences : la croyance et le rejet a priori.
Ceux qui s'intéressent à ce champ de recherche, et qui souhaitent le faire dans les meilleures conditions, ne doivent jamais oublier ce phénomène (d'ailleurs expliqué en partie par les psychologues) et il est souvent essentiel, dès lors qu'on étudie un phénomène réputé paranormal, de s'interroger sur ses motivations les plus profondes et sur ce qu'engendre en nous, a priori, un "fait paranormal". Si votre tendance naturelle est à la "croyance", alors concentrez vous davantage sur des lectures critiques. Vous risquez en effet de les sous-estimer. Inversement, si vous tendez généralement vers le "rejet", pensez à prendre compte les arguments et les faits allégués par ceux qui pensent que le phénomène existe.
Un cas d'ufologie comme celui là permet en généralement de déterminer rapidement la tendance de chacun. C'est ainsi que se l'on rend compte que ceux qui savent garder un abord impartial ne sont certainement pas majoritaires....

