Zététique

Un blog sur la zététique et la parapsychologie scientifique, l'étude critique des phénomènes paranormaux dans une optique scientifique.

14 avril 2008

L’Observatoire Zététique et le scepticisme de James Alcock

alcockL’Observatoire Zététique (OZ) a publié dans sa newsletter du 13 avril 2008 (téléchargeable ici) un compte-rendu de lecture ainsi que plusieurs citations de l’ouvrage du psychologue sceptique James Alcock (photo ci-contre). L’OZ a également publié une interview inédite de James Alcock par Géraldine Fabre, en le questionnant notamment au sujet d’une remarque le concernant tirée du Bulletin Métapsychique n°3 (article du membre du GEIMI Philippe Garnier, 2007). Quelques précisions nous paraissent nécessaires devant des remarques de l’OZ concernant la parapsychologie qui sont, une nouvelle fois, pour le moins approximatives.

« des erreurs méthodologiques dans les protocoles expérimentaux et le traitement des données, des interprétations problématiques et des explications ad hoc aux échecs (comme l’effet expérimentateur qui expliquerait que les sceptiques ne réussissent pas à mettre en évidence le psi). »

C’est une erreur classique d’incompréhension des travaux de parapsychologie. L’hypothèse mouton-chèvre et l’effet expérimentateur, ne sont pas des explications ad hoc. Si elles l’étaient, ces hypothèses seraient bien entendu illégitimes. Sauf qu’ici, ces hypothèses reposent sur des données expérimentales : les personnes qui ne croient pas à l’existence des perceptions extra-sensorielles ont de moins bon résultats (Pour une méta-analyse de ces travaux, cf. Lawrence, 1993). De même, plusieurs travaux ont semble-t-il mis en évidence l’influence des croyances de l’expérimentateur sur les résultats (Schlitz, Wiseman, Watt, & Radin, 2006). Bien entendu, ces résultats dérangent certains sceptiques, qui tentent de les camoufler en laissant entendre qu’il s’agirait d’hypothèses ad hoc, ou bien ne les mentionnent même pas.

« Si de telles erreurs se retrouvent dans d’autres domaines de la recherche scientifique, elles sont particulièrement importantes à pointer en parapsychologie car les résultats de cette discipline, s’ils étaient avérés, remettraient en question des connaissances solidement établies en biologie, physique, etc. »

Il y a effectivement des enjeux importants derrière les problèmes traités par la parapsychologie, mais les connaissances acquises qui vacilleraient restent encore loin d’être identifiées. Il est possible que la parapsychologie apporte des données complémentaires plutôt que révolutionnaires, ce sur quoi nous reviendrons. Dans l’immédiat, il n’y a pas d’étude mettant en évidence une surabondance d’erreurs méthodologiques en parapsychologie. Comme dit Alcock, la parapsychologie sert de support pour divulguer des problèmes se posant en fait dans tout le champ scientifique.

« Pour cette remise en question (toujours possible en science), la preuve avancée doit être incontestable. Le problème majeur reste donc, selon James Alcock, le fait qu’il n’existe toujours pas d’expérience rigoureuse, reproductible qui mette en évidence un phénomène psi. Il partage ainsi la vision de Hansel (1971) : « C’est une croyance en quête de données plutôt que des données en quête d’explication ». »

Cette argumentation a pour problème de réduire le point de vue des divers parapsychologues à celui d’une croyance unique. Or, il existe plusieurs cas de figures en parapsychologie comme il existe plusieurs avis différents selon les chercheurs. Il est tout à fait vrai qu’il n’existe pas une preuve incontestable du psi, ni une expérience si facilement reproductible qu’elle puisse convaincre n’importe quel chercheur de la réalité de ces phénomènes. Cependant, selon certains chercheurs, ces phénomènes sont reproductibles dans certaines conditions : par exemple le protocole sur les rêves télépathiques, le Ganzfeld standardisé ou les expériences de remote viewing (Pour des références sur ces travaux et sur d’autres, consulter le Recueil de preuves en faveur du psi de Parker & Brusewitz, 2003). Or, les sceptiques contemporains n’essayent pas de reproduire ces expériences. Lorsque certains s’y tentent, cela peut entraîner une certaine dissonance cognitive. Ainsi, deux sceptiques ont tenté de reproduire les expériences Ganzfeld standardisées (Delgado-Romero, & Howard 2005), obtenant un taux de succès de 32 % contre 25 % attendu, ce qui est conforme au taux moyen obtenu par les parapsychologues. Mais ces chercheurs ont alors conduit une autre étude ad hoc en modifiant la méthodologie, laquelle a échoué, et ont conclu leur article à partir de cet échec final.

L’absence de reproduction des protocoles parapsychologiques par les sceptiques est néanmoins la norme. Il est important de prendre conscience de ce que cela signifie : la communauté sceptique, qui prétend pourtant étudier le paranormal de façon scientifique, n’a jamais essayé de mettre tous les atouts de son côté. La logique voudrait que le chercheur qui souhaiterait se faire un avis fasse une revue de la littérature, et reproduise le protocole qui a le mieux fonctionné dans le plus grand nombre de laboratoires. Ce n’est pourtant pas ce que font la plupart des sceptiques, et cela a de quoi surprendre. Il existe en fait trois cas de figure :

· Vous êtes sceptique et refaites l’expérience, et vous obtenez éventuellement des résultats. Par honnêteté, vous les publiez. Dans ce cas, vous devenez louche, plus du tout fréquentable, bref, vous n’êtes plus considéré comme sceptique, mais comme parapsychologue et « pro-psi ». Cette mésaventure est arrivée par exemple au professeur de psychologie Daryl J. Bem avec le Ganzfeld (cf. Bem & Honorton, 1994).

· Vous êtes sceptique et refaites l’expérience, suite à quoi vous obtenez éventuellement des résultats. Cela ne correspond pas à votre conviction profonde, et vous altérez la présentation de vos recherches. Plusieurs exemples de sabotages de ce genre : Susan Blackmore (Berger, 1989), le CSICOP avec l’effet Mars (Rawlins, 1981 ; et Hansen, 2001, lisible ici), Delgado-Romero & Howard précédemment cité…

· Dernier cas de figure : vous faites comme l’OZ, en montant de mauvais protocoles ne donnant aucun résultat, ce qui entretient un discours sceptique.  Cela vaut par exemple pour Baker se débarrassant des conditions rigoureuses d’un laboratoire pour tester la sensation d’être observé « dans la rue » (2000).

« Je regrette de ne pas m’être plongée dans la lecture de cet ouvrage plus tôt dans ma vie de zététicienne. L’éclairage psychologique que James Alcock apporte sur les croyances est particulièrement fin et déborde largement du cas de la parapsychologie. J’ai également trouvé dans ce livre quelques éléments de réflexion concernant une interrogation que je garde toujours à l’esprit : « Les sceptiques refusent-ils de « voir », d’admettre une évidence « dérangeante » ? Sont-ils en dissonance cognitive, cherchant sans cesse à réfuter l’existence du psi qui mettrait en péril « leur science » ? ». Je n’imaginais pas que cette hypothèse puisse être étudiée en psychologie sociale et pourtant, ce fut le cas dès les années 70. Les résultats tentent à prouver que la sélectivité dans les informations et dans la perception soit en réalité du côté de ceux qui croient fortement au paranormal. »

C’est une incompréhension des travaux sur la dissonance cognitive, en particulier ceux de Léon Festinger. La dissonance cognitive touche toute personne face à des cognitions (croyances, opinions, connaissances) incompatibles entre elles. Il n’y a aucune recherche démontrant l’inexistence de ce phénomène chez des personnes se disant « sceptiques ». La tension désagréable générée par la dissonance cognitive peut conduire à une tentative de réduction de cette tension par sélection de l’information. Mais, là encore, toute personne sélectionne les informations qu’elle perçoit en fonction de ses systèmes de croyance, qu’elle soit sceptique ou parapsychologue.

Quelques remarques sur des citations de l’ouvrage de James Alcock

« Une des racines de la recherche métapsychique est […] le désir de combattre la vision du monde matérialiste, mécaniste, athée, scientifique, de plus en plus répandue, en prouvant scientifiquement que l’âme survit au corps. » (p. 55)

C’est un mythe amalgamant un discours croyant avec la démarche des scientifiques qui s’intéressent à la parapsychologie. Faire de la recherche en parapsychologie, c’est faire de la recherche scientifique sur les phénomènes paranormaux. Il ne s’agit que de cela. Voir des « racines » ou des « alliances » entre la parapsychologie et d’autres discours relève du procès d’intention, et non de l’analyse des faits. Encore une fois, le point de vue des parapsychologues n’est pas unifié, tout comme le point de vue des sceptiques. On trouve une grande diversité de croyances et de motivations parmi les parapsychologues, comme dans n’importe quel autre domaine.

« À ceux qui méprisent ainsi la science, la parapsychologie offre un monde de pouvoirs métapsychiques qui n’ont pas à subir la contraintes des « lois de la nature » que la science propose. » (p. 67)

Même amalgame entre un discours croyant et la démarche des parapsychologues. Or, la majorité d’entre eux pensent que, si les phénomènes psi existent, ils correspondent nécessairement aux lois de la nature.

« Le danger n’est pas tellement dans les croyances elles-mêmes que dans l’absence de jugement critique. » (p. 72)

Oui et dans les deux sens : lorsque l’on affirme que ce sont seulement ceux qui « croient au paranormal » qui sélectionnent les informations, on perd tout un pan de jugement critique : l’autocritique !

« Après un siècle de recherches, la parapsychologie a échoué à développer tout théorie cohérente, à produire des hypothèses vérifiables, à établir des normes qui permettent de distinguer spéculation créative et pensée magique. » (p. 230).

C’est faux. C’est une généralisation abusive. La parapsychologie a proposé plusieurs hypothèses testées de façon à être validées ou invalidées. Un exemple simple : l’effet mouton-chèvre dont nous parlions précédemment (Lawrence, 1993).

« La leçon immédiate que l’on peut en tirer est que les effets psi observés à ce jour pourraient bien n’être que les manifestations des caprices du hasard. » (p. 285)

Peut- être ! C’est ce que cherchent à comprendre les parapsychologues. Mais il faut que cette théorie soit démontrée, et cela passe par une explication des résultats obtenus par plusieurs laboratoires depuis des décennies.

« s’il est impossible d’établir de quelle façon l’on peut provoquer l’intervention du psi, ni les conditions qu’elle exige, ni le moment où le psi ne peut pas être observé, s’il est impossible de prédire son apparition en fonction de conditions initiales, il ne peut y avoir de régularité. » (p. 305)

Tout à fait et c’est pourquoi les parapsychologues ont dégagé, au fil des expériences, les paramètres permettant de prédire son apparition dans un cadre donné. Certainement pas de la même façon que l’on peut prédire la position d’un objet inerte dans un référentiel classique, mais faut-il rappeler que les parapsychologues travaillent avec des êtres humains ? Les difficultés qu’ils rencontrent sont courantes pour tout chercheur dans le domaine des sciences humaines.

Quelques remarques sur l’interview  

« JA - Non, pas complètement. Je connais des parapsychologues qui ont la compétence méthodologique excellente dans l'étude tant de la psychologie que de la parapsychologie, et ils sont très soigneux dans leurs recherches et dans leurs rapports. Malheureusement, il y a d'autres qui manquent clairement de cette expertise. »

Comme nous l’avons déjà dit, les sceptiques anglo-saxons sont dans l’ensemble d’un meilleur niveau que les sceptiques francophones. Certains d’entre eux, comme Alcock, ont lu une partie de la littérature parapsychologique et font parfois des remarques tout à fait pertinentes. Cela leur permet aussi d’arrêter de stigmatiser tous les parapsychologues comme étant des incompétents, ce que l’on trouve dans la plupart des ouvrages sceptiques français et sur le web sceptique français. Nous rejoignons tout à fait cette analyse d’Alcock mais rappelons que nous pourrions l’étendre à beaucoup d’autres domaines. Le fait est que les institutions parapsychologiques sont moins développées qu’en physique par exemple, et par conséquent, il y a un système de sélection des chercheurs qui est moins important.

« Quant à la manipulation de données, il y a un problème que j'observe plutôt souvent dans la littérature de parapsychologie : le chercheur commence par une hypothèse particulière, mais si cette hypothèse n'est pas soutenue par les données, il trouve d'autres aspects des données qui pourraient peut-être refléter des influences paranormales (mais peut-être, simplement les fluctuations statistiques, étant donné qu'elles n'ont pas été prédites) et ensuite, c'est pris comme la preuve que les influences paranormales ont été effectivement impliquées. C'est clairement inacceptable. L'approche correcte serait de former de nouvelles hypothèses basées sur ces données et les mettre à l'épreuve.

De nouveau, bien trop souvent on trouve des explications ad hoc pour expliquer pourquoi un effet prédit ne s'est pas produit. Il n'y a aucun problème avec l'offre des spéculations, mais il y a un problème si l'on prend cette absence d’effet en faveur d'une hypothèse comme la preuve de la présence d'un effet paranormal, l'effet d'expérimentateur par exemple. »

Un tel procédé serait anti-scientifique. Il aurait été judicieux de profiter de l’occasion pour demander à James Alcock à quelles publications il faisait référence.

« OZ - À de nombreuses reprises, nous avons demandé à des parapsychologues de nous fournir une référence de publication d’une expérience mettant en évidence le psi. La réponse n’a jamais été claire. Nos interlocuteurs évoquent à la place d’une preuve probante, un faisceau de présomptions en faveur de l’existence du psi. Que pensez-vous de cet argument ?

JA - Il ne faut jamais compter sur les présomptions. Au départ, la plupart des physiciens n'ont pas accepté la théorie de relativité - ils ont rejeté les présomptions, parce qu’elles ont été trop impossibles pour croire ! À présent, chacun l'accepte parce que cette idée très radicale a été soutenue régulièrement par les données. Dans beaucoup d'autres cas dans la science, les présomptions se sont révélées être incorrectes. Les présomptions sont utiles pour guider notre recherche, mais si elles ne peuvent pas être confirmées empiriquement, elles ne sont plus utiles. »

A quels parapsychologues l’OZ a-t-il fait cette requête et quelle a été cette réponse qui « n’a jamais été claire » ? En ce qui nous concerne, certains étudiants membres de GEIMI ont proposé à plusieurs reprises et très clairement plusieurs publications « mettant en évidence le psi ». Ces publications portent sur la question cruciale de l’authenticité empirique de ces phénomènes, mais elles ne sont pas en elles-mêmes des preuves. En outre, pour comprendre ce débat, une publication expérimentale n’est pas suffisante. Un abord sérieux de la question implique de consulter plusieurs publications expérimentales, leurs critiques, les tentatives de reproduction, et les méta-analyses ; et cela pour chaque protocole ciblant un type de phénomène.

Penser qu’il pourrait exister une telle expérience cruciale, et une seule, reviendrait à penser naïvement qu’une telle expérience existe obligatoirement. Dans l’état actuel des recherches, tout semble indiquer qu’une telle expérience paraît impossible. La raison en est que ces phénomènes impliquent des sujets humains et des expérimentateurs humains pouvant tout deux faire varier l’issue de l’expérience. Raisonner ainsi en termes d’expérience cruciale, c’est-à-dire une expérience indépendante du sujet testé, de l’expérimentateur et des conditions expérimentales, c’est plaquer une logique épistémologique inadaptée pour un tel objet d’étude. Si le psi existait sous la forme d’une interaction entre objets physiques inertes, on pourrait en revanche imaginer une telle expérience cruciale. Mais les recherches en parapsychologie n’ont pas permis d’extraire l’aspect strictement physique de cette supposée interaction psi.

« OZ - Pourquoi malgré l’absence de résultats probants et d’applications selon vous, la recherche en parapsychologie perdure-t-elle ?

JA - À mon avis, l'effort est fait pour justifier ce que les chercheurs croient déjà - c'est-à-dire qu'il y a un aspect à notre existence qui est plus que la chair et le sang, un aspect non-matériel. L'absence de données empiriques n'entame jamais l'enthousiasme d'atteindre ce but. »

Il existe des résultats intéressants qui méritent d’être approfondis et c’est pour cela que les recherches sont poursuivies. Quant aux applications, le fait même que Géraldine Fabre pose cette question illustre une nouvelle fois la méconnaissance de la littérature parapsychologique parmi les sceptiques. Il existe des applications dans plusieurs domaines, en particulier en archéologie et dans la recherche des personnes disparues (Pour quelques références, consultez cette page http://www.metapsychique.org/-Les-applications-du-psi-.html). Si de telles perceptions existent, n’est-ce pas essentiel d’essayer de les comprendre et de les maîtriser, par exemple pour rechercher des enfants disparus ?

En revanche, à ce jour, il n’y a pas d’application technologique du psi, mais comment pourrait-il y en avoir dans l’état actuel de nos connaissances ? La réponse de James Alcock met à nouveau en évidence une certaine représentation du chercheur en parapsychologie : des dualistes convaincus ! Mais qu’est ce que cela signifie ? De qui parle James Alcock ? Pour quelle raison faudrait-il être dualiste pour être parapsychologue ? Il est tout à fait possible d’être parapsychologue, matérialiste et athée ! Alcock n’a aucunement démontré le contraire, et procède d’un amalgame approximatif entre un discours croyant et la démarche scientifique des parapsychologues. Comme l’ont déjà remarqué plusieurs chercheurs de tout bord, tout le propos d’Alcock est de faire la psychologie des personnes qui croient au paranormal puis de l’appliquer directement aux parapsychologues, sans envisager réellement le fossé entre ces deux populations.

« OZ - Finalement, la parapsychologie est-elle une science, une pseudo-science ou autre chose ?

JA - Bien que j'aie conclu dans mon livre que c'est une pseudo-science, je dirais maintenant qu'il y a certains parapsychologues qui prennent une approche plutôt scientifique, mais comme tous les scientifiques, se trompent quelquefois, et ils sont quelquefois désorientés (misguided). Il y a d'autres dont l'approche est clairement pseudoscientifique. Pourtant, dans mon esprit, il n'y a pas de « science » de parapsychologie, car chaque science doit avoir au moins quelques données incontestables. La parapsychologie n'a jamais produit d'expérience qui puisse être répétée par des scientifiques neutres avec fidélité. Les théories parapsychologiques n'ont pas de sens du point de vue de la science normale. En effet, si la parapsychologie est correcte, il y a des erreurs fondamentales dans la physique, la biologie, les neurosciences, etc. et donc on aurait besoin de bonnes données pour être capable d'accepter les théories parapsychologiques. (La théorie d'Einstein, évoquée ci-dessus, a été finalement soutenue par les données solides). »

Cette question d’une qualification théorique de la scientificité de la parapsychologie dépend fondamentalement des critères utilisés pour définir science et pseudoscience. Selon les critères employés, la parapsychologie apparaît ou non comme étant une science. Cela perpétue la controverse sur l’authenticité des phénomènes psi mais sur un terrain purement théorique. De sorte que la question nous paraît secondaire. La première chose à se demander serait celle-ci : existe-t-il des travaux de parapsychologie de qualité ? On retombe ici sur le terrain d’une factualité dont Alcock ne donne trop souvent qu’une vision floue et implacable.

Quant aux révolutions supposées engendrées par la mise en évidence du psi, cela n’a pas de sens non plus. D’une part, car personne ne connaît la nature de ces interactions si elles existent, et par conséquent on voit mal comment on pourrait prédire avec certitude les connaissances qui seraient à revoir. Et d’autre part, si ces perceptions existent, elles permettraient très probablement de compléter les théories actuelles comme le font les théories d’Einstein par rapport à celles de Newton. Par exemple, si la psychokinèse existe, cela ne veut pas dire pour autant que les lois de la gravitation sont fausses. Cela signifie que dans certains cas particuliers, d’autres facteurs peuvent avoir un impact sur cette loi. En somme, l’argument d’Alcock ne fait que soutenir une mythologie du psi comme catastrophe scientifique, renforçant de ce fait crainte et fascination à l’égard de la parapsychoogie.

« OZ - Si vous rééditiez ce livre aujourd’hui, que changeriez ou rajouteriez-vous ?
JA - Je changerais la discussion sur science/pseudo-science. Les critères de Bunge que j'ai utilisés sont trop ad hoc. Je développerais bien plus ce qui concerne la formation et la maintenance des croyances. Je ferais une meilleure discussion sur les origines de magie et de religion. Je complèterais mes critiques sur la méthodologie des recherche en parapsychologie (tel de que je l'ai écrit dans le livre récent, Psi Wars). »

James Alcock a rédigé un excellent article dans le Journal of Consciousness Studies (2003, repris dans Psi Wars) conseillé aux étudiants du GEIMI dès leur entrée dans le groupe, et cela dans le cadre du pôle scepticisme et non-psi. Il est très intéressant car c’est à notre connaissance l’article le plus approfondi sur la théorie sceptique des résultats de la parapsychologie. Alcock a d’ailleurs été en collaboration avec le parapsychologue Parker qui propose un article qui fait à peu près le contre-point de celui d’Alcock (Parker, 2003).


Références :

Alcock, J. (2003). Give the Null Hypothesis a Chance. Reasons to Remain Doubtful about the Existence of Psi. Journal of Consciousness Studies, 10, No. 6–7, 2003, pp. 29–50.

Baker, R.A. (2000). Can We Tell When Someone Is Staring at Us ? Skeptical Inquirer, mars-avril. http://www.csicop.org/si/2000-03/stare.html

Bem, D., & Honorton, C. (1994), Does psi exist ? Replicable evidence of an anomalous process of information transfer. Psychological Bulletin, 115, 4-18.

Berger, R. (1989). A Critical Examination of the Blackmore Psi Experiments. Journal of the American Society for Psychical Research, 83, 123-144. (http://www.psiexplorer.com/blackmore_critique.htm)

Delgado-Romero, E.A., & Howard, G.S. (2005). Finding and correcting flawed research litteratures. The Humanistic Psychologist, 33(4), 293-303.

Garnier, P. (2007). Lumière sur quelques livres sceptiques : Parapsychologie, science ou magie de James Alcock. Bulletin Métapsychique, vol.1, n°3, p.16.

Hansen, G. (2001). The Trickster and the Paranormal. New York : Xlibris.

Lawrence, T. R. (1993), Gathering in the sheep and goats. A meta-analysis of forced choice sheep-goat ESP studies 1947-1993. Presented Paper. Proceedings of the 36th Annual Convention of the Parapsychological Association, 75-86.

Parker, A. (2003). We Ask, Does Psi Exist ? But is this the right question and do we really want an answer anyway ? Journal of Consciousness Studies, Volume 10, Numbers 6-7, 111-134(24).

Parker, A., & Brusewitz, G. (2003). A Compendium of the Evidence for Psi. European Journal of Parapsychology, vol. 18, 29-48.

Rawlins, D. (1981). Starbaby. Fate, 34(10), Octobre, 67-98.

Rhine, J. B. (1952). The problem of psi-missing. Journal of Parapsychology, 16, 90-129.

Rhine, J. B. (1969). Psi-missing re-examined. Journal of Parapsychology, 33, 1-38.

Schlitz, M., Wiseman, R., Watt, C., & Radin, D. (2006). Of two minds : Sceptic-proponent collaboration within parapsychology. Br J Psychol, 97(Pt 3):313-22. 


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06 mars 2008

L’Observatoire Zététique et les expériences de Targ et Puthoff : reprise détaillée des remarques de Cécile Ursini

Introduction

TargPuttof_couvNous avons repris en détail un article rédigé par Cécile Ursini et publié récemment par l’Observatoire Zététique. Cet article décrit et critique les expériences des physiciens Targ et Puthoff présentées dans Aux Confins de l’esprit : une étude expérimentale sur les phénomènes paranormaux (Albin Michel, 1978). Les expériences relatées dans ce livre ont également fait l'objet d'un article des mêmes auteurs dans Nature (« Information Transmission Under Conditions of Sensory Shielding », Nature, Vol. 152, Octobre 1974, p. 602-607.), qui est également critiqué.

Afin de profiter au mieux de notre relecture, nous conseillons à nos lecteurs de :


  1. Tout d'abord, lire l’ouvrage de Targ et Puthoff,
  2. De lire ensuite la critique de Cécile Ursini publiée par l’OZ,
  3. Enfin, de comparer cette critique avec nos remarques.

Nous avons copié-collé 28 remarques de Cécile Ursini, et nous y répondons à partir des données que nous connaissons à l'heure actuelle. Nous n'avons pas encore pu vérifier certains points. En bleu, les critiques issues de l’article de Cécile Ursini. En vert, nos précisions.


Reprise des critiques de l'Observatoire Zététique

1. "OZ : [Targ et Puthoff] sont à l'origine du projet Scanate, qui par la suite est devenu Stargate, en partenariat avec la CIA et la DIA (Defense Intelligence Agency), dont l'objet principal était l'étude de la vision à distance (Remote Viewing)."

> L’objectif du programme Stargate était en effet l’étude de la vision à distance mais aussi et surtout son application concrète dans le domaine du renseignement.

2. "OZ : Les expériences relatées dans ce livre ont fait l'objet d'un article de Nature [1], qui est toujours considéré comme une référence par certains parapsychologues."

> C’est un article cité fréquemment, notamment parce qu’il a été publié dans Nature et qu’il a donné suite à des débats très médiatisés. Mais ce n’est pas un article considéré comme une référence ou un modèle par les parapsychologues (Cf. par exemple le manuel de référence en parapsychologie : An introduction to parapsychology)


3. "OZ : Lorsque l'enregistrement fut fait à la main par un observateur, à l'exclusion de tout autre système d'enregistrement, les résultats redevinrent significatifs."


> Targ et Puthoff abordent cet aspect et sont bien conscients des biais potentiels provenant du fait de prendre les résultats à la main. En effet, il aurait été préférable d'éviter un enregistrement à la main.


4. "OZ : Dans la plupart des cas, Geller se trouve seul dans une salle dont les parois sont métalliques."

> Dans certains cas, Geller est seul dans une salle isolée sensoriellement avec une personne qui surveille devant la porte. Pour être sûr qu’il n’y avait pas de triche, Targ et Puthoff modifient ensuite les conditions : Geller est situé dans une autre pièce et c’est l’émetteur qui est dans la salle isolée. Puis l'émetteur est placé dans un autre batiment. Dans ces différentes circonstances, les résultats n’ont pas changé : Geller a proposé des dessins qui correspondent clairement aux cibles.

5. "OZ : Elle s'est produite aussi lors d'une série où il n'y avait effectivement pas de transmetteur, même si elle fut moindre."


> Il n'est pas précisé que Hammid, sans que cela lui a été dit, a elle-même eu l’intuition qu’il n’y avait pas eu de transmetteur.


6. "OZ : Cette étude avec Swann a tellement suscité d'enthousiasme qu'elle a été à l'origine du projet Scanate, pour « Scanning by coordinate », engagé pour trois ans, et précurseur du projet Stargate."


> Entre autre. Ce qui a certainement été l’élément crucial, décrit brièvement dans l’ouvrage, c’est la description de Price de façon extrêmement précise (noms des dossiers, des bureaux) d’une base secrète américaine.


7. "OZ : Tout d'abord, on peut tempérer l'enthousiasme suscité par la comparaison entre les dessins réalisés par les sujets et les photographies qui leurs sont accolées dans le livre. N'est-ce pas un cas de validation subjective ? Nulle part on ne nous indique quand ces photos ont été prises. Si elles sont postérieures à l'expérience, elles sont à peu près dénuées de valeur : consciemment ou non, le photographe aura probablement choisi les prises de vues les plus conformes aux dessins... "


> L'angle dans lequel peuvent être prises les photos peut être utilisé pour souligner une concordance. Dans le cas présent, nous n’en savons rien : on ne peut pas tempérer ou confirmer cet enthousiasme sans données supplémentaires pour vérifier ou infirmer cette hypothèse. Cependant, un documentaire a été réalisé par la BBC qui reprend certaines des cibles et on voit clairement que l'hypothèse de la validation subjective apparaît manifestement inadaptée pour rendre compte des résultats. Le sujet dit par exemple « je vois une jetée avec des bateaux » et la cible est une jetée avec des bateaux. On voit assez mal comment l’effet de validation subjective, sur la façon dont on prendrait la photo pourrait permettre d’obtenir un tel effet.


8. "OZ : David Marks et Dick Kamman, le co-auteur de la première édition de « The Psychology of the Psychic », ont répliqué l'expérience de vision à distance. Leur protocole est similaire à celui de Targ et Puthoff. Deux assistants ont repéré cent cibles à moins de trente minutes de voiture. La liste est placée sous surveillance. Trente-cinq expériences ont été menées, avec cinq sujets. Le premier résultat intéressant est que tous les sujets sont contents de leur description au moment du feedback, et les expérimentateurs aussi. Le deuxième fait capital est qu'aucun résultat significativement meilleur que le hasard n'a été obtenu lors de l'évaluation par les juges, ce qui a beaucoup déçu tout le monde."


> Si Marks et Kamman n’ont pas réussi à reproduire ces résultats, peut-être est-ce parce que les conditions étaient inadaptées ? Nous n’en savons rien, c’est une hypothèse. Mais le fait est que si Marks et Kamman n’ont pas réussi, d’autres laboratoires et d’autres chercheurs ont en revanche réussi à reproduire ces résultats. Targ et Puthoff citent dans l’ouvrage d’autres auteurs qui ont obtenu le même type de résultats, notamment Sinclair, dont les résultats avaient vivement intéressé Einstein, qui signa la préface de son ouvrage classique Mental Radio (1930). Targ et Puthoff ont reproduit ensuite leurs résultats lors de protocoles ultérieurs. Ainsi, dire que « tout le monde a été déçu » est une chose qui n'a aucune importance, car ce qui importe est la comparaison des différentes études pour déterminer si un effet significatif se dégage.


9. "OZ : les transcriptions contenaient des « indices » permettant de les ordonner elles aussi chronologiquement. C'est même le cas de celles incluses dans « Aux confins de l'esprit ». Page 105 on peut lire « Ils ne donnent pas l'impression d'être loin. Je dirais que c'est environ -- même pas la moitié de la distance de Marina [sic], et cela semble être sur une ligne à peu près dans cette direction. ». Or la Marina est une des cibles. On peut déduire d'une part que la description en question n'est pas celle de la Marina, et d'autre part que la cible en question vient après la Marina dans l'ordre chronologique. L'autre transcription présentée dans l'ouvrage, p. 146, est même datée du « lundi 7 octobre, onze heures », ce qui simplifie encore la tâche ! Marks recense six sortes d'indices présents dans les transcriptions données aux juges, même s'ils ne sont pas tous aussi simples que ceux dont je viens de parler."


> Le fait que le sujet parle de la Marina ne donne pas d’indication concernant la cible : la cible pourrait très bien être la Marina même s’il parle de la Marina. De même, le fait de donner la date de la retranscription ne donne pas non plus d’indication sur la cible à repérer à moins de supposer, comme certains sceptiques l’on fait, que les descriptions ont été données dans le même ordre. Sauf que cette information est fausse. Les juges ont été interrogés et ont indiqué que les descriptions leurs avaient été remises après avoir été mélangées de façon aléatoire. Cela étant dit, les premières expériences n’étaient effectivement pas parfaites, ce qu’ont fait remarquer les autres parapsychologues à Targ et Puthoff. Ce problème a ensuite été pris en compte lors des expériences ultérieures : les résultats ont persisté.


10. "OZ : Marks et Kamman ont alors procédé à ce qu'ils appellent le jugement à distance : les transcriptions de Targ et Puthoff ont été données à des juges qui ne disposaient d'aucun moyen de savoir à quoi ressemblaient les cibles. Ils ne pouvaient donc dans leurs classement que se baser sur les indices présents dans les transcriptions. Les résultats ont été significativement meilleurs que le hasard, pour certains meilleurs que ceux du SRI. À l'inverse, ils ont expurgé les transcriptions de leurs indices, comme ils l'avaient eux-mêmes fait lors de leur réplication, et cette fois-ci les résultats étaient conformes au hasard".


> Cet argument est certainement le plus redoutable, car on ne nous propose qu’une seule version, la version sceptique. Ce que ne précise pas Cécile Ursini, c’est que Charles Tart a fait également le même travail : il a supprimé tous les indices, et les résultats sont restés significatifs. Cela signifie que lorsque les indices sont supprimés, des juges sont capables d’avoir des scores tout aussi significatifs. L’argument selon lequel ces indices permettraient d’expliquer des résultats ne tient donc pas la route. Notons également que Robert Morris, un parapsychologue connu pour son sérieux, s’était intéressé à l’ouvrage de Marks et Kamman. Voilà ce qu’il en dit dans un article publié en 1980 : « Marks et Kamman évitent l’ensemble des expériences considérées comme les meilleures et ne citent pas les résultats des revues de parapsychologie. Ils proposent une sélection biaisée des données qui peut être considérée comme inadéquate pour évaluer la recherche psi. »


11. "OZ : On peut également faire quelques remarques au sujet de la procédure d'évaluation. D'abord, l'intervention de juges rend l'interprétation des résultats un peu ambiguë (les éventuels bons résultats sont-ils le fait des juges, capables de faire les bons appariements, ou du sujet, capable de faire une bonne description ?) et complique les choses."

> Si Cécile Ursini connait une technique plus adaptée pour obtenir des résultats, elle peut la proposer. Les parapsychologues en cherchent depuis près de 30 ans et lors du récent congrès PA, ils ont encore proposé de nouveaux logiciels à cette fin. Il est un peu léger de se positionner ainsi, en affirmant que cela « complique les choses », sans consulter les dizaines de publications existant sur la question. Quand on fait une revue de littérature dans le domaine scientifique, on ne dit pas : « ça complique les choses ». On étudie les publications et si on est capable de proposer un moyen plus simple ou mieux adapté, la seule chose pertinente à faire est de le communiquer.

12. "OZ : Le feedback donné au sujet immédiatement après l'expérience en allant sur les lieux de la cible pose aussi problème, comme le fait remarquer Marks. Il serait logique que le sujet soit tenté, consciemment ou non, de ne pas faire de description rappelant une cible déjà visitée. Cela facilite d'autant la tâche des juges. "


> Quand les indices ont été supprimés, les juges ont quand même été capables de retrouver les bonnes cibles.


13. "OZ : Dernière remarque, une méthode simple aurait permis d'améliorer grandement le protocole en éliminant ou en minorant l'effet des biais évoqués : permettre qu'une cible soit tirée plusieurs fois (c'est-à-dire faire un tirage avec remise). "


> Targ et Puthoff avaient également pris en compte ce problème, et c’est pour cela qu'il y avait, dans le pool total, des cibles du même type (plusieurs églises par exemple) pour éviter un effet du type : « J’ai eu une fontaine hier donc je n’aurai pas de fontaine aujourd’hui ».


14. "OZ : Compte tenu de la proximité du protocole avec celui de la vision à distance, on peut se demander dans quelle mesure les remarques faites à ce sujet ne sont pas valables dans le cas présent."


> Soit il y a une critique précise et détaillée qui permet d’expliquer un résultat par un biais, soit il n’y a pas de critique précise et détaillée. En l’occurrence, la locution « on peut se demander » n’a aucune valeur. Avec des « on peut se demander », on peut « critiquer » absolument n’importe quoi.


15. "OZ : PrOZstat [12] permet de calculer que la probabilité d'obtenir quatre appariements justes lors de quatre expériences est de 4,2 %, ce qui est effectivement inférieur à la barre des 5 % utilisée par les auteurs pour décider qu'un événement est significativement trop peu probable par hasard pour avoir une origine parapsychologique. "

> Nous constatons donc que l'OZ confirme que les résultats sont bien significatifs pour cette expérience.

16. "OZ : Malheureusement, d'après Randi, qui tient les informations qui suivent du caméraman, Zev Pressman, ce qu'on voit sur ce film est une reconstitution de l'expérience, même si le commentaire affirme le contraire."

> Pressman, qui a été interrogé à ce sujet, a confirmé qu’il avait bien fait le film et a confirmé son authenticité. Il a démenti cette affirmation deux fois en public en indiquant « la révélation que Randi m’attribue est pure fiction ». Malgré cela, Randi n’a jamais modifié cette information dans la ré-édition de ses ouvrages.


17. "OZ : Des personnels du laboratoire racontent même des amas de dessins (des dizaines, voire des centaines) dans la salle où se trouvait Geller."

> Il faut croire Randi sur parole car aucun document n’atteste de cela. Randi n’est jamais allé sur place et tire cela de mystérieux scientifiques. Un homme, censé représenté un groupe de scientifiques, travaillant en secret et utilisant le nom de code Broomhilda, aurait passé ces informations à Randi. Randi n’a jamais été en mesure de donner le nom de ces personnes. Il aurait recoupé avec d’autres sources. Peut-être, mais il faut croire Randi sur parole. Peut-on vraiment le faire quand il a été démontré qu'il avait sciemment menté sur plusieurs autres informations ?

18. "OZ : le mur séparant la pièce contenant la cible (dans la plupart des expériences) de la pièce où était enfermé Geller a un trou de trois à quatre pouces de diamètre destiné à faire passer des câbles. Ce trou n'était bouché que par du coton"

> Le trou en question, dans lequel passaient des câbles, ne permettait qu’une vision très limitée. Mais surtout, il est bouché par une plaque et pour éviter toute suspicion, Puthoff, pensant qu’un sujet pourrait éventuellement tenter de passer une fibre optique, a surveillé le trou pour éviter tout problème durant les expériences de télépathie. On peut rajouter que Randi a également décrit le trou plus large et plus haut qu’il n’est en réalité. Le mieux que l’on puisse voir, comme l’explique Rogo, qui est allé vérifier sur place, c’est un bout du sol et le mur opposé. Cela ne permet pas de voir la cible. Rogo a également interrogé des personnes présentes à l’époque des expériences qui indiquent que des câbles bouchaient le trou lors des expériences avec Geller.


19. "OZ : Shipi Shtrang, un des accolytes israëliens de Geller, entraîné à lui faire passer des informations dans certains tours de ses spectacles de cabaret, était souvent présent sur les lieux de l'expérience ou à proximité immédiate. Certaines de ses conversations avec Targ pendant qu'elle dessinait la cible ont probablement pu être entendues par Geller à travers le mur."

> Dans les expériences avec Geller, Shipi n’était pas là.


20. "OZ : Celui de Randi date de 1980, celui de Marks a été publié une première fois en 1974, puis une deuxième en 2000. Le temps écoulé a laissé tout loisir à Targ et Puthoff de produire toute réfutation qu'ils songeraient utile, en particulier entre les deux éditions de « The psychology of the psychic ». D'après Marks et les quelques recherches que j'ai pu effectuer, ils ne l'ont pas fait (ou pas suffisamment ouvertement), ce qui laisse malheureusement supposer que ces négligences ont été commises, ou au moins certaines d'entre elles."


> Puthoff a rencontré Randi. Il avait repris les 28 critiques de la part de Randi et est donc allé le voir pour en parler avec lui, en prenant la précaution d’enregistrer la conversation. Randi avoua qu’il avait faux sur tous les points. Il a même indiqué qu’il corrigerait cela lors des prochaines publications du CSICOP. Il ne l’a jamais fait. Concernant Marks, comme indiqué précédemment, Tart a refait les expériences en supprimant les indices. En somme, Targ et Puthoff ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour essayer de contrer ces arguments.

21. "OZ : Deux points sur les dix du tableau p. 67 sont de manière évidente dans l'océan (45°N, 150°O et 30°S, 0°), ce qui procure deux succès faciles. […] Surtout, le fait que Swann se propose lui-même avec insistance pour cette activité, dont il fixe lui-même le protocole, suffit à rendre suspecte cette « expérience ». Est-il si difficile d'avoir une idée (même vague) du paysage d'un lieu désigné par des coordonnées qui ne sont pas tirées au hasard, mais choisies par des gens ? Il suffit d'un peu d'entraînement... D'autant qu'aucune précision n'avait été définie à l'avance sur la qualité des descriptions et sur la taille de la zone désignée par les coordonnées.


> Eventuellement, à supposer que Swann connaissait parfaitement les coordonnées. Targ et Puthoff sont bien conscients de ce biais potentiel : lors des expériences ultérieurs avec des coordonnées qui ne permettaient pas de faire le lien, les résultats ont persisté.


22. "OZ : La première de ces expériences, celle d'Ingo Swann, a fait l'objet d'un commentaire de Randi. Ce dernier a contacté Arthur Hebard, le constructeur du magnétomètre, qui était présent durant l'expérience. Il ignorait avoir été cité dans « Aux confins de l'esprit », et en fut irrité. En effet, il n'a pas été consulté sur l'interprétation physique du phénomène observé. Contrairement à ce qu'affirment Targ et Puthoff dans un passage jouant implicitement sur sa propre caution, il dit disposer de plusieurs autres interprétations qu'un phénomène paranormal, par exemple un problème avec l'hélium servant à refroidir le magnétomètre, dont le réseau de distribution était utilisé simultanément par plusieurs laboratoires au SRI. Un tel problème avait déjà produit des perturbations similaires par le passé. Plutôt que cinq secondes, c'est dix à quinze minutes après le début de l'expérience que la modification de la courbe enregistrée est apparue. Il ajoute qu'un changement dans l'enregistrement n'implique pas forcément un changement dans le champ magnétique lui-même, contrairement aux dires de Targ et Puthoff (p. 57). Il estime enfin que la non-reproductibilité du phénomène le rend suspect."

> Là encore, on serait tenté d’être stupéfait concernant l’écart entre ce que rapportent Targ et Puthoff et la réalité, sauf que Rogo a voulu vérifier l’information voyant cet écart entre ce que disait Puthoff et ce que disait Randi. Rogo a fini par retrouver Arthur Hebard dans le New Jersey, dans les laboraoires de Bell. Hebard a tout d’abord indiqué être intéressé par la parapsychologie ce qui contredit l’affirmation de Randi selon laquelle il ne connaissait pas les affirmations de Targ et Puthoff. Mais plus important encore, Hebard a précisé que Randi lui avait demandé de l'appuyer pour dire que Targ et Puthoff étaient des menteurs. Il avait refusé. Hebard a bien confirmé qu’il y avait eu l’effet observé.


23. "OZ : Du point de vue méthodologique maintenant, Randi fait observer que Swann n'a jamais dit quelle modification il entendait provoquer : n'importe quel changement de l'enregistrement aurait ainsi pu être interprété comme un bon résultat.[…] après la fin de l'expérience proprement dite, alors que Swann ne regarde plus l'appareil, la courbe redevient normale. Rien n'est volontaire ici."

> C'est-à-dire que Puthoff fait venir un sujet, dit que ce serait formidable d’obtenir un effet, et un effet anormal se produit sur l'enregistrement, effet qui disparait ensuite. La corrélation est quand même intéressante.

24. "OZ : Page 44, on peut lire « nous apprîmes que demander à un sujet d'effectuer notre expérience plutôt que la sienne, c'était un peu comme exiger d'un pianiste se présentant à une audition de jouer de la flûte ». Même si la comparaison est forte, elle est fallacieuse. Abandonner la mise au point du protocole au sujet, c'est abdiquer toute possibilité de conclure valablement en risquant de se faire mener par le bout du nez."

> Mais Targ et Puthoff n'ont pas abandonné la mise en place du protocole au sujet. Ils ont essayé de prendre en compte ce qu'indiquait le sujet. Il est possible de s'adapter au sujet tant que les contrôles scientifiques sont suffisants.


25. "OZ : Le livre se clôt sur un chapitre intitulé « Utilisation pacifique de l'énergie psi », qui évoque le diagnostic médical par perception extrasensorielle. La fille de Russell Targ, Elizabeth, pratique d'ailleurs la « guérison quantique » à distance. La dérive me semble facile et dangereuse."


> La fille de Targ, Elizabeth, ne pratique plus rien puisqu'elle est décédée. Elle était psychiatre et effectuait des travaux sur le sida. En outre, la guérison psi n'est pas une absurdité si l'on suppose que les effet psi existent. Ils existent plusieurs études effectuées en conditions contrôlées qui méritent que l'on s'interroge plutôt que l'on stigmatise cela à coup de préjugés en en faisant une dérive "facile et dangereuse".


26. "OZ : Sous la direction d'Edwin May le programme de Targ et Puthoff s'est poursuivi sans eux au SRI jusqu'en 1989. Le partenariat avec la CIA et le Département de la Défense a donné lieu à d'importants investissements financiers, même s'ils ont fluctué en fonction du temps. En 1989, Stargate a quitté le SRI pour le SAIC (Palo Alto offices of Science Applications International Corporation). En 1995, la CIA, qui avait abandonné le programme avant de se le voir reconfier plus tard, conclut que « la vision à distance n'a pas montré de valeur dans les opérations de renseignement » ( « Remote viewing, as exemplified by the efforts in the current program, has not been shown to have value in intelligence operations ») et met fin au projet."


> C'est un résumé partial et incomplet. Il est facile de citer ainsi uniquement les arguments qui vont dans un sens "sceptiqu". La CIA a demandé une évaluation à l'AIR. Deux experts se sont prononcés : le psychologue sceptique Ray Hyman et et la statisticienne parapsychologue Jessica Utts. Leurs conclusions sont identiques en ce qui concerne l'appréciation de la méthodologie, de l'analyse et du taux de signification des effets obtenus. Mais elles divergent sur le plan de l'interprétation théorique et pragmatique : Hyman pense que le remote viewing n'a pas d'intérêt pour le renseignement. Utts pense au contraire que les travaux effectués démontrent l'existence des perceptions psi et sont utiles pour le renseignement. On remarquera également que Joe McMoneagle, l'un des espions médiums, a reçu la Légion du Mérite, la plus haute distinction pour un militaire qui n'est pas au front, pour avoir apporté des "informations cruciales et vitales pour le renseignement qui n'étaient pas disponibles par d'autres sources" lors d'environ 150 missions. Plusieurs gradés de haut niveau ont également indiqué l'importance de ce programme. On remarquera enfin que le président Ronald Reagan a indiqué que le programme Stargate était ce qui était le plus étonnant qu'il ait vu lorsqu'il était président. Reagan fait référence à un crash d'avion retrouvé grâce au programme Stargate. La réalité est donc autrement plus complexe que cette décision de la CIA qui est d'ailleurs très controversée puisque plusieurs experts indiquent qu'ils ne savent pas si ce programme n'a pas été fermé pour en ouvrir un autre plus secret vu les résultats obtenus.

27. "OZ : Targ et Puthoff avaient quitté le SRI depuis longtemps, Targ dès 1982, alors que la qualité de son travail était mise en cause par le Département de la Défense, et Puthoff en 1985, alors que la réputation de son équipe du SRI était sur le déclin.


> Nous ne savons pas d'où Cécile Ursini tire cette information concernant la qualité des travaux de Targ et Puthoff. A notre connaissance, ils étaient et sont encore des physiciens respectés. En revanche, Cécile Ursini ne cite pas les autres travaux dans lesquels Targ et Puthoff ont reproduit des résultats de ce type. Targ a publié plusieurs  articles reproduisant des résultats en conditions contrôlées. Puthoff a développé une technique d'application de remote viewing lui ayant permis de gagner 25 000 dollars (dont la description est publiée dans "Research in Parapsychology", 1984).


28. "OZ : Il est à noter que des expériences dont le but était de montrer cette synchronisation avaient déjà été menées avant celles du SRI et qu'il y en a encore, trente ans après, qui sont réalisées. La plupart sont négatives.

> Nous ne connaissons pas de méta-analyse sur la question. A notre connaissance plusieurs équipes ont reproduit ces résultats. Nous ne savons pas à partir de quelles données Cécile Ursini conclut que la plupart sont négatives.

Conclusion

Cet article permet de mieux comprendre l'approche zététique de Cécile Ursini et de l'Observatoire Zététique face à la parapsychologie :

  1. Lecture d'une publication de parapsychologie,
  2. Lecture des ouvrages sceptiques concernant cette publication,
  3. Critique de la publication de parapsychologie à partir des critiques provenant des ouvrages sceptiques.

C'est également le travail que nous faisons, sauf que par expérience, nous avons remarqué qu'il fallait se méfier des ouvrages sceptiques et douter même de ces ouvrages, nous rajoutons donc une autre étape :

      4. Vérifier que les critiques sceptiques sont justes.

Malheureusement, Cécile Ursini et l'OZ n'ont pas jugé bon de faire ce travail de vérification, alors que nous trouvons 28 points qui auraient pu bénéficier de précisions. C'est suite à de telles vérifications que nous sommes devenus de plus en plus critiques envers ceux qui se présentent comme sceptiques. A notre connaissance, le même trajet a été emprunté par plusieurs sceptiques devenus "pro-psi" (comme les appelle les sceptiques, puisque quelqu'un qui prend la défense des parapsychologues est souvent jugé comme étant nécessairement un croyant). Par exemple, Michael Prescott, ancien sceptique et fan de Randi, s'est lui aussi intéressé aux expériences de Targ et Puthoff et aux critiques de Randi. Voici ce qu'il en dit après quelques années à vérifier les dires de Randi :

"[...] j'avais des sentiments contrastés concernant Randi. Je le voyais comme fier et arrogant, mais je supposais qu'il était sincère, et de son point de vue, honnête. Après avoir analysé sa contribution à la controverse concernant Targ et Puthoff en détail, je ne suis pas du tout impressionné par ses arguments. Randi  s'est posé comme figure d'intimidation, souhaitant attaquer et ridiculiser, et ayant la volonté de modifier, voire même d'inventer des preuves. En somme, le genre de personne qui ferait n'importe quoi pour dominer un débat, que ce soit par des moyens honnêtes ou par le mensonge."

Nous avons déjà repéré dans d'autres travaux que Randi a plusieurs fois était pris très clairement en train de mentir dans ses affirmations sur des travaux de parapsychologie (Cf. en particulier les expérience de Sheldrake sur Jaytee). Pourrons-nous un jour voir un site sceptique accepter cette idée et relayer cette information pourtant démontrée clairement dans plusieurs écrits ?

Tant que cela ne sera pas le cas, nous resterons très prudents concernant les écrits sceptiques.
Sans ce travail de doute et de vérification, le risque est grand d'effectuer un travail de désinformation secondaire : des sceptiques sincères dans leur démarche et qui font confiance à des sceptiques médiatiques. Ils ne vérifient ni les sources, ni les travaux originaux, et se passent de l'avis des parapsychologues. Ils propagent alors des contre-vérités tout en étant persuadés de proposer des critiques justes et pertinentes. Nous trouvons donc intéressant que l'OZ et Cécile Ursini analysent des travaux de parapsychologie mais nous regrettons que cette approche se traduise par un doute qui ne doute pas des écrits sceptiques.

Ce travail de désinformation secondaire explique en grande partie pourquoi de nombreuses expériences de parapsychologie sont jugées à tort comme n'étant pas fiables. C'est aussi la raison pour laquelle la plupart des universitaires français ne peuvent prendre au sérieux ces travaux : soit ils ne les connaissent pas, soit ils pensent les connaître comme étant une somme d'erreurs et d'approximations.

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20 février 2008

Protocole de l'Observatoire Zététique : un détail dans l'expérience de radiesthésie

Quand le radiesthésiste se rend aux toilettes

0000011800452026Lors de récents échanges sur la mail-liste "psiliste" , un membre de l'Observatoire Zététique a précisé un détail intéressant concernant le dernier protocole de l'Observatoire Zététique (dont nous avons déjà discuté ici) : durant l'une des séries, le radiesthésiste s'est rendu aux toilettes. Malgré la possibilité potentielle de tricher en se rendant ainsi dans un lieu non contrôlé par les expérimentateurs, ce membre de l'Observatoire Zététique indique que les expérimentateurs se sont réunis afin de valider la série malgré tout.

C'est là une grave entorse au protocole dans la mesure où dans un protocole scientifique, toute possibilité potentielle de triche doit être exclue. Cependant, il est possible, pour les expérimentateurs, selon des paramètres imprévus dans l'expérience, de s'adapter en conséquence pour que l'expérience puisse se dérouler. Ainsi, si les membres de l'OZ peuvent avoir jugé que selon eux, la triche n'était pas possible, même si le magnétiseur s'était rendu aux toilettes, il était possible de préciser cela dans le protocole expérimental.

Quand l'Observatoire Zététique ne publie pas l'ensemble des paramètres

Mais ce détail n'est pas mentionné dans le protocole de l'Observatoire Zététique : il n'est mentionné nulle part :

  1. Que le magnétiseur a été autorisé à se rendre aux toilettes,
  2. Que les expérimentateurs ont échangé autour de cet incident et se sont réunis pour valider la série.

Ainsi, si l'on peut parfois accepter dans une publication que l'auteur explique une difficulté ou un paramètre sujet à discussion, il est inadmissible qu'un paramètre de ce type ayant engendré un tel choix ne soit pas mentionné dans le protocole. C'est une grave erreur sur le plan scientifique. Comme le souligne l'un des intervenants sur psiliste, on peut s'interroger qu'Henri Broch, professeur de physique et enseignant en zététique à l'université, indique à propos de ce protocole :

"Très bel exemple de comment il faut procéder, dans la convivialité la plus complète (mais avec une méthode rigoureuse)"

Le membre de l'Observatoire Zététique précise cependant à ce sujet qu'Henri Broch ne connaissait alors pas ce détail.

Quand l'Observatoire Zététique sait avoir fait une erreur

Mais le plus étonnant n'est pas là. Le membre de l'Observatoire Zététique précise ensuite que les membres de l'Observatoire Zététique ont discuté ensuite de la nécessité de mentionner l'incident dans le rapport. La majorité de l'Observatoire Zététique soutient alors qu'il aurait fallu l'indiquer, et même Henri Broch indique lui aussi qu'il aurait fallu le faire dans un échange ultérieur, ce qu'accepte également le membre de l'Observatoire Zététique en question. Mais malgré cela

  1. L'Observatoire Zététique n'a pas publié de rectificatif
  2. Henri Broch n'a pas jugé bon de revoir son commentaire initial sachant pourtant à présent que la méthode n'était pas rigoureuse : un biais n'a pas été contrôlé et ce biais n'a pas été mentionné dans le compte-rendu.

Quand l'Observatoire Zététique dit aux autres de ne pas faire ce qu'ils font

Enfin, on remarquera qu'un membre de l'Observatoire Zététique, Florent Tournus, a publié sur le blog de l'OZ une critique d'une expérience de Sheldrake, en avril 2007, c'est à dire après la première publication du protocole de l'OZ sur ce même blog :

"Lastly, the authors themselves admit that cheating was possible (for instance using electronic devices). Although the authors are “confident” on this point and claim that “it is not plausible”, cheating can not be totally ruled out. For the sake of scientific rigor, an experiment where any form of “normal” communication is really made impossible would have been preferable, otherwise any sound conclusion can unfortunately not be drawn from the results..."

Aucune conclusion ne peut être tirée des résultats, dans un sens comme dans l'autre : certains membres de l'Observatoire Zététique critique donc chez Sheldrake une erreur que d'autres membres ont eux-même commis (Florent Tournus nous a précisé qu'il n'avait pas connaissance de ce détail de l'expérience de l'OZ lors de la rédaction de son article). Si Sheldrake a eu l'honnêteté d'expliquer son choix et de le mentionner dans son protocole, l'Observatoire Zététique a préféré cacher ce détail en ne le mentionnant pas, même en sachant qu'ils devaient le faire.

Quand il faut essayer de comprendre tout cela

Nous avions déjà analysé en détail ce protocole et montré les différents problèmes qu'il comportait. Ce détail est encore plus problématique que ceux que nous avions déjà souligné. Comment comprendre que les membres de l'Observatoire Zététique ne l'aient pas mentionné ?

Il y a de nombreux docteurs parmi les membres de l'OZ : il n'est pas raisonnable de penser que les membres de l'OZ ne savaient pas qu'il faisait une erreur : ils savaient très bien qu'ils devaient publier ce détail. Alors pourquoi ne pas l'avoir fait ?

Ce n'est pas la première fois que nous trouvons dans des protocoles sceptiques de telles approximations. Nous pensons qu'elles ne sont pas dues au hasard, mais nous n'irions pas jusqu'à dire quelles sont voulues consciemment (car au fond, nous ne savons rien de ce qui s'est passé dans la tête des membres de l'Observatoire Zététique). Nous pouvons simplement raisonner à partir des faits dont nous disposons en proposant l'hypothèse suivante : ce type d'imprécision dans le protocole permet la mise en place d'une stratégie auto-immune quel que soit le résultat qui sera obtenu. Supposons en effet que le protocole ait été un succès, que le magnétiseur ait effectivement obtenu des résultats significatifs, les membres de l'Observatoire Zététique auraient-ils "oublié" de mentionner ce détail ? Nous n'en savons rien en revanche, nous savons qu'il leur aurait été possible de le faire et de dire :

  1. Nous avons commis une erreur,
  2. Cette erreur invalide le résultat obtenu,
  3. Les résultats ne peuvent être pris en compte ; Il serait nécessaire de refaire cette expérience.

Le fait même qu'il y ait cette possibilité invalide l'ensemble du protocole et interroge une nouvelle fois la démarche de l'Observatoire Zététique : car dans tous les cas, du fait même de cette imprécision, l'Observatoire Zététique, pouvait, quel que soit le résultat, ne pas conclure à un effet psi, car il y avait deux possibilités :

  1. Le magnétiseur n'obtient pas de résultat : dans ce cas, le détail concernant les toilettes n'est pas mentionné (car bien entendu, si cela se savait, cela invalidait l'ensemble du protocole pour les raisons que nous décrivons),
  2. Le magnétiseur obtient un résultat : possibilité d'invoquer le biais potentiel afin de ne pas conclure au vu des résultats.

Dans le deuxième cas, il ne restait qu'à l'Observatoire Zététique de laisser un commentaire du type "malgré les résultats statistiquement significatifs obtenus par le magnétiseur, nous avons malheureusement laissé un biais potentiel en laissant le magnétiseur se rendre aux toilettes. En conséquence, et même si cela nous déçoit beaucoup, nous ne pouvons conclure quant aux résultats obtenus et des tests plus rigoureux s'avèrent nécessaire".

Il s'agit selon nous d'une nouvelle illustration des incohérences de l'approche de l'Observatoire Zététique dont les sources sont peut-être à trouver dans le paradoxe même de leur fondation : investiguer des phénomènes que la plupart de ses membres pensent impossible de façon certaine. Dans ces conditions, obtenir réellement un résultat significatif metttrait ses membres face à une sérieuse dissonance cognitive. Ceci explique peut-être la mise en place de ce type de stratégie, qu'elle soit volontaire ou non.

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15 décembre 2007

Les dérives de la zététique à l'université : analyse d'un rapport CIES

cies2"L’effet Janis traduit un comportement de groupe consistant à écarter (inconsciemment en général) toute opinion ou discussion allant à l'encontre de la cohésion du groupe. Selon Janis et Mann, cette attitude engendre souvent une absence d'objectivité et d'honnêteté dans la recherche et le traitement de l'informations, une censure collective appliquée à soi-même et aux autres, un isolement par rapport aux autres groupes et finalement un système de pensée intolérant et irrationnel. Fort heureusement, les groupes auquel nous avons eu affaire (observatoire zététique, atelier de zététique) sont épargnés par cet effet ! "  Rapport d'Atelier de troisième année, p. 56

Nous avons découvert sur Internet un rapport d'atelier de troisième année du CIES de grenoble dont est tirée la citation précédente. Ce document a été rédigé par des doctorants allocataires-moniteurs (c'est-à-dire financés pour leur thèse et formés afin de devenir de futurs enseignants à l'université). Avant d’aller plus loin et de proposer une analyse détaillée de ce document, nous proposons une petite expérience à nos lecteurs. L’analyse qui va suivre nous paraît d’autant plus intéressante si vous lisez auparavant et sans a priori ce rapport d’atelier pédagogique et que dans un second temps, vous consultez notre analyse. Ce rapport est disponible sur le site du CIES de Grenoble à cette adresse :

http://web.ujf-grenoble.fr/CIES/cies/TELECHARGEMENT/rapport_08_03_04.pdf

Les préalables : la présentation de la démarche zététique

Plusieurs étudiants de doctorat ont décidé de participer à un atelier pédagogique dans le cadre de formations du CIES. En l’occurrence, il s’agit d’un atelier de zététique dirigé par un chercheur du CNRS, Pierre Aldebert, impliquant treize étudiants de doctorat, en 2003-2004. Ces ateliers zététiques existent encore actuellement au sein du CIES de Grenoble.

Voici tout d'abord quelques extraits qui décrivent la démarche de cet atelier :

« la zététique peut être perçue comme une méthode de recherche de la vérité fondée sur le doute face à toute affirmation dogmatique et qui utilise la démarche scientifique. Constatant que dans le domaine du paranormal, l’esprit critique est souvent abandonné, les zététiciens appliquent principalement leur discipline à ces phénomènes extraordinaires qui remettent en cause nos connaissances de la réalité et violent les lois établies. »

« La démarche zététique, encore méconnue, a pour principe de refuser toute affirmation dogmatique, en particulier dans le cadre de phénomènes réputés paranormaux et des parasciences. Elle repose sur deux piliers que sont la démarche scientifique et l’attitude sceptique. »

« Le domaine d’étude des « phénomènes dits paranormaux » présente au moins deux intérêts importants : il est connu de tous (chacun à une idée, même vague, de ce dont il est question) et laisse peu de gens indifférents. Ainsi la zététique constitue un cadre attrayant pour sensibiliser les gens à la méthodologie scientifique. »

« Seule une démarche scientifique permet de confirmer l’existence d’un phénomène (puis éventuellement de l’expliquer), en discernant les effets du hasard, les paramètres significatifs, la précision des indicateurs, etc. »

« Une des particularités de la zététique par rapport au scepticisme en général est d'être résolument axée sur l'expérimentation scientifique. Elle considère en effet que l'attitude la plus adaptée face à un phénomène (paranormal en l'occurrence) est de l'étudier à l'aide d'un protocole scientifique rigoureux. En particulier les phénomènes étudiés doivent pouvoir faire l'objet d'une expérimentation scientifique, c'est-à-dire être reproductibles et mesurables. En outre la zététique limite son champ d'étude aux phénomènes dits paranormaux. »

Nous sommes d'accord avec une telle démarche : le développement d’outils scientifiques et du sens critique pour aborder le champ des phénomènes dits paranormaux. Cela correspond à la démarche zététique que nous défendons. La présentation de cette approche conduit les auteurs du mémoire à indiquer que l’attitude sceptique « ne consiste pas à refuser tout de go telle ou telle notion, mais au contraire incite à l’examiner avec prudence ». Ils en concluent donc que « la zététique est donc un formidable outil contre l'ignorance, et amène à une connaissance fondée sur l'expérience, loin de tout point de vue ou opinion. »

On ne peut que soutenir une telle approche, et cela d’autant plus que quelques citations de grands penseurs laissent entendre que les auteurs du mémoire doutent de tout, même d’eux-mêmes, étant ainsi dans la plus objective des démarches :

« Quiconque prétend s'ériger en juge de la vérité et du savoir s'expose à périr sous les éclats de rire des dieux puisque nous ignorons comment sont réellement les choses et que nous n'en connaissons que la représentation que nous en faisons. » [Albert Einstein]

« Peu de gens parlent du doute en doutant » [Blaise Pascal]

« Savoir que l'on sait ce que l'on sait, et savoir que l'on ne sait pas ce que l'on ne sait pas: voilà la véritable intelligence. » [Confucius]

On remarquera d'ailleurs que les doctorants ayant participé à cet atelier décrivent ainsi la démarche zététique :

« - la démarche zététique est qualifiée d'intéressante sur le papier (2), courageuse (3), ouverte et non dogmatique (20), respectueuse d'autrui (21), dénuée d'a priori (17) et à la recherche dynamique de la vérité (19) - la méthode appliquée par la zététique est quant à elle considérée comme simple d'argumentation (5), de qualité (6), rigoureuse (6, 17) et objective (6, 12, 15). Sa volonté de perfection scientifique est considérée comme un point fort (13), ainsi que son aptitude à discriminer la science de la croyance et de l'acte de foi (18). La pratique de la zététique est ludique (11) et s'avère être une école de modestie et de vigilance (8), d'esprit critique et de précision (10) voire d'approche rationaliste (16) »

Les différents extraits que nous venons de citer sont assez classique de la présentation de la zététique telle qu’elle l’est habituellement. Le ton est neutre, clair et objectif. L’approche zététique apparaît comme cohérente, scientifique et rigoureuse. Cette première étape est essentielle : elle permet d’engendrer l’adhésion du public, scientifique ou non, persuadé que si ces auteurs décrivent une telle démarche… cela doit être réellement leur démarche. Est-ce vraiment le cas ?

Objet d’étude et amalgame

Les auteurs du rapport indiquent ensuite ce qu’ils ont choisi d’aborder d’un point de vue zététique :

« Nous avons choisi de nous pencher plus particulièrement sur trois disciplines relevant du paranormal, à savoir la numérologie, la psychokinèse et la télépathie. »

Pour un lecteur qu ne connaît rien au sujet et qui n’a pas de formation scientifique dans ce domaine, il n’est pas possible de repérer le premier décalage qui s’opère ici. Nous l’avons déjà décrit dans des billets précédents et c’est un procédé pseudo-sceptique courant : l’amalgame. Il consiste à mélanger des données appartenant clairement au registre des pseudo-sciences avec des données appartenant au registre de la parapsychologie scientifique. En l’occurrence :

  • Pseudo-science : la numérologie. Il n’existe pas de travail scientifique ou universitaire mettant en évidence la véracité de la numérologie. Il s’agit d’une pseudo-science qui repose sur des croyances, elle-même maintenue par un certain nombre de biais cognitifs.

  • Parapsychologie scientifique : notamment l'étude de la "psychokinèse" et la "télépathie". Nous touchons au domaine de la parapsychologie scientifique. Il existe en revanche  sur ce sujet des laboratoires universitaires et scientifiques qui travaillent et publient sur ces sujets.

Cela étant dit, les auteurs du mémoire peuvent choisir d’aborder en même temps ces différents sujets. Mais comme nous allons le voir, tout dépend de la façon dont ils sont traités car ils précisent :

« Dans un premier temps, nous avons parcouru la littérature afin de nous familiariser avec les sujets abordés. Nous nous sommes intéressés à l’histoire de ces disciplines, ainsi qu’à la forme que prennent ces pratiques actuellement. Les deux prochaines sections présentent un résumé de ces recherches essentiellement bibliographiques. »

Analyse de la numérologie

Concernant la numérologie, pas grand-chose à dire. Le travail est sérieux. L’analyse est de qualité et nous rejoignons la conclusion indiquées, en particulier dans les utilisations frauduleuses de la numérologie :

« Dans son livre Les Méthodes d'évaluation en ressources humaines : La Fin des marchands de certitude, Christian Balicco, docteur en psychologie et conseiller en recrutement, souligne le fait qu ’aucun critère ni résultat ne permet de mettre en évidence la validité scientifique de la numérologie en tant qu ’outil d’aide au recrutement. »

Analyse de la psychokinèse

Les auteurs proposent ensuite une brève revue de littérature de la psychokinèse :

« On trouve tout au long de l'histoire de nombreux témoignages de phénomènes mettant en jeu la psychokinésie (PK) dans des circonstances très diverses. On pense notamment aux maisons hantées par des esprits frappeurs et autres poltergeist, à la classique rotation de table des médiums qui communiquent avec l'esprit des morts en passant par la lévitation des moines tibétains et autres religieux asiatiques. »

Ils choisissent de décrire des « phénomènes » de Psychokinèse (Pk) spontanés, qu’il s’agisse des phénomènes de poltergeist (appelés Retro Spontaneous Psychokinèse - RSPK - par les scientifiques travaillant sur le sujet), de phénomènes en lien avec des pratiques spirites ou des dimensions spirituelles. Il s’agit d’une phénoménologie qui a au moins une réalité sociale et subjective, à défaut d’une éventuelle réalité objective. Mais les auteurs du rapport ajoutent ensuite :

« Plus anciennement encore, l'ouverture de la mer rouge aux juifs fuyant l'Egypte par leur Dieu peut être envisagée comme une manifestation de PK ainsi que la plupart des miracles christiques. Et la PK a été couramment invoquée pour expliquer les déplacements des statues de l'Ile de Pâques qu'aucune technique accessible aux habitants de l'île ne saurait expliquer. »

Là encore, il se produit un décalage et un amalgame. Si les premiers phénomènes sont effectivement documentés et étudiés par des scientifiques depuis longtemps, l’ouverture de la Mer Rouge et les déplacements des statues de l’Ile de Pâques sont  du registre de la croyance et ne sont pas étayés par des données scientifiques. Dans le premier cas, nous sommes dans la croyance religieuse. Dans le deuxième, dans une croyance typique des pseudo-sciences. Il est important de souligner qu'il n y a pas scientifique sérieux travaillant sur ces questions faisant un lien entre les PK décrites dans le premier paragraphe et les « PK » décrites dans ce second paragraphe. Pourquoi un tel amalgame ? Il est fort probable que les étudiants ne l’ont pas fait eux-mêmes. Ils n’ont fait que ce fier à certains travaux zététiques sur la question, en particulier ceux d’Henri Broch, qui créent et contiennent cet amalgame car il s’agit d’un moyen facile de discréditer la parapsychologie scientifique en mélangeant adroitement données scientifiques et données pseudo-scientifiques. Nous retrouvons à nouveau cet amalgame dans la présentation des différentes explications potentielles de la PK :

" La première fait intervenir une dimension parallèle, le monde astral. Toute chose ayant un équivalent astral, qu'il soit appelé aura, karma ou autre, notre corps astral piloté par notre esprit serait en mesure de déplacer les objets par leur intermédiaire astral . La seconde met en jeu la génération d'onde par le cerveau au travers de la concentration du sujet. Ces ondes sont souvent électromagnétiques, le terme recouvre encore suffisamment de mystère semble-t-il, mais on peut entendre parler d'onde de force, de fluide psy, d'onde gravitationnelle, etc. La dernière plus récente fait intervenir la physique quantique et la capacité à influer sur la nature probabiliste de la matière. "

La première explication est du registre de la croyance ésotérique. La deuxième est du registre des pseudo-sciences : elle a été démentie par les travaux scientifiques déjà effectués. Quant à la troisième, c’est plus problématique, car il s’agit d’une vague allusion à des théories de parapsychologie scientifique. Ces théories supposent sur l'idée que si des effets PK sont possibles, ils ne correspondent pas à des processus impliquant un « signal ». Ils correspondent au contraire à des corrélations non locales trouvant leur origine dans une interaction avec la matière à un niveau quantique. Les auteurs laissent d’ailleurs entendre que :

« Les différentes explications sont alors le plus souvent noyées dans un vocabulaire scientifique moderne relativement abscons dont le pouvoir de conviction est assez important, même chez un public averti. »

C’est effectivement le cas, pour les deux premières théories. Cela l’est beaucoup moins pour la troisième. En effet, des  physiciens travaillent sur cette question depuis des années et publient des articles sur le sujet. Par exemple cet article qui décrit l'une de ces théories en parapsychologie scientifique et qui proposent en bibliographie un certain nombre de références sur le sujet : http://www.igpp.de/english/tda/pdf/wqt.pdf

Pour le lecteur qui souhaiterait en savoir d'avantage, nous conseillons la lecture d'Entangled Minds de Dean Radin qui reprend les articles sur le sujet publiés dans des revues classiques ainsi que le chapitre dédié à la psychokinèse dans l'ouvrage universitaire An introduction to parapsychology de Caroline Watt et Harvey Irwin (tous deux enseignants à l'université).

Les auteurs du mémoire continuent en présentant très brièvement la parapsychologie et les travaux de J.B. Rhine :

« La fin du 19ème siècle voit l'apparition de l'approche scientifique des phénomènes paranormaux et c'est dans les années 30 que le botaniste J.B. Rhine commence à mener des expériences sur l'effet PK. Sous son impulsion, la parapsychologie dite « scientifique » prend son essor avec pour vocation d'étudier de manière expérimentale les diverses manifestations de la perception extrasensorielle (télépathie, voyance, divination...). »

On notera une petite approximation sur les termes (on parle généralement de télépathie, de clairvoyance et de précognition) qui en dit long sur les connaissances des auteurs sur le sujet et surtout, alors que J.B. Rhine est cité, aucun de ces travaux  n’est mentionné. Ensuite :

« Notons cependant qu'une étude de deux chercheurs du « Stanford Research Institute » (institut dont l'existence s'est avérée plutôt officieuse...), mettant en évidence de manière expérimentale les dons de Geller, a été publiée par le très respecté journal scientifique Nature (n°254, 1974). Cet article a d'ailleurs par la suite souvent été cité comme une preuve scientifique majeure de l'existence de l'effet PK, malgré sa mise en défaut par d'autres publications. »

Les auteurs font référence à  une étude au Stanford Resarch Institute (SRI) par deux chercheurs. Leur nom n’est pas mentionné : il s’agit d’Harold Puthoff et de Russell Targ, deux physiciens spécialistes du laser. Pourquoi les auteurs ne le précisent pas ?  Car cela permettrait de donner une certaine légitimité à ces travaux donc mieux vaut éviter de préciser ce genre de détails. Ce genre d'approximation est cependant acceptable, ce qui l’est beaucoup moins, c’est l’allusion au fait que l’existence du SRI serait « plutôt officieuse ». Le SRI est un organisme tout ce qui il y a de plus sérieux comme chacun peut le constater en visitant son site Internet : http://www.sri.com/

Les approches pseudo-sceptiques se nourrissent de ces petits décalages, de ces petites imprécisions, qui permettent d’insinuer le doute chez le lecteur néophyte. Au-delà de ces petites imprécisions, un deuxième outil « zététique » est le mensonge, mais un mensonge subtile car difficile à déceler pour un néophyte. Ne pouvant faire l’impasse sur la publication de Nature concernant Geller, les auteurs la citent pour aussitôt la décrédibiliser car « mise en défaut par d’autres publications ». Ils indiquent que « Cet article a d'ailleurs par la suite souvent été cité comme une preuve scientifique majeure de l'existence de l'effet PK ». Mais, le problème est que cet article décrit une expérience scientifique…qui n’aborde pas la PK ! Cet article décrit une expérience avec Geller portant sur les perceptions extra-sensorielles et non la psychokinèse. Comment comprendre une telle erreur ?

La raison est simple : les auteurs du rapport n’ont probablement pas lu l’article. Ils répètent ce que l’on trouve dans certains ouvrages pseudo-sceptiques. Ils citent un seul article, qu’ils n’ont même pas lu et diffusent des propos mensongers à son sujet. Mais ils ne s’arrêtent pas là. Ils ne peuvent pas non plus passer outre sans faire mention des travaux publiés dans La Recherche concernant Girard. Mais là encore, ils sont aussitôt expliqués « Dans le dernier cas, une supercherie potentielle a été facilement comprise a posteriori (simple présence de limaille de fer sous les ongles de Girard pour déplacer l'aiguille de boussole sous cloche de plexiglas). » Mais cette explication ne rend pas compte de certains travaux effectués avec Girard, en particulier des effets obtenus sur certaines barres. Chacun peut le vérifier en consultant les publications scientifiques sur le sujet. Là encore, il y a fort à parier que les auteurs n’ont pas lu les publications originales : ils ne font que répéter ce qu’ils ont lu dans des ouvrages pseudo-sceptiques. Les auteurs finissent par cette remarque :

« Pour finir ce bref historique, remarquons que les effets prétendus de la PK ont copieusement diminué d'intensité avec le temps comme on le voit sur la figure ci-contre et ce en parallèle avec l'augmentation des moyens de contrôle de l'absence de fraudes. »

Ce paragraphe, ainsi que le schéma qui lui est associé, provient également des cours d’Henri Broch. C'est est un bon exemple de désinformation : il illustre le stratagème d’amalgame que nous avons déjà décrit. Cette courbe est  impresionnante, en particulier pour un jeune étudiant en DEUG (ainsi que pour un étudiant en doctorat) mais elle ne repose pas sur des données scientifiques. Ce parallèle entre les moyens de contrôle et la diminution des effets est un mythe sceptique. Au contraire, les travaux scientifiques effectués sur la question démontrent qu’il n y a pas de lien entre la qualité des études et les effets observés.

En résumé

Reprenons les différents procédés utilisés pour ce que nous pourrions intituler : « Comment décrédibiliser la recherche sur la psychokinèse tout en donnant l’impression que l’on connaît cette recherche et qu'on la étudié avec un doute scientifique normal ? »

  • Première étape : faire un amalgame entre des données ésotériques et pseudo-scientifiques (statues de l'Île de Pâques, mer rouge). Chacun sait que les statues de l'Île de Pâques n’ont pas été déplacées par PK. Ce lien permet donc par effet de « contagion » de discréditer le reste.

  • Deuxième étape : citer un vrai parapsychologue, de préférence un parapsychologue ancien (en l’occurrence J.B. Rhine). Il est important de citer ce parapsychologue mais il est aussi essentiel de ne pas donner de référence de ses travaux (car le lecteur pourrait tenter de vérifier ce qui est dit).

  • Troisième étape : citer des travaux controversés dans le domaine de la macro-PK. Critiquer ces travaux de façon vague en laissant entendre qu’il n y a aucun débat et que le tout est tranché. Là encore, il est important de ne pas proposer des références précises pour éviter que le lecteur puisse vérifier ce qui est dit.

  • Quatrième étape : l'absence de référence aux travaux scientifiques sur la question. Cette absence laisse entendre, de façon implicite, qu’ils n’existent pas. Comme la plupart des scientifiques pensent que c’est effectivement le cas, cela passe sans que personne ne s’en aperçoive.

  • Cinquième étape : laisser planer un doute (sans référence) et/ou inventer ou reprendre un mensonge dans un ouvrage pseudo-sceptique concernant des travaux connus.

  • Sixième étape : maintenir que dans tous les cas, le phénomène est impossible. En tant que scientifique, vous connaissez l’ensemble de réalité de façon exhaustive et vous savez ce qui est possible ou non.

En utilisant ces différents procédés, les auteurs, qui rappelont le, se réclament du doute, et de la pensée critique et scientifique, en arrivent donc à la conclusion :

« Pour conclure, on peut affirmer qu'à ce jour aucune des expériences conduites avec un protocole rigoureusement scientifique (en particulier excluant la fraude) n'a pu mettre en évidence un phénomène PK. Cette constatation ne permet de conclure à l'inexistence de l'effet PK, mais ceci est de toute façon logiquement impossible. Citons toutefois un des principes de la démarche scientifique que nous cherchions à rappeler dans cet atelier : la charge de la preuve appartient a celui qui déclare. »

Voilà un exemple de la zététique à la française, l’art du doute enseigné et mis en application par des étudiants de doctorat allocataires-moniteurs censés représenter l’élite de la pensée scientifique et critique française. Nos lecteurs se poseront alors peut-être la question suivante : Qu’est ce que serait une réelle approche zététique dans ce cas ? Une approche scientifique honnête et objective ? Eh bien elle consisterait à pratiquer ce que l’on voit dans l’ensemble des champs scientifiques :

  • Citer les travaux scientifiques existants : quels sont les travaux existants sur la psyckonièse ? Quels sont les résultats des travaux ? Que peut-on en conclure ?

  • Sélectionner de façon impartiale les différents arguments scientifiques : quels sont les différents arguments des chercheurs ? Quelle est leur pertinence ?

Nous renvoyons les lecteurs vers les travaux déjà cités pour des revues de question de qualité sur le sujet, en particulier An introduction to parapsychology (McFarland & Co, 5ed, 2007).

Analyse de la télépathie

Absence d’analyse de la télépathie dans le document. Cette absence laisse à penser qu' une revue de littérature n’est pas nécessaire puisque les auteurs savent déjà ce qu’ils veulent démontrer.

La diffusion auprès du public

Le moteur fondamental de la zététique demeure sa dimension militante : la diffusion auprès du grand public de son message. Cela passe notamment par des présentations lors de la Fête de la Science :

« La présentation qui va en être faite par la suite résulte des nombreuses améliorations apportées par l'ensemble des membres de l'atelier Zététique 2003-2004 et de l’Observatoire Zététique. En effet, les participants de l'atelier ont beaucoup répété les différents rôles au cours des deux mois précédant la Fête de la Science. Les critiques et remarques particulièrement avisées et constructives, issues de ces répétitions ont permis d'affiner la présentation et le discours de ces expériences de télépathie, de psychokinèse et de numérologie. »

Afin de mieux faire passer un message qui pourrait s’avérer rébarbatif, les étudiants ont trouvé une approche percutante : la mis en scène d'une petite expérience avec « l’appel au peuple » suivant :

« Venez assister à une expérience de parapsychologie suivie d'une réflexion critique et scientifique »

Ainsi :

« Le but de cette animation est, dans un premier temps, de proposer un numéro de parapsychologie pour attirer le public, puis éventuellement de faire participer les spectateurs en essayant de mettre en évidence « leurs dons » pour « l'émission d'ondes psychiques »

Les auteurs du rapports mettent donc en scènes deux fausses expériences de parapsychologie. Il est essentiel que les participants croient tout d'abord réellement qu’il s’agisse d’expériences de parapsychologie car « En effet, si dans un mois vous assistez à un nouveau tour de parapsychologie, si vous imposez les contraintes suffisantes pour bloquer l'astuce d'aujourd'hui, et si la démonstration des nouveaux parapsychologues est concluante, allez-vous en déduire que le paranormal existe ? Non, certainement pas. »

Certains zététiciens vont également dans les lycées pour faire les mêmes démonstrations. Cela permet d'implanter chez des jeunes la certitude de l'absence de validité n’importe quelle expérience de parapsychologie qu'ils pourraient voir.

Entre démarche zététique annoncée et démarche zététique réelle : le coup de génie des « zététiciens »

Mais pour que cette approche apparaisse crédible, il est essentiel d’interroger ses modes de pensée. C’est également ce que font les auteurs qui prennent aussi conscience lors de leurs expériences du pseudo-scepticisme de certaines personnes venues voir les expériences :

« En revanche, nous avons été étonnés de constater, qu’assez souvent, cette attitude n’était pas guidée par une démarche scientifique très précise mais qu’il s’agissait plutôt d’une position de « non croyance ». »

« Alors que leur position dubitative devrait maintenir les zététiciens provisoirement dans la neutralité face à un phénomène prétendu extraordinaire, ne leur permettant pas de se positionner sur sa véracité, certains zététiciens adoptent parfois une position a priori négative dérivant peut-être de l’habitude de constater que, dans ce domaine, aucun phénomène n’a jusqu’à présent pu être mis en évidence de manière scientifique. »

Comment imaginer que des auteurs qui s’interrogent autant, mettent autant le doute en avant, et vont même jusqu’à repérer un doute de mauvaise qualité chez autrui, pourraient ne pas proposer une lecture objective de ces questions ? C’est là, il faut le reconnaître, le véritable coup de génie des sceptiques en général, et des sceptiques français plus particulièrement. Il s’agit d’une mise en scène perfectionnée que l’ont peut ainsi résumer : le meilleur moyen de laisser penser que vous êtes l’inverse de ce que vous êtes consiste à tout simplement proclamer que vous êtes l’inverse de ce que vous êtes. C’est ce qu’on pourrait l’appeler la « stratégie McDonald ».

Les restaurants McDonald ont récemment proposé une campagne de publicité fondée sur l’idée que manger chez McDonald est bon pour la santé, ce qui est assez discutable... Mais ce paradoxe, du point du vue de l'impact sur le public, est très bien vu. Les zététiciens français ont réussi ce coup de génie d’arriver à faire de même dans le registre de l’étude des phénomènes dits paranormaux. Ils sont au départ comme Mc Donald : nous souhaitons vendre au maximum de personnes, mais nos produits sont potentiellement mauvais pour la santé. En zététique, cela devient, nous souhaitons vendre au maximum notre certitude de la non existence des phénomènes paranormaux, mais nous savons que cette question ne nous intéresse pas vraiment et que nous ne faisons pas de recherche scientifique sur le sujet. Mais, il est essentiel que la réalité ne soit pas dévoilée. Elle ressort pourtant dans ce que nous pourrions appeler le postulat de base que l’on retrouve dans le rapport :

« aucun phénomène « surnaturel » n’a à ce jour (et à notre connaissance) été mis en évidence en utilisant un protocole expérimental scientifique et rigoureux. »

« En outre, les équipes scientifiques qui veulent tester les dons paranormaux avancés par certaines personnes s'entourent de magiciens afin d'établir le protocole le plus fin possible (G. Majax, par exemple, dans le cadre du « Prix défi »). »

Détail étonnant quand on sait que la principale association scientifique travaillant sur la question, la Parapsychological Association, indique a ses membres, depuis de nombreuses années, l'obligation de travailler avec des magiciens lors de protocoles. Là encore, les auteurs ne mentionnent que les travaux qui vont dans leur sens.

Ainsi, derrière ce postulat de base, l’approche militante sous-jacente est repérable dans le rapport :

« Même si ce n’est pas le but avoué des zététiciens, une des conséquences de la démarche zététique est de combattre les croyances, ce qui leur donne parfois l’image très réductrice et négative de scientifiques ou de scientistes bornés. »

Il est bien question de but avoué et de but inavoué. Mais pour paraître crédibles, les zététiciens ne peuvent avouer ce but. Ils mettent donc en place les différents techniques que nous avons pu voir précédemment. Mais fondamentalement, dans leurs conceptions, les croyances au paranormal sont comparées à des phobies ou des angoisses, un mal qu’il faudrait soigner :

« Il est en particulier à noter que la plupart des effets cités par Henri Broch reposent sur l'aptitude de l'esprit à s'abuser lui-même. Une démarche fondamentale consisterait alors à examiner en détail la vraie source du paranormal, c'est-à-dire l'esprit qui se trompe. Que se passet- il si l'on examine en détail les phénomènes irrationnels de l'esprit ? Sera-t-on tué sur le coup pour avoir osé s'aventurer en territoire interdit ou au contraire les phénomènes s'avéreront-ils être de simples illusions, des méprises de l'esprit ? L'enjeu est de taille, car ces phénomènes, comme les phobies ou les angoisses, peuvent être sources de grandes souffrances. »

Les différents procédés, en particulier celui qui consiste à partir de faits réels pour démontrer des faits erronés, est l’une des principales techniques de ces zététiciens. Ainsi ce type d'argumentation est si bien conçu que malgré leur connaissance de certains biais psychologiques, et le fait qu'ils soient mentionnés, les étudiants indiquent :

"L’effet Janis traduit un comportement de groupe consistant à écarter (inconsciemment en général) toute opinion ou discussion allant à l'encontre de la cohésion du groupe. Selon Janis et Mann, cette attitude engendre souvent une absence d'objectivité et d'honnêteté dans la recherche et le traitement de l'informations, une censure collective appliquée à soi-même et aux autres, un isolement par rapport aux autres groupes et finalement un système de pensée intolérant et irrationnel. Fort heureusement, les groupes auquel nous avons eu affaire (observatoire zététique, atelier de zététique) sont épargnés par cet effet ! "

C'est probablement cette certitude d'être constamment dans le doute qui conduit au fait qu'aucun de ces étudiants, pourtant de niveau doctorat, ne s'est interrogé sur ce qu'ils avaient écrit dans la partie sur la psychokinèse.

Ainsi, alors qu’un nombre grandissant de pays européens met en place des laboratoires scientifiques ayant pour objet l'étude de ces questions, la France est minée par ces approches zététiques qui ont la main mise au niveau universitaire sur l’approche scientifique de ces sujets. La première génération, constituée d’auteurs comme Henri Broch, a fait un travail d’une telle qualité, que la pensée zététique affichée est très performante : comme nous l’avons vu en introduction, un doute d’une grande qualité est affichée. Mais derrière, la réalité est tout autre comme le montre la revue de littérature sur la psychokinèse. Certains sceptiques s’en rendent parfois compte, après quelques années, mais la grande majorité n’ira jamais vérifier les travaux scientifiques. Pourtant, ces personnes souhaitent au départ défendre une pensée scientifique de qualité. C’est en particulier le cas dans ce dossier de CIES. Ces jeunes doctorants ont un objectif noble : favoriser l’esprit critique et permettre la diffusion de la pensée scientifique. Malheureusement, les procédés qu’ils utilisent et l’utilisation du « paranormal » comme support, les conduit à des formes de déni très élaborées. Ils finissent ainsi par proposer un exemple à l'opposé de l'objectif initial qui était de promouvoir l’esprit critique.

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17 novembre 2007

De la croyance au scepticisme : la zététique n'est pas un sport de combat

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La psychologie du "croyant"

L'Observatoire Zététique a publié récemment sur son site Internet un petit texte anonyme qui est exemplaire à plus d'un titre et que nous souhaitions commenter.

Il montre tout d'abord de façon tout à fait pertinente, et de l'intérieur, la pensée du "croyant" ou "tenant". Souvent influencé dès l'enfance par son entourage familial, il baigne dans un univers à la fois normal et "paranormal" : guérisseur, histoires de tables tournantes, etc. C'est souvent la dimension expérientielle du paranormal qui est mise en avant, dimension qui vient souvent en opposition d'une démarche scientifique jugée réductionniste.

Comme le remarque fort justement l'auteur de l'article, il est très difficile pour une personne baignant depuis toujours dans ce milieu de changer d'avis. Cela revient à mettre en cause une grande partie de ses convictions et de ses croyances, mais cela conduit également à interroger celles de sa famille, de ses proches. Les études scientifiques effectuées sur la question montrent d'ailleurs que les personnes qui évoluent ainsi dans ce type d'environnement paranormal, et qui développent ce que les psychologues appellent une fantasy proneness (tendance à l'imaginaire) ont généralement deux origines. La première est effectivement une influence par l'environnement familial dès l'enfance. L'enfant va adopter, par imitation, le même rapport au monde que ses parents. La deuxième origine est la possible rencontre avec un ou des traumatismes, les croyances ou les expériences paranormales pouvant parfois faire office de stratégie d'adaptation. Les modèles actuels des psychologues montrent que la nature du ou des traumatismes en question est complexe et multi-factorielle. Précisons cependant un point important : si cela nous renseigne sur les sources des croyances et des expériences paranormales, cela ne précise par leur nature sur le plan objectif.

Ainsi, il est tout à fait possible de vivre avec ces croyances et de ne jamais les remettre en cause. Cela mène aussi souvent à ce que l'auteur de l'article appelle une forme d'évangélisation des autres : tenter de convaincre les autres que ce paranormal existe bien. Lors de cette étape, toute approche critique ou scientifique est généralement jugée comme persécutrice. Elle vient attaquer certains fondements de la personnalité de ces personnes. En outre, la domaine du paranormal demeure généralement pour ces personnes un lieu merveilleux qui est davantage régit par le droit au rêve, à l'irrationnel, que par la réalité. Cependant, cette approche est souvent liée à l'affirmation : "Je suis rationnel". En effet, ces personnes revendiquent une grande rationalité. Il s'agit généralement d'un moyen de conforter ses croyances et de mieux "convaincre" l'autre en rendant ainsi sa parole plus fiable.

La psychologie du "sceptique"

L'auteur du récit va cependant changer d'attitude, pour rejoindre progressivement un groupe sceptique. Pour quelles raisons ? Les causes sont bien entendues multiples et complexes mais ont peut cependant repérer deux facteurs certainement prédominants : le fait que cette personne ait grandi dans un environnement sensible au paranormal (et non le développement de ce type de croyances après une succession de traumatismes, ce qui peut rendre ces croyances plus profondes) et le fait qu'il ait suivi une formation scientifique.

Ces deux facteurs sont associés à un "catalyseur" : la rencontre avec un ouvrage pseudo-sceptique, en l'occurence un livre d'Henri Broch et Georges Charpak. Commence alors un réel travail de questionnement concernant ses croyances initiales et la mise en place d'un nouveau systèmé de croyance. En effet, du point de vue psychologique, la formation scientifique de cette personne à certainement engendré une situation de conflit entre ses croyances initiales et ses connaissances issues de ses études.

Mais le fait de se tourner vers un groupe comme l'Observatoire Zététique, et d'aller jusqu'à raconter ainsi son histoire, n'est pas anodin. Et c'est aussi pour cette raison que ce texte est intéressant. Il montre le trajet "typique" d'un sceptique appartenant à un groupe sceptique, allant d'une première idéologie à une deuxième idéologie. Plusieurs chercheurs se sont déjà penchés sur cette question en étudiant dans le détail la psychologie des membres de groupes sceptiques, allant jusqu'à parler de pathologie des groupes sceptiques.  Les raisons de ces dérives proviennent probablement du fait que si le contenu des croyances change, le rapport à ce contenu est identique : il reste fondé sur une approche globale et rassurante.

Ceci explique généralement la raison pour laquelle les groupes d'amateurs du paranormal et les groupes sceptiques fonctionnent en miroir : ils mettent en jeu les mêmes mécanismes fondés sur des principes idéologiques. L'idéologie  "paranormale" peut ainsi être transformé en idéologie "sceptique". Dans les deux cas, le rapport au paranormal, jugé dans les deux cas comme merveilleux et extraordinaire, est central.

Dans le cas des croyants au paranormal, c'est la notion d'ouverture qui prime. En revanche, chez le sceptique, le système de pensée repose davantage sur la maitrise en lien avec les outils scientifiques : vision d'une science toute-puissante qui permet d'expliquer le réel de façon exhaustive en fonction de nos connaissances actuelles. Ceci explique souvent ces délimitations particulièrement nettes que les sceptiques tendent à créer entre "science" et "pseudo-science", établissant du coup un clivage pouvant apparaîter comme rassurant.

Le débat immobile entre "croyants" et "sceptiques"

Dans les deux cas, ces pensées, comme le montre bien l'auteur de ce texte, sont des pensées militantes. Il n'est pas seulement question de ses croyances : il est aussi et surtout question des croyances des autres. Nous sommes ici, aussi bien du côté "tenant" ou "croyant" que du côté "sceptique", dans des représentations et des dynamiques de pensées relativement détachées de la réalité objective des expériences scientifiques sur la question. Ce paranormal, objet merveilleux teinté de représentations naïves, est avant tout un objet qui permet de penser certaines réalités psychiques internes. Cette guerre pour démontrer l'existence, ou l'inexistence de ces phénomènes, n'a donc le plus souvent pas grand chose à voir avec la rationalité et l'objectivité. C'est aussi pourquoi ces deux approches ont généralement pour écueil de ne pas s'interroger sur leurs origines.

Ce texte permet aussi de mieux comprendre pourquoi il est difficile pour ces groupes d'échanger. Chacun pense avoir fait le trajet inverse de l'autre : le croyant à le sentiment d'être un sceptique, une personne rationnelle, qui est progressivement devenue un défenseur du paranormal ; le sceptique à le sentiment d'être un ancien croyant qui est progressivement devenu sceptique.

Ce problème est particulièrement complexe lors des discussions avec des sceptiques. Tout argument interrogeant la possible réalité d'interactions psi est perçu comme une forme de régression à cette croyance antérieure qu'ils ont eux-même abandonnés. Ainsi, celui qui interroge la réalité de ces phénomènes est souvent perçu ainsi : "Moi aussi j'étais comme toi, moi aussi j'y ai crû". Ce phénomène rend le débat scientifique difficile car il se traduit souvent par le refus de consulter en détail les travaux scientifiques sur la question. Ceci explique en partie l'absence dans les ouvrages sceptiques francophones d' allusion aux recherches scientifiques sur ces sujets. En effet, cela n'intéresse par ces personnes, de même que le croyant ne souhaite parfois pas participer à des expériences. Dans les deux cas, cette attitude provient peut-être du fait qu'elle pourrait  mener à un nouveau retournement de pensée.

Pour notre part, nous défendons une approche scientifique et zététique qui cherche à s'émanciper, dans la mesure du possible, de ces enjeux psychodynamiques et idéologiques. Par quel moyen ? En prenant conscience, ne serait-ce qu'en partie, de ses propres motivations, de ses propres modes de pensée, en essayant de repérer d'éventuels effets de dissonance cognitive. Cela nous semble être une voie intéressante pour permettre un abord neutre et scientifique de ces questions.

Conseils pour un zététicien éclairé

Pour terminer sur une note positive, nous poserons cette question : Que conseiller à un lecteur qui aurait effectué le même trajet que le membre de l'Observatoire Zététique ? Nous avions déjà abordé en partie cette question dans notre billet sur le sceptique parfait, en soulignant des indicateurs objectifs permettant à chacun d'évaluer dans quelle mesure son abord est neutre ou non. Pour sortir de cette "guerre" entre tenants et croyants, nous pensons qu'il n y a qu'un moyen : étudier, dans le détail les publications scientifiques et les débats dans ce domaine, pour se rendre compte que la réalité est autrement plus complexe que ce qu'en décrivent les "croyants" et les "sceptiques". Cela passe notamment par les étapes suivantes :

  1. Reprendre les ouvrages sceptiques et les comparer avec des ouvrages rédigés par des scientifiques travaillant sur ces questions.

  2. Pour les points de désaccord entre les versions des ouvrages sceptiques et les ouvrages scientifiques, se référer aux publications originales afin d'étudier dans le détail dans quelle mesure ces ouvrages rendent compte précisément de ces recherches.

  3. Echanger avec des universitaires, sceptiques et parapsychologues, afin de se faire un avis qui compare de façon détaillée les arguments de chacun.

  4. Prendre connaissance des écrits provenant des sciences humaines sur ces questions : psychologie, anthropologie, sociologie mais aussi philosophie pour mieux saisir leurs enjeux épistémologiques.

(Photo : The New Yorker November 30, 1998)

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11 novembre 2007

Protocole de l'Observatoire Zététique : radiesthésie

radiesthesieDans notre précédent billet, nous avons analysé le premier protocole de l'Observatoire Zététique. Nous allons à présent étudier, plus brièvement, ce deuxième protocole. Le préambule du billet précédent et les interrogations en conclusions sont également valables pour celui-ci.

L'OZ a décidé de mettre en place une expérience avec Francis Gatti de CASAR. L'objectif est de tester des radiesthésistes censés retrouver, à partir de son "taux vibratoire", une clef à molette qui aurait été l'objet d'une "dématérialisation et d'une rematérialisation" et/ou d'un échantillon supposé provenir du lieu d'atterrissage d'un ovni.

Nous ne reprenons pas dans le détail chaque point de l'expérience. Nous proposons une lecture du point de vue scientifique de l'expérience de l'OZ en rappelant que l'objectif de cette association est de tester des affirmations extraordinaires, et non de mettre en place des expériences scientifique. La plupart des points abordés l'ont également été pour le protocole précédent de l'OZ :

- Pas de revue de littérature : en conséquence de quoi ce que teste l'OZ apparait incohérent du point de vue scientifique.

- Hypothèses sous-jacentes : pour les deux "échantillons", l'hypothèse testée implique plusieurs "hypothèses" successives qui sont pour le moins sujettes à caution :

  • il existe des cas "réels" de poltergeist > il y a eu poltergeist avéré > ce poltergeist a eu une "influence" sur un objet > cet objet garde une trace de ce poltergeist > un radiesthésiste peut repérer cette trace.

  • il existe des ovnis > un ovni s'est posé quelque part > cet ovni a eu une influence sur un échantillon > un radiesthésiste peut repérer cet échantillon.

- Pas de précision du système de tirage aléatoire : comme pour l'expérience précédente, cela invalide l'ensemble de l'expérience. Il est essentiel que les membres de l'OZ comprennent qu'il est indispensable d'utiliser un système aléatoire (ou dans certains cas pseudo-aléatoire) pour faire le tirage. Il est aussi indispensable de noter ce choix dans le compte-rendu.

- Pas de pré-test : pour des scientifiques travaillant sur ces questions, et qui souhaiteraient aider ces personnes à comprendre que leurs affirmations ne semblent pas cohérentes, il ne serait pas nécessaire de faire un protocole aussi élaboré et de le publier. En une ou deux heures de temps, un petit protocole pré-test très simple peut être effectué pour montrer à ces personnes qu'elles se trompent. Cela éviterait notamment à l'OZ de se retrouver avec des personnes qui investissent manifestement beaucoup un protocole qui n'a qu'une chance infime d'aboutir. Il n'est pas étonnant que ces personnes se "liquéfient" comme le souligne Henri Broch en fin de protocole. Dans le cas où ces croyances auraient un enjeu psychodynamique important, ce que fait l'OZ nous apparait même comme potentiellement déstabilisant.

- Nombre d'essais insuffisant : les membres de l'OZ et les radiesthésistes raisonnent comme si ces phénomènes pouvaient se présenter sous la forme d'un signal, et en particulier d'un signal fort. Les expériences scientifiques effectuées sur cette question depuis plus d'un siècle démontrent que cette affirmation apparait comme très peu probable.

Nous souhaiterions attirer l'attention sur le fait qu'en mettant en place ce type de protocole, l'OZ risque de décridibiliser les recherches zététiques auprès de scientifiques travaillant sur ces questions. Nous pouvons comprendre que l'OZ teste des affirmations de personnes, mais tant que l'OZ ne recoupera pas ces affirmations avec la littérature déjà existante, les travaux de l'OZ resteront sans intérêt pour les chercheurs travaillant en ce domaine.

Pour finir, voici une liste de conseils destinés à l'OZ dans le cas où ses membres souhaiteraient optimiser, dans leurs  expériences, les conditions favorisant la production d'effets tels que décrits dans les publications scientifiques déjà existantes. Nous pensons que ces paramètres sont conciliables avec leur objectif initial : tester scientifiquement l'affirmation d'une personne. Nous conseillons donc à l'OZ (il ne s'agit pas d'une liste exhautive, dans le cas d'un envoie de protocole, nous pourrions indiquer plus précisément les paramètres à prendre en compte) :

  • de lire quelques articles scientifiques, sur un phénomène qu'une personne prétend pouvoir mettre en évidence : cela permet d'évaluer si ce que dit la personne est cohérent. La lecture des protocoles déjà existants permet également de déterminer les paramètres les plus adaptés,
  • de davantage reprendre des protocoles déjà existants réalisés par des scientifiques (et de les adapter aux affirmations des personnes qui viennent les voir) plutôt que de créer entièrement un protocole : nous pensons que dans certains cas, cela leur fera gagner du temps plus qu'en perdre,
  • d'utiliser des GNA ou des pseudo-GNA pour les tirages aléatoires et de préciser ce choix dans leurs comptes rendus,
  • de ne tester qu'une seule hypothèse, la plus "économique",
  • si la personne persiste dans une affirmation initiale, de mettre en place avec elle une petite expérience simple qui permet facilement de lui montrer que ce qu'elle dit est contredit sur le plan objectif (jusqu'à preuve du contraire bien entendu),
  • dans l'idéal, de travailler avec des sujets censés être "doués" ou "entrainés",
  • de faire un nombre beaucoup plus important d'essais. Les effets "extraordinaires", s'ils existent, ne sont pas nécessairement des effets forts, ce sont des effets avec des tailles d'effets faibles. Nous leur conseillons de se référer aux analyses statistiques déjà existantes pour déterminer le nombre d'essais nécessaire pour pouvoir obtenir des effets,
  • de faire des pré-tests : cela permet facilement de déterminer les paramètres pouvant favoriser le phénomène, toujours en lien avec les pré-supposés de la personne testée,

Nous pensons que si les membres de l'OZ  appliquent ces conseils :

  • leur approche sera tout à fait conciliable avec une approche scientifique. Leurs travaux seront donc mieux considérés par les scientifiques travaillant sur ces questions,
  • ils pourront potentiellement faire avancer les débats scientifiques sur ces questions,
  • ils aideront d'une façon plus adaptée les personnes qui viennent les voir,
  • ils attireront probablement des sujets plus "doués". L'amateurisme de l'approche actuelle de l'OZ a certainement pour conséquence de n'attirer que les persones les plus naïves, ainsi que semblent l'indiquer les deux premiers protocoles de l'OZ,

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09 novembre 2007

Protocole de l'Observatoire Zététique : test d'un magnétiseur

magnetismePréambule

Nous avons déjà eu l'occasion de discuter de l'Observatoire Zététique dans ce blog. Nous avions tenté d'analyser, dans le discours de membres de l'Observatoire Zététique, ce qui nous apparaissait comme des paradoxes. Ce premier billet a engendré des réactions de membres de l'Observatoire Zététique remarquant que nous avions analysé leurs dicours plutôt que leurs travaux. Il nous paraissait donc important, afin d'étayer nos propos, d'illustrer cette première analyse par une étude détaillée d'un protocole de l'observatoire intitulé "protocole expérimental : test d'un magnétiseur".

Avant de commencer cette étude, nous souhaiterions préciser que nos réflexions sont davantage à prendre comme des remarques qui visent à encourager l'Observatoire Zététique.  Les membres de l'OZ peuvent être remerciés pour avoir su largement influencer la démarche zététique française par davantage de respect d'autrui, bien différente des pratiques d'un Charpak ou du feu Cercle Zététique. Ainsi, nous ne voudrions par que ces billets apparaissent comme une volonté de dénigrer ou de discréditer l'OZ. Nous souhaitons proposer des remarques dans l'espoir qu'elles contribueront à l'amélioration des protocoles de l'OZ du point de vue scientifique afin qu'eux aussi puissent un jour  observer les énigmatiques effets obtenus en conditions contrôlées.

C'est aussi la raison pour laquelle nous proposons à l'Observatoire Zététique, mais aussi à d'éventuels autres groupes sceptiques, notre avis sur leurs protocoles. S'ils nous font parvenir un protocole détaillé, nous proposerons une lecture et des modifications en fonction des connaissances des laboratoires scientifiques sur ces questions. Nous tenons simplement à ce que ces échanges soient publics pour plus de transparence.

Ces quelques remarques étant posées, voyons à présent ce protocole en précisant que nous l'étudierons à partir des données scientifiques existant sur la question provenant majoritairement des laboratoires universitaires de parapsychologie scientifique. Nous comprenons bien que l'approche de l'OZ est de tester l'affirmation d'une personne et non de tester cette affirmation en prenant en compte les travaux déjà existants. L'objectif de l'OZ n'est pas de tester l'existence du psi. Ces remarques sont donc à entendre comme une analyse de ce protocole du point de vue  scientifique, ce qui n'invalide pas le protocole en lui-même dans la perspective de l'Observatoire Zététique. Cependant, cela ne nous empêchera pas, dans un second temps, d'interroger la cohérence de ce choix de perspective de l'OZ.

Cette analyse tend ainsi à montrer qu'il n'est pas possible de faire de parallèle entre les expériences de l'Observatoire Zététique et les travaux scientifiques sur ces questions. Plus précisément, il peut arriver que certains néophytes s'interrogent : "Pourquoi les organismes sceptiques n'obtiennent-ils pas d'effets lorsqu'ils mettent en place des expériences ?". Notre analyse tendera à montrer qu'avec ce type de protocole, typique des expériences menées par des groupes sceptiques, la probabilité d'obtenir des résultats probants est infime.

Introduction

Un magnétiseur, Mr Z., contact l'OZ pour effectuer des tests concernant un "signal", un "fluide" au niveau de ses mains. Il est indiqué dans l'introduction qu'il "convient, avant de le mesurer, d'observer celui-ci, puis d'émettre des hypothèses sur sa nature". La description que fait Mr.Z à partir de sa pratique auprès de l'OZ est classique des théorisations des magnétiseurs.  L'OZ décide donc de mettre en place un protocole en déterminant le postulat suivant en accord avec le magnétiseur :

"En double aveugle, le magnétiseur peut déterminer la présence ou l'absence d'un patient s'il a préalablement identifié, en puissance et en localisation, le signal émis par celui-ci."

La revue de littérature

L'OZ, en cohérence avec sa démarche, n'effectue pas de revue de littérature. Au contraire, l'Observatoire Zététique choisit, délibéremment, de travailler sans revue de littérature. Seul compte le test de l'affirmation d'une personne. Ainsi nous pouvons résumer ainsi leur approche :

Approche Observatoire zététique : croyance ou conviction d'une personne concernant un phénomène paranormal > élaboration d'hypothèse permettant de tester l'existence de ce phénomène > mise en place d'un protocole en conditions contrôlées pour tester cette hypothèse

Dans une perspective scientifique, le raisonnement est différent. Il est généralement le suivant pour les recherches d'élitistes (test d'un sujet en particulier) :

Approche scientifique : croyance ou conviction d'une personne concernant un phénomène paranormal > étude de ce phénomène par rappport aux connaissances déjà acquises >  hypothèse permettant d'évaluer ce phénomène au vu de la littérature scientifique sur la question > mise en place d'un protocole en conditions contrôlées afin de tester cette hypothèse.

Le phénomène étudié par l'OZ dans ce protocole est ce que les parapsychologues appellent la psychokinèse (du point de vue de l'OZ, il s'agit simplement de tester une affirmation et non la psychokinèse) : une eventuelle influence de la pensée sur la matière (l'action d'une personne sur une autre personne dans le cas présent). C'est plus précisément de la bio-psychokinèse (sur un organisme vivant). Nous voyons là aussi une diffrence d'approche entre l'OZ et une approche scientifique classique :

Approche Observatoire Zététique : L'OZ prend au sérieux n'importe quelle affirmation tant qu'elle peut être testée. Il n y a pas pour l'OZ d'affirmation plus crédible qu'une autre. Il n y a que des affirmations à tester.

Approche scientifique :  pour un scientifique travaillant dans ce domaine, le signal que décrit Mr Z est très probablement la propre chaleur de sa main comme l'ont déjà montré des études sur la question. Ainsi, dès le départ, ce que décrit Mr Z. n'est pas cohérent avec les connaissances scientifiques. C'est là une autre différence fondamentale entre l'approche d'un scientifique et celle d'un membre de l'OZ : un scientifique ne testera a priori pas, ou du moins pas de façon approfondie, un phénomène qui parait incohérent au vue de la littérature déjà existante.

Un autre élément est important : les différentes recherches effectuées ont quasiment exclu l'idée que les phénomènes de Bio-PK pouvaient être de l'ordre d'un signal. Pour en arriver là, il est nécessaire de faire une petite revue de littérature des expériences de Bio-PK :

L'un des premiers axes de recherche dans le domaine de la Bio-PK concerne le "Psychic Healing". Il existe un certain nombre de publications qui analysent la pratique des guérisseurs, voir notamment : Hodges et Scofield, 1995 ; Kleinùa, 1980 ; Krippner, 1982 et 1989 ; LeShan, 1974 ; Crooperstein 1992 ; Benor, 1986 ; Harveyn 1983 ; Reinsel 1996 ; Wilson and Barber, 1983 ; Van der Sijde, 1997 ; Shouten, 1997.

Les recherches évaluant les effets objectifs de ces praticiens sont en revanche très rares.  Le Dr Louis Rose, en 1955, a fait une étude sur 95 patients avec un psychic healer qui s'appelait Edwards. Des données médicales furent récupérées pour 37 des patients. Pour 34 d'entre eux, il n y a a pas eu de bénéfices. Dans les trois cas restant, il pouvait s'agir de guérison normale spontanée et d'effet placebo. Une autre étude d'un guérisseur allemand a atteint un résultat du même ordre (Strauch, 1963).

Shouten (1997), Abbot (2000) et Astin (2000) ont étudié dans le detail des enquètes en milieu clinique. Ils indiquent que les procédures utilisées sont mauvaises, sans doubles aveugles et comportent des biais potentiels. Donc il n'y a a priori pas d'études sérieuses sur la question et si un tel effet existe, il est faible, en particulier en comparaison de l'impact subjectif du guérisseur auprès du patient. Dans certains cas, on observe une reconstruction après coup de la part du patient allant dans le sens d'une action du guérisseur (Glik, 1990)

De façon générale, ce type de recherche est très complexe car il est extrèmement difficile d'arriver à faire des études en double aveugle. C'est pourquoi les chercheurs se sont tournés vers la recherche sur les animaux. Dans cet axe de recherche, on remarquera notamment les travaux de Grad (1976) sur des souris. Dans ces expériences, les souris guérissent plus vite grace à l'action des guérisseurs. Ce sont des études bien menées et rigoureuses. Horvath et MacGregor (1992) ont étudié la régénaration des tissus de salamandre. Là encore, le groupe traité récupère plus vite par l'action des guérisseurs.

On remarquera aussi les études sur des végétaux en l'occurence des laitues. Reproduites à plusieurs reprises, des résultats en conditions controlées de qualité. Il s'agit là d'une réelle application potentielle. Les laitues traitées sont plus grosses, elles ont moins de limaces, etc.

On notera aussi les recherches sur la nature biochimique des phénomènes en jeu. Smith (1968) et Rein (1978) ont étudié les transformations au niveau d'enzyme dans des fioles touchées par des guérisseurs. Les enzymes se développaient plus vite sous l'action du guérisseur. Braud David et Wood (1979) ont fait de meme sur des cellules sanguines.

De façon plus large, il existe plusieurs études sur l'influence de groupes de prière. Voir par exemple Kennedy (2002). La plupart de ces recherches ont des biais et sont mal concues. Robert Ahmed et Hall en 2000 ont fait une recension précise. Selon eux le résultats sont non concluants mais ils méritent davantage de recherches.

L'ensemble de ces recherches concernent le premier axe de recherche de Bio-PK, le Psychic Healing.

Le deuxieme axe est appelé Direct Mental Interaction with Living Systems (DMILS). L'idée est la suivante : tester l'influence d'un sujet sur un système biologique situé à distance. En général, il y a deux sujets. Un sujet acteur qui tente d'avoir une influence sur un autre sujet. Il y a deux protocoles principaux. Le premier consiste à tester l'impression d'être regardé. Un sujet regarde un autre sujet par le biais d'un système vidéo par exemple. On analyse l'activité electrodermale du sujet observé. Schlitz et Braud (1997) ont beaucoup travaillé la dessus. Il y a un effet récurrent dans les travaux sur la question. Schmidt, Schneider, Utts et Walach ont publié en 2004 une méta-analyse. Il démontre l'existence d'un effet faible mais qui ne me semble pas réductible à des biais. L'autre type de recherche DMILS est le remote helping, par exemple le premier sujet aide le deuxième à être plus concentré sur une tache donnée (Watt et Brady 2002 par exemple). Là aussi, un effet a été mis en évidence par des protocoles en conditions controlées.

Cette revue de littérature nous permet de comprendre que l'étude du magnétisme n'est pas une question facile. Il n'est pas possible, en tant que simple amateur, d'aborder sérieusement et rigoureusement cette question car il est nécessaire :

  1. De consulter ces travaux,

  2. D'être en mesure de les comprendre,

  3. De proposer une hypothèse cohérente après leur consultation.

Il faut préciser que dans le domaine scientifique, on n'effectue pas une expérience scientifique en fonction de la simple croyance d'une personne. La revue de littérature n'est pas une étape qui peut être remplacée par la conviction d'un sujet. 

Voyons à présent l'étape suivante, le pré-test.

Pré-test

Approche Observatoire Zététique : Les membres de l'OZ se rendent chez le magnétiseur, discutent avec lui et décident d'organiser, sur le coup, un pré-test "en aveugle". Le pré-test est un échec. Les membres de l'OZ décident de mettre en place un protocole en double aveugle.

Approche scientifique : Ce type d'approche est difficilement pensable dans une équipe de scientifiques. Si le pré-test est un échec, c'est que les conditions expérimentales ne permettent pas la mise en évidence du phénomène. Les chercheurs effectuent donc des pré-tests jusqu'à déterminer le conditions permettant de mettre en évidence un phénomène tel que revendiqué par le sujet.

Nous remarquerons au passage la sympathique candeur des membres de l'Observatoire Zététique, passionnés par les échanges avec le magnétiseur et déçus de rentrer sans résultats concluants. Pour des chercheurs en ce domaine, ces résultats ne seraient bien entendu pas suprenants au vue de la littérature déjà existante. Cependant, dans le cas présent, un pré-test de ce type peut être effectué rapidement pour montrer à la personne que ce qu'elle affirme n'est pas en phase avec la réalité. A partir de cette considération, il serait ensuite possible de travailler avec la personne sur un protocole qui sera plus cohérent et plus en phase avec sa pratique.

On peut également remarquer la différence d'approche dans le type même d'expérience proposée. Cela provient du fait que l'OZ fait le choix de ne pas effectuer de revue de littérature :

Approche Observatoire Zététique : supposer qu'une personne peut émettre un signal et que le magnétiseur peut percevoir ce signal.

Approche scientifique : Du point de vue scientifique, raisonner en terme de signal est une abhération. Si un tel signal existait, il aurait été mis en évidence depuis bien longtemps. Si ces effets existent, il ne s'agit donc pas d'un signal classique. Dans le cas présent, des scientifiques tenderaient donc à expliquer ceci au sujet pour le mener vers un protocole permettant éventuellement la mise en évidence d'effets psi. Le plus cohérent serait d'étudier les éventuels effets de ces "capacités" sur un organisme vivant (animal, culture de bactérie) comme cela fut déjà effectué.

L'expérience finale

L'expérience finale est la suivante : Monsieur Z doit tenter d'arriver à déterminer, pour 100 essais, 65 fois la bonne réponse, s'il veut que l'expérience soit une réussite. Nous pouvons repérer dans le déroulement de l'expérience un certain nombre de différences avec les expériences scientifiques classiques en ce domaine :

Le système aléatoire

Approche Observatoire Zététique : les trois membres inoccupés s'isolent et réalisent une répartition aléatoire dont le résultats est une suite de "0" et de "1". Cette réparatition aléatoire n'étant pas précisée, nous supposons qu'elle est effectuée "instinctivement" par les trois membres de l'OZ.

Approche scientifique : des travaux ont démontré qu'il n'était pas possible d'utiliser de façon fiable les répartitions aléatoires déterminées par des personnes. Les scientifiques utilisent donc des générateurs de nombres aléatoires. La simple utilisation de répartition aléatoire par les sujets (ou le fait qu'elle n'est pas précisée dans l'article) invalide du point de vue scientifique l'expérience.

Le dispositif

Approche Observatoire Zététique : l'expérience se déroule dans un appartement. Mr Z. doit deviner la présence de Mlle C. derrière un paravent. Pour le rendre imperméable à la lumière, une toile opaque est ajoutée. Mlle C. est placée juste derrière le paravent.

Approche scientifique : les scientifiques travaillant dans ce domaine effectuent leurs expériences en laboratoire. De préférence, ils auraient utilisé une vitre sans teint. Le protocole de l'OZ sera jugé invalide sur le plan scientifique car on ne peut juger de la rigueur du dispositif dans de telles conditions. De plus, se trouvant dans un appartement, il est difficile de pouvoir évaluer et contrôler d'éventuels systèmes de fraude.

La notation des résultats

Approche Observatoire Zététique : deux personnes notent les résultats sur deux fiches pour ensuite les comparer.

Approche scientifique : La technique utilisée par l'OZ est une méthodologie employée voilà environ 50 ans (par exemple dans les expériences de Schmeidler). Depuis, les chercheurs préfèrent généralement utiliser des systèmes de notation automatisés qui sont plus fiables que l'être humain.

Le nombre d'essais

Au total, 98 essais sont validés. Le nombre d'essais réussi est de 55. Pour que Mr Z. réussisse l'expérience, il aurait fallu qu'il réussisse à 64 essais ou plus. C'est donc un échec.

Approche Observatoire Zététique : Les membres de l'OZ supposent que les effets décrits par Mr Z. sont des effets forts avec une taille d'effet importante.

Approche scientifique : Les scientifiques savent que si ces effets existent, ils ont des tailles d'effet faible. Il est donc quasiment impossible de les mettre en évidence avec un nombre d'essai aussi faible que lors de l'expérience de l'Observatoire Zététique. Il faudrait multiplier le nombre d'essais pour avoir une chance d'obtenir un effet statistiquement significatif.

Conclusion concernant le protocole

Les membres de l'Observatoire Zététique concluent donc logiquement, mais avec une certaine tristesse, que le résultat de l'expérience est un échec. Ainsi :

Approche Observatoire Zététique : du point de vue de l'OZ, même si le résultat est un échec, cette expérience est une réussite. Le protocole est publié avec de nombreux détails sur le site Internet. Il est publié en anglais. D'autres revues sceptiques reprennent ce protocole, l'OZ présente régulièrement ce protocole, notamment lorsqu'ils interviennent dans les médias et qu'il est question de magnétisme.

Approche scientifique : du point de vue scientifique, cette expérience n'a pas d'intérêt. Elle teste une affirmation que l'on sait déjà incohérente. Elle met en place un cadre qui n'est pas suffisamment structuré : même dans le cas hypothétique où des résultats seraient obtenus, il faudrait revoir l'ensemble de l'expérience.  En outre, des scientifiques publient ensuite leur travail dans une revue à comité de lecture qui permet d'avoir un avis critique d'autres scientifiques (si la recherche est mauvaise, elle est n'est pas publiée). Bien entendu, étant donné la faiblesse du protocole de l'OZ du point de vue scientifique, il ne pourrait être publié dans une revue à comité de lecture.

Voilà pour les différences entre un protocole OZ et un protocole scientifique. Même si l'OZ a tout à fait le droit de mettre en place ce type d'expérience, elle est, d'un point de vue scientifique, incohérente et non pertinente. Elle est d'une certaine façon l'équivalent, du point de vue sceptique, des expériences effectuées par des amateurs du paranormal comme RIP.

Réflexions élargies sur la pertinence de l'approche de l'OZ

Nous avons détaillé les différences entre l'approche de l'OZ et des scientifiques travaillant dans ce domaine. Nous pensons que ces différences expliquent que l'OZ n'obtiennent pas de résultats lors de ses protocoles. Il demeure alors la questions suivante : pourquoi l'OZ fait-il le choix de mettre en place de tels protocoles ?

Nous nous interrogeons en particulier sur ce point quand nous voyons que ce type de groupe se réclame de la scientifité et de l'objectivité, menant ainsi à la conclusion suivante : ce "résultat s'incrit pourtant dans une succession d'expériences qui, depuis le XVIIIème siècle, n'ont jamais donné de résultat positif",

Cette conclusion nous semble être une dérive pseudo-sceptique : une conclusion généralisatrice à partir d'un protocole inadapté pour trancher sur ce type de question. Outre le fait que sur le plan historique, des expériences ont déjà donné lieu à des résultats probants - ou du moins ne permettent pas d'arriver à une conclusion si facilement - une telle affirmation pourrait porter à confusion en laissant entendre qu'aucun laboratoire scientifique n'a mis en évidence d'effets pour le même type de phénomène. C'est d'ailleurs le même amalgame qu'entretiennent parfois les membres de l'OZ dans les médias quand ils se présentent comme des experts du paranormal qui ont notamment étudié le magnétisme. C'est ce décalage et cette généralisation qui nous parait donc inadaptée et que l'on retrouve ensuite sur Internet par les commentaires de personnes qui croient que seul le protocole de l'OZ est sérieux sur l'étude du magnétisme. Cela nous conduit notamment aux interrogations suivantes, qui interrogent plus largement la pertinence de l'approche de l'OZ :

  • Les membres de l'OZ ne courent-ils pas le risque de laisser penser à cette personne qu'il n'a aucune capacité alors que le dispositif serait en réalité mal adapté ? Pour répondre à ces questions, il serait nécessaire d'avoir l'avis de Mr Z.

  • Les membres de l'OZ indiquent être passionnés, mais aussi déçus et attristés par le fait d'obtenir ce résultat négatif. On peut donc supposer - vu la passion et l'engouement affichés - qu'ils aimeraient pouvoir observer des effets psi. Mais alors, pourquoi l'OZ ne reproduit pas des protocoles simples mais ayant déjà donné lieu à des résultats censés être probants ?

  • Pourquoi effectuer une telle généralisation à la fin de l'article ? N y a-t-il pas une volonté, plus ou moins consciente, de laisser entendre que l'OZ ferait des expériences scientifiques pour tester l'existence de phénomènes paranormaux ?

  • Le fait de monter ces protocoles ne risque-t-il pas laisser croire aux néophytes que des "scientifiques" qui travaillent sur ces questions n'obtiennent rien ? La précision qu'il existe des travaux scientifiques sur la question ne serait-elle pas nécessaire pour éviter ce problème ?

  • Pourquoi certains membres de l'Observatoire Zététique indiquent-ils qu'ils recherche pour chacun de leur protocole la collaboration avec des parapsychologues ? Si leur protocole ne vise pas à étudier le psi, quel est l'intérêt pour eux ?

  • Ces expériences ne sont-elles pas sur un mode "pile je gagne, face tu perds". Si jamais le protocole menait à un résultat positif, les membres de l'OZ ne pourraient-ils pas invoquer les nombreux biais laissés dans le protocole initial ?

Une petite fable en guise de conclusion

Pour conclure, nous souhaiterions proposer une petite histoire qui propose selon nous une métaphore des protocoles de l'OZ dans leur rapport aux phénomènes paranormaux. Bien entendu, il ne s'agit que d'une métaphore, mais nous pensons qu'elle illustre bien certains des paradoxes.

Supposons que deux groupes de pêcheurs soient au bord d'un lac. Des personnes ont témoigné qu'elles avaient vu, dans ce lac, des poissons : des gros, des petits, etc. Les deux groupes de pêcheurs décident que le seul moyen de savoir s'il y a des poissons, consiste à pêcher l'un des poissons.

Les deux groupes de pêcheurs tentent d'attraper les fameux poissons. Les deux groupes n'en obtiennent aucun. Les deux groupes de pêcheurs ont alors des attitudes très différentes.

Que fait le premier groupe de pêcheur ? Il ne change rien : il garde un gros hameçon, ne change pas d'endroit et n'utilise pas d'appât. Pour ces pêcheurs, la seule chose qui compte, c'est ce qu'ont dit les témoins autour du lac qui rapportent qu'ils ont vu un énorme poisson à tel endroit dans telle condition.

L'autre groupe de pêcheurs conclut qu'il n y a pas de gros poissons et qu'il faut certainement se méfier des témoignages : ils testent donc d'autres choses : ils changent d'endroit, changent d'hameçon, utilisent différents appâts et se renseignent auprès d'anciens pêcheurs. Au fil de ses tentatives, ce groupe de pêcheur finit par réussir, assez régulièrement, à obtenir des poissons.

Ces pêcheurs indiquent donc à l'autre groupe comment faire pour attraper des poissons. Mais rien n'y fait, le premier groupe ne change rien à ses façons de faire. Ce dernier groupe se méfie en effet du premier groupe de pêcheurs. Pourquoi obtiendraient-ils des poissons et pas eux ? Sont-ils vraiment honnêtes ? Ne seraient-ils pas allés pêcher ces poissons ailleurs ? Les autres pêcheurs essayent pourtant de leur expliquer : utilisez un hameçon plus petit, il n y a pas de gros poisson ! Utilisez des appâts, sinon ces poissons ne viendront pas !

Cela ne change rien : ce groupe de pêcheur continue à pêcher au même endroit avec un gros hameçon. Ces pêcheurs continuent donc à penser qu'il n y a pas de poissons dans le lac. Ils en parlent même au village, ce qui, du coup, ridiculise, même si ce n'est pas leur intention, les personnes qui ont vu des poissons et le groupe de pêcheur qui a réussi à en attraper.

Lorsque ces groupes de pêcheurs se croisent, le deuxième groupe tente d'essayer d'expliquer au premier groupe qu'ils devraient changer leur méthodes. Mais le premier groupe ne change rien : selon lui, c'est un débat qui n'évoluera jamais car leurs positions sont différentes de celle du deuxième groupe de pêcheurs : ils ne pêcheront qu'avec un gros hameçon car ce qui compte, avant tout, c'est de se fier à ce qu'ont dit les personnes ayant vu des poissons...

Y a-t-il des poissons dans ce lac ?

*

Ajout 03/01/2008

L'Observatoire zététique a publié sur son blog quelques échanges privé que nous avions eu avec l'un de ses membres, Florent Martin. Nous lui avions demandé l'autorisation de publier ces échanges, ce qu'il avait refusé, et nous sommes donc satisfaits que ces échanges soient disponibles en ligne car il nous parait plus sain que ces échanges soient publics. Les voici :

Le 21 novembre 2007, réponse de Florent Martin

Bonjour,
J'aime bien votre fable. Je me suis permis de la compléter...

Y a-t-il des poissons dans ce lac ?

Les pêcheurs bornés venaient à en douter... Car lorsqu'ils demandaient aux pêcheurs malins de leur montrer les poissons qu'ils ramenaient, les pêcheurs malins ne leurs montraient jamais que des photos de poissons, mais pas de poisson frais! Les pêcheurs bornés n'ayant toujours pas vu ces fameux poissons de leurs yeux, ils insistaient. Mais les pêcheurs malins leur répondaient d'aller voir à la bibliothèque du village qui témoigne des histoires et légendes du lac.

Les pêcheurs bornés commençaient également à être agacés car les jeunes pêcheurs malins ne cessaient de se moquer d'eux, leurs donnaient des leçons de pêche et les traitaient d'amateurs car ils rentraient toujours bredouille. Alors même que les pêcheurs bornés étaient équipés du meilleur matériel, et qui avait bien fait ses preuves : de fins et solides filets qu'on savait être bien plus efficace que les hameçons dans tous les cas. Les pêcheurs professionnels du monde entier étaient unanimes.

Frustré de ne toujours rien attraper, les pêcheurs bornés ont demandé plusieurs fois aux pêcheurs malins s'ils ne pouvaient pas pêcher ensemble ou participer à une de leurs pêches miraculeuses et enfin voir de vrais poissons sorti du lac... Mais les pêcheurs malins refusaient de leur montrer, disant qu'ils n'avaient pas de temps à perdre avec des pêcheurs amateurs. Qu'ils étaient trop occupés à pêcher (en fait, à se moquer des pêcheurs bornés) pour s'occuper de ceux qui se demandent encore ce qu'ils pêchent. Et qu'il n'est pas question d'embarquer avec eux (ne serait-ce qu'en spectateur) avant qu'ils ne connaissent toutes les histoires et légendes du lac, sans quoi ils ne sauraient voir ces poissons, ou feraient foirer la pêche...

Les pêcheurs bornés étaient de plus en plus sceptique quant à la réalité des allégations des pêcheurs malins. Et après une petite enquête, ils se rendirent compte qu'en fait les pêcheurs malins n'étaient pas pêcheurs, mais membre d'un groupe d'écologistes qui voulaient juste faire classer le lac comme réserve naturelle. Et que pour y parvenir, il faillait y "trouver" des poissons...

Les habitants du village n'y comprenaient pas grand chose à ces histoires de pêcheur. Et encore aujourd'hui, ils ne comprennent pas non plus pourquoi les pêcheurs malins refusent toujours de montrer un seul poisson frais (au lieu de s'obstiner à montrer de vielles photos), ou d'accepter les pêcheurs bornés à bord pour leur montrer (plutôt que leur dire). Alors qu'il serait si simple pour les pêcheurs malins de lever le mystère et de remporter l'opinion générale.

FLorent.

Notre réponse :

La suite de la suite de la fable :
Pourtant les poissons frais sont bien là : les pêcheurs qui en attrapent indiquent clairement aux pêcheurs bornés comment ils doivent le faire. Pourtant, aucun pêcheur borné n'a jamais accepté d'utiliser ces techniques. Les pêcheurs qui attrapent des poissons finissent par se dire que ces pêcheurs bornés doivent avoir bien peur d'attraper un jour un poisson pour ne pas accepter d'utiliser les techniques qu'ils proposent.

Les jeunes pêcheurs malins se moquent des pêcheurs bornés car ils ne se réfèrent pas aux techniques des pêcheurs spécialistes de la question, ceux qui ont tenté de pêché pendant des années. Ils préfèrent se référer aux techniques de l'illuminé du village, que personne ne prend au sérieux, si ce n'est pas les pêcheurs bornés. Les jeunes pêcheurs ont l'impression que là encore, il s'agit d'un moyen permettant aux pêcheurs bornés d'éviter d'écouter les pêcheurs plus expérimentés. Qui plus est, les solides filets utilisés dans d'autres lacs n'ont jamais permis d'attraper le moindre poisson dans celui ci. Alors pourquoi ne pas utiliser le filet de ceux qui disent en attraper, car il s'agit ici de poissons bien particuliers ?

Les pêcheurs bornés ne demandent pas à des pêcheurs qui attrapent de poissons : ils demandent surtout à des pêcheurs qui tentent d'attraper des poissons eux-aussi. Les pêcheurs bornés voient là une nouvelle tentative d'éviter d'aller à la pèche avec eux alors qu'il s'agit surtout d'un manque de place sur l'embarcation. Pourquoi les pêcheurs bornés n'utiliseraient-ils pas leur propre barque, mais avec les mêmes techniques, afin de vérifier eux-mêmes ? Les pêcheurs bornés auraient-ils trop peur de pêcheur seul ?

Si certains pêcheurs étaient des écologistes, on découvrit également que les chercheurs bornés étaient des industriels qui avaient tout intérêt à ce qu'il n y ait pas de poissons afin de pouvoir raser le lac et y installer une usine. On se rend compte aussi, après enquête, que certains pêcheurs qui attrapent des poissons, ne sont ni écologistes, ni industriels, mais dès lors qu'ils attrapent des poissons, ils sont suspectés d'être des écologistes par les pêcheurs bornés. Car pour ces derniers, il est bien évident qu'il n y a pas de poisson alors si quelqu'un attrape un poisson, c'est tout aussi évident qu'il est écologiste.

Au final, les poissons frais sont bien là mais les pêcheurs bornés continuent à dire qu'ils n'ont pas le temps de s'y intéresser. Lorsque que quelques poissons leur sont montrés, il apparait malheureusement bien vite que les pêcheurs bornés n'y connaissent pas grand chose en pêche et en poisson, ce qui explique qu'ils n'utilisent pas les filets des autres pêcheurs : ils ne les comprennent pas et ne savent pas s'en servir.

Blog Zététique

Le lendemain, réponse de Florent Martin :

>Souhaitez-vous que votre commentaire soit publié sur le blog ?

Non, ce que je souhaite c'est faire des expériences avec vous!

Manifestement, je suis trop borné pour faire seul une expérience qui marche. C'est pourquoi j'aimerais votre expérience pour enfin voir le psy en action. Apres votre jolie fable pleine de bonne volonté, je serais stupéfait (même atterré) que vous refusiez.

Je vous inviterais bien chez moi, mais mon appartement ne semble pas faire assez "laboratoire" pour vous. Je laisse le lieu à votre discrétion. Commençons peut-être par le plus évident: de la friture ou un bête poisson chat. Enfin, ce qui a le plus de chance de donner un résultat. Quand je vous lis, ca à l'air si facile de pêcher, que je me demande quelle expérience vous allez proposer. Je trépigne d'impatience. Et je me réjouie sincèrement à l'idée d'enfin voir ce que je rêve de voir depuis toujours.

Cordialement,
FLorent MARTIN.

Notre réponse :

Bonjour,
Il n'est pas si facile de pêcher malheureusement, loin de là. Mais avec les bonnes techniques, de la patience, et de la rigueur, certains disent que c'est possible. Alors pourquoi ne pas les écouter et vérifier par soi-même si c'est vrai ?

Nous n'avons malheureusement pas le temps de participer à la mise en place d'une expérience avec vous. Comme vous le savez, la mise en place d'une expérience scientifique demande du temps et des moyens. Nous n'avons malheureusement ni l'un ni l'autre.

Cependant, vous dites rêver de voir un effet psy. Nous n'y croyons pas pour plusieurs raison. La première, si vous en rêviez, vous auriez déjà ouvert un ouvrage de parapsychologie, et vous auriez donc constaté que le terme psi s'ecrit psi et psy. La deuxième raison, c'est que si vous rêviez tant d'observer un effet psi, vous n'auriez guère besoin de demander l'aide de rédacteurs d'un Blog. Vous feriez comme le fait n'importe quelle équipe scientifique qui souhaite obtenir un résultat : vous reprendriez le protocole le plus adapté et vous le mettriez En attendant, à défaut de pouvoir mettre en place cette expérience avec vous, nous sommes prêt à aider tout groupe sceptique qui souhaiterait reproduire un protocole scientifique sur ces questions.  Vous pouvez nous faire parvenir votre protocole et nous donnerons un avis du point de vue de la parapsychologie scientifique. Si vous voulez absolument monter un protocole avec des scientifiques sur ces questions, tournez-vous vers les équipes universitaires de Grande-Bretagne ou d'Allemagne, peut-être accepteront-ils.

Blog Zététique

Florent Martin a également ajouté un nouveau commentaire

Je me permets de rajouter en commentaire une réponse à ce dernier message du GEIMI.

> Il n'est pas si facile de pêcher malheureusement, loin de là. Mais avec les bonnes techniques, de la patience, et de la rigueur, certains disent que c'est possible.

Ce qui était "ce groupe de pêcheur finit par réussir, assez régulièrement, à obtenir des poissons" se réduit maintenant à "certains disent que c'est possible". J'ai noté à plusieurs reprise que plus on se penche sur l’allégation, plus vous modérez vos affirmations. Les "nombreuses expériences avérées" deviennent des "effets subtile difficile à reproduire"... Qu’en est-il de la réelle reproductibilité de ces expériences?

> Nous n'avons malheureusement pas le temps de participer à la mise en place d'une expérience avec vous.
Je trouve cet argument difficilement recevable: en effet, quand on voit le temps que vous avez consacré à l'OZ pour critiquer son travail (ce qui est louable éventuellement), on se dit que la moitié de ce temps aurait suffit à dresser une expérience. Ce temps, vous avez fait le choix de le consacrer à la critique plutôt qu’à la collaboration, à éloigner nos assoc respectives plutôt qu'a les rapprocher. C'est dommage et regrettable à mon sens.

Quant au "avec vous"... Je ne suis pas certain de comprendre. L'OZ ne serait pas assez crédible pour justifier une collaboration, mais suffisamment pour justifier la critique ?

Voici les réponses reçues par l’OZ aux propositions de collaboration :
- non, pas le temps. (alors qu’il y en a pour les critiques)
- non, pas avec vous: vous êtes des amateurs.
- non, demandez à quelqu'un d'autre ! (allez voir ailleurs, on se renvois la balle)
- Oui, mais uniquement si vous pouvez mettre un hôpital à disposition. (en clair : non)

> Comme vous le savez, la mise en place d'une expérience scientifique demande du temps et des moyens. Nous n'avons malheureusement ni l'un ni l'autre.
De nombreuses expériences ne demandent pas tant de matériel que ca. Pour tirer un nombre au hasard par exemple, il suffit souvent de rouler un dé. L’usage d’un couteux générateur de hasard ne se justifie que très rarement.

> Cependant, vous dites rêver de voir un effet psy. Nous n'y croyons pas pour plusieurs raison.
Vous mettez en doute ma bonne foi ?

> La première, si vous en rêviez, vous auriez déjà ouvert un ouvrage de parapsychologie, et vous auriez donc constaté que le terme psi s'ecrit psi et psy.
"S'ecrit psi et psy" dites-vous? Je ne comprends pas votre phrase. Auriez-vous fait une coquille comme moi? Vous mettez en doute ma bonne foi sur cette faute de frape?

> La deuxième raison, c'est que si vous rêviez tant d'observer un effet psi, vous n'auriez guère besoin de demander l'aide de rédacteurs d'un Blog.
Il faut croire que si, car des expériences l’OZ en a menées. J’ai personnellement assisté à chacune d’entre elles. Elles n’ont donnée aucun résultat malheureusement.
En outre, vous m'inviter ici à me passer de vous alors que dans l'introduction de votre article vous dites (souligné et en gras): "C'est aussi la raison pour laquelle nous proposons à l'Observatoire Zététique, mais aussi à d'éventuels autres groupes sceptiques, notre avis sur leurs protocoles"
Finalement, devons-nous vous demander conseil ou pas ?

Cordialement,
Florent MARTIN.

Voici notre réponse :

Bonjour Florent,


>Ce qui était "ce groupe de pêcheur finit par réussir, assez régulièrement, à obtenir des poissons" >se réduit maintenant à "certains disent que c'est possible". J'ai noté à plusieurs reprise que plus on >se penche sur l’allégation, plus vous modérez vos affirmations. Les "nombreuses expériences >avérées" deviennent des "effets subtile difficile à reproduire"... Qu’en est-il de la réelle >reproductibilité de ces expériences?

Les expériences avérées sont nécessairement subtiles et difficiles à reproduire. Pourquoi ? Car cela nécessite la connaissance approfondie des publications de parapsychologie, et par conséquent, des critères censés permettre la mise en évidence de ces phénomènes. Nous ne faisons là que répéter ce que disent les scientifiques travaillant dans ce champ de recherche.

Prenons un exemple : la sélection des cibles pour une expérience de clairvoyance. Si vous ne consultez pas la littérature, vous allez sélectionner des cibles qui auront de fortes probabilité de ne pas fonctionner. Donc, sélectionner une cible, ce n’est pas simple : c’est subtile et cela demande un certain apprentissage. Il en est de même pour de nombreux paramètres.

>Je trouve cet argument difficilement recevable: en effet, quand on voit le temps que vous avez >consacré à l'OZ pour critiquer son travail (ce qui est louable éventuellement), on se dit que la moitié >de ce temps aurait suffit à dresser une expérience. Ce temps, vous avez fait le choix de le >consacrer à la critique plutôt qu’à la collaboration, à éloigner nos assoc respectives plutôt qu'a les >rapprocher. C'est dommage et regrettable à mon sens.

C’est une autre forme de collaboration, qui est fondée notamment sur des échanges publics. Elle permet d’échanger sur certaines dérives de la zététique et d’en discuter publiquement. Cela nous semble intéressant. La mise en place d’un protocole, un vrai protocole scientifique, prend malheureusement plus de temps et de moyens que la rédaction d’articles pour un blog.

>Quant au "avec vous"... Je ne suis pas certain de comprendre. L'OZ ne serait pas assez crédible >pour justifier une collaboration, mais suffisamment pour justifier la critique ?

Oui tout à fait. La critique est importante pour aider le public à mieux se repérer. L’OZ sera crédible le jour où il saura 1/ lire une publication scientifique 2/ reproduire le protocole décrit par la publication 3/ Mettre en place une expérience scientifique valide et cohérente.

>Voici les réponses reçues par l’OZ aux propositions de collaboration :
>- non, pas le temps. (alors qu’il y en a pour les critiques)
>- non, pas avec vous: vous êtes des amateurs.
>- non, demandez à quelqu'un d'autre ! (allez voir ailleurs, on se renvois la balle)
>- Oui, mais uniquement si vous pouvez mettre un hôpital à disposition. (en clair : non)

Oui nous pensons effectivement que ces différentes raisons sont justifiées :

1/ Pas le temps car un protocole scientifique ça prend du temps,

2/  l’OZ est un groupe d’amateurs avec des méthodes d’amateurs et non de scientifiques. Les chercheurs préfèrent travailler avec des centres universitaires plutôt qu’avec qu’un groupe d’amateur qui ne connaît pas les recherches. C’est la dur réalité mais c’est ainsi.

3/ Oui vous pouvez demander à quelqu'un d’autre : les centres universitaires qui sont de meilleur niveau.

4/ Oui si vous avez un hôpital, là c’est différent, l’OZ apporte un intérêt de collaboration qu’il n’a pas sinon.

Mais la vraie question est la suivante : pourquoi ne prenez vous pas un protocole scientifique que vous pouvez ensuite reproduire ? Nous ne savons pas si vous travaillez dans un laboratoire, mais pour les étudiants qui sont chercheurs, nous ne voyons pas ça : quand une équipe veut reproduire un protocole, elle le reproduit. Elle ne demande pas expressément à le mettre en place avec l’autre équipe. Pour nous, d’un point de vue scientifique, ça n’est pas cohérent sauf si les deux équipes ont déjà expérimenté avec des protocoles adaptés et en arrivent à la conclusion que cette collaboration est indispensable.


>De nombreuses expériences ne demandent pas tant de matériel que ca. Pour tirer un nombre au >hasard par exemple, il suffit souvent de rouler un dé. L’usage d’un couteux générateur de hasard ne >se justifie que très rarement.

Pour le hasard, vous ne comprenez toujours pas les impératifs scientifiques dans ce domaine, ce qui une nouvelle fois souligne votre incompétence en ce domaine. Nous ne pouvons que vous renvoyez aux consignes données par les chercheurs travaillant dans ce domaine : pas d'utilisation de dé, c'est une source potentielle de biais.

>Vous mettez en doute ma bonne foi ?

Si vous vouliez mettre en évidence une effet psi vous :

1/ Liriez la littérature,

2/ Tenteriez de reproduire un protocole ayant mené à des résultats.


>"S'ecrit psi et psy" dites-vous? Je ne comprends pas votre phrase. Auriez-vous fait une coquille >comme moi? Vous mettez en doute ma bonne foi sur cette faute de frape?

Oui, cela s’écrit psi et non psy. C’est une erreur fréquente dans les écrits sceptiques et qui montre généralement l’absence de connaissance de la littérature.


>Il faut croire que si, car des expériences l’OZ en a menées. J’ai personnellement assisté à chacune >d’entre elles. Elles n’ont donnée aucun résultat malheureusement.
>En outre, vous m'inviter ici à me passer de vous alors que dans l'introduction de votre article vous >dites (souligné et en gras): "C'est aussi la raison pour laquelle nous proposons à l'Observatoire >Zététique, mais aussi à d'éventuels autres groupes sceptiques, notre avis sur leurs protocoles"
>Finalement, devons-nous vous demander conseil ou pas ?

Non, ce n’est pas malheureux : c’est logique et n’importe quel scientifique vous l’aurez dit avant si seulement vous en aviez consulté.

Oui, vous pouvez nous demander conseil, nous le ferons avec plaisir et cela soulignera d'autant plus l'honnêteté de votre démarche.

Blog zététique ( GEIMI / Skeptical investigations )

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10 octobre 2007

L’Observatoire Zététique et la parapsychologie

logo_OZL’Observatoire Zététique (OZ) est une association sceptique française fondée en 2003, basée à Grenoble, et qui regroupe une quarantaine de personnes dans la région Rhône-Alpes. Elle présente la zététique comme « la méthode scientifique d’investigation des phénomènes prétendus paranormaux » (définition extraite d'ici). Ses membres organisent des expérimentations, des rencontres publiques, des conférences, des ateliers et même des cours universitaires. Richard Monvoisin, membre co-fondateur de l’OZ, ajoute que, sur le plan politique, la zététique réclame uniquement « le droit pour chacun à une information complète et contradictoire, condition sine qua non d'une réappropriation des choix personnels et des engagements de tout individu souhaitant agir en connaissance de cause » (passage d'où est extraite cette citation : ici) .

On pourrait s’attendre à ce que l’Observatoire Zététique s’intéresse au travail des parapsychologues dont l’objectif est similaire, voire identique. Mais les membres de l’OZ ont fait savoir que là n’était pas leur intérêt, et qu’il ne fallait pas se méprendre sur ce que cette association réalise et souhaite réaliser. Pour mieux comprendre la spécificité de cette association, qui lui permet de se démarquer du Laboratoire de Zététique d’Henri Broch (lire notre billet), du Cercle Zététique (lire notre billet) ou d’un institut de recherche en parapsychologie (par exemple l’Institut Métapsychique International), nous commenterons des citations d’Eric Deguillaume, actuel président de l’OZ, qui s’est exprimé sur la liste publique de l'oz et la newsletter de l’OZ de juin 2007.

Objet d’étude : le paranormal et non le psi

L’Observatoire Zététique se propose d’étudier les phénomènes paranormaux de façon général, les phénomènes parapsychologiques, comme l’ESP ou la PK, ne représentant qu’une fraction. Un grand éventail de phénomènes ne relèverait donc pas de la parapsychologie, tel les OVNIs, les médecines alternatives, les fantômes, la cryptozoologie, la radiesthésie, etc. Il a pu être dit (4 oct 2007) qu'une connaissance des données de la parapsychologie scientifique n’était donc pas un préalable nécessaire à la démarche zététique de l’OZ. En effet, pour le public, le paranormal ne se réduit pas aux effets mis en évidence par les parapsychologues, et il serait donc exagéré de se limiter à l’analyse des preuves supposés de l’ESP et de la PK.

Eric Deguillaume dit d'ailleurs méconnaître le corpus de la parapsychologie, sa passion étant l’ufologie, ce qui n’empêche pas, selon lui, que les membres de l’OZ étudient les phénomènes paranormaux dans leur ensemble : « La parapsychologie, qu'elle soit scientifique ou non, ne représente qu'une partie du champ d'application de la zététique, et il se trouve que, comme [on peut] le constater en parcourant ses publications, l'Observatoire Zététique l'occupe guère à l'heure actuelle. Que certains de ses membres donnent leur opinion personnelle à ce sujet, éventuellement sur sa liste publique, ne le concerne pas et ne saurait remettre en cause sa démarche. » (3 oct 2007). La parapsychologie est donc « un domaine ne représentant qu'une partie des phénomènes réputés paranormaux, et où l'OZ n'est justement pas actif » (3 oct 2007). L'objet d'étude de l'OZ est donc le paranormal et non le psi.

Méthode : analyse critique des faits

Le président de l’OZ propose une définition du sceptique avec laquelle nous pouvons tomber d’accord : « Pour moi c'est quelqu'un qui suspend son jugement en l'attente d'éléments concluants, provenant - par exemple - de la réalisation d'un protocole expérimental de parapsychologie, avec des parapsychologues et des psiphiles » (12 juin 2007). Or, il n’y a qu’une poignée de sceptiques ayant réalisé des expériences de parapsychologie, et aucun en France. De nombreuses personnes ont pourtant émis des jugements sur la parapsychologie en s’auto-proclamant sceptiques, ce qui serait injustifié si l’on suivait la définition d’Eric Deguillaume.

Nous arrivons donc à un point clef : à l'heure actuelle, la méthodologie zététique n'a pas été appliquée au dossier parapsychologique, et les membres de l'OZ sont conscients de cette situation. Si bien qu'en suivant le principe énoncé par Eric Deguillaume, selon lequel : « Ce qui fait la légitimité de l'approche zététique et de celle de l'OZ, c'est l'examen des faits. A ma connaissance, tout ce qu'affirment les membres de l'OZ lorsqu'ils font des interventions publiques se base sur l'examen des faits » (2 oct 2007), les membres de l’OZ n'ayant publié aucun travail traitant de parapsychologie scientifique, ils se doivent de réserver leur jugement sur ce domaine et de s'abstenir d'affirmations publiques. Cet "art du doute" fait d'analyse critique et de suspension de jugement est ce qui caractérise la méthode zététique.

Cependant, en France, la zététique est un terme qui a connus plusieurs destinées. Il a été remis au goût du jour par le biophysicien Henri Broch, dans une approche très critiquable lorsqu’elle s’attaque au dossier parapsychologique (cf. notre billet). Mais, comme nous le dit Eric Deguillaume, « Critiquer Broch pour critiquer l'OZ risque de ne pas mener très loin. » (3 oct 2007) Malgré une certaine filiation, l’OZ ne souhaite pas, ce qui est compréhensible, être tenu pour responsable des erreurs de Broch. La connaissance de ces erreurs, et en général des travaux qui diffusent la zététique dans tous les milieux, ne semble pas non plus une priorité à l’application de la zététique pour l'OZ. Eric Deguillaume indique n’avoir lu qu’un seul livre de Broch, et encore, sur le tard (2 oct 2007). De même, les erreurs du Cercle Zététique, dont plusieurs des membres adhèrent maintenant à l’OZ, ne peuvent lui être imputées. « L’Observatoire Zététique n’est représentatif que de ses membres. Nous faisons de la zététique, nous ne sommes pas la zététique. D’autres zététiciens, d’autres sceptiques, ne partagent pas forcément nos opinions ni notre vision de la discipline que nous nous efforçons de faire vivre. » (13 juin 2007) Il est vrai que la zététique ne peut appartenir à un seul groupe, et que ceux qui collaborent à ce blog se revendiquent plutôt de la zététique telle qu'elle fut développée par Marcello Truzzi (voir notre présentation ici).

Une distinction est néanmoins à faire entre les membres de l'OZ et les sceptiques étrangers, comme Wiseman, Blackmore, French, Alcock, Hyman, Truzzi, etc. Cette distinction entre zététicien et sceptique pourrait se superposer à la distinction entre amateur et professionnel. L’amateurisme est revendiqué à l’OZ. Eric Deguillaume indique ainsi : « Oui, nous somme des amateurs. Seulement, il y a une chose que vous oubliez : être amateur n'exclut pas d'être efficace. » (11 juin 2007). En effet, les modestes moyens dont dispose l’OZ ne lui donnent pas « les capacités matérielles d’une université » (13 juin 2007). 

Objectifs : dénonciation critique et développement des effets zététiques

Le principal objectif de l’OZ est d’appliquer la méthode zététique aux phénomènes réputés paranormaux, en vue de faire une dénonciation critique des revendications erronées ou injustifiées. La zététique s’adresse à un public « élargi » dans un but pédagogique : « (…) le principal intérêt pédagogique du principe "mystification/ démystification", (…) est de mettre en valeur des biais et des interprétations erronées, très courants dès qu'il est question de phénomènes réputés paranormaux, afin d'y sensibiliser l'auditoire - première étape dans le développement d'un esprit critique. » (3 oct 2007)

Quelques biais fréquemment rencontrés ont permis à Henri Broch de les formuler sous forme « d’effets zététiques ». L’existence de ces effets, issus de la logique scientifique, est indépendante de leur domaine d’application, qui peut être une pseudoscience comme la zététique elle-même (cf. notre billet). L’objectif premier de l’OZ étant de sensibiliser le public aux effets zététiques, pour en affûter l’esprit critique, cet objectif peut se remplir légitimement « sans avoir aucunement besoin de la connaissance de la parapsychologie scientifique » (3 oct 2007). Comme le confirme son président, le but de l’OZ n’est pas de mettre en place de réels travaux scientifiques sur la question parapsychologique et de faire avancer la recherche (3 oct 2007), ni même d’ailleurs dans les autres domaines où est appliquée la zététique (2 oct 2007). En somme, le paranormal est un seulement un support d’utilisation des outils pédagogiques simples développés par la zététique. L’OZ assure la diffusion et la promotion de l’esprit critique auprès du public.

Le paranormal, en plus d’être un support, est aussi revendiqué comme une passion (13 juin 2007). Tel Henri Broch, Eric Deguillaume admet avoir d’abord crû à ces phénomènes réputés paranormaux avant d’acquérir un recul critique. Il pense donc raisonnablement que « L’intérêt pour un sujet n’est pas un obstacle à l’exercice de la raison et de l’analyse objective. » (13 juin 2007)

Résultats et ouverture

On peut constater à l’heure actuelle la méconnaissance des travaux parapsychologiques et l’absence de centres de recherches ou de départements universitaires de parapsychologie en France. Il serait trop partial de dire que c’est un effet de la désinformation « sceptique » ou des tentatives fréquentes pour décrédibiliser la parapsychologie. La parapsychologie française est également responsable, ses travaux n’ayant pas atteint, dans les dernières décennies, le niveau des recherches internationales.

L’OZ nie toute possibilité que son activité constitue une nuisance pour la parapsychologie. Avoir un regard critique ne veut pas dire être antagoniste. Le fait de ne pas parler des travaux scientifiques en parapsychologie n’est pas considéré comme une « omission », ni comme le fruit d’une intention de décrédibiliser ce domaine.

L’OZ a donc publié pour l’instant deux recherches ayant obtenu des résultats négatifs : l’un testant la revendication d’un radiesthésiste, et l’autre celle d’un magnétiseur. Mais les avis divergent pour savoir s’il s’agit d’une expérience de parapsychologie, ou une expérience ne nécessitant pas de revue de la littérature scientifique, et dans les conclusions négatives sont inutilisables sur le plan scientifique. Des sceptiques d’autres pays, tel Randi, font l’éloge d’un des rares groupes sceptiques ayant véritablement une démarche expérimentale. Pour Eric Deguillaume, « monter des protocoles afin de vérifier des allégations de type psi » (11 juin 2007) n’est pas faire une expérience de parapsychologie. Seule une expérience faîte avec la participation de parapsychologues et de sceptiques professionnels auraient une valeur sur le plan scientifique. L’OZ sollicite donc la collaboration des chercheurs professionnels en parapsychologie, même si cela ne veut pas dire que leurs conseils seront suivis.

Résumons donc les principales caractéristiques de la position de l'OZ :

  • L'objet d'étude de l'OZ est le paranormal dans son ensemble, et pas le psi qui n'en constitue qu'une fraction.
  • L'approche n'est ni universitaire ni professionnelle. Elle est amateure et réalisée avec des moyens modestes

  • Le but de l'OZ est la diffusion de la pensée critique et scientifique, passant par le développement d'outils zététiques et la dénonciation critique des dérives pseudoscientifiques.

  • A cette fin, le paranormal est utilisé comme support pédagogique mais pas comme un objet de recherche en soi.

  • Ce qui intéresse les membres de l'OZ, c'est de proposer des protocoles scientifiques à des personnes rapportant des affirmations extraordinaires.

  • Les membres de l'OZ pensent qu'il n'est pas nécessaire de connaître les travaux scientifiques sur la question pour tester les personnes qui font ces affirmations.

  • Il suffit en effet, selon eux, de s'appuyer sur les affirmations de ces personnes concernant le phénomène allégué et sur leurs pratiques.

  • L'OZ n'a réalisé aucun travail traitant de parapsychologie scientifique, et se reserve donc de jugements sur ce domaine.

Nous soulignerons à présent nos points de désaccord avec l’approche de l’OZ telle qu’énoncée par son président actuel.

Critiques de la position de l'Observatoire Zététique

1/ L’absence de revue de littérature

L’OZ a la prétention de pouvoir étudier de façon critique et scientifique certaines affirmations extraordinaires. Parmi ces affirmations, certaines rencontrent les travaux scientifiques des parapsychologues. L’OZ pense alors pouvoir aussi étudier scientifiquement ces sujets sans lire la littérature scientifique. Or, la revue de littérature est une démarche essentielle dans le domaine scientifique ; il n’y a aucune raison pour que, dans le domaine de l'étude de certains phénomènes dits paranormaux, une partie des chercheurs - les zététiciens - se permettent d'ignorer une partie des travaux.

2/ Des protocoles isolés scientifiquement

La méconnaissance de la littérature scientifique conduit l’OZ à mettre en place des protocoles qui ne favorisent pas la mise en évidence des effets psi. Certes, cela n'est pas son objectif : l’OZ ne fait que tester les revendications au cas par cas, et pas un phénomène en particulier. Ainsi, l’OZ testera un magnétiseur mais pas le « magnétisme animal ». Or, rien ne justifie la possibilité d’une telle dissociation, sur le plan scientifique autant que sur le plan de la lecture qu’en fera le public. Pour tester un magnétiseur, une importante littérature existe qui permet d’entrer dans un processus scientifique. La référence au côté « extraordinaire » ou « spécifique » de la revendication ne permet nullement, sur le plan scientifique, de justifier une non prise en compte de la littérature.

3/ L’expertise donnée aux sujets plutôt qu'aux scientifiques

L’OZ affirme que les sujets testés sont eux-mêmes des experts de leur pratique. Ce sont donc ces derniers qui sont censés la connaiître le mieux, ce sont eux qui connaissent les paramètres nécessaires à son étude. Or, la littérature scientifique sur la question démontre clairement le décalage entre croyance et expérience paranormale. La connaissance du seul sujet n’est pas une base suffisante pour monter un protocole scientifique, même si son discours doit être pris en compte. Là encore, elle doit être associée à une connaissance de la littérature scientifique.

4/ Les techniques d’évitement

L’OZ revendique son amateurisme et sa méconnaissance du dossier parapsychologique, qui devraient logiquement conduire ses membres à ne pas émettre de jugement sur ce domaine. Si ces excuses ont quelque validité (manque de moyens, structure associative, activité bénévole), elles ne peuvent être utilisées pour valider l’évitement répété de la littérature scientifique en parapsychologie. L’ignorance ne peut pas être une excuse pour échapper aux critiques. Si l’on tient des allégations qu’on ne peut pas justifier, on s’expose légitimement à des critiques. Or Eric Deguillaume se dit ignorant du corpus de la parapsychologie, mais se permet d’affirmer vaguement : « malgré ma méconnaissance du domaine, je ne crois pas me tromper en affirmant que des fraudes ou des biais d'interprétation y ont été constatés occasionnellement, même chez Rhine, d'ailleurs. » (3 oct 2007) ou encore « qu'il n'existe pas, à ma connaissance, de travaux parapsychologiques majeurs publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture qui soient indépendantes des milieux parapsychologiques. » (3 oct 2007).

Le manque de moyens vaut également pour les parapsychologues français et pour une grande majorité des parapsychologues étrangers, ce qui ne les empêchent pas de s’affilier à une communauté scientifique et de mener des travaux de qualité. On constate que les parapsychologues sont rigoureux dans leur approche de la littérature (aussi bien parapsychologique que sceptique), alors que les membres de l'OZ ne semblent pas gênés par le fait de ne pas connaître des ouvrages sceptiques de base comme ceux de Broch. Un fossé se creuse entre une approche parapsychologique rigoureuse et professionnelle et une approche sceptique amateure. Or, ce domaine complexe ne se laisse pas aborder par l’amateurisme.

La revendication d'amateurisme conduit à des paradoxes. Ainsi, l’OZ rencontre des problèmes lorsqu’il s’adresse à des professionnels de la parapsychologie : « Ainsi, que l'OZ veuille monter un protocole expérimental en parapsychologie, et les parapsychologues objecteront aussitôt que les zététiciens ne sont pas des spécialistes de ce domaine (argument lu maintes fois sur cette liste). Lorsque les gens de l'OZ se tournent alors vers les spécialistes de la question, en l'occurrence les parapsychologues, ceux-ci, au lieu de leur faire profiter de leur expertise pour monter un protocole commun, préfèrent leur rétorquer qu'ils n'ont pas besoin d'être des spécialistes pour reproduire des expériences précédentes en parapsychologie. C'est le serpent qui se mord la queue. Quoi que l'OZ fasse, ses détracteurs lui nient toute légitimité, ce qui peut être commode pour beaucoup d'entre eux. » (2 oct 2007) Cet argument est problématique car, si d’un côté l’OZ s’accorde pour ne pas faire un travail professionnel, passant entre autres par une revue de la littérature scientifique en parapsychologie et par des publications dans des revues à comité de lecture, on ne voit pas ce qui lui donne le droit d’exiger la reconnaissance de professionnels. L’exigence, maintes fois répétée, qu’on analyse les travaux amateurs de l’OZ comme des travaux scientifiques, est injuste quand on voit l’absence d’analyse par l’OZ des véritables travaux scientifiques. Cela ne veut pas dire que ces travaux n’ont pas du mérite, en premier lieu celui de remplacer le fameux « Prix Défi ». L'objectif de ceux-ci n’est pourtant pas scientifique, ce qui implique qu’on ne peut exiger d'eux une valeur égale aux travaux ayant suivi les canons scientifiques.

5/ Les conséquences néfastes de cette approche

Qu’elles soient volontaires ou involontaires, contrôlées ou incontrôlées, l’approche de l’OZ a des conséquences qu’il ne peut feindre d’ignorer (leur revue de presse est d'ailleurs très explicite sur l'image dégagée par l'OZ). L’OZ pense ne pas nuire à la parapsychologie scientifique. Nous pensons au contraire que les expériences mises en place, par l'impression de recherche scientifique sur le psi qu'elles peuvent donner, sont récupérées par une partie du public comme un élément étayant la non existence des capacités psi. Or, ces recherches n'étudient pas ces capacités, malgré l’ambiguïté qui est maintenue. La diffusion de ces travaux sur le web sceptique facilite clairement cette récupération.

6/ Une ouverture de façade

L’OZ affiche donc d'une certaine façon une ouverture sur la forme. Ainsi, Eric Deguillaume demande aux personnes qui connaissent le dossier parapsychologique de les « instruire », de contribuer à réduire la méconnaissance du domaine par leurs collaborations (11 juin 2007). Néanmoins, cela doit se faire d’une façon bien spécifique : en participant à la mise en place des expérimentations amateures de l’OZ testant les revendications d’une personne selon une approche élitiste et sans revue de littérature. Les contributions sous forme de débats sont tolérées, même si plusieurs membres de l’OZ, dont son président, affichent leur ennui face à des questions scientifiques et épistémologiques complexes, renvoyant à de nombreux articles peu connus du grand public. « Si l’épistémologie et la rhétorique ont leur utilité, elles demeurent secondaires dans notre démarche. Notre plaisir à nous est l’examen des faits, la lecture des documents, l’écoute des témoignages, la collaboration avec sourciers et magnétiseurs. En bref, tout ce qui nous fait toucher du doigt la dimension humaine de ce que nous étudions. » (13 juin 2007). La dimension humaine, basée sur des témoignages sélectionnés et des expériences avec un seul sujet, est effectivement quelque chose de fascinant. Elle touche plus facilement le public que les études en laboratoires, avec des protocoles serrés tentant de mettre en évidence des effets de petite taille hors de tout doute possible. Plusieurs parapsychologues utilisent également l’élément humain pour vulgariser une recherche dont est friande le monde du spectacle. Néanmoins, c’est dans une optique de vulgarisation et non une finalité en soi. Pour faire de la recherche scientifique, la discussion méthodologique et épistémologique est toute aussi primordiale que l’examen de supposés « faits ».

De même, dans les apparences, l’OZ serait ouvert à la critique et soucieux de corriger ses travers pseudo-sceptiques (2 oct 2007). Ainsi, Eric Deguillaume conclut la newsletter de juin 2007 par ces mots : « L’OZ accepte volontiers la critique, et fait même mieux que ça : le propre de la démarche scientifique nécessite la révision de ses acquis en présence d’éléments nouveaux et probants. Encore faut-il que ladite critique porte sur les travaux menés par l’OZ, non par d’autres, et sur les faits plutôt que sur les mots. » Mais la critique permise est très limitée. Seuls des expériences amateures ou des dossiers portant sur des procédés pseudoscientifiques seraient accessibles à la critique. Les critiques de la démarche et de l’orientation de l’OZ, de la définition très ambiguë de ses statuts, de ses effets délétères sur l’opinion du public et des scientifiques, etc., tout cela ne serait pas autorisé.

En conséquence de ce qu’il vient d’être dit, l'ouverture affichée par l'OZ ne semble etre que de façade. Il existe une réelle volonté de dialogue, mais ce qui peut être dit n’est pas pris en compte. En particulier, les critiques qui ne portent pas exclusivement sur les quelques produits de l’OZ sont bottées en touche. La volonté de s’afficher comme de modestes amateurs souhaitant être aidés ne colle pas avec l’expertise revendiquée auprès des médias ou du monde de l’éducation. Il y a là un décalage très clair. Ainsi, si l’OZ souhaite progresser en tant qu’organisme sceptique en mettant en place des expériences avec des "pro-psi", il lui faudrait démontrer sa capacité à être dans une approche scientifique classique, c'est à dire :

  • Revue critique de la littérature,

  • Mise en place de travaux déjà effectués ou bien amélioration de ceux-ci,

  • Publication dans des revues à comité de lecture.

Posté par BlogZetetique à 10:24 - Observatoire Zététique - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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