Zététique

27 avril 2009

Fin du Blog : Début du site Pseudo-Scepticisme.com

Le Blog Zététique, Science et Parapsychologie ne publiera plus de nouveaux billets. Plusieurs raisons à cela :

- La mise en page sur "canalblog" n'est pas très agréable ! Sans parler des publicités indésirables...

- Il règne des confusions sur les motivations qui ont conduit à la création de ce Blog, sur ce qu'est la zététique de Marcello Truzzi et sur la position des auteurs de l'article, malgré de nombreuses discussions clarifiant ces points. Lire :

Critiques et tentatives de discrédit

De la question de l'anonymat

Scepticisme, zététique et parapsychologie

Afin de repartir sur des bases plus claires, et de continuer à encourager un débat scientifique, les articles du Blog Zététique, Science et Parapsychologie seront publiés sur le nouveau site Pseudo-scepticisme.com, en même temps que d'autres articles provenant du site de l'Institut Métapsychique International et de nouveaux dossiers et commentaires de l'actualité.

Vous pouvez d'ores et déjà signaler ce site autour de vous et vous inscrire à son flux RSS pour être informé des dernières nouveautés.

Voici la présentation de la ligne éditoriale de ce nouveau site :

Le site Pseudo-Scepticisme.com est une antenne française du site Skeptical investigations initiée par des membres du Groupe Etudiants de l’Institut Metapsychique International.

 

Au cours de nos recherches, nous avons progressivement découvert qu’une partie de la littérature sceptique portant sur l’étude scientifique des phénomènes réputés paranormaux comportait un certain nombre de biais. Ce site a pour objectif de partager avec le grand public, les journalistes et les scientifiques nos analyses (notamment diffusées initialement sur un blog) et divers articles sur ce sujet rédigés par des scientifiques et des universitaires.

 

L’approche sceptique suppose un abord rationnel et scientifique des phénomènes réputés paranormaux. Pourtant, il semble qu’une partie de la communauté sceptique soit fréquemment sujet à ce que le sceptique Marcello Truzzi appelait le "pseudo-scepticisme", un ensemble de dérives qui trahissent la pensée sceptique.

 

Nous pensons qu’il est pourtant essentiel que se développe une pensée rationnelle et scientifique concernant les phénomènes réputés paranormaux. Nous sommes persuadés qu’il est possible de les étudier scientifiquement et d’en proposer des explications cohérentes et rationnelles. Mais deux écueils entravent actuellement une telle approche :

 

- la crédulité ambiante concernant le paranormal que l’on retrouve à son paroxysme dans une certaine littérature new-age qui affirme, sans preuve, la réalité d’un certain nombre de phénomènes plus ou moins loufoques. Il s’agit d’une forme de croyance potentiellement dangereuse de part le charlatanisme et le sectarisme qui peut lui être associé.

 

- le pseudo-scepticisme, beaucoup plus difficile à repérer car il est souvent diffusé par des scientifiques, ou des groupes se donnant l’apparence de scientifiques, car ils utilisent la méconnaissance du public pour ridiculiser la recherche universitaire sur ces questions.

 

Ce site propose des informations détaillées concernant les dérives du pseudo-scepticisme. Nous espérons qu’une fois que ces dérives auront disparu, il sera possible que se développe en France un scepticisme sain qui pourrait donner naissance à des recherches scientifiques de qualité sur ce sujet.

Quels scientifiques soutiennent pseudo-scepticisme.com ?

Pseudo-scepticisme.com est une antenne du site Skeptical-Investigations. Nous sommes soutenus par un prix Nobel et la liste de scientifiques suivante :

Ralph Abraham, Ph.D. Professeur de mathématiques Université de Californie, Santa Cruz
Dick Bierman, Ph.D. Physique expérimentale Université d’Amsterdam et d’Utrecht
Larry Dossey, M.D. Editeur de la revue Alternative Therapies in Health and Medicine  
Prof David Fontana, Ph.D. Professeur de psychologie Université du Pays de Galles
Dr Peter Fenwick Institut de Psychiatrie Londres
Prof Brian Josephson, Ph.D. Prix Nobel de physique ; Professeur de physique Laboratoire Cavendish de l’université de Cambridge
Stanley Krippner, Ph.D. Professeur de psychologie Institut SayBrook, San Francisco
Edwin May, Ph.D. Physicien dirigeant le Laboratories for Fundamental Research Palo Alto, Californie
Adrian Parker, Ph.D. Professeur de psychologie Université de Göteborg, Suède
Guy Lyon Playfair Society for Psychical Research Londres
Dean Radin, Ph.D. Institute of Noetic Sciences Petaluma, California
Chris Roe, Ph.D. Département de psychologie Université de Northampton, Grande Bretagne
Gary Schwartz, Ph.D. Directeur de l’Human Energy Systems Laboratory Université d’Arizona
Stephan Schwartz Chercheur associé au Cognitive Sciences Laboratory  
Rupert Sheldrake, Ph.D. Membre de l’Institute of Noetic Sciences  
Nancy L. Zingrone, Ph.D. Parapsychology Foundation New York

Au cours de nos recherches, nous avons été surpris de voir à quel point le monde scientifique est ouvert à un abord rationnel sur ces questions. Nous sommes ainsi en lien avec des chercheurs français du CNRS, de l’INSERM et de plusieurs universités. Nous sommes également en lien avec près d’une dizaine d’universités étrangères qui travaillent spécifiquement sur ces questions. Si vous aussi vous souhaitez nous soutenir et participer à la recherche scientifique sur ces questions et participer au développement d’un scepticisme sain, contactez-nous !

 

Ce qu’est Pseudo-scepticisme.com

 

- Un ensemble d’analyses rédigées par des étudiants, des scientifiques et des universitaires concernant les dérives d’une pensée sceptique qui se perd dans le dogmatisme et la rigidité,

 

- Une approche qui se veut ouverte sur le dialogue et l’échange : nous sommes toujours prêt à revoir ou modifier nos articles selon les données et les informations qui nous sont transmises. Contrairement à certains sites sceptiques qui ne modifient par leur position quelle que soit les informations transmises, nous souhaitons proposer une approche claire et transparente qui soit ouverte à la remise en cause.

 

- Un comité de soutien composé d’un prix Nobel et de scientifiques qui regrettent et dénoncent les dérives du pseudo-scepticisme.

 

- Une porte d’entrée, ou de sortie, pour ceux qui sont déçus par le scepticisme et la zététique française et ses dérives actuelles.

 

Ce que n’est pas Pseudo-scepticisme.com

 

- Un site qui promeut l’existence des phénomènes paranormaux : Nous pensons que ces phénomènes ont une réalité sociale (environ 50% de la population vit un jour une expérience paranormale) mais nous pensons que les travaux actuels ne permettent pas de trancher concernant la nature de ces expériences.

 

- Un site militant ou polémique : si nous avons choisi de publier ces analyses, c’est parce que ces dérives semblent s’être tant développées qu’elles nuisent au développement de la recherche actuelle et future. Après avoir tenté de dialoguer et d’échanger avec plusieurs sceptiques, nous n’avons trouvé d’autre solution que de nous adresser à une audience plus large par le biais d’internet.

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16 septembre 2008

Analyse critique du Prix-Défi Broch-Majax-Theodor

Affiche_prix_d_fi 

Le Prix-Défi Broch-Majax-Theodor a été lancé en 1987 par Henri Broch, biophysicien, Gérard Faier, dit « Majax », illusionniste, et l’immunologue belge Jacques Theodor, à toute personne qui pourrait présenter un phénomène paranormal. Clos en février 2002, ce prix, connu également sous le nom de Défi zététique international n’a jamais été remporté par qui que ce soit. De 500.000 Fr au départ, le prix a été porté à 200.000 €, sous forme d’un chèque de Jacques Theodor qui serait remis immédiatement en cas de démonstration extraordinaire. Aucun des 264 candidats n’a réussi à décrocher le gain, mais il semble que la grande majorité des candidatures n’ont pas conduites à un test. Si on ne compte que les exemples de tests diffusés sur Internet, on ne dénombre en tout que 20 candidatures réellement testées (ou pré-testées) en l’espace de 15 ans. Certaines propositions jugées « excessivement fantaisistes » étaient simplement « gérées » (cf. ici). Il y aurait eu également de nombreux abandons et reculades, dont le détail n’est pas fait (cf. ici). Le nombre de candidatures est grossi par la prise en compte de simples courriers ne présentant aucune revendication précise, et conduisant donc à des abandons prématurés (par exemple, les « candidats » n°231, 234, 245, 248, 250, 254, etc.).

Le « prix sceptique » est aujourd’hui un argument utilisé par la communauté sceptique lors des discussions sur le paranormal et plus particulièrement sur la parapsychologie. L’exemple courant pourrait être résumé comme suit : 

Question : « Que pensez-vous des recherches des parapsychologues utilisant le Ganzfeld et qui semblent démontrer des capacités psi chez l’humain ? » 

Réponse : « Le prix sceptique français a testé les prétentions extraordinaires de nombreuses personnes, dont sûrement des prétentions de clairvoyance et de télépathie, et pourtant personne n’a jamais remporté ce prix. Nous sommes bien obligés de penser que ces phénomènes n’ont pas été mis en évidence lors de tests vraiment scientifiques alors même que se présentait l’occasion rêvée d’en faire la démonstration, un prix de 200 000€ était offert ! » 

Et il est vrai que cet argument est de poids : qui manquerait l’occasion de s’octroyer la somme de 200 000€ ?

Analyse de quelques expériences

Observer scientifiquement un ou des phénomènes dits paranormaux est présenté comme le motif – évidemment louable – à l’origine de la démarche des créateurs du Prix-Défi. Mais comme nous allons le voir, ce prix comporte des failles dans la manière dont il a été organisé, ce qui fait qu’il ne peut prétendre à être un argument scientifique. Nous allons présenter ces failles. Pour commencer, examinons quelques unes des expériences présentées de façon extrêmement succincte sur le site Internet du Laboratoire de Zététique. 

Plusieurs candidats se prêtent à des tests faisant intervenir les statistiques. On constate alors que : a) le nombre d’essais est généralement insuffisant ; b) les résultats ne sont pas communiqués, sinon par l’expression « échec complet », si catégorique et incompatible avec l’outil statistique ; c) les seuils de signification ne correspondent pas aux seuils standards en science.

  • Candidate n°264 : elle est pré-testée sur un protocole où elle doit prédire les numéros du Keno le matin avant le tirage. Le pré-test consiste en 9 tirages, où la candidate propose 5 numéros, entre 1 et 70, qui devront apparaître dans les 20 qui seront tirés le soir même. Résultats : « en 9 tirages, les résultats obtenus par la candidate sont simplement une fois 4 bons numéros sur 5, une fois 3      bons numéros, deux fois 2 bons numéros, cinq fois 1 bon numéro. » On ne nous indique pas quelle est la probabilité d’obtenir ce résultat, mais on nous dit juste qu’il n’y a « absolument rien de paranormal ». Pour nous en convaincre, d’autres collaborateurs du laboratoire ont également essayé de faire des prévisions et l’un d’entre eux a obtenu deux fois 4 bons numéros sur 5 en trois tirages (événement dont la probabilité est de moins de 4 chances sur 10.000). Cette coïncidence suffit-elle à effacer le résultat obtenu par la candidate ? On ne nous indique pas à partir de quel moment le résultat peut être considéré comme paranormal, mais 9 tirages d’un pré-test semblent tout à fait insuffisants pour conclure quoi que ce soit.      

·       ·N°242 : Voyance par écriture automatique et horoscope. Test le 13 juin 2001. Pas de détail sur le protocole et la procédure d’évaluation. Il faut se reporter à l’ouvrage de Broch, Gourous, sorciers, savants (2006, p.46-48). Un certain nombre (non indiqué) de dossiers avaient été constitués en vue du test. Chacun contenait une grande photo et une date de naissance à partir desquelles la candidate pouvait décider de travailler. Chaque dossier comportait également des données sur le passé et le présent de la personne, disposées en vingt listes portant chacune sur un paramètre de cette personne : état civil (par exemple : célibataire, mariée, veuf, divorcé, sans enfant, un enfant, deux enfants…), événements marquants, phobies, etc. Pour chacune de ces listes, quelle qu’en soit la longueur, une seule réponse correspondait au cas de la personne. On considérait comme un succès si la candidate devinait la seule réponse juste pour chaque liste, alors que la variation du nombre de choix possibles occasionnait une variation des probabilités associées. Les expérimentateurs fixèrent le seuil de succès global à un score supérieur ou égal à 12 réponses justes sur les 20 questions. La description incomplète du protocole rend impossible de juger de la pertinence de ce seuil. Ce n’est pas du tout pareil si la candidate avait, pour chaque question, le choix entre 2 ou 8 items. Broch donne un seul résultat ponctuel (échec à 3/20) et affirme que toute l’expérience est un échec complet. 

·       N°106 : Test par une délégation des Sceptiques du Québec, le 23 mars 1991, de la clairvoyance de la couleur (rouge ou noire) de cartes. Seuil de signification fixé, d’un commun accord, à 77 cartes correctement devinées alors que la candidate en perçoit 55 sur 104. Pas d’explication concernant le faible nombre d’essais, et la fixation d’un seuil de signification aussi élevé. Le test aurait pu être considéré comme réussi avec 63 cartes perçues correctement sur 104 (soit 14 réponses positives en moins que le seuil fixé par les sceptiques), même si le nombre d’essais peut être considéré comme insuffisant, et les conditions du protocole trop floues. Le seuil de 77 cartes implique une probabilité de 1 chance sur 1 million, ce qui n’est pas conforme aux seuils standards dans les sciences s’appuyant sur les statistiques. 

·       N°62 : Test médiatique le 14 janvier 1990 de télépathie et clairvoyance sur cartes. Les contrôles sont assez bien décrits, mais le nombre d’essais est dramatiquement faible : 20 essais pour la télépathie ; 10 pour la clairvoyance. Aucun détail sur les résultats. 

De nombreux exemples présentent des expériences sans description complète du protocole, de la méthodologie, des procédures de jugement et d’évaluation des résultats. Seules des photos apportent quelques indices qu’il nous faut deviner, comme par exemple l’absence de double aveugle.

  • Candidat n°256 : test le 30 mai 2001 de clairvoyance de cibles placées dans des enveloppes opaques. Cibles : paysages, puis personnages. Une liste de réponses possibles, avec      photocopie des photos, était fournie à la candidate. Aucun détail sur la procédure de jugement.

  • N°247 : Test le 4 avril 2001 de PK sur magnétophone. Protocole utilisant une gamme de fréquence très large. Pas de précision sur la procédure d’évaluation. Sur la photographie, on voit un oscilloscope. L’évaluation a-t-elle été visuelle ? N’aurait-on pas pu utiliser un test statistique plus sensible

  • N°244 : Test de diagnostic paranormal en EMC le 25 mai 2001. Pas de détail sur le choix des cibles, le nombre de sessions et la procédure de jugement.

  • N°243 : Sourcellerie. Test le 12 juillet 2001 pour déterminer dans quel tuyau parmi dix s’écoulait de l’eau. Pas de détail sur le nombre de sessions et les résultats statistiques. 

  • N°242 : Voyance par écriture automatique et horoscope. Test le 13 juin 2001. Pas de détail sur le protocole et la procédure d’évaluation.

  • N°233 : Test le 7 juillet 2000 sur la « perception d’ondes électromagnétiques biologiques ». Aucun détail sur le protocole.

  • N°232 : Test le 14 juin 2000 sur de la vision à distance de 1 à 10 postures prises par sa femme ou son fils. Aucun détail.

  • N°200 : Prétest le 23 juin 1999 sur la vision à travers des enveloppes opaques. Aucun détail sur la procédure de jugement.

  • N°137 : Test le 2 mars 1995 sur la détection radiesthésique d’un champ magnétique. Aucun détail sur le protocole.

  • N°115 : Test le 1er octobre 1993 sur de la clairvoyance sur cartes Zener. Aucun détail sur le protocole et les résultats.

  • N°102 : Test en janvier 1993 d’un effet bactéricide par imposition des mains et d’une momification d’un citron. Aucun détail sur le protocole et les procédures d’évaluation. 

  • N°72 : Test le 11 juin 1990 d’un arrêt de la croissance de cultures de bactéries par imposition des mains. Aucun détail sur le protocole.

  • N°50 : Test en novembre 1988 de stigmatisation à distance. Aucun détail sur le protocole. 

On peut aussi se questionner sur la logique des tests du prix Défi. C’est le sujet qui doit proposer un protocole pour tester la capacité qu’il revendique, en indiquant ce qu’il considère comme résultats positifs et négatifs. Le scientifique intervient en second volet pour ajuster le protocole et les contrôles, de manière à ce que tout le monde tombe d’accord. Toutes les revendications sont-elles scientifiquement testables ? Ce n’est pas sans poser question. Prenons l’exemple du candidat n°97, qui prétend détruire une voiture par psychokinèse à 4000 km de distance. Aucun jugement a priori n’est établi sur la possibilité d’une telle action, ce qui est tout à fait honorable, malgré l’apparence assez délirante de la revendication. Le test proposé le 7 décembre 1991 consiste à déplacer par psychokinèse un lingot d’or de 1kg situé à Bruxelles, pendant que le sujet est en Bretagne. Le test est très simpliste, et correspond effectivement à l’idée contenue dans la revendication, mais pas à ce que les parapsychologues appellent la psychokinèse. Ni dans les cas spontanés recensés, ni dans les expérimentations en laboratoire, un phénomène de psychokinèse aussi fort et à une telle distance n’a été allégué. Il y a en effet un écart, dont la candidature n°97 n’est qu’un exemple, entre les objets de la recherche parapsychologique et les revendications pour le moins originales testées par le défi. Et pourtant, le défi fait passer le message qu’il s’agirait du même « paranormal », de la même « psychokinèse », qui échoue à se concrétiser.

Après une revue des principaux tests réalisés dans le cadre du Prix Défi, on reste sur notre faim pour savoir s’il s’agissait vraiment d’expériences répondant à la méthodologie scientifique, et laissant vraiment une possibilité pour qu’un phénomène paranormal se produise. Il ne s’agit pas de dire que ces tests sont inintéressants. Broch expose d’ailleurs dans ses livres l’effet qu’il rebaptise « myokinèse » et qui explique de façon physique les revendications des candidats 252 et 255. Certains testent sont réalisés dans des conditions de contrôle tout à fait valables, avec une cage de Faraday pour empêcher certaines communications entre les sujets (candidat n°62), ou des mesures adaptées, comme la perte de poids d’un citron « momifié » suite à une imposition des mains (candidat n°87). Mais la grande majorité des tests présentés comme scientifiques ne décrivent pas ces garanties. Or, la première des prétentions de ce défi était d’offrir enfin des conditions rigoureuses de test des revendications paranormales. Cet « appel à preuve » a peut-être mené à des tests rigoureux, mais pas à des tests scientifiques car les preuves obtenues ne l’ont pas été de façon à pouvoir convaincre l’ensemble de la communauté scientifique. En plus des failles méthodologiques, le défi regorge d’autres problèmes dans son organisation. On constate que la manière dont a été organisé le prix sceptique comporte des failles d'un point de vue scientifique : 

  • Il n’a pas été conçu avec le soin d’assurer l’indépendance des différentes parties en jeux (jury/créancier),

  • il n’a pas laissé de traces scientifiques consultables par des observateurs indépendants,

  • et il suit une ligne de conduite différente de la science classique. 

  • La dépendance entre le jury du prix et le créancier du prix : les tests de démonstration devaient être faits devant au moins deux des personnes suivantes : Henri Broch, Gérard Majax et Jacques Theodor (ou Henri Broch seul, en cas de force majeure, cf. ici). Or, Jacques Theodor est également le créancier du Prix-Défi (voir figure). Dans ces conditions, il est difficile d’affirmer que Jacques Theodor ait pu être un juge neutre et impartial puisque de sa décision en tant que juge dépendait la ponction d’une partie de son capital, engagé sur ses biens. Comme il n’est généralement pas indiqué que les tests sont conduits en double aveugle, cette dépendance jury-créancier pose un grave problème scientifique. Il n’est pas non plus indiqué si la démonstration doit convaincre une majorité du jury ou si l’avis de Jacques Theodor peut suffire à considérer une démonstration comme nulle.

D_pendance_cr_ancier_jury_dans_D_fi_z_t_tique

  • Publication très parcellaire des méthodes et protocoles utilisés : une synthèse des prétests et tests effectués dans le cadre du Prix-Défi n’est toujours pas disponible, même si Jacques Theodor y travaille. Les protocoles présentés sont donc très flous. Les résultats sont estampillés « échec complet » sans aucune précision, notamment lorsqu’ils se  présentent sous une forme statistique. Ces données seraient pourtant nécessaires pour être examinées et commentées par des      observateurs indépendants. Mais aucune publication dans une revue à Comité de lecture n’a présenté ces recherches à la communauté scientifique, sinon dans la revue militante Sciences et      pseudo-sciences (n°261, mars 2004). Quand un parapsychologue a demandé à Henri Broch les comptes-rendus des expériences, il a été renvoyé vers ses ouvrages. Or, les ouvrages donnent des descriptions parfois encore plus parcellaires, ou renvoient tout simplement vers le site Internet pour une « information complète » (2006, p. 41).

  • Le Prix-Défi ne suit pas la procédure scientifique classique : pour un certain nombre de raisons bien argumentées par Henri Broch dans ses livres, ou par ses élèves, le test d’une revendication paranormale par un zététicien peut se faire selon une démarche qui ne correspond pas aux canons scientifiques habituels.

Ainsi peut-on lire ici : « Le prix a été conçu sur le principe de raisonnement qui considère que c'est à la personne qui affirme détenir un pouvoir quelconque d'en faire la preuve, et non pas aux scientifiques de démontrer le contraire. C'est en effet une des bases de la méthode scientifique (et de la logique) que ce soit à celui qui prétend détenir des faits ou des théories nouvelles de les démontrer. » Ce syllogisme opère un glissement de sens entre une revendication scientifique et une revendication d’un pouvoir paranormal. De cette manière, le zététicien pourra exiger d’une personne sans formation scientifique mais revendiquant un pouvoir paranormal de réaliser des « auto-contrôles », des prétests et des tests dont elle aura élaborée les protocoles en précisant l’hypothèse testée et la méthode d’analyse des résultats. Il peut s’agir là d’un obstacle pour de nombreux candidats potentiels. Or, les candidats sans formation scientifique semblent constituer la majorité des prétendants au défi, pour des raisons qui tiennent peut-être de la psychologie et de la sociologie. Réciproquement, un scientifique ayant effectué des recherches sur les phénomènes paranormaux n’est pas ciblé par ce Défi car il ne revendique pas de pouvoir paranormal pour lui-même. D’une manière générale, les revendications scientifiques des parapsychologues n’aboutissent pas à des candidatures au Prix-Défi car elles suivent une procédure plus classique, de cumul de données obtenues dans des conditions contrôlées, avec publication dans une revue à comité de lecture et réplication par des laboratoires indépendants.

Certaines controverses entraînées par le Prix-Défi ont permis de pointer des problèmes dans la formulation de « l’appel à preuve ». Alors que le créancier propose un prix s’élevant à 200.000 €, cet argent n’est pas utilisé pour financer la reproduction d’expérimentations ayant déjà fait leurs preuves en parapsychologie. Il est aussi précisé (ici) que tous les frais sont à la charge du candidat, des déplacements et hébergements du jury jusqu’au timbre poste pour la correspondance. On peut imaginer plusieurs raisons valables pour justifier cette non-participation aux frais de la part du créancier. Sauf que c’est aussi un facteur non négligeable dans la procédure de candidature, une véritable « porte de sortie » pour conduire une candidature dans une impasse.

Nous pouvons prendre l’exemple du parcours d’un candidat qui pense dévoiler les personnalités au moyen de l’astrologie. Même si cette pratique reste assez éloignée des préoccupations des parapsychologues, ce qui nous intéresse ici est un cas concret de candidature n’ayant pas pu aboutir pour des raisons extra-scientifiques. Jacques Theodor a accusé bonne réception du bulletin d’inscription de M. Francis Gengoux en août 1993 et lui a proposé un pré-test, celui-ci nécessitant les profils psychologiques de cinq personnes établis sous forme d’autoportrait normalisé, qui devaient être comparés avec les prédictions de l’astrologue. En octobre 1993, le test n’a toujours pas eu lieu. M. Theodor écrit à M. Gengoux que les portraits devraient coûter 2 500 Fr chacun, soit une dépense totale de 12 500 Fr (environ 1900 €) qu’il cherche à épargner au candidat. En mai 1994, M. Gengoux est obligé de relancer M. Theodor qui n’a toujours pas trouvé de profils ni aucune autre solution. Au final, l’épreuve préliminaire n’a jamais eu lieu, et même si M. Gengoux avait pu assumer les frais de cette démonstration, il aurait dû encore sortir 12 500 Fr pour pouvoir prétendre au véritable test.

D’habitude, ce sont les sujets qui sont indemnisés pour leur participation à une expérience scientifique. Les dispositions du Prix-Défi vont à contresens de ce principe. Le jury est toujours gagnant car les candidats déclarent que Broch, Majax, Theodor et le Laboratoire de Zététique pourront utiliser à leur guise tous les documents de l’épreuve, ce qu’ils n’ont pas manqué de faire dans leurs ouvrages à grand tirage. Il était même prévu une exploitation commerciale de la candidature remportant le prix. Ainsi, voici la réponse de Jacques Theodor à la question : « N’avez-vous pas peur de perdre vos 200 000 € ? » : « Mais pas du tout, c’est au contraire… le meilleur des placements ! Imaginez un peu le succès mondial de librairie de l’ouvrage que j’écrirais alors et qui présenterait LE médium et ses fabuleux pouvoirs… » (cité par Broch, H. (2008). « La force d’une croyance peut être immense ». Sciences et Pseudo-Sciences, n°282, juillet, p.35).

Après notre analyse de quelques candidatures et des principes gouvernant le test, nous pouvons établir un tableau qui différencient une expérience zététique d’une expérience scientifique, ce qui permet de relativiser la valeur du Prix-Défi en tant qu’argument scientifique dans le domaine du paranormal.

tableau_prix_zetetique

Conclusion

Même si nous restons des supporters de la démarche d’examen critique des phénomènes paranormaux, et que nous trouvons nécessaire qu’un laboratoire français implanté dans une université puisse aborder scientifiquement l’étude de ces phénomènes, nous trouvons l’emploi de « prix » ou de « défis » inadapté à plusieurs niveaux. Si de l’argent est disponible pour ces recherches, il ne doit pas être utilisé pour impressionner les imaginations sur fond de rhétorique militante. Il doit être investi pour une reproduction des nombreux protocoles en parapsychologie ayant donné des résultats et que des chercheurs, à l’étranger, tentent de vérifier. De tels « appels à preuve » réalisés à grand renfort de médiatisation nuisent totalement à l’étude scientifique de ce domaine, car elles trompent le public et la communauté scientifique sur la réalité de l’avancement des recherches. Enfin, pour le Prix-Défi Broch-Majax-Theodor en particulier, plusieurs failles dans l’organisation du prix et dans ses productions (pour celles qui sont visibles) montrent que cette démarche ne correspond pas aux canons scientifiques, et ne peut donc pas se faire passer pour un examen rigoureux des phénomènes dits paranormaux.

Par soucis de transparence, nous avons proposé à Henri Broch, par mail, avant la publication de ce texte, de nous indiquer d'éventuelles précisions, voire même corrections. Il ne nous a pas répondu.

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20 août 2008

Scepticisme : la force de l’illusion chez l'AFIS et Henri Broch

SPS___282___Juillet_2008Le numéro 282 de la revue Science et pseudo-sciences (publiée par l’AFIS en juillet 2008) s’intitule : « Parapsychologie, paranormal, homéopathie : la force de l’illusion ». Le sujet de la parapsychologie est abordé par un article du biophysicien Henri Broch, dont le titre est : « La force d’une croyance peut être immense » (p.35-40). Il faut noter que Broch est membre du comité de parrainage et du conseil scientifique de l’AFIS. Dans cet article, Broch vient présenter son parcours de critique de la parapsychologie, et expose quelques arguments qui rapprochent la parapsychologie d’une pseudo-science, et les parapsychologues (ou métapsychistes, ou parapsyphiles comme il les appelle également) de gourous qui défendent leur gagne-pain. Cet article fait également écho à l’actualité de son auteur, qui vient de faire paraître deux livres chez l’éditeur book-e-book, dans une nouvelle collection qu’il dirige appelée « Une chandelle dans les ténèbres ». Ces livres font l’objet d’un encadré, ainsi que de notes de bas de page, dans lesquelles on retrouve la mention de deux autres ouvrages de Broch. Comme le disent les membres de l’Observatoire Zététique dans la newsletter du 13 juillet 2008 à propos de ces nouveaux ouvrages : « Les zététiciens n’y apprendront pas grand[-]chose car Henri Broch ne fait que résumer le contenu développé dans ses précédents ouvrages, en particulier Au cœur de l’extraordinaire (Book-e-book, 2003) [dont la première édition est de 1991] et Le paranormal : ses documents, ses hommes, ses méthodes (Seuil, 1989) [dont la première édition est de 1985], mais ces livres, plus courts, sembleront peut-être plus accessibles à ceux qui découvrent la zététique. Cependant, on ne peut que regretter que le ton soit toujours aussi raide et un tantinet cynique. » Il est légitime de se demander comment des avis émis depuis 1985 ont fait pour résister à la critique.

La rhétorique d’Henri Broch

La première partie de l’article rappelle que, durant 15 ans, un Prix-Défi avait été lancé comme « appel à preuve » à toute personne se prétendant dotée d’un pouvoir « paranormal ». Nous ferons une critique complète de ce prix prochainement. En l’occurrence, le Prix-Défi est avancé comme argument rhétorique pour dire que « des personnes de bonne foi » ont échoué dans des expérimentations scientifiques de leurs capacités paranormales. L’aspect rhétorique se situe dans le fait que les recherches de Broch sont  isolées de la recherche scientifique en parapsychologie. Ses expérimentations ne sont pas publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture, et quelques rares comptes rendus en sont faits dans ses livres. Le défi n’est qu’une diversion.

La seconde partie de l’article est une attaque des parapsychologues pleine de condescendance et de désobligeance. Tout n’est qu’insinuation pour faire passer les parapsychologues pour des incompétents. Relevons quelques procédés rhétoriques typiques du style des écrits de Broch :

  • La communauté des parapsychologues est désignée à 14 reprises (parfois par des sobriquets ridicules) mais un seul nom est mentionné, le défunt J.B. Rhine. Ces parapsychologues constituent alors une sorte d’entité anonyme à laquelle Broch prête des propos, des croyances, des actions, etc., sans jamais analyser des éléments concrets. Ce faux dialogue – qui n’est en fait qu’un monologue dramatique – ne rend pas compte de la position des parapsychologues, mais leur impose une argumentation si faible qu’il est alors facile d’en venir à bout. Or, pour notre part, nous avons rédigé sur ce blog des analyses critiques de certains écrits de Broch (il en existe également sur le site de l’Institut Métapsychique International, cliquez ici ) qui s’efforcent de d'échanger sur le plan des faits. Or, nous n’avons reçu aucune réponse jusqu'à présent.

  • La parapsychologie expérimentale est réduite à néant, ou presque. Les parapsychologues ressasseraient « des ‘expériences’ remontant à des décennies » (p.37) et n’auraient pas évolué « d’un iota dans leurs positions de principe ou leurs explications » (p.37). De plus, « on s’étonne souvent de rencontrer dans le domaine du paranormal des parapsychologues qui – malgré les résultats négatifs de leurs propres recherches – continuent à chercher sur le même thème et avec des méthodes équivalentes. » (p.39). Le déni de la recherche en parapsychologie est poussé à son extrême : « Lorsque des parapsychologues, métapsychistes et autres parapsyphiles veulent argumenter, on voit bien qu’ils connaissent en fait très peu du sujet sinon uniquement de manière livresque ou prétendument sociologique ou philosophique, bien loin d’une connaissance concrète, réelle, pratique, du sujet expérimental. » (p.37) Encore un peu, et Broch serait le seul à avoir étudié scientifiquement les revendications concernant des phénomènes paranormaux !

L’usage prétendument impropre des statistiques par Rhine

Un cas soi-disant concret est tout de même donné : « le vénéré J.B. Rhine qui – sans sourciller – applique et fait appliquer systématiquement une loi binomiale sur un tirage de cartes… où il n’y a pas de remise, c’est-à-dire où la probabilité de succès n’est PAS constante ! Le simple b-a-ba d’un tirage de cartes et des calculs statistiques associés n’est même pas respecté et l’on vient nous déclarer que les procédés de Rhine sont valides ? » (p.38). Il s’agit effectivement d’un usage impropre de la loi binomiale que de l’appliquer à des tirages sans remise, car cela conduit à une surestimation de la signification statistique des succès. C’est une chose qui est tout à fait connue des parapsychologues depuis longtemps (cf. par exemple, Johnson & Nordbeck, 1972 ; Houtkooper, 1985), et il est faux d’affirmer qu’ils se seraient entêtés à appliquer une analyse fausse de leurs résultats. L’assertion de Broch est d’ailleurs tellement affirmative qu’un seul exemple suffit à l’invalider : ainsi, Rhine ne peut pas avoir systématiquement appliqué la loi binomiale sur un tirage de cartes sans remise puisqu’il ne l’a pas fait, par exemple, dans l’analyse des fameuses expériences Pearce-Pratt (Rhine & Pratt, 1954 ; traduction disponible ici).

Toutefois, si la critique est juste, elle n’en est pas pour autant valide. Le comité de lecture de la revue aurait dû demander à Broch de citer les références sur lesquelles il s’appuyait pour annoncer que Rhine « applique et fait appliquer systématiquement une loi binomiale sur un tirage de cartes… où il n’y a pas de remise ». Or, Broch ne mentionne aucune expérience publiée par Rhine ou un autre parapsychologue. Comment savoir si Rhine utilisait effectivement un protocole avec un tirage sans remise ? Broch préfère ne pas critiquer un protocole de parapsychologie mais mentionne simplement une procédure statistique irrégulière, tout en laissant croire qu’elle est appliquée systématiquement par les parapsychologues. Or, une commission de statisticiens avait déjà statué en 1937 que, si les conclusions de Rhine devaient être rejetées, ce ne pouvait pas être sur la base de son utilisation des statistiques (Camp, 1937).

Sur quoi se base donc Henri Broch ? La seule source qu’il se reconnaît, dans une note de bas de page (note 4 p.38), est la « feuille d’instruction » incluse dans un paquet de cartes Zener breveté par l’Institut de Parapsychologie de J.B. Rhine. Cette source est insuffisante à plusieurs égards, et les membres du comité de lecture auraient dû demander de meilleures références. En effet, ce jeu de cartes est un produit dérivé et non pas l’équivalent d’une expérience scientifique. Il ne viendrait à l’esprit de quiconque de critiquer la chimie sur la base d’une boîte du parfait petit chimiste.

Or, ce n’est pas la première fois que Broch se repose seulement sur ce produit commercial pour lancer une critique de la totalité des expérimentations utilisant des cartes Zener. Il mettait déjà en avant l’asymétrie du dos des cartes comme biais possible (par exemple, dans Au cœur de l’extraordinaire, p. 190, cf. ici ) : « En plus des défauts majeurs présentés par les « ustensiles » des expériences et contrairement à ce qui est répand dans la littérature, les expériences elles-mêmes ne présentaient aucune rigueur (même pour l’époque) ; la seule rigueur était peut-être dans le dépouillement statistique ; mais ce qui est en cause, ce sont les données, pas le traitement de ces données. » Mais les arguments de Broch ne sont valables que dans le cas où le percipient a l’occasion de voir le dos des cartes. Or, l’Institut de Parapsychologie de Rhine utilisait des protocoles où ce biais ne pouvait aucunement être exploité. Depuis le premier numéro du Journal of Parapsychology en 1937, il est recommandé d’utiliser un écran pour toutes les expériences impliquant des cartes Zener du fait des imperfections dues à l’entreprise responsable de la reproduction commerciale des ces produits depuis 1936 (cf. 1937, p. 305). Pendant très longtemps, Broch n’a pas tenu compte de ces recommandations qui invalident sa critique. Mais maintenant, il s’attaque au dépouillement statistique, toujours à partir des cartes Zener commercialisées.

Un autre problème de cette source est que Broch ne précise pas l’année d’édition de son paquet, et cela rajoute à la difficulté inhérente à la vérification possible de cette « feuille d’instruction » erronée. Une référence minimale aurait été le Handbook of tests in parapsychology, publié en 1948 par le Laboratoire de Parapsychologie de l’Université de Duke, et qui consacre 75 pages aux tests impliquant des cartes Zener. Or, l’assertion de Broch sur l’usage fallacieux de la loi binomiale ne se vérifie pas dans ce manuel de référence. Et, comble de l’illusion, elle ne se vérifie pas non plus dans la fameuse « feuille d’instruction » dont nous avons pu retrouver un exemplaire datant de 1937.

Voilà ce que dit Broch (2008, note 4 p.38) : « L’exemple le plus amusant est peut-être celui que j’ai découvert sur la « feuille d’instruction » toujours incluse dans tout paquet de cartes de Zener fabriqué et vendu par l’Institut de Parapsychologie de J.B. Rhine et qui vous donne les valeurs de succès calculées avec la loi binomiale pour un procédé de tirage qu’ils décrivent explicitement dans cette même feuille d’instruction et qui est… sans remise ! » En réalité :

    1. Il n’est pas sûr que les valeurs de succès soient simplement calculées avec la loi binomiale. La feuille d’instruction présente un tableau des scores indicatifs construits sur la base d’intervalles de succès non conventionnels : « Encourageant », « Bien », « Très bien »… La construction de ces intervalles ne nous dit pas grand-chose sur la formule utilisée, qui pourrait très bien être une loi binomiale à laquelle on applique un correctif, ou une formule réalisant une meilleure approximation. Le nombre d’essais est en vérité suffisamment grand (100 pour un pré-test, 200 minimum pour un test) pour que différentes formules viennent se confondre avec le calcul utilisant la loi binomiale.
    2. Il n’est pas décrit explicitement que le tirage se fait sans remise, mais c’est en fait tout le contraire. Ainsi, le « Telepathy-Card Test » implique un expérimentateur qui tourne les cartes, et un sujet qui tente de deviner les symboles, mais qui ne reçoit aucun feedback sur ses réponses avant la fin du test. On est dans la même configuration que si on posait le paquet mélangé face caché, et que le sujet devait énoncer chacune des cartes du haut jusqu’en bas du paquet, sans que personne ne le touche. C’est d’ailleurs ce qui est dit explicitement pour le jeu du « Single Card Calling Test » où absolument personne ne regarde les cartes avant la fin des 25 réponses. Les notions de tirage ou de remise sont ici des illusions inopérantes : ce n’est pas parce que le sujet énonce un symbole que les probabilités de chaque carte évoluent. Le protocole n’implique donc pas un tirage sans remise car il n’y a pas de feedback immédiat. La même chose vaut pour le « Open Matching Test » qui consiste à tenter de classer les cartes faces cachées en cinq colonnes correspondant aux cinq types de symbole, sans jamais avoir un feedback avant la fin du test.

En somme, la critique de Broch est juste en tant que vérité générale, mais elle ne s’applique pas au cas particulier où il prétend la valider. Broch s’appuie sur une source discutable, difficilement vérifiable, et dont en plus il inverse les données !

Encore la rhétorique d’Henri Broch

Quelques autres insinuations achèvent de tromper un public qui ne prendrait pas le temps de vérifier ce qui est dit.

  • Broch fait allusion à la fraude de Walter Lévy, qui fut directeur de l’Institut de Parapsychologie, et dit, entre parenthèses, que ce n’est pas Rhine qui l’a découverte. C’est exact, sauf que cette version tronquée de l’histoire laisse entendre que c’est une personne extérieure à la parapsychologie qui a mise à jour la fraude. Or, ce sont des parapsychologues, collègues de Lévy, qui ont donné l’alerte. Rhine a alors eu une attitude exemplaire en licenciant Lévy, puis en rendant immédiatement publique cette fraude, et en demandant à tous ses collaborateurs de ne plus tenir compte des études antérieures de ce chercheur.
  • Le thème discuté en arrière-fond de cet article est que les parapsychologues correspondraient à ces personnes qui persévèrent dans un comportement auquel ils ont décidé d’adhérer, alors même que les raisons de cette décision se sont révélées mauvaises. Cet effet mis en évidence par les psychologues sociaux est élargie aux parapsychologues sur la seule base du monologue brochien. Mais, en vérité, il faut rendre à César ce qui lui appartient. S’il y a une personne qui persévère dans sa méconnaissance de la parapsychologie, et qui continue à exploiter l’ignorance du public et des savants quant au développement de la parapsychologie dans le monde, c’est bien Henri Broch. Spécialiste de l’auto-plagiat, Broch nous ressort, à la fin de l’article, son sempiternel « graphique » censé montrer la diminution en intensité des phénomènes allégués de psychokinèse, allant des statues de l’Île de Pâques jusqu’à des effets décelés par les statistiques. Ce graphique se présente comme un argument, même s’il n’est fondé sur aucune étude scientifique, et que seuls quelques zététiciens persistent à croire que les statues de l’Île de Pâques ont été déplacées par une psychokinèse alléguée.

Parapsychologie et polytechnique

Par ailleurs, un autre article de cette revue donne quelques informations bien peu scientifiques qui rejoignent celles de Broch. Dans la section « Sciences physiques, Sornettes sur Internet » (p.70-72), Jean Günther, polytechnicien, critique certaines dérives d’autres polytechniciens, au rang desquelles il range le créationnisme, le gnosticisme, la quête de l’Atlantide… et la parapsychologie ! Etre parapsychologue serait en soi une dérive pour un polytechnicien. Günther ne s’encombre pas d’une démonstration : tout juste mentionne-t-il qu’Ambroise Roux avait créé un laboratoire de parapsychologie (dont il ne dit rien de plus) ; que Charles Crussard a « voulu » tester le prestidigitateur Uri Geller (alors que, dans la source mentionnée, on peut lire qu’il s’agit de Jean-Pierre Girard) ce qui ne pourrait se faire car « un scientifique habitué à l’étude de phénomènes naturels [est] mal armé devant un sujet de ce genre » (p.72), ce qui voudrait dire que la psychokinèse ne pourrait pas être étudiée comme un phénomène naturel, avec un protocole prévenant toute tricherie ? Il semble loin le temps où la revue des anciens élèves de polytechnique consacrait un numéro spécial à la parapsychologie (1979), avec des contributions favorables de Bernard D’Espagnat, Hervé Gresse, Georges Nicoulaud, Michel Duneau, François Russo, Daniel Verney, Jean-Pierre Callot (lequel rappelait notamment les travaux du Colonel Rochas d’Aiglun, etc.), et quelques autres.

Plus étonnant encore, Günther reproche à Jean-Philippe Basuyaux de ne jamais manquer de mettre en avant son titre de polytechnicien « pour rendre plus crédibles les calculs statistiques douteux dont certains parapsychologues sont friands » (p.71). Pour savoir de quels calculs il est question, on peut tenter se référer à la source signalée (cliquez ici ) : or, ce n’est rien qu’une sorte de glossaire pour une conférence sur l’utilisation des statistiques en parapsychologie. Qu’y a-t-il à redire aux définitions données du score z, de l’intervalle de confiance, ou de la méta-analyse ? Rien, puisque Basuyaux tente justement de rendre compte de l’usage des statistiques par les parapsychologues. De là à imaginer que cet usage soit vraiment crédible, c’est tout un préjugé qui s’effondrait… enfin. Récemment, Nicolas Gauvrit de l’AFIS publiait un article dans la même veine, sur les « Tromperies statistiques » de la parapsychologie. Alors que cet article a été critiqué par nos soins , l’AFIS a préféré persévérer dans sa croyance et faire la sourde oreille. En effet, il semble donc que « La force d’une croyance peut être immense. »

CAMP, B.H. (1937). (Statement in Notes section.). Journal of Parapsychology, 19, 305.
HOUTKOOPER, J. (1985). A technical note : sampling variance of differential effect in a closed-deck blind-matching experiment. Journal of Parapsychology, vol.49, p.245-248.
HUMPHREY, B.M. (1948). Handbook of tests in parapsychology. Duke : Parapsychology Laboratory of Duke University.
JOHNSON, M. & NORDBECK, B. (1972). Variation of the scoring behavior of a "psychic" subject. Journal of Parapsychology, 36, 122-132.
RHINE, J.B. & PRATT, J.G. (1954). A review of the Pearce-Pratt distance series of EPS tests. Journal of Parapsychology, 18, 165-77.

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11 août 2008

Bender, Broch et le sang de Saint-Janvier

221007_saint_janvierDans ses livres, Henri Broch aime à casser l’image des parapsychologues en les ridiculisant. L’une de ses cibles préférées est Hans Bender, parapsychologue allemand de la seconde moitié du XXe siècle. Ainsi dans son dernier ouvrage, on retrouve ce paragraphe :

"La parapsychologie n’hésite pas à investir le champ religieux des miracles. Le professeur Hans Bender présenté comme « le plus éminent spécialiste mondial en parapsychologie » s’était ainsi illustré avec une hypothèse de « champ affectif » et d’analogie avec le poltergeist » pour expliquer le miracle du sang de saint Janvier."[1]

Mais l’ouvrage dans lequel H. Broch est le plus virulent à l’encontre de Bender est son ouvrage intitulé Le paranormal. Il y consacre un chapitre entier dont la moitié parle du traitement que fait Bender du fameux miracle :

"Hans Bender s’est livré à une « étude approfondie » du phénomène et écarte l’hypothèse de la supercherie car, nous dit-il, « après avoir assisté à des cérémonies et en raison de nombreuses observations que j’ai pu faire – ainsi que d’autres bonnes raisons – (cette hypothèse) est tellement improbable » … Remarquons tout de suite que la phrase « assisté à des cérémonies … nombreuses observations… » laisse supposer que notre savant a observé le phénomène très souvent, c'est-à-dire un grand nombre de fois. Malheureusement, ce nombre prodigieux se réduit, aux dires de Bender lui-même (mais 14 pages plus haut), à 2 ! Quant aux « autres bonnes raisons », nous les attendons toujours. Ayant ainsi « démontré » l’improbabilité (que l’on assimile vite à l’impossibilité) de la fraude, le Pr Hans Bender se lance à corps perdu dans l’hypothèse paranormale : « champ affectif », « analogie avec le poltergeist » et enfin « caractère de présage du phénomène »…"[2]

L’un des problèmes d’Henri Broch, au dire même de certains de ses amis, est justement que son ton est trop souvent ironique, et qu’il cherche trop à déconsidérer ses adversaires. C’est le cas lorsqu’il parle de Bender, mais ce n’est pas l’unique problème ici. Non seulement l’extrait est écrit sur un ton déplaisant, il contient aussi un certain nombre d’erreurs. Il ne rend absolument pas justice au chapitre que Bender consacre au miracle du sang de Saint-Janvier[3] et il en tronque les citations. Ce qui a pour conséquence de donner une image complètement fausse du travail de Bender et de sa position. La suite de ce papier sera donc une réponse aux attaques infondées de Broch.

  • Les « autres bonnes raisons »

Commençons par clarifier ce qui se dégage du paragraphe que nous venons de citer. À le lire, on a l’impression que le travail de Bender se résume à écarter l’hypothèse de la supercherie sans justification, puis à proposer une hypothèse paranormale. En effet, Henri Broch nous indique par cette phrase, « Quant aux « autres bonnes raisons », nous les attendons toujours », que Bender, ne donne aucune autre raison pour rejeter la supercherie que le fait qu’il a lui-même observé le phénomène.

Par cette phrase « Ayant ainsi « démontré » l’improbabilité (que l’on assimile vite à l’impossibilité) de la fraude, le Pr Hans Bender se lance à corps perdu dans l’hypothèse paranormale », Broch sous-entend qu’aussitôt la supercherie écartée, Bender propose, sans le moindre recul critique, une hypothèse paranormale. Pour comprendre à quel point ce propos est réducteur il est important d’avoir une vue d’ensemble de l’article de Bender. Nous en proposons ici la table des matières.

Le miracle du sang de Saint Janvier

- Introduction[4] (p.125-126)

- Ce que j’ai moi-même observé (p.126-130)

- L’histoire du « Miracolo di S. Gennaro » (p.131-133)

o Les variations du volume sanguin (p.132-133)

- La modification de la substance (p.133-137)

- Résultat des mesures (p.137-139)

o Contrôles de poids (p.137-137)

o Mesures de température (p.137-138)

o Analyse spectroscopique (p.138-139)

- Des hypothèses explicatives (p.139-142)

- L’hypothèse paranormale (p.142-146)

o Un champ affectif (p.143-144)

o Analogie avec le poltergeist ? (p.144-146)

- La pierre de Pouzzoles (p. 147-148)

- Pour une étude parapsychologique de ce « miracle » (p.148-149)

Avec cela à l’esprit nous pouvons commencer à répondre à Henri Broch. La première question est alors de savoir quand Hans Bender annonce-t-il que l’hypothèse de la supercherie peut être écartée. En effet comme souvent dans ses livres, Broch ne donne pas de référence précise à la citation qu’il donne. Si le titre de l’ouvrage nous est donné, il n’est nulle part fait mention de la page, ce qui a son importance lorsqu’il faut vérifier les sources. Donc après lecture, la citation se trouve aux pages 139-140. Ce n’est donc qu’une fois que Bender a présenté le dossier complet qu’il se permet de conclure. Si effectivement il n’a assisté lui-même au phénomène que deux fois, il a tout de même pu à ces occasions, effectuer de nombreuses observations sur les fioles contenant le sang miraculeux et leur environnement. Il semble donc à première vue que Bender ne soit pas aussi empressé de conclure à l’absence de supercherie que Broch voudrait le faire croire.

Reprenons toutefois les propos de ce dernier dans le détail pour bien comprendre. La première phrase nous indique que « Hans Bender s’est livré à une « étude approfondie » du phénomène et écarte l’hypothèse de la supercherie ». Le plan de l’article nous le laisse croire. Qu’en est-il dans le corps du texte ? Dans la seconde section Bender expose ses propres observations. « Je décris ici ce que j’ai pu constater moi-même (…) lors de deux cérémonies qui se déroulèrent dans la grande chapelle baroque attenant à la cathédrale de Naples »[5]. Ces deux observations ont eu lieu le 19 septembre 1965 et le 26 septembre de la même année. Il cite ensuite des extraits du procès-verbal qui est dressé à « chaque exposition de l’ostensoir » depuis 1659[6]. Bender nous propose ensuite un rapide historique du miracle et rapporte que plusieurs entrées du procès-verbal font mention de « variations du volume « sanguin » »[7]. Il poursuit en citant des observations de plusieurs ouvrages qui ont traité du sujet. Bender résume alors les résultats de plusieurs publications scientifiques, ayant étudié les ampoules, en les pesant, en mesurant la température au moment des liquéfactions et ayant procédé à une analyse spectroscopique. Bender rapporte pour finir que la structure de l’organisation qui gère le reliquaire contenant les ampoules et qui fut, selon son propos, constituée « pour empêcher [la] tromperie »[8]. Ce n’est qu’une fois tout cela dit que Bender se permet de repousser l’hypothèse de la supercherie.

On ne peut donc qu’être surpris, lorsqu’on lit le texte de Bender, de la conclusion de Broch. « Quant aux « autres bonnes raisons », nous les attendons toujours. » Elles sont en effet là, comme nous venons de le montrer. Et il est difficile de voir ici, autre chose qu’une volonté de tromper le lecteur, en lui faisant croire que Bender ne propose aucune autre raison que ses simples observations. Si l’intention d’Henri Broch avait été de signaler que les raisons invoquées par Bender ne sont ni suffisantes ni convaincantes, ce qui est tout à fait possible, il lui aurait alors fallu montrer en quoi. Malheureusement à aucun moment, il ne discute, dans ce livre[9], les arguments de Bender. Nous sommes donc ici face à une volonté de désinformation manifeste.

Cette hypothèse permet d’ailleurs de comprendre le ton général des paragraphes que nous avons cités. Plutôt que de se concentrer sur les raisons qu’avance Bender, plutôt que d’en proposer une critique, ce qui serait très certainement long et rébarbatif, Broch préfère en effet présenter une soi-disant contradiction[10] dans le propos de Bender. Car, en effet, ce qu’il faut faire, ce n’est pas répondre aux parapsychologues, mais les ridiculiser, cela permet bien mieux de détruire leur crédibilité.

  • « L’hypothèse paranormale »

Après cette entrée en matière pour le moins douteuse, comme nous venons de le voir, Henri Broch nous affirme ceci : « Ayant ainsi « démontré » l’improbabilité (que l’on assimile vite à l’impossibilité) de la fraude, le Pr Hans Bender se lance à corps perdu dans l’hypothèse paranormale ». Or comme l’indique le plan du chapitre, c’est loin d’être le cas. Avant de parler de paranormal, Bender consacre plusieurs pages aux autres hypothèses qu’il classe en deux groupes « d’une part, les hypothèses qui admettent que le liquide est bien du sang ; d’autre part, celles qui supposent qu’il s’agit d’un liquide imitant le sang »[11]. Il est vrai en revanche que Bender les écarte comme étant « peu réfléchies »[12] mais il le fait au titre qu’elles ne collent pas avec les données qu’il a signalées auparavant. Ce n’est qu’une fois arrivé à ce point qu’il propose une hypothèse paranormale, encore le fait-il de manière très prudente. « C’est à partir de cette constatation qu’on peut avancer l’hypothèse d’un phénomène paranormal – toujours en admettant que nulle supercherie n’est en jeu et que les observations sont bien fondées. »[13]

N’est-il pas étrange de signaler qu’il est vite possible d’assimiler improbabilité à impossibilité alors que Bender rappelle au lecteur qu’une hypothèse paranormale n’est valable que si les observations qu’il a rapportées précédemment sont vérifiées et que les autres hypothèses sont effectivement infondées. N’est-il pas non plus étrange de dire que Bender se « lance à corps perdu dans l’hypothèse paranormale » alors que son exposé est lent et précis ? Cela est d’autant plus étrange quand on prend conscience de la conclusion de Bender. Loin de s’en tenir à une hypothèse invérifiable, et de la défendre « à corps perdu », il propose en effet la création d’une commission d’étude :

"On devrait former une commission comprenant des physiciens, des chimistes, des physiologistes, des théologiens et des parapsychologues qui oeuvreraient en collaboration. (…) Ce que l’Eglise avait déjà autorisé jadis devrait être repris avec des moyens modernes ; analyses spectroscopiques du contenu de l’ampoule, pesées précises et vérifications des volumes, analyses (…) et documentation filmée sur les modifications de substances de l’ampoule."[14]

Contrairement à ce que veut nous faire croire Henri Broch, Hans Bender est donc très prudent. Non seulement il l’est lorsqu’il propose que le « miracle » puisse s’expliquer par un phénomène paranormal, mais il l’est tout autant lorsqu’il présente les hypothèses paranormales explicatives. Ainsi loin de présenter le poltergeist comme établi, il en parle comme d’un « phénomène étrange et discuté »[15]. Aussi, utiliser, comme Broch le fait, l’expression « à corps perdu » alors que l’argumentation est prudente et précise, n’est-ce pas encore le révélateur d’une claire volonté de désinformation ?

Cela pourrait d’ailleurs expliquer pourquoi au moins une des citations que fait Henri Broch est tronquée. Il est en effet question d’un « caractère de présage » dans son texte, alors que celui de Bender parle de « caractère prétendu de présage ». Ce caractère n’étant d’ailleurs pas une hypothèse comme semble le dire Broch, mais une « caractéristique [qui] appelle une hypothèse paranormale »[16]. Là encore Bender se montre bien plus prudent que Broch voudrait le faire croire.

  • Conclusion

Il semble donc évident que dans ce texte au moins, Henri Broch est animé d’une intention claire de désinformer. Loin de présenter objectivement le travail de Hans Bender, le paragraphe de l’ouvrage Le paranormal que nous citons, en présente une vision non seulement subjective mais aussi mensongère. La présentation générale du propos de Bender induit le lecteur en erreur, en lui laissant croire que l’article est plus que superficiel. Et sa présentation dans le détail est trompeuse puisqu’elle affirme des choses fausses. Aussi peut-on douter de la sincérité de Broch lorsqu’en conclusion de son chapitre il affirme : « ce chapitre est seulement destiné à offrir au lecteur des éléments permettant de se faire une idée pertinente de la compétence réelle d’un parapsychologue réputé »[17]. Difficile de juger réellement de la compétence de quelqu’un lorsque ce qu’il dit est autant déformé.

On pourrait rapprocher ce qu’a tenté de faire Henri Broch ici, de ce qu’il appelle « l’effet petits ruisseaux », qui consiste « à développer des théories grandioses à partir de petits « oublis » ou de petites « erreurs » ». Ainsi qu’il l’écrit, on peut mettre en évidence cet effet en se posant la question : « Tous les paramètres sont-ils donnés et donnés correctement ? »[18]. À quoi, dans le cas que nous venons d’étudier, il est possible de répondre clairement « non ». En oubliant de signaler toutes les informations, il devient possible à Broch de décrédibiliser Hans Bender.

Soyons, cependant très clair. Il ne s’agissait pas ici de juger de la pertinence du discours de chacun sur le prétendu « miracle ». Nous n’avions ici d’autre but que de critiquer la manière pernicieuse avec laquelle le maître de la zététique française cherche à décrédibiliser Hans Bender. En ce qui concerne le sang de Saint Janvier en lui-même, nous n’avons pas d’avis. Nous n’avons pas encore réalisé d’étude approfondie du dossier en comparant les arguments des uns et des autres. S’il nous semble qu’effectivement l’hypothèse « paranormale » est proposée un peu vite, il nous semble aussi qu’en l’absence d’études plus poussées, l’hypothèse proposée par Henri Broch, bien qu’elle ne soit qu’une hypothèse[19], est fort crédible et tout à fait probable. Il semble que le phénomène dit miraculeux corresponde à quelque chose de connu en science. Une investigation a été publiée dans Nature (10 octobre 1991, Vol. 353 p.507) sous le nom "Working bloody miracles", rédigé par trois chercheurs italiens du laboratoire de chimie organique de l’université de Pavie (L. Garlaschelli, F. Ramaccini et S. Della Sala). Afin de tenter d’expliquer le miracle de saint-Janvier, ces trois chercheurs ont réalisé l’expérience suivante : préparation d’une solution contenant 25g de chlorure ferrique hexahydrate dans 100 ml d’eau et ajout lent de 10g de carbonate de calcium ; après dialyse de 4 jours, la solution est évaporée jusqu’à obtenir un volume de 100 ml. L’ajout de 1,7 g de chlorure de sodium donne un sol brun foncé qui subit une transition sol-gel au bout d’une heure. Par simple agitation mécanique, ce gel se liquéfie et le cycle liquéfaction-solidification est hautement reproductible. Pour cela, ils ont reproduit l’expérience avec du chlorure de fer, de la cendre de bois, du sel de cuisine, de l’eau et du parchemin en guise de membrane de dialyse, ingrédients tous connus et disponibles au Moyen Âge… A l’heure actuelle, l’Eglise ne s’est pas prononcée sur le caractère miraculeux du phénomène, mais il n’est toujours pas possible de connaître le contenu exact de la relique en question.

Il aurait été en revanche très utile à Henri Broch de discuter des observations rapportées par Bender, notamment concernant les études spectroscopiques, car cela aurait été bien plus objectif et bien plus proche d’un débat scientifique que ce que nous venons de présenter. Il nous semble donc que ce n’est pas ce genre de débat que cherche Henri Broch. Il est alors tout à fait compréhensible que les parapsychologues qui cherchent à promouvoir un débat scientifique ne lui accordent aucune crédibilité.


[1] H. Broch, Gourous, sorciers, et savants, Paris, Odile Jacob, 2006, p. 108 note 2.

[2] H. Broch, Le paranormal, Paris, Seuil, 2001, pp. 103-104. C’est à chaque fois Broch qui souligne.

[3] On retrouve ce chapitre dans le livre H. Bender, Étonnante parapsychologie, Paris, CELT, 1977.

[4] Ce premier titre est de nous, car l’article commence par une brève introduction précédant la section « Ce que j’ai moi-même observé »

[5] Bender, op.cit. p. 126-127.

[6] Ibid. p. 129.

[7] Ibid. p. 133.

[8] Ibid. p. 139.

[9] Peut-être le fait-il ailleurs, mais je n’en ai pas connaissance, mais cela ne change en rien le point de vue défendu ici. Ne faisant aucune critique et ne rapportant pas correctement le propos de Bender, Henri Broch est clairement en train de tromper le lecteur.

[10] « Soi-disant », puisque Broch reproche à Bender de chercher à tromper ses lecteurs, alors que selon son propre avis, il leur donne toutes les informations nécessaires.

[11] Bender op.cit. p. 140.

[12] Ibid.

[13] Ibid. p. 141-142.

[14] Ibid., p. 149.

[15] Ibid. p. 145.

[16] Ibid. p. 146.

[17] H. Broch, Le paranormal, Paris, Seuil, 2001, p. 111.

[18] Ibid. p. 196.

[19] Ce dont lui-même convient tout à fait d’ailleurs.

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19 avril 2008

Comment lire la littérature parapsychologique lorsque l’on n’a pas que cela à faire ?

informationNous reprochons souvent à certains sceptiques de parler de la littérature parapsychologique de façon approximative, ou bien de tout simplement ne pas en parler et faire comme si elle n’existait pas. Un de nos lecteurs nous a demandé quelques informations permettant à des personnes, notamment d’orientation sceptique, de se familiariser avec cette littérature sans y passer ses journées. Nous avons essayé de faire un petit condensé des meilleures sources permettant de la consulter.

Quelles sont les meilleures publications ? Comment se les procurer ?

Une demande récurrente parmi les sceptiques est celle-ci : « Citez-nous une seule, mais, s’il vous plait, une seule publication qui prouve l'existence des perceptions extra-sensorielles ! »

…ce qui est une mauvaise question selon nous. Pourquoi ? Car à l’heure actuelle, de notre point de vue, il n’y a pas de preuve des perceptions extra-sensorielles : il y a des publications qui semblent indiquer des transferts d’information inexpliqués. C’est très différent, car il y a plusieurs théories concernant ces transferts d’information : des théories sceptiques ou non-psi (qui, contrairement à ce que laissent entendre certains sceptiques, ne sont pas du tout l’exclusivité des sceptiques, puisque les parapsychologues proposent des théories de ce type) et des théories parapsychologiques ou psi. Ainsi, pour prouver les perceptions extra-sensorielles, il faudrait :

  1. déterminer la nature physique de l’interaction,

  2. déterminer comment l’information est perçue par le sujet,

  3. déterminer le trajet neurophysiologique de l’information.

A l’heure actuelle, personne n’a de réponse à ces trois questions. Il y a des pistes de recherches, ainsi que quelques données empiriques et des théories, mais il n’y a rien de confirmé permettant un consensus scientifique. A partir de là, la demande pertinente devient selon nous : « Citez-nous une publication mettant en évidence ces transferts d’information inexpliqués ? »...sachant que la notion de transfert d’information inexpliqué est synonyme pour nous du terme « psi », et que ce psi correspond soit :

  • à des biais et des artefacts indéterminés pour l’instant,

  • soit à des transferts d’informations par des modalités encore inconnues.

Donc, quand nous parlons de psi, nous ne présumons pas de la nature de l’interaction : elle peut être « classique » ou « non-classique ». Nous n’en savons rien. A partir de là, il devient possible de travailler dans de bonnes conditions. Il n’y a plus de guerre entre un camp « sceptique » et un camp « parapsychologique ». Il y a simplement des scientifiques qui tentent d’expliquer des résultats empiriques. C’est à partir de ce point d’entente neutre que nous pouvons proposer une publication.

Le choix reste cependant difficile. Pourquoi ? Car s’il n y a qu’une publication démontrant un effet, il est facile de l’isoler et de préférer suspecter une triche ou une erreur quelque part. En revanche, s’il y a plusieurs centaines de publications significatives (ce qui est le cas), une telle hypothèse devient moins cohérente. Mais puisqu’il faut en effet bien commencer quelque par, et s’il nous fallait conseiller une publication et une seule, ce serait probablement « Does psi exist ? » (Bem & Honorton, 1994). Pourquoi ? Car cet article est publié dans une revue à comité de lecture généraliste reconnue pour sa qualité (Psychological Bulletin). Car il est rédigé par l’un des meilleurs parapsychologues de son époque, Charles Honorton, et par Daryl Bem, un professeur de psychologie reconnu pour la qualité de ses travaux et qui s’est intéressé au Ganzfeld alors qu’il campait une position sceptique. Enfin, parce que ce travail reprend un ensemble important de travaux de recherche effectués par plusieurs universités, concernant un protocole, le Ganzfeld, qui a été le plus travaillé. Comme cette publication nous paraissait essentielle, elle a été placée sur le site de l’IMI et nous l’avons même traduite pour qu’elle soit plus facilement accessible : Version originale / version traduite.

La version traduite n’est pas parfaite mais c’est déjà plus facile à lire pour ceux qui nous ne maîtrisent pas entièrement la langue de Shakespeare.  Bien entendu, il y a eu d’autres publications depuis concernant le Ganzfeld (en particulier, les méta-analyses de Storm & Ertel, 2001 ; Radin, 2006) et concernant cette publication (les remarques de Blackmore ou encore de Milton et Wiseman). Mais ce qui ressort de l’ensemble des débats à l’heure actuelle, c’est que lorsqu’une équipe de recherche décide de monter un protocole Ganzfeld selon les normes standards, cette équipe parvient à reproduire un effet psi. Cela signifie que si une équipe sceptique voulait obtenir un effet psi, le meilleur des choix serait probablement de monter un protocole Ganzfeld, ce qui faisable pour des personnes qui ont accès à des laboratoires de psychologie par exemple. Cela ne demande pas une préparation et des moyens incroyables.

Pour ceux qui souhaiteraient ensuite avoir un éventail un peu plus large, les parapsychologues Parker et Brusewitz ont collecté les meilleures publications en faveur de l’hypothèse parapsychologique (2001). Cet article est une excellente ressource car il résume toutes les meilleures publications. Cela veut dire qu’un groupe sceptique qui voudrait par exemple étudier les publications de parapsychologie aurait intérêt à commencer par là. Comme cet article nous paraissait important, nous l’avons également traduit : version originale / version traduite.

Cependant, des complications arrivent car toutes les publications mentionnées dans ce recueil d’articles ne sont pas accessibles directement. Pourquoi ? Parce qu’il y a des droits d’auteurs qui dépendent des revues et qui interdisent de mettre directement les articles en ligne. Par contre, il existe heureusement une base de données scientifiques dans laquelle se trouve la plupart de ces articles. Il s’agit de lexscien.org (Library of Exploratory Science) qui offre accès à la plupart des revues anglophones de parapsychologie sous forme numérisée. Le prix d’abonnement n’est pas très élevé. Si un organisme sceptique souhaitait consulter les meilleures publications, nous leur conseillerions donc de prendre un accès à Lexscien. Sans cet accès, il paraît bien difficile de récupérer chacun des articles, car ces revues sont généralement mal diffusées en France.

Si vous préférez le support papier, nous conseillons comme ouvrage de base An introduction to parapsychology de H.J. Irwin & C. Watt (5th edition, 2007). C’est un ouvrage nuancé qui fait le bilan des recherches et qui propose les différentes interprétations parapsychologiques et sceptiques. Il peut être commandé par Internet pour environ 40 €.

Nous avons aussi fait le bilan des publications d’articles de parapsychologie dans des revues mainstream (plus d’un millier). Pour les étudiants et les universitaires, il est possible de se connecter à PubMed, PsychoInfo ou DirectScience à leur bibliothèque et de taper des mots clefs comme « parapsychology » et « paranormal ». Vous trouverez alors des dizaines de publications mainstream facilement. Dans certaines bases de données, les articles des revues de parapsychologie sont également indexés.

Comment se tenir à jour concernant les recherches ?

Une fois cette initiation à la littérature parapsychologie effectuée, comment se tenir à jour ? Une manière de se tenir à jour facilement consiste à commander chaque année les Proceedings de la Parapsychological Association (Actes des congrès annuels). La plupart des chercheurs présentent leurs travaux à ce moment-là. Ces actes permettent donc d’avoir aperçu des avancées au niveau international. Les Proceedings font quelques centaines de pages et comprennent en général une trentaine de publications. Les Proceedings peuvent être commandés sur le site de PA. Ils coûtent habituellement 40 dollars US. Il est également possible de consulter les résumés en ligne. Bien entendu, l’idéal reste de se rendre à un congrès de PA pour pouvoir se rendre compte du niveau des chercheurs et évaluer précisément la qualité de la communauté parapsychologique. Voici un exemple de résumé d'un congrès de PA.

Pour aller un peu plus dans le détail, nous conseillerions de commander également l’European Journal of Parapsychology. C’est la meilleure revue spécialisée de parapsychologie et les articles sont indexés dans plusieurs bases de données scientifiques. L’EJP peut être commandé ici et quelques articles sont disponible en ligne.

Il existe d'autres ressources intéressantes sur le net, notamment dans le domaine des applications psi. Par exemples les travaux de Schwartz en archéologie et sur la recherche des personnes disparues (nous avons également traduit l'article le plus clair sur cette question qui est disponible ici)

Ces différentes références permettent d'avoir un premier aperçu de la recherche en parapsychologie. Ensuite, pour réellement connaître le détail de la littérature,  il faut consulter dans les revues de parapsychologie qui sont malheureusement tout en anglais. Pour ceux qui ne liraient que le français, d'autres publications sont disponibles sur le site de l'IMI pour une introduction à la parapsychologie et pour avoir quelques ressources supplémentaires en français.

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14 avril 2008

L’Observatoire Zététique et le scepticisme de James Alcock

alcockL’Observatoire Zététique (OZ) a publié dans sa newsletter du 13 avril 2008 (téléchargeable ici) un compte-rendu de lecture ainsi que plusieurs citations de l’ouvrage du psychologue sceptique James Alcock (photo ci-contre). L’OZ a également publié une interview inédite de James Alcock par Géraldine Fabre, en le questionnant notamment au sujet d’une remarque le concernant tirée du Bulletin Métapsychique n°3 (article du membre du GEIMI Philippe Garnier, 2007). Quelques précisions nous paraissent nécessaires devant des remarques de l’OZ concernant la parapsychologie qui sont, une nouvelle fois, pour le moins approximatives.

« des erreurs méthodologiques dans les protocoles expérimentaux et le traitement des données, des interprétations problématiques et des explications ad hoc aux échecs (comme l’effet expérimentateur qui expliquerait que les sceptiques ne réussissent pas à mettre en évidence le psi). »

C’est une erreur classique d’incompréhension des travaux de parapsychologie. L’hypothèse mouton-chèvre et l’effet expérimentateur, ne sont pas des explications ad hoc. Si elles l’étaient, ces hypothèses seraient bien entendu illégitimes. Sauf qu’ici, ces hypothèses reposent sur des données expérimentales : les personnes qui ne croient pas à l’existence des perceptions extra-sensorielles ont de moins bon résultats (Pour une méta-analyse de ces travaux, cf. Lawrence, 1993). De même, plusieurs travaux ont semble-t-il mis en évidence l’influence des croyances de l’expérimentateur sur les résultats (Schlitz, Wiseman, Watt, & Radin, 2006). Bien entendu, ces résultats dérangent certains sceptiques, qui tentent de les camoufler en laissant entendre qu’il s’agirait d’hypothèses ad hoc, ou bien ne les mentionnent même pas.

« Si de telles erreurs se retrouvent dans d’autres domaines de la recherche scientifique, elles sont particulièrement importantes à pointer en parapsychologie car les résultats de cette discipline, s’ils étaient avérés, remettraient en question des connaissances solidement établies en biologie, physique, etc. »

Il y a effectivement des enjeux importants derrière les problèmes traités par la parapsychologie, mais les connaissances acquises qui vacilleraient restent encore loin d’être identifiées. Il est possible que la parapsychologie apporte des données complémentaires plutôt que révolutionnaires, ce sur quoi nous reviendrons. Dans l’immédiat, il n’y a pas d’étude mettant en évidence une surabondance d’erreurs méthodologiques en parapsychologie. Comme dit Alcock, la parapsychologie sert de support pour divulguer des problèmes se posant en fait dans tout le champ scientifique.

« Pour cette remise en question (toujours possible en science), la preuve avancée doit être incontestable. Le problème majeur reste donc, selon James Alcock, le fait qu’il n’existe toujours pas d’expérience rigoureuse, reproductible qui mette en évidence un phénomène psi. Il partage ainsi la vision de Hansel (1971) : « C’est une croyance en quête de données plutôt que des données en quête d’explication ». »

Cette argumentation a pour problème de réduire le point de vue des divers parapsychologues à celui d’une croyance unique. Or, il existe plusieurs cas de figures en parapsychologie comme il existe plusieurs avis différents selon les chercheurs. Il est tout à fait vrai qu’il n’existe pas une preuve incontestable du psi, ni une expérience si facilement reproductible qu’elle puisse convaincre n’importe quel chercheur de la réalité de ces phénomènes. Cependant, selon certains chercheurs, ces phénomènes sont reproductibles dans certaines conditions : par exemple le protocole sur les rêves télépathiques, le Ganzfeld standardisé ou les expériences de remote viewing (Pour des références sur ces travaux et sur d’autres, consulter le Recueil de preuves en faveur du psi de Parker & Brusewitz, 2003). Or, les sceptiques contemporains n’essayent pas de reproduire ces expériences. Lorsque certains s’y tentent, cela peut entraîner une certaine dissonance cognitive. Ainsi, deux sceptiques ont tenté de reproduire les expériences Ganzfeld standardisées (Delgado-Romero, & Howard 2005), obtenant un taux de succès de 32 % contre 25 % attendu, ce qui est conforme au taux moyen obtenu par les parapsychologues. Mais ces chercheurs ont alors conduit une autre étude ad hoc en modifiant la méthodologie, laquelle a échoué, et ont conclu leur article à partir de cet échec final.

L’absence de reproduction des protocoles parapsychologiques par les sceptiques est néanmoins la norme. Il est important de prendre conscience de ce que cela signifie : la communauté sceptique, qui prétend pourtant étudier le paranormal de façon scientifique, n’a jamais essayé de mettre tous les atouts de son côté. La logique voudrait que le chercheur qui souhaiterait se faire un avis fasse une revue de la littérature, et reproduise le protocole qui a le mieux fonctionné dans le plus grand nombre de laboratoires. Ce n’est pourtant pas ce que font la plupart des sceptiques, et cela a de quoi surprendre. Il existe en fait trois cas de figure :

· Vous êtes sceptique et refaites l’expérience, et vous obtenez éventuellement des résultats. Par honnêteté, vous les publiez. Dans ce cas, vous devenez louche, plus du tout fréquentable, bref, vous n’êtes plus considéré comme sceptique, mais comme parapsychologue et « pro-psi ». Cette mésaventure est arrivée par exemple au professeur de psychologie Daryl J. Bem avec le Ganzfeld (cf. Bem & Honorton, 1994).

· Vous êtes sceptique et refaites l’expérience, suite à quoi vous obtenez éventuellement des résultats. Cela ne correspond pas à votre conviction profonde, et vous altérez la présentation de vos recherches. Plusieurs exemples de sabotages de ce genre : Susan Blackmore (Berger, 1989), le CSICOP avec l’effet Mars (Rawlins, 1981 ; et Hansen, 2001, lisible ici), Delgado-Romero & Howard précédemment cité…

· Dernier cas de figure : vous faites comme l’OZ, en montant de mauvais protocoles ne donnant aucun résultat, ce qui entretient un discours sceptique.  Cela vaut par exemple pour Baker se débarrassant des conditions rigoureuses d’un laboratoire pour tester la sensation d’être observé « dans la rue » (2000).

« Je regrette de ne pas m’être plongée dans la lecture de cet ouvrage plus tôt dans ma vie de zététicienne. L’éclairage psychologique que James Alcock apporte sur les croyances est particulièrement fin et déborde largement du cas de la parapsychologie. J’ai également trouvé dans ce livre quelques éléments de réflexion concernant une interrogation que je garde toujours à l’esprit : « Les sceptiques refusent-ils de « voir », d’admettre une évidence « dérangeante » ? Sont-ils en dissonance cognitive, cherchant sans cesse à réfuter l’existence du psi qui mettrait en péril « leur science » ? ». Je n’imaginais pas que cette hypothèse puisse être étudiée en psychologie sociale et pourtant, ce fut le cas dès les années 70. Les résultats tentent à prouver que la sélectivité dans les informations et dans la perception soit en réalité du côté de ceux qui croient fortement au paranormal. »

C’est une incompréhension des travaux sur la dissonance cognitive, en particulier ceux de Léon Festinger. La dissonance cognitive touche toute personne face à des cognitions (croyances, opinions, connaissances) incompatibles entre elles. Il n’y a aucune recherche démontrant l’inexistence de ce phénomène chez des personnes se disant « sceptiques ». La tension désagréable générée par la dissonance cognitive peut conduire à une tentative de réduction de cette tension par sélection de l’information. Mais, là encore, toute personne sélectionne les informations qu’elle perçoit en fonction de ses systèmes de croyance, qu’elle soit sceptique ou parapsychologue.

Quelques remarques sur des citations de l’ouvrage de James Alcock

« Une des racines de la recherche métapsychique est […] le désir de combattre la vision du monde matérialiste, mécaniste, athée, scientifique, de plus en plus répandue, en prouvant scientifiquement que l’âme survit au corps. » (p. 55)

C’est un mythe amalgamant un discours croyant avec la démarche des scientifiques qui s’intéressent à la parapsychologie. Faire de la recherche en parapsychologie, c’est faire de la recherche scientifique sur les phénomènes paranormaux. Il ne s’agit que de cela. Voir des « racines » ou des « alliances » entre la parapsychologie et d’autres discours relève du procès d’intention, et non de l’analyse des faits. Encore une fois, le point de vue des parapsychologues n’est pas unifié, tout comme le point de vue des sceptiques. On trouve une grande diversité de croyances et de motivations parmi les parapsychologues, comme dans n’importe quel autre domaine.

« À ceux qui méprisent ainsi la science, la parapsychologie offre un monde de pouvoirs métapsychiques qui n’ont pas à subir la contraintes des « lois de la nature » que la science propose. » (p. 67)

Même amalgame entre un discours croyant et la démarche des parapsychologues. Or, la majorité d’entre eux pensent que, si les phénomènes psi existent, ils correspondent nécessairement aux lois de la nature.

« Le danger n’est pas tellement dans les croyances elles-mêmes que dans l’absence de jugement critique. » (p. 72)

Oui et dans les deux sens : lorsque l’on affirme que ce sont seulement ceux qui « croient au paranormal » qui sélectionnent les informations, on perd tout un pan de jugement critique : l’autocritique !

« Après un siècle de recherches, la parapsychologie a échoué à développer tout théorie cohérente, à produire des hypothèses vérifiables, à établir des normes qui permettent de distinguer spéculation créative et pensée magique. » (p. 230).

C’est faux. C’est une généralisation abusive. La parapsychologie a proposé plusieurs hypothèses testées de façon à être validées ou invalidées. Un exemple simple : l’effet mouton-chèvre dont nous parlions précédemment (Lawrence, 1993).

« La leçon immédiate que l’on peut en tirer est que les effets psi observés à ce jour pourraient bien n’être que les manifestations des caprices du hasard. » (p. 285)

Peut- être ! C’est ce que cherchent à comprendre les parapsychologues. Mais il faut que cette théorie soit démontrée, et cela passe par une explication des résultats obtenus par plusieurs laboratoires depuis des décennies.

« s’il est impossible d’établir de quelle façon l’on peut provoquer l’intervention du psi, ni les conditions qu’elle exige, ni le moment où le psi ne peut pas être observé, s’il est impossible de prédire son apparition en fonction de conditions initiales, il ne peut y avoir de régularité. » (p. 305)

Tout à fait et c’est pourquoi les parapsychologues ont dégagé, au fil des expériences, les paramètres permettant de prédire son apparition dans un cadre donné. Certainement pas de la même façon que l’on peut prédire la position d’un objet inerte dans un référentiel classique, mais faut-il rappeler que les parapsychologues travaillent avec des êtres humains ? Les difficultés qu’ils rencontrent sont courantes pour tout chercheur dans le domaine des sciences humaines.

Quelques remarques sur l’interview  

« JA - Non, pas complètement. Je connais des parapsychologues qui ont la compétence méthodologique excellente dans l'étude tant de la psychologie que de la parapsychologie, et ils sont très soigneux dans leurs recherches et dans leurs rapports. Malheureusement, il y a d'autres qui manquent clairement de cette expertise. »

Comme nous l’avons déjà dit, les sceptiques anglo-saxons sont dans l’ensemble d’un meilleur niveau que les sceptiques francophones. Certains d’entre eux, comme Alcock, ont lu une partie de la littérature parapsychologique et font parfois des remarques tout à fait pertinentes. Cela leur permet aussi d’arrêter de stigmatiser tous les parapsychologues comme étant des incompétents, ce que l’on trouve dans la plupart des ouvrages sceptiques français et sur le web sceptique français. Nous rejoignons tout à fait cette analyse d’Alcock mais rappelons que nous pourrions l’étendre à beaucoup d’autres domaines. Le fait est que les institutions parapsychologiques sont moins développées qu’en physique par exemple, et par conséquent, il y a un système de sélection des chercheurs qui est moins important.

« Quant à la manipulation de données, il y a un problème que j'observe plutôt souvent dans la littérature de parapsychologie : le chercheur commence par une hypothèse particulière, mais si cette hypothèse n'est pas soutenue par les données, il trouve d'autres aspects des données qui pourraient peut-être refléter des influences paranormales (mais peut-être, simplement les fluctuations statistiques, étant donné qu'elles n'ont pas été prédites) et ensuite, c'est pris comme la preuve que les influences paranormales ont été effectivement impliquées. C'est clairement inacceptable. L'approche correcte serait de former de nouvelles hypothèses basées sur ces données et les mettre à l'épreuve.

De nouveau, bien trop souvent on trouve des explications ad hoc pour expliquer pourquoi un effet prédit ne s'est pas produit. Il n'y a aucun problème avec l'offre des spéculations, mais il y a un problème si l'on prend cette absence d’effet en faveur d'une hypothèse comme la preuve de la présence d'un effet paranormal, l'effet d'expérimentateur par exemple. »

Un tel procédé serait anti-scientifique. Il aurait été judicieux de profiter de l’occasion pour demander à James Alcock à quelles publications il faisait référence.

« OZ - À de nombreuses reprises, nous avons demandé à des parapsychologues de nous fournir une référence de publication d’une expérience mettant en évidence le psi. La réponse n’a jamais été claire. Nos interlocuteurs évoquent à la place d’une preuve probante, un faisceau de présomptions en faveur de l’existence du psi. Que pensez-vous de cet argument ?

JA - Il ne faut jamais compter sur les présomptions. Au départ, la plupart des physiciens n'ont pas accepté la théorie de relativité - ils ont rejeté les présomptions, parce qu’elles ont été trop impossibles pour croire ! À présent, chacun l'accepte parce que cette idée très radicale a été soutenue régulièrement par les données. Dans beaucoup d'autres cas dans la science, les présomptions se sont révélées être incorrectes. Les présomptions sont utiles pour guider notre recherche, mais si elles ne peuvent pas être confirmées empiriquement, elles ne sont plus utiles. »

A quels parapsychologues l’OZ a-t-il fait cette requête et quelle a été cette réponse qui « n’a jamais été claire » ? En ce qui nous concerne, certains étudiants membres de GEIMI ont proposé à plusieurs reprises et très clairement plusieurs publications « mettant en évidence le psi ». Ces publications portent sur la question cruciale de l’authenticité empirique de ces phénomènes, mais elles ne sont pas en elles-mêmes des preuves. En outre, pour comprendre ce débat, une publication expérimentale n’est pas suffisante. Un abord sérieux de la question implique de consulter plusieurs publications expérimentales, leurs critiques, les tentatives de reproduction, et les méta-analyses ; et cela pour chaque protocole ciblant un type de phénomène.

Penser qu’il pourrait exister une telle expérience cruciale, et une seule, reviendrait à penser naïvement qu’une telle expérience existe obligatoirement. Dans l’état actuel des recherches, tout semble indiquer qu’une telle expérience paraît impossible. La raison en est que ces phénomènes impliquent des sujets humains et des expérimentateurs humains pouvant tout deux faire varier l’issue de l’expérience. Raisonner ainsi en termes d’expérience cruciale, c’est-à-dire une expérience indépendante du sujet testé, de l’expérimentateur et des conditions expérimentales, c’est plaquer une logique épistémologique inadaptée pour un tel objet d’étude. Si le psi existait sous la forme d’une interaction entre objets physiques inertes, on pourrait en revanche imaginer une telle expérience cruciale. Mais les recherches en parapsychologie n’ont pas permis d’extraire l’aspect strictement physique de cette supposée interaction psi.

« OZ - Pourquoi malgré l’absence de résultats probants et d’applications selon vous, la recherche en parapsychologie perdure-t-elle ?

JA - À mon avis, l'effort est fait pour justifier ce que les chercheurs croient déjà - c'est-à-dire qu'il y a un aspect à notre existence qui est plus que la chair et le sang, un aspect non-matériel. L'absence de données empiriques n'entame jamais l'enthousiasme d'atteindre ce but. »

Il existe des résultats intéressants qui méritent d’être approfondis et c’est pour cela que les recherches sont poursuivies. Quant aux applications, le fait même que Géraldine Fabre pose cette question illustre une nouvelle fois la méconnaissance de la littérature parapsychologique parmi les sceptiques. Il existe des applications dans plusieurs domaines, en particulier en archéologie et dans la recherche des personnes disparues (Pour quelques références, consultez cette page http://www.metapsychique.org/-Les-applications-du-psi-.html). Si de telles perceptions existent, n’est-ce pas essentiel d’essayer de les comprendre et de les maîtriser, par exemple pour rechercher des enfants disparus ?

En revanche, à ce jour, il n’y a pas d’application technologique du psi, mais comment pourrait-il y en avoir dans l’état actuel de nos connaissances ? La réponse de James Alcock met à nouveau en évidence une certaine représentation du chercheur en parapsychologie : des dualistes convaincus ! Mais qu’est ce que cela signifie ? De qui parle James Alcock ? Pour quelle raison faudrait-il être dualiste pour être parapsychologue ? Il est tout à fait possible d’être parapsychologue, matérialiste et athée ! Alcock n’a aucunement démontré le contraire, et procède d’un amalgame approximatif entre un discours croyant et la démarche scientifique des parapsychologues. Comme l’ont déjà remarqué plusieurs chercheurs de tout bord, tout le propos d’Alcock est de faire la psychologie des personnes qui croient au paranormal puis de l’appliquer directement aux parapsychologues, sans envisager réellement le fossé entre ces deux populations.

« OZ - Finalement, la parapsychologie est-elle une science, une pseudo-science ou autre chose ?

JA - Bien que j'aie conclu dans mon livre que c'est une pseudo-science, je dirais maintenant qu'il y a certains parapsychologues qui prennent une approche plutôt scientifique, mais comme tous les scientifiques, se trompent quelquefois, et ils sont quelquefois désorientés (misguided). Il y a d'autres dont l'approche est clairement pseudoscientifique. Pourtant, dans mon esprit, il n'y a pas de « science » de parapsychologie, car chaque science doit avoir au moins quelques données incontestables. La parapsychologie n'a jamais produit d'expérience qui puisse être répétée par des scientifiques neutres avec fidélité. Les théories parapsychologiques n'ont pas de sens du point de vue de la science normale. En effet, si la parapsychologie est correcte, il y a des erreurs fondamentales dans la physique, la biologie, les neurosciences, etc. et donc on aurait besoin de bonnes données pour être capable d'accepter les théories parapsychologiques. (La théorie d'Einstein, évoquée ci-dessus, a été finalement soutenue par les données solides). »

Cette question d’une qualification théorique de la scientificité de la parapsychologie dépend fondamentalement des critères utilisés pour définir science et pseudoscience. Selon les critères employés, la parapsychologie apparaît ou non comme étant une science. Cela perpétue la controverse sur l’authenticité des phénomènes psi mais sur un terrain purement théorique. De sorte que la question nous paraît secondaire. La première chose à se demander serait celle-ci : existe-t-il des travaux de parapsychologie de qualité ? On retombe ici sur le terrain d’une factualité dont Alcock ne donne trop souvent qu’une vision floue et implacable.

Quant aux révolutions supposées engendrées par la mise en évidence du psi, cela n’a pas de sens non plus. D’une part, car personne ne connaît la nature de ces interactions si elles existent, et par conséquent on voit mal comment on pourrait prédire avec certitude les connaissances qui seraient à revoir. Et d’autre part, si ces perceptions existent, elles permettraient très probablement de compléter les théories actuelles comme le font les théories d’Einstein par rapport à celles de Newton. Par exemple, si la psychokinèse existe, cela ne veut pas dire pour autant que les lois de la gravitation sont fausses. Cela signifie que dans certains cas particuliers, d’autres facteurs peuvent avoir un impact sur cette loi. En somme, l’argument d’Alcock ne fait que soutenir une mythologie du psi comme catastrophe scientifique, renforçant de ce fait crainte et fascination à l’égard de la parapsychoogie.

« OZ - Si vous rééditiez ce livre aujourd’hui, que changeriez ou rajouteriez-vous ?
JA - Je changerais la discussion sur science/pseudo-science. Les critères de Bunge que j'ai utilisés sont trop ad hoc. Je développerais bien plus ce qui concerne la formation et la maintenance des croyances. Je ferais une meilleure discussion sur les origines de magie et de religion. Je complèterais mes critiques sur la méthodologie des recherche en parapsychologie (tel de que je l'ai écrit dans le livre récent, Psi Wars). »

James Alcock a rédigé un excellent article dans le Journal of Consciousness Studies (2003, repris dans Psi Wars) conseillé aux étudiants du GEIMI dès leur entrée dans le groupe, et cela dans le cadre du pôle scepticisme et non-psi. Il est très intéressant car c’est à notre connaissance l’article le plus approfondi sur la théorie sceptique des résultats de la parapsychologie. Alcock a d’ailleurs été en collaboration avec le parapsychologue Parker qui propose un article qui fait à peu près le contre-point de celui d’Alcock (Parker, 2003).


Références :

Alcock, J. (2003). Give the Null Hypothesis a Chance. Reasons to Remain Doubtful about the Existence of Psi. Journal of Consciousness Studies, 10, No. 6–7, 2003, pp. 29–50.

Baker, R.A. (2000). Can We Tell When Someone Is Staring at Us ? Skeptical Inquirer, mars-avril. http://www.csicop.org/si/2000-03/stare.html

Bem, D., & Honorton, C. (1994), Does psi exist ? Replicable evidence of an anomalous process of information transfer. Psychological Bulletin, 115, 4-18.

Berger, R. (1989). A Critical Examination of the Blackmore Psi Experiments. Journal of the American Society for Psychical Research, 83, 123-144. (http://www.psiexplorer.com/blackmore_critique.htm)

Delgado-Romero, E.A., & Howard, G.S. (2005). Finding and correcting flawed research litteratures. The Humanistic Psychologist, 33(4), 293-303.

Garnier, P. (2007). Lumière sur quelques livres sceptiques : Parapsychologie, science ou magie de James Alcock. Bulletin Métapsychique, vol.1, n°3, p.16.

Hansen, G. (2001). The Trickster and the Paranormal. New York : Xlibris.

Lawrence, T. R. (1993), Gathering in the sheep and goats. A meta-analysis of forced choice sheep-goat ESP studies 1947-1993. Presented Paper. Proceedings of the 36th Annual Convention of the Parapsychological Association, 75-86.

Parker, A. (2003). We Ask, Does Psi Exist ? But is this the right question and do we really want an answer anyway ? Journal of Consciousness Studies, Volume 10, Numbers 6-7, 111-134(24).

Parker, A., & Brusewitz, G. (2003). A Compendium of the Evidence for Psi. European Journal of Parapsychology, vol. 18, 29-48.

Rawlins, D. (1981). Starbaby. Fate, 34(10), Octobre, 67-98.

Rhine, J. B. (1952). The problem of psi-missing. Journal of Parapsychology, 16, 90-129.

Rhine, J. B. (1969). Psi-missing re-examined. Journal of Parapsychology, 33, 1-38.

Schlitz, M., Wiseman, R., Watt, C., & Radin, D. (2006). Of two minds : Sceptic-proponent collaboration within parapsychology. Br J Psychol, 97(Pt 3):313-22. 


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31 mars 2008

Pourquoi ne pas prendre Ian Hacking au sérieux… lorsqu’il parle de parapsychologie

Ian_HackingIan Hacking (1936-) est un philosophe canadien spécialiste de la philosophie des sciences. Nommé professeur à l’Université de Toronto en 1982, il occupera la chaire de philosophie et d’histoire des concepts scientifiques au Collège de France de 2000 à 2005. Plusieurs de ses travaux sont largement reconnus par ses pairs : sur le style de la science en laboratoire, sur les statistiques et les probabilités, sur la classification en sciences humaines. Sans remettre en cause son œuvre, nous nous pencherons seulement sur un article qu’il a publié en 1993 dans Dialogue, la revue de l’association canadienne de philosophie (vol.32, pp. 587-94), intitulé « Some Reasons for Not Taking Parapsychology Very Seriously » (Quelques raisons pour ne pas prendre la parapsychologie très au sérieux).

Il est étonnant que cet auteur, qui n’avait jamais vraiment apporté de contributions au domaine de la parapsychologie ni de sa critique, produise un tel article au titre si affirmatif. Il s’agit en fait d’un article basé sur la revue du livre du parapsychologue et philosophe Stephen Braude, The limits of influence : Psychokinesis and the Philosophy of Science (1986). L’éditeur de la revue Dialogue pensait que ce travail, qui pénétrait donc dans le champ de la philosophie des sciences, n’avait jamais été discuté adéquatement. Il demanda donc à Ian Hacking de l’analyser, et celui-ci dit avoir saisi « l’occasion de le traiter sérieusement ».

Un historique miné d’erreurs

En matière de sérieux, Hacking nous avait habitué à mieux. Son article multiplie les erreurs donnant à penser que le travail a été bâclé. Nous allons repérer ces erreurs dans un premier temps :

  • Hacking parle de différents instituts de parapsychologie, mais ne donne pas toujours leurs noms corrects. Ainsi, le laboratoire du Princeton Engineering Anomalies Research devient le Engineering Anomalies Institute ; l’Institut Métapsychique International devient l’Institut de Métempsychique ! Cela fait dire à Hacking que ce nom, dérivé de « métempsychose » et attribué à Richet, implique que ses membres pensaient que les phénomènes psi étaient associés avec la survie après la mort et la transmigration des âmes…
  • Il parle du Stanford Research Institute, rattaché à l’Université de Standford, qui conduisit à partir de 1972 des recherches parapsychologiques. Cela est correct, sauf que Hacking affirme que Werner von Braun en était le principal chercheur. Ce scientifique allemand issu de l’Allemagne nazie n’est en fait intervenu que lors de la décision de la NASA d’attribuer des fonds à ces recherches (il y était favorable car sa grand-mère avait vécu une expérience psi !). Les chercheurs les plus connus étaient Harold Puthoff, Russell Targ et Ed May. Et leurs recherches ne portaient pas « en particulier » sur la psychokinèse, comme l’affirme Hacking, mais surtout sur le « remote viewing ». Quelle est la source de Hacking ? « I was told » (p. 589), c’est-à-dire : « On m’a dit que… »
  • Il s’appuie ensuite à plusieurs reprises sur l’avis de Charles Richet, qui aurait servi de caution scientifique pour ces recherches. Malgré le fait que Hacking a déjà publié une étude historique sur Richet (1988), il fait encore plusieurs erreurs. Il lui attribue le prix Nobel de médecine de 1909, alors que c’est celui de 1913. Il reconnaît que Richet est le premier à avoir appliqué les statistiques dans un protocole où les cibles sont randomisés, ce qui fut un progrès méthodologique à la fois pour les sciences psychiques et pour la science en général. Mais ensuite Hacking fait plusieurs approximations. Il dit que Richet décida au début des années 1880 que ce phénomène de clairvoyance étudié statistiquement n’était pas intéressant, et qu’il tourna son attention vers des psychokinèses à grande échelle. En fait, Richet a conçu ses expériences avec Léonie, le sujet déjà étudié par Pierre Janet, et présenta, comme Janet, ses 3 000 essais expérimentaux devant la Société de Psychologie Physiologique de Paris en 1885 et 1886. On est déjà au milieu des années 1880. Et les recherches de Richet sur ce qu’il appelait la métapsychique subjective ne s’arrêteront pas là, car elles occupent les deux tiers du Traité de Métapsychique (1922) et pèsent le plus dans sa conviction personnelle. C’est son élève, le Dr Jean-Charles Roux, qui reprit dès 1892 la méthode que préconisait Richet depuis 1884 : établir une preuve quantitative d’une faculté paranormale en faisant intervenir le calcul des probabilités. Ils anticipaient sur Rhine de plus de 30 ans. Enfin, Richet ne s’est pas tourné vers les psychokinèses à grande échelle par désintérêt : il a toujours mené ses recherches sur les deux faces du problème, et observait la médium à effets physiques Eusapia Palladino en conditions contrôlées dès 1882. Il considérait qu’à ses yeux, certaines preuves de la métapsychique objective n’étaient pas suffisantes, et qu’il lui fallait des expériences nouvelles pour triompher de ses hésitations (Revue Métapsychique, Jan-Fév 1924).

Ces erreurs, prises une à une, semblent anodines. Mais on trouve peu d’endroits où Hacking fait autant d’approximations en seulement 8 pages. Il semble donc ne pas maîtriser le dossier de la parapsychologie qu’il prétend traiter, et se référer parfois, de son propre aveu, à des on-dit.

Une litanie pseudo-sceptique

Cela ne nous empêche d’étudier l’argumentation qu’il déploie dans son article. Elle est finalement assez sommaire, et consiste à répéter que chaque expérience réalisée en parapsychologie a été un échec, sans donner aucune des références qui permettraient de vérifier (p. 591). Cette présomption dogmatique selon laquelle les données de la parapsychologie n’ont jamais pu être persuasives est placée du côté du pseudo-scepticisme par Irwin & Watt (Introduction to Parapsychology, 2007, p.251-252). En effet, et contrairement au vrai scepticisme scientifique, un élément de doute n’y est jamais pris en compte.

Par exemple, Hacking présente rapidement les recherches d’Ina Jephson, de la Society for Psychical Research, qui fit des expériences de clairvoyance sur des cartes entre 1924 et 1928. Elle reçut l’aide d’un grand statisticien, Sir Ronald Fisher, qui développa un système où pouvait compter pour succès la couleur, l’ordre des cartes, le nombre et le rang de la carte, le tout combiné dans un score moyen. Hacking nous dit qu’elle publia ses résultats, et arrêta ses recherches (p.591), ce qui laisse entendre que les résultats furent négatifs et provoquèrent un désintérêt. Cela est faux : ses résultats furent très significatifs (1928), mais les parapsychologues trouvèrent un biais dans son protocole, le corrigèrent et répétèrent les expériences. Jephson participa aux recherches jusqu’en 1933, puis travailla ensuite comme psychologue avec des enfants perturbés. Ses recherches furent reprises entre autres par Rhine à l’Université de Duke, ce que Hacking omet de mentionner.

Hacking se justifie pourtant de cette faiblesse de son argumentation (p.590) : il ne s’agit pas toujours de jugements a priori, mais « les gens » ne veulent passer leur temps à faire « d’autres sortes de science ». Certains refusent de passer plus de temps sur la parapsychologie parce qu’ils en ont déjà donné beaucoup, et qu’ils savent que rien de plus ne va arriver. « We have done our time », dit Hacking, mais se place-t-il lui-même dans ce lot ? Les raisons de ne pas prendre au sérieux la parapsychologie tourne vite à un « circulez, il n’y a rien à voir »…

Pour autant, Hacking ne conçoit pas la parapsychologie comme une pseudoscience (p.591) : ce serait une science tout à fait parfaite, basée sur quelques spéculations intéressantes mais malheureusement réfutées par les statistiques. Pour Hacking, les phénomènes psi ne seraient pas de ceux qui se laissent reproduire systématiquement dans les laboratoires. Il faudrait quitter l’usage des statistiques pour se tourner vers la constatation d’événements singuliers, convaincants, et opposés aux régularités statistiques, ce que Hacking appelle, à la suite de Peter Galison (1987), les « golden events ». Mais pour Hacking, les recherches de ce genre ne renvoient qu’à un âge d’or nostalgique du début du XXe siècle. Que ce soit avec Home et Palladino comme médiums, et Richet ou Lombroso comme expérimentateurs, ces recherches se faisaient dans une atmosphère propice à la fraude. Les expérimentateurs étaient des croyants, les séances se tenaient toujours dans l’obscurité, et il n’y aurait donc rien d’extraordinaire à expliquer. Et puis, s’il reste des choses inexpliquées, tout le monde sait bien que nous rencontrons souvent des myriades de bizarrerie que nous n’expliquons pas (p.592). Avec une telle stratégie argumentative, Hacking se met à l’abri d’une étude attentive du dossier, qui aurait pu lui faire se rendre compte que Home réalisait ses expériences en plein jour, et non dans l’obscurité, et à plusieurs reprises devant des témoins a priori sceptiques (voir à ce sujet : P. Lamont, The first psychic, Londres : Little Brown, 2005).

Même dans sa tentative pour critiquer les idées de Braude, Hacking procède par des raisonnements qui ne lui ressemblent pas. Ainsi, Braude affirme que les scientifiques, les universitaires et les intellectuels ignorent les preuves des phénomènes psi, qu’ils écartent celles que l’on connaît et ne cherchent pas à investiguer davantage, et que cela peut se comprendre comme de la lâcheté et de la malhonnêteté intellectuelle. Hacking se fait fort de répondre à cela, tout d’abord en reconnaissant qu’effectivement « la plupart des membres de ces classes professionnelles rejètent les phénomènes psi, et le font avec mépris ». A cela il oppose la création des sociétés savantes de recherches psychiques, qui ont réussi à instituer une séparation entre le paranormal vulgaire et les phénomènes psi que l’on pouvait étudier (p.588). Hacking retourne donc l’argument de Braude, parapsychologue critiquant le désintérêt des autres scientifiques, en disant qu’il n’y a pas de désintérêt vu qu’il y a des parapsychologues ! Il pousse l’argument jusqu’à son paradoxe : certes, ces sociétés n’ont reçu le soutien que d’une minorité de chercheurs curieux à chaque génération, et ceux-ci furent même l’objet des moqueries (p.589) ou d’embarras (p.590) de la part de leurs collègues plus « coincés » (p.589). Mais « la communauté scientifique en général n’a pas refusé d’étudier ces phénomènes » (p.589). Ainsi, lorsque c’est à son avantage, Hacking se sert de la minorité des parapsychologues comme de représentants de la communauté scientifique dans son ensemble. Il ajoute également que la plupart des scientifiques actuellement curieux restent silencieux parce qu’ils sont convaincus qu’il n’y a pas d’événements psi à étudier de nos jours (p.589), ce qui reste à prouver !

Hacking cherche donc à montrer que le mépris des scientifiques pour les phénomènes psi est légitime (p.588). Pour cela, il revient à son argument principal, à savoir sa litanie sur l’absence de résultats en parapsychologie. Le SRI n’aurait obtenu aucun résultat (à sa décharge, Hacking publie en 1993, alors que le programme gouvernemental connu sous le nom de Stargate n’a pas encore été déclassifié), le PEAR non plus. Comment Hacking, qui possède des informations fausses sur le SRI et ne connaît pas le nom exact du PEAR, peut-il affirmer que ces deux laboratoires n’ont obtenu aucun résultat ?

Quelques pistes pour comprendre

L’article que nous analysons n’est pas le seul où Hacking évoque la recherche psychique. Il l’avait déjà fait en 1988, en étudiant, en tant qu’historien des sciences, l’apport de Richet à la méthodologie expérimentale par l’introduction de la randomisation et des statistiques, au cours de ses expériences de clairvoyance avec Léonie (I. Hacking, « Telepathy : Origins of Rondomization in Experimental Design », Isis, 79, 427-451). Malgré les précautions qu’il avait prises, son article a été compris comme une reconnaissance des contributions de la parapsychologie aux autres disciplines scientifiques, et donc une sorte de soutien. Or, ce soutien ne reflétait pas vraiment l’état d’esprit de Hacking, et pouvait même le desservir dans sa carrière. On peut donc comprendre cet article critique comme une tentative de rééquilibrer la balance, et d’affirmer haut et fort son appartenance à une communauté rejetant la parapsychologie. Il s’agirait là d’un article stratégique, lavant Hacking de tout soupçon d’accointance avec la parapsychologie. Il reste néanmoins très étonnant que l’article ait été accepté sous cette forme, émaillé d’erreurs, manquant de références, à l’argumentation boiteuse, au titre affirmatif, bien loin du traitement « sérieux » qui était revendiqué. Hacking étant une autorité dans son domaine, connu pour sa rigueur, cela a pu influencé les correcteurs de la revue Dialogue, ce qui est d’autant plus problématique. Il s’agirait alors d’un nouveau exemple où est accepté comme parole experte par rapport à une discipline quelqu’un qui ne pourrait y prétendre, simplement parce qu’il s’agit de parapsychologie.

Une autre piste nous provient d’une communication personnelle de Bertrand Méheust, à qui Hacking avait confié s’être beaucoup plongé dans le paranormal durant son adolescence, son milieu étant très crédule. Ce revirement critique aurait donc des racines personnelles et affectives, expliquant en partie le manque de rigueur dans le traitement de ce dossier associé à la prétention de bien le connaître, et d’avoir perdu bien assez de temps à l’étudier.

Certes, le livre de Braude n’est pas exempt de tout défaut et réfère à des opinions (par exemple, sur le fait que l’usage des statistiques en parapsychologie n’est pas suffisant pour convaincre le grand public) qui ne sont pas nécessairement représentatives de celles de la communauté parapsychologique. Mais la tentative de Hacking pour légitimer le mépris de la parapsychologie ne fait que renforcer l’impression que ce mépris n’est pas intellectuellement honnête.

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26 mars 2008

Bilan des échanges avec les sceptiques

Lors de la rédaction des billets de notre blog, nous avons envoyé des mails aux personnes et aux organismes impliqués par nos remarques. Nous souhaitions ainsi leur indiquer ce qui nous est apparu comme des erreurs ou des approximations de façon à ce que ces articles soient modifiés, ou qu'en retour ces auteurs nous indiquent nos erreurs afin que nous modifions nos articles et/ou que nous publions un droit de réponse. Petit bilan actuel des réponses que nous avons reçu (nous avons envoyé ces mails au cours du mois de février). Vous trouverez ci-dessous les mails envoyés et les réponses reçues.

AFIS

Voici le message envoyé à l'AFIS :

Bonjour,

Nous avons publié sur notre site Internet des remarques concernant votre article à propos des expériences de Rupert Sheldrake avec le perroquet N'Kisi. Cet article est accessible à cette adresse :

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/25/7014117.html

Comme vous le constaterez, nous pensons que certaines informations contenues dans votre article ne correspondent pas à cette expérience et en donnent par conséquent une image incorrecte.

Nous vous proposons trois solutions :

- Vous êtes d'accord avec nos remarques : dans ce cas, vous modifiez ou vous supprimez votre article. Le cas échéant, nous modifierons ou nous supprimerons également notre article. Cela sera tout à votre honneur et montrera que vous êtes prêt à modifier votre point de vue selon les données dont vous disposez,

- Vous n'êtes pas d'accord avec nos remarques : nous ne prétendons pas être parfaits. Ainsi, si vous vous rendez compte que nos propres remarques sont incorrectes, transmettez-nous vos remarques et nous modifierons notre article en conséquence. Vous pouvez également avoir un droit de réponse que nous publierons sur notre site internet si vous le souhaitez. Dans le cas présent, pourriez-vous transmettre notre proposion à Nicolas Gauvrit, l'auteur de l'article ?

- Vous ne nous répondez pas : dans ce dernier cas, que nous regretterions, ce message, ainsi que le fait que vous ne nous ayez pas répondu, sera publié sur Internet.

Cordialement,

Blog zététique (GEIMI / Skeptical Investigation)

L'AFIS est l'organisme qui nous a répondu le plus rapidement. Voilà sa réponse :

Bonjour.

Je vous communique ci-dessous la réponse de Nicolas Gauvrit aux remarques que vous avez publiées sur votre blog à propos de son article intitulé "Tromperies statistiques".

"Etant donné que votre critique dépasse en longueur mon article, je ne vous répondrai pas de manière détaillée, mais je tiens à préciser quelques points importants :
1. Mon article porte sur les mathématiques et leur utilisation détournée, non sur la vie et l'œuvre de Sheldrake, qui n'est là que comme illustration. Il n'a donc pas vocation à décrire dans le détail
les publications du fameux auteur.
2. Je me suis basé, pour l'article, sur une version en ligne de l'article de Sheldrake, trouvée sur son site. Vous me reprochez malgré tout plusieurs erreurs de détail : à supposer que vous ayez raison, en
quoi cela remet-il en cause mon raisonnement ?
3. Votre critique finit de manière totalement contradictoire : après avoir tenté de prouver que j'avais tort pendant de nombreuses lignes, vous expliquez que ma critique n'est pas nouvelle, et que des auteurs
fort savants l'ont déjà faites ! Je ne savais pas que j'étais si peu original, mais loin de me rendre confus, cela me réjouit : ça confirme mon analyse.

Pour conclure : Je ne vois dans votre longue critique aucun argument montrant une erreur dans mon raisonnement. Celui-ci prouve que Sheldrake a commis une erreur (ou arnaque) statistique, illustrant fort bien le thème de mon article."

Je compte sur vous pour donner connaissance de cette réponse sur votre blog.

Cordialement.

Pierre Blavin

Association Française pour l'Information Scientifique (Afis)
Site
http://www.pseudo-sciences.org/
Revue Science et pseudo-sciences
 

Nous avons alors répondu ceci :

Bonjour,

Merci pour cette réponse rapide de Nicolas Gauvrit.

Nous l'avons publiée en proposant des modifications concernant l'article original présent sur le site de l'AFIS pour les raisons indiquées ici : http://zetetique.canalblog.com/archives/2008/02/15/7967359.html

Si l'AFIS ou Nicolas Gauvrit souhaite à nouveau nous répondre, nous publierons cette nouvelle réponse.

Cordialement,

Blog Zetetique ( GEIMI/Skeptical Investigation )

Cette fois-ci nous n'avons pas eu de réponse jusqu'à présent. L'article de l'AFIS n'a pas été modifié

Cercle Zététique

Voici le message envoyé au CZ :

Bonjour,

Nous avons publié sur notre site Internet des remarques concernant votre article à propos des expériences de René Peoc'h. Cet article est accessible à cette adresse :

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/09/27/6282250.html

Comme vous le constaterez, nous pensons que certaines informations contenues dans votre article ne correspondent pas aux expériences de René Peoc'h et donnent par conséquent une image incorrecte de ces expériences.

Nous vous proposons trois solutions :

- Vous êtes d'accord avec nos remarques : dans ce cas, vous modifiez ou vous supprimez votre article. Le cas échéant, nous modifierons ou nous supprimerons également notre article. Cela sera tout à votre honneur et montrera que vous êtes prêt à modifier votre point de vue selon les données dont vous disposez,

- Vous n'êtes pas d'accord avec nos remarques : nous ne prétendons pas être parfaits. Ainsi, si vous vous rendez compte que nos propres remarques sont incorrectes, transmettez-nous vos remarques et nous modifierons notre article en conséquence. Vous pouvez également avoir un droit de réponse que nous publierons sur notre site internet si vous le souhaitez. Dans le cas présent, pourriez-vous transmettre notre proposition à Damien Triboulot, l'auteur de l'article ?

- Vous ne nous répondez pas : dans ce dernier cas, que nous regretterions, ce message, ainsi que le fait que vous ne nous ayez pas répondu, sera publié sur Internet.

Cordialement,

Blog zététique (GEIMI / Skeptical Investigation)

Nous n'avons pas reçu de réponse du Cercle Zététique. L'article du Cercle Zététique n'a pas été modifié.

Laboratoire de Zététique et Henri Broch

Voici le message envoyé au Laboratoire de Zététique et à Henri Broch :

Bonjour Professeur Broch,

Nous vous avons déjà écrit mais nous n'avons pas reçu de réponse.

Nous avons publié sur notre site Internet des remarques concernant plusieurs de vos publications :

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/10/07/6458829.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/02/6750421.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768479.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/10/05/6379121.html

Nous tenions également à vous informer de la publication d'un article sur le site de l'Institut Metapsychique International concernant votre article sur les méta-analyses en parapsychologie :

http://www.metapsychique.org/La-meta-analyse-en-parapsychologie.html

Comme vous le constaterez, nous pensons que certaines informations contenues dans vos articles proposent une image incorrecte de travaux de parapsychologie.

Nous vous proposons trois solutions :

- Vous êtes d'accord avec nos remarques : dans ce cas, vous modifiez ou vous supprimez votre article. Le cas échéant, nous modifierons ou nous supprimerons également notre article. Cela sera tout à votre honneur et montrera que vous êtes prêt à modifier votre point de vue selon les données dont vous disposez,

- Vous n'êtes pas d'accord avec nos remarques : nous ne prétendons pas être parfaits. Ainsi, si vous vous rendez compte que nos propres remarques sont incorrectes, transmettez-nous vos remarques et nous modifierons nos articles en conséquence. Nous vous proposons aussi un droit de réponse que nous publierons sur notre site internet si vous le souhaitez.

- Vous ne nous répondez pas : dans ce dernier cas, que nous regretterions, ce message, ainsi que le fait que vous ne nous ayez pas répondu, sera publié sur Internet.

Cordialement,

Blog zététique (GEIMI / Skeptical Investigation)

Nous n'avons pas reçu de réponse de laboratoire de Zététique et d'Henri Broch. Les articles d'Henri Broch n'ont pas été modifiés.

Observatoire Zététique

Voici le message envoyé à l'Observatoire Zététique :

Bonjour,

Nous avons publié sur notre site Internet des remarques concernant plusieurs de vos publications :

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/10/10/6488011.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/09/6822272.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/11/6834478.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/17/6916844.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/12/15/6829691.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2008/01/25/7523657.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2008/02/20/8025096.html

Etant donné que plusieurs des membres de l'Observatoire Zététique ont déjà posté des messages en réponse à certains de ces articles, nous supposons que la plupart des membres de l'OZ connaissent ces articles, mais nous souhaitions quand même vous écrire pour vous proposer un droit de réponse. Si vous le souhaitez, vos réponses seront donc publiées sur notre site Internet. Nous sommes également prêt à modifier nos articles si vous mettez en évidence certaines imprécisions ou certaines erreurs de notre part.

Nous souhaitions également vous faire part de cette proposition déjà indiquée sur notre site :

"Nous proposons à l'Observatoire Zététique, mais aussi à d'éventuels autres groupes sceptiques, notre avis sur leurs protocoles. S'ils nous font parvenir un protocole détaillé, nous proposerons une lecture et des modifications en fonction des connaissances des laboratoires scientifiques sur ces questions. Nous tenons simplement à ce que ces échanges soient publics pour plus de transparence."

Nous vous proposons également, comme nous l'avons récemment indiqué à Florent Tournus en réponse à l'un de ses commentaires, de continuer le travail d'analyse effectué par Florent sur d'autres articles sur l'impression d'être observé. Cela nous paraît être une possibilité de collaboration intéressante.

Cordialement,

L'Observatoire Zététique nous a répondu :

Au Blog zététique.

Nous avons bien reçu votre mail, transmis par Géraldine Fabre à l'association le 24 février 2008.

Nous en avons bien pris note mais l'Observatoire zététique, en tant qu'association, ne souhaite pas actuellement s'associer à vous pour une discussion ou un travail d'étude ou d'investigation. Nous pensons en effet que ces travaux communs requièrent une confiance mutuelle dont les conditions ne sont pas réunies. Nous le regrettons, car votre travail serait digne d'intérêt s'il s'inscrivait dans une démarche plus saine et moins systématiquement polémique.

Pour l'Observatoire zététique
Stanislas Antczak, président.

Ce à quoi nous avons répondu :

Bonjour,

Nous regrettons que vous décliniez ces propositions de collaboration et de droit de réponse. Notre objectif n'est ni d'être polémique ni de développer une approche qui ne serait pas saine. Comme indiqué dans notre message précédent, nous restons disposés à revoir nos articles et notre approche en fonction de vos remarques si vous changiez d'avis et si vous souhaitiez nous aider à l'améliorer.

Nous n'avons pas reçu de nouvelle réponse de l'OZ. Les articles de l'OZ n'ont pas été modifiés.

Richard Monvoisin (membre de l'Observatoire Zététique)

Voici le message envoyé à Richard Monvoisin :

Bonjour,

Nous avons publié sur notre site Internet un article critiquant votre thèse :

http://zetetique.canalblog.com/archives/2008/02/11/7920042.html

Comme vous le constaterez, nous pensons que certaines informations que vous avez données dans votre thèse ne correspondent pas à la réalité des recherches actuelles.

Nous vous proposons trois solutions :

- Vous êtes d'accord avec nos remarques : dans ce cas, vous en prenez note dans vos prochaines publications et vous évaluez la pertinence de laisser votre travail en ligne sans « erratum auto-critique ». Cela sera tout à votre honneur et montrera que vous êtes prêt à changer de point de vue en fonction des données dont vous disposez. Nous modifierons ou nous supprimerons notre article en conséquence.

- Vous n'êtes pas d'accord avec nos remarques : nous ne prétendons pas être parfaits. Ainsi, si vous vous rendez compte que nos propres remarques sont incorrectes, transmettez-nous vos remarques et nous modifierons notre article. Vous pouvez également avoir un droit de réponse que nous publierons sur notre site Internet si vous le souhaitez.

- Vous ne nous répondez pas : dans ce dernier cas, que nous regretterions, ce message, ainsi que le fait que vous ne nous ayez pas répondu, sera publié sur Internet.

Cordialement,

Blog Zététique (GEIMI / Skeptical Investigations)

Richard Monvoisin nous a répondu qu'il prendrait le temps de nous répondre d'une façon ou d'une autre. Nous n'avons rien reçu.

Antoine Bagady

Voici le message envoyé à Antoine Bagady :

Bonjour,

Nous avons publié sur notre site Internet des remarques concernant vos réponses lors d'un chat sur l'Internaute:

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/12/01/7054515.html

Comme vous le constaterez, nous pensons que certaines informations que vous avez donné concernant le Ganzfeld ne correspondent pas à la réalité des recherches actuelles.

Nous vous proposons trois solutions :

- Vous êtes d'accord avec nos remarques : dans ce cas, vous demandez à l'Internaute de supprimer ou de préciser ce que vous aviez indiqué. Cela sera tout à votre honneur et montrera que vous êtes prêt à changer de point de vue en fonction des données dont vous disposez. Nous modifierons ou nous supprimerons notre article en conséquence.

- Vous n'êtes pas d'accord avec nos remarques : nous ne prétendons pas être parfaits. Ainsi, si vous vous rendez compte que nos propres remarques sont incorrectes, transmettez-nous vos remarques et nous modifierons notre article. Vous pouvez également avoir un droit de réponse que nous publierons sur notre site internet si vous le souhaitez.

- Vous ne nous répondez pas : dans ce dernier cas, que nous regretterions, ce message, ainsi que le fait que vous ne nous ayez pas répondu, sera publié sur Internet.

Cordialement,

Blog zététique (GEIMI / Skeptical Investigation)

Nous n'avons pas reçu de réponse d'Antoine Bagady

Bilan des échanges

  • Seul l'AFIS a répondu à nos remarques. En revanche, l'AFIS n'a pas pris en compte nos remarques et l'article initial n'a pas été modifié.
  • L'Observatoire Zététique nous a bien donné une réponse, mais négative. Selon l'OZ nous avons une approche polémique et non saine. Nous essayons pourtant de faire notre possible pour être respectueux et rigoureux dans nos remarques. En outre, nous proposons à nos critiques de nous indiquer nos erreurs et les problèmes de notre approche afin d'éventuellement de modifier nos articles. Que pouvons-nous faire de plus ?
  • Richard Monvoisin a dit qu'il répondrait mais pour l'instant il n'a pas encore trouvé le temps de le faire.
  • Le laboratoire de Zététique, Henri Broch et Antoine Bagady n'ont pas accusé réception de notre message et ne nous ont pas répondu.
  • Au final, aucun des articles sceptiques que nous avons critiqué en indiquant ce qui nous apparaissait être des erreurs ou des approximations n'ont été modifiés.

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22 mars 2008

Critiques et tentatives de discrédit

RubaliseUSANotre démarche

Depuis sa création, ce blog a été l'objet de critiques de la part d'une partie de la communauté sceptique et zététique française. Nous souhaitions reprendre en détail ces critiques et rappeler quelle a été notre position et notre approche  :

- Nous avons précisé que nous défendions un abord scientifique de l'étude des phénomènes réputés ou dits paranormaux. Nous n'avons pas pour but de nous positionner envers des hypothèses "sceptiques" ou "pro-parapsychologiques". Nous pensons qu'il existe des théories intéressantes et de qualité aussi bien parmi les universitaires sceptiques et parapsychologues. En l'état actuel des choses, au vu de nos connaissances, il nous paraît difficile de conclure dans un sens comme dans l'autre et c'est cette position de doute - un doute scientifique - qui nous essayons de proposer.

- Nous avons précisé que nous étions ouverts au dialogue et à l'échange : c'est pourquoi nous avons choisi un blog qui permet de poster des commentaires. Nous publions les commentaires et nous essayons d'y répondre en respectant nos interlocuteurs. Nous sommes prêts à revoir, modifier voire même supprimer certains de nos articles selon les connaissances transmises par nos lecteurs. Nous ne prétendons pas être parfaits. Nous sommes des étudiants et nous ne faisons que proposer des réflexions à la suite de nos lectures détaillées d'articles parapsychologiques et sceptiques.

- Le pôle scepticisme et non-psi de GEIMI, après avoir analysé dans le détail un certain nombre de publications parapsychologiques et sceptiques, est arrivé à la conclusion qu'une partie de la communauté sceptique ne jouait pas le jeu : des sceptiques ne connaissent pas les publications de parapsychologie et certaines critiques nous semblent être des déformations ou des erreurs. Nous pensons que cela n'est pas la conséquence d'une analyse scientifique et objective des données. Certains des étudiants ont tenté d'alerter les groupes sceptiques et/ou on fait parvenir des critiques de certains articles présents sur les sites du cercle zététique et du laboratoire de zététique. Nous n'avons pas reçu de réponse et aucune modification n'a été effectuée. Nous ne comprenons pas ce décalage entre l'approche ouverte affichée par ces organismes sceptiques et ces non-réponses.

- Notre objectif n'est pas de lutter contre la zététique : nous sommes d'accord avec les données issues de la zététique dans  la majorité des cas et nous pensons que ces informations sont utiles pour le grand public. Mais nous regrettons qu'une partie des sceptiques effectue un travail de doute qui ne va que dans un sens. Nous avons donc souhaité proposé, à travers le pôle scepticisme de GEIMI, un doute aussi bien envers les données sceptiques que parapsychologiques. Notre objectif prioritaire est le développement des connaissances scientifiques sur le sujet ce qui implique selon nous un regard "acéré" sur les données disponibles.

- Notre projet rejoint un courant de pensée plus vaste qui a pu voir le jour par le biais d'internet. Il nous semble qu'une forme de désinformation pseudo-sceptique s'est développée car les scientifiques travaillant sur le sujet n'avait pas les moyens de s'exprimer suffisamment médiatiquement pour contrer ces procédés (ou préferait ne pas rentrer dans ces controverses). Depuis quelques années, des documents ont été diffusés sur Internet à ce sujet qui interrogent certains procédés sceptiques. Certains auteurs sceptiques commencent eux-même à s'interroger lorsqu'ils comparent en détail les publications parapsychologiques et sceptiques. Mais encore aujourd'hui, une partie des sceptiques ne veut pas entendre parler de cela. Ainsi, si certains membres des organismes sceptiques ne sont pas intéressés par ces données, peut-être qu'une partie du public pensera comme nous qu'il est nécessaire d'être prudent et critique aussi bien envers les écrits parapsychologiques que sceptiques.

- Enfin, nous ne souhaitons pas voir disparaitre la zététique. Nous pensons que son développement est une bonne chose lorsqu'elle est le moteur de l'esprit critique et de la diffusion de la pensée scientifique. Mais les dérives actuelles ne nous paraissent pas positives : elles semblent porter atteinte au développement de la recherche scientifique sur ces sujets. Nous espérons que la communauté sceptique française pourra bientôt contribuer à l'avancée des recherches en se mettant à jour des données scientifiques actuelles et en proposant des protocoles, des critiques et des remarques de qualité. Il s'agit peut-être du meilleur moyen de mettre un terme aux débats sur l'existence ou l'inexistence du psi.

Notre approche peut-être synthétisée par les différents points suivants :

  • Objectivité : nous consultons autant les travaux parapsychologiques que sceptiques,

  • Ouverture : il est pour nous indispensable d'échanger avec les personnes qui pensent différemment,

  • Respect: nous publions tous les commentaires, nous laissons la parole à chacun et nous respectons nos contradicteurs. Pour nous, les approches qui ridiculisent les positions de ceux qui pensent autrement sont à proscrire.

  • Rigueur : nous essayons de critiquer de façon détaillée et surtout, de façon argumentée, les différents travaux que nous consultons. Il nous parait également essentiel de se référer à des travaux scientifiques et de qualité.

Voyons à présent les réactions et les critiques que nous avons récolté avec une telle approche:

Réactions et critiques

Faire ce travail de recension n'est pas particulièrement amusant. Il nous parait néanmoins nécessaire pour clarifier certains points et éviter que certaines contre-vérités, qui semblent viser à discréditer ce blog, ne soient diffusées sur Internet. Paradoxalement, elles montrent la nécessité de ce blog et les techniques utilisées par certains sceptiques pour discréditer les données qui ne leur conviennent pas. Nous mettrons progressivement à jour cette page en citant à chaque fois les sources des critiques et de ce qui a pu être entrepris à l'égard de ce blog.

Briser l’anonymat

« ****** fait partie des rédacteurs de ce site : le psi m'a permis de le découvrir. » Dom Trisken, commentaire sur notre blog

« Le nom des rédacteurs transparaît de façon tellement évidente, rien qu'au vu de la nature de la prose et de son style, que vouloir préserver à toute force un quelconque anonymat est comique. (**modération des données sur l'anonymat**) » Dom Trisken, commentaire sur notre blog

> Peu de temps après après l’ouverture du blog, une personne en particulier a essayé de briser l’anonymat que nous avions pourtant mis en avant pour des raisons personnelles. Est-ce vraiment respectueux ?

Tracer les ordinateurs

« et j'ai été surpris de constater que l'auteur à l'initiative de ce blog (et dont je respecterai la volonté d'anonymat dans cet article) avait fait des mises à jour récentes de son site depuis l'IMI (Institut Métapsychique International) » Nicolas Vivant, sur le blog de l’Observatoire Zététique

> Un membre de l’OZ a tracé l’une des personnes qui avait posté un message et a indiqué sur Internet le résultat de ses recherches. Est-ce là aussi des façons de faire respectueuses de la vie personnelle d’autrui ?

Vous faites ça pour gagner de l'argent

"La pub Google est là pour rapporter un peu d'argent, le nerf de la guerre". Bernard, commentaire sur notre blog

> Nous ne gagnons pas d’argent avec ce blog. Les publicités sont insérées directement par l’hébergeur du blog.

Vous bannissez des commentaires les sceptiques. Vous ne publiez pas les commentaires des sceptiques

http://ufo-logic.xooit.com/t877-La-zetetique-n-est-pas-un-sport-de-combat.htm?start=60

> Une personne sur ce forum prétend avoir été bannie, laissant entendre que nous ne publions que les commentaires allant dans notre sens. Nous avons publié tous les commentaires que nous recevions et nous n’avons jamais banni personne (c’est d’ailleurs impossible techniquement avec cet hébergeur).

Vous êtes ridicules

"J'ai lu quelques ligne de votre blog. Il est très drole, et ridicule."  Bernard, commentaire sur notre blog

> Nous avons demandé à Bernard de plus amples précisions. Il ne nous a pas répondu. Si nous nous trompons sur certains points, pourquoi pas ! Mais il faudrait encore nous le démontrer.

Vous êtes des croyants

« Bref, un groupe de bons croyants voulant discréditer les sceptiques en essayant de les prendre à contre-pieds. » Dom Trisken, commentaire sur notre blog

« C'est plus intéressant pour apprendre comment un croyant en la réalité du "Psi" fait pour conserver et justifier sa croyance, que pour le contenu réellement scientifique... » Venom

> Pour certains, puisque nous critiquons parfois des dérives sceptiques, nous sommes forcément des croyants. Pourtant, nous avons toujours indiqué notre volonté de rester neutre vis-à-vis des différentes hypothèses, sceptiques comme parapsychologiques.

Vous méprisez les sceptiques et vous êtes contre les sceptiques

« Le loup se déguise en chèvre blanche pour mieux entrer dans la place. Il lui faut pourtant montrer patte blanche sous la porte pour s’authentifier. S’authentifier, voilà la difficulté que va rencontrer ce blog, qui, tout en méprisant les sceptiques bornés, essaie de convaincre de son authenticité. »  Blog D'Agnès Lenoire

« Tu es pro-parapsychologie, et plutôt anti-sceptique » Venom, commentaire sur notre blog

> Nous ne sommes ni pro-parapsychologique ni pro-sceptique. Oui, nous pensons qu’il existe des travaux de parapsychologie qui méritent d’être lus pour leur qualité. Est-on pour autant pro-p

arapsychologique ? Car dans ce cas, nous sommes aussi pro-sceptiques car nous pensons que des travaux sceptiques méritent d’être lus pour leur qualité. Nous ne luttons pas les contre sceptiques : nous proposons un regard critique sur les dérives pseudo-sceptiques et pseudo-parapsychologiques.

Vous vous acharnez contre l'Observatoire Zététique

"la démarche du pseudo-Truzzi n’a pas vocation à expurger

le scepticisme de ses dérives, mais bel et bien une imposture destinée à saper la légitimité des zététiciens en général et de ceux de l’OZ en particulier." Eric Deguillaume, Blog de l'OZ


"De même, lorsque je lis sous votre plume que des comportements aussi condamnables que ceux qui vous ont conduit à soumettre tout commentaire à validation, un "ce genre de pratiques, caractéristiques du pseudo-scepticisme", pseudo-scepticisme auquel vous vous évertuez à rattacher l'Observatoire Zététique, me paraît une fois encore de nature à nuire sérieusement à sa réputation par un amalgame regrettable." Eric Deguillaume, commentaire sur notre blog

Et sur :

http://ufo-logic.xooit.com/t1034-L-Institut-Metapsychique-International.htm?start=30#p12095

> Sur ce forum d'ufologie,  Cortex prétend qu'au lieu d'une critique de certains travaux de l'Observatoire Zététique, nous avons tenter de faire porter le discrédit sur l'ensemble de leur travail sous le prétexte que son président (élu pour un an) ne connaît pas grand-chose à la parapsychologie. Or, nous avons critiqué leurs travaux, mais aussi un principe général énoncé par leur président selon lequel aucun membre de l'OZ ne faisait d'affirmation sans avoir examiner préalablement les faits. Ce principe est rarement vérifié en pratique.

> Nous ne pensons pas que l’Observatoire

Zététique est un organisme pseudo-sceptique. Nous pensons qu’il peut s’agir parfois d’une tendance de l’OZ et de certains de ses membres, mais notre objectif n’est nullement d’arriver à une équation OZ = pseudo-scepticisme. Nous avons reçu l'autorisation de son président pour reprendre ses propos, et nous lui avons laissé la possibilité de les rendre anonymes voire même de les supprimer après leur publication. Nous n’avons pas cherché à réduire la pensée de l’OZ à celle de son président. Nous la trouvions simplement symptomatique du rapport de certains sceptiques à l’égard de la parapsychologie. En outre, notre démarche ne nous a pas dispensé d’une analyse des travaux de l’OZ, comme ce groupe en faisait la demande.

Mise à jour du 22/05/08 : Schéma de répartition des sujets traités. Les travaux de l'OZ sont les plus fréquemment mentionnés, mais ne représentent que 19% du total des articles, ou encore environ 1/4 de la totalité des travaux se revendiquant sceptiques.

Articles_du_Blog_Z_t_tique

Vous n’êtes pas rigoureux

« Oups !...il va falloir d'abord apprendre à faire des liens hypertextes afin d'éclairer correctement sur vos sources, vos appuis et vos références. Courage, la méthodologie, ça s'apprend ! » Commentaire d'Agnès

> Nous ne sommes pas parfaits, et nous faisons notre possible pour être précis et ne pas faire d’erreurs. En l’occurrence, le lien en question fonctionnait mais le site vers lequel il renvoyait ne fonctionnait pas temporairement.

Si vous ne faites pas de protocoles, vous ne servez à rien

« plutôt que de sortir vos boulets rouge en carton pâte, venez plutôt contribuer à l'élaboration de protocoles avec l'OZ » Richard Monvoisin, commentaire sur notre blog

« Ce type d'échange ne permettra pas de faire évoluer les termes du débat. » Nicolas Vivant, commentaire sur notre blog

> Nous aimerions pouvoir mettre en place des protocoles avec des sceptiques mais ne n’avons ni le temps, ni la compétence pour le faire. Nous pouvons simplement donner quelques conseils dans la mesure de nos connaissances actuelles. Ce n’est pas une fuite : c’est un constat face à la réalité dans laquelle nous nous trouvons. Si des sceptiques veulent mettre en place des protocoles, ils peuvent consulter les publications existantes et contacter les centres universitaires.

Vous faites de la propagande pour l’IMI

« Je trouve qu'une organisation dont l'objectif est l'étude scientifique des phénomènes paranormaux perd beaucoup de credibilité si elle est assicié à une institution de "formation" en métaphysique....d'un point de vue "sceptique" je dirais que soit vous avez pas eu des moyens pour finnancer vos travaux, soit c'est un site pour faire de la propaganda au IMI. » Elber, commentaire sur notre blog


"L'histoire commence par la création d'un blog 'zététique' par des sous-marins de l'IMI." Blog Sens-commun


> Ce n’est pas parce que ce blog est produit par le pôle scepticisme du Groupe Etudiants de l’IMI que nous n’avons pas notre liberté de pensée. Si nous citons parfois les travaux de l’IMI, c’est que ceux que nous citons nous paraissent de qualité. Rappelons que ce blog n’est pas à l’initiative de membres de l’IMI.

Vous n’êtes pas crédibles car vous utilisez le terme de zététique. Vous détournez ce terme. Vous êtes une imposture.

« Iniateurs du “zetetique.canalblog.com”, vous torpillez votre crédibilité en défendant votre légitimité dans ce choix, car vous laissez à l’internaute l’impression que vous pensez pouvoir lui faire prendre des vessies pour des lanternes. » Ettepuoch, commentaire sur notre Blog

« les jeunes de l'IMI essaient de détourner la "zététique" » blog de l’Observatoire Zététique


"L'objectif, à peine évident, est de détourner une partie des liens sur la zététique des moteurs de recherche. (...) Tout cela ressemble furieusement à une tentative d'OPA sur le terme "zététique". Ca ne peut être qu'une étape sur le chemin conduisant à se parer des plumes du sceptique, oiseau rare et semble-t-il envié par nos adeptes du paranormal." Blog Sens-commun

« D’ailleurs dans toutes les pages, l’objectif de démolition de la zététique est évident. On a l’impression qu’ils ne pensent qu’à ça. Si on devait leur donner un conseil, ce serait de "lâcher un peu la grappe" aux zététiciens, et d’exposer des études probantes, avec l’esprit ouvert et rigoureux. »  Blog d'Agnès Lenoire

> C’est probablement la critique la plus courante et la plus compréhensible. Nos lecteurs sceptiques n’acceptent pas que nous utilisions le terme de zététique. Pourtant, nous faisons un usage de ce terme qui nous parait en phase avec l’usage qu’en faisait Marcello Truzzi : un scepticisme qui n’est pas une entreprise militante de debunking. Cela passe donc par une analyse critique des écrits parapsychologiques et sceptiques. L’objectif n’est donc pas de détourner ce terme, mais plutôt de revenir à ses sources car nous pensons qu’il a été en partie détourné dans le monde francophone.

L'omission

> Aucun des critiques ayant signalé notre blog n'a mentionné ce qui constituait alors notre annonce principale, à savoir que ce blog devenait l'antenne du site Skeptical Investigations, et était donc soutenu par un comité composé de douze scientifiques, dont de nombreux professeurs d'universités et un prix Nobel de physique. Cette information n'ayant pu échapper à nos contradicteurs, ils ont simplement préféré l'omettre. Il est ainsi fréquent, comme nous avons pu le relever plusieurs fois, que les qualifications scientifiques des chercheurs s'intéressant à la parapsychologie ne soient pas mentionnées afin de diminuer le crédit qui pourrait leur être apporté.

Conclusion

Une personne qui n'aurait pas lu ce blog mais qui écouterait ceux qui le critiquent pourrait ainsi en conclure que : "Nous sommes des croyants, envoyés par l'IMI, pour lutter contre les sceptiques et faire de la propagande pour cette fondation. Nous avons monté une "contrefaçon de la zététique", cette imposture ayant pour objectifs de tromper le public, discréditer les sceptiques et, au passage, gagner de l'argent. Pourtant, nous manquerions de rigueur, nous ne faisons cela que pour sauvegarder nos croyances au paranormal et de toute façon, c'est bien inutile car au fond la seule chose qui compte, c'est mettre en place des protocoles, ce dont nous avons peur."

Voilà, peut-être, ce que vous pouvez entendre au sein des groupes sceptiques nous concernant. C'est dommage, car notre démarche initiale est pourtant bien différente mais cela ne fait que mettre en évidence, à l'heure actuelle, la difficulté des débats et des échanges avec certains sceptiques. Dès lors que nous essayons d'amener un regard sceptique sur certaines dérives pseudo-sceptiques, nous devenons aussitôt non-fréquentable, cela devient louche: nous devons être des croyants, nous devons vouloir gagner de l'argent avec cela, nous devons être des imposteurs... Que signifie un art du doute qui ne peut douter de lui-même ?

Le plus ennuyeux dans cette histoire c'est peut-être, qu'hormis une ou deux exceptions (en particulier Denis et Géraldine, que nous remercions), la plupart de nos lecteurs ne semblent pas s'être intéressés au fond de ce que nous disions, ce qui, d'une certaine façon, confirme nos observations initiales : il est nécessaire d'être critique aussi envers les écrits parapsychologiques et sceptiques. Car bien souvent, le travail critique effectué par certains sceptiques repose davantage sur des préjugés que sur une analyse détaillée et objective des données.

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06 mars 2008

L’Observatoire Zététique et les expériences de Targ et Puthoff : reprise détaillée des remarques de Cécile Ursini

Introduction

TargPuttof_couvNous avons repris en détail un article rédigé par Cécile Ursini et publié récemment par l’Observatoire Zététique. Cet article décrit et critique les expériences des physiciens Targ et Puthoff présentées dans Aux Confins de l’esprit : une étude expérimentale sur les phénomènes paranormaux (Albin Michel, 1978). Les expériences relatées dans ce livre ont également fait l'objet d'un article des mêmes auteurs dans Nature (« Information Transmission Under Conditions of Sensory Shielding », Nature, Vol. 152, Octobre 1974, p. 602-607.), qui est également critiqué.

Afin de profiter au mieux de notre relecture, nous conseillons à nos lecteurs de :


  1. Tout d'abord, lire l’ouvrage de Targ et Puthoff,
  2. De lire ensuite la critique de Cécile Ursini publiée par l’OZ,
  3. Enfin, de comparer cette critique avec nos remarques.

Nous avons copié-collé 28 remarques de Cécile Ursini, et nous y répondons à partir des données que nous connaissons à l'heure actuelle. Nous n'avons pas encore pu vérifier certains points. En bleu, les critiques issues de l’article de Cécile Ursini. En vert, nos précisions.


Reprise des critiques de l'Observatoire Zététique

1. "OZ : [Targ et Puthoff] sont à l'origine du projet Scanate, qui par la suite est devenu Stargate, en partenariat avec la CIA et la DIA (Defense Intelligence Agency), dont l'objet principal était l'étude de la vision à distance (Remote Viewing)."

> L’objectif du programme Stargate était en effet l’étude de la vision à distance mais aussi et surtout son application concrète dans le domaine du renseignement.

2. "OZ : Les expériences relatées dans ce livre ont fait l'objet d'un article de Nature [1], qui est toujours considéré comme une référence par certains parapsychologues."

> C’est un article cité fréquemment, notamment parce qu’il a été publié dans Nature et qu’il a donné suite à des débats très médiatisés. Mais ce n’est pas un article considéré comme une référence ou un modèle par les parapsychologues (Cf. par exemple le manuel de référence en parapsychologie : An introduction to parapsychology)


3. "OZ : Lorsque l'enregistrement fut fait à la main par un observateur, à l'exclusion de tout autre système d'enregistrement, les résultats redevinrent significatifs."


> Targ et Puthoff abordent cet aspect et sont bien conscients des biais potentiels provenant du fait de prendre les résultats à la main. En effet, il aurait été préférable d'éviter un enregistrement à la main.


4. "OZ : Dans la plupart des cas, Geller se trouve seul dans une salle dont les parois sont métalliques."

> Dans certains cas, Geller est seul dans une salle isolée sensoriellement avec une personne qui surveille devant la porte. Pour être sûr qu’il n’y avait pas de triche, Targ et Puthoff modifient ensuite les conditions : Geller est situé dans une autre pièce et c’est l’émetteur qui est dans la salle isolée. Puis l'émetteur est placé dans un autre batiment. Dans ces différentes circonstances, les résultats n’ont pas changé : Geller a proposé des dessins qui correspondent clairement aux cibles.

5. "OZ : Elle s'est produite aussi lors d'une série où il n'y avait effectivement pas de transmetteur, même si elle fut moindre."


> Il n'est pas précisé que Hammid, sans que cela lui a été dit, a elle-même eu l’intuition qu’il n’y avait pas eu de transmetteur.


6. "OZ : Cette étude avec Swann a tellement suscité d'enthousiasme qu'elle a été à l'origine du projet Scanate, pour « Scanning by coordinate », engagé pour trois ans, et précurseur du projet Stargate."


> Entre autre. Ce qui a certainement été l’élément crucial, décrit brièvement dans l’ouvrage, c’est la description de Price de façon extrêmement précise (noms des dossiers, des bureaux) d’une base secrète américaine.


7. "OZ : Tout d'abord, on peut tempérer l'enthousiasme suscité par la comparaison entre les dessins réalisés par les sujets et les photographies qui leurs sont accolées dans le livre. N'est-ce pas un cas de validation subjective ? Nulle part on ne nous indique quand ces photos ont été prises. Si elles sont postérieures à l'expérience, elles sont à peu près dénuées de valeur : consciemment ou non, le photographe aura probablement choisi les prises de vues les plus conformes aux dessins... "


> L'angle dans lequel peuvent être prises les photos peut être utilisé pour souligner une concordance. Dans le cas présent, nous n’en savons rien : on ne peut pas tempérer ou confirmer cet enthousiasme sans données supplémentaires pour vérifier ou infirmer cette hypothèse. Cependant, un documentaire a été réalisé par la BBC qui reprend certaines des cibles et on voit clairement que l'hypothèse de la validation subjective apparaît manifestement inadaptée pour rendre compte des résultats. Le sujet dit par exemple « je vois une jetée avec des bateaux » et la cible est une jetée avec des bateaux. On voit assez mal comment l’effet de validation subjective, sur la façon dont on prendrait la photo pourrait permettre d’obtenir un tel effet.


8. "OZ : David Marks et Dick Kamman, le co-auteur de la première édition de « The Psychology of the Psychic », ont répliqué l'expérience de vision à distance. Leur protocole est similaire à celui de Targ et Puthoff. Deux assistants ont repéré cent cibles à moins de trente minutes de voiture. La liste est placée sous surveillance. Trente-cinq expériences ont été menées, avec cinq sujets. Le premier résultat intéressant est que tous les sujets sont contents de leur description au moment du feedback, et les expérimentateurs aussi. Le deuxième fait capital est qu'aucun résultat significativement meilleur que le hasard n'a été obtenu lors de l'évaluation par les juges, ce qui a beaucoup déçu tout le monde."


> Si Marks et Kamman n’ont pas réussi à reproduire ces résultats, peut-être est-ce parce que les conditions étaient inadaptées ? Nous n’en savons rien, c’est une hypothèse. Mais le fait est que si Marks et Kamman n’ont pas réussi, d’autres laboratoires et d’autres chercheurs ont en revanche réussi à reproduire ces résultats. Targ et Puthoff citent dans l’ouvrage d’autres auteurs qui ont obtenu le même type de résultats, notamment Sinclair, dont les résultats avaient vivement intéressé Einstein, qui signa la préface de son ouvrage classique Mental Radio (1930). Targ et Puthoff ont reproduit ensuite leurs résultats lors de protocoles ultérieurs. Ainsi, dire que « tout le monde a été déçu » est une chose qui n'a aucune importance, car ce qui importe est la comparaison des différentes études pour déterminer si un effet significatif se dégage.


9. "OZ : les transcriptions contenaient des « indices » permettant de les ordonner elles aussi chronologiquement. C'est même le cas de celles incluses dans « Aux confins de l'esprit ». Page 105 on peut lire « Ils ne donnent pas l'impression d'être loin. Je dirais que c'est environ -- même pas la moitié de la distance de Marina [sic], et cela semble être sur une ligne à peu près dans cette direction. ». Or la Marina est une des cibles. On peut déduire d'une part que la description en question n'est pas celle de la Marina, et d'autre part que la cible en question vient après la Marina dans l'ordre chronologique. L'autre transcription présentée dans l'ouvrage, p. 146, est même datée du « lundi 7 octobre, onze heures », ce qui simplifie encore la tâche ! Marks recense six sortes d'indices présents dans les transcriptions données aux juges, même s'ils ne sont pas tous aussi simples que ceux dont je viens de parler."


> Le fait que le sujet parle de la Marina ne donne pas d’indication concernant la cible : la cible pourrait très bien être la Marina même s’il parle de la Marina. De même, le fait de donner la date de la retranscription ne donne pas non plus d’indication sur la cible à repérer à moins de supposer, comme certains sceptiques l’on fait, que les descriptions ont été données dans le même ordre. Sauf que cette information est fausse. Les juges ont été interrogés et ont indiqué que les descriptions leurs avaient été remises après avoir été mélangées de façon aléatoire. Cela étant dit, les premières expériences n’étaient effectivement pas parfaites, ce qu’ont fait remarquer les autres parapsychologues à Targ et Puthoff. Ce problème a ensuite été pris en compte lors des expériences ultérieures : les résultats ont persisté.


10. "OZ : Marks et Kamman ont alors procédé à ce qu'ils appellent le jugement à distance : les transcriptions de Targ et Puthoff ont été données à des juges qui ne disposaient d'aucun moyen de savoir à quoi ressemblaient les cibles. Ils ne pouvaient donc dans leurs classement que se baser sur les indices présents dans les transcriptions. Les résultats ont été significativement meilleurs que le hasard, pour certains meilleurs que ceux du SRI. À l'inverse, ils ont expurgé les transcriptions de leurs indices, comme ils l'avaient eux-mêmes fait lors de leur réplication, et cette fois-ci les résultats étaient conformes au hasard".


> Cet argument est certainement le plus redoutable, car on ne nous propose qu’une seule version, la version sceptique. Ce que ne précise pas Cécile Ursini, c’est que Charles Tart a fait également le même travail : il a supprimé tous les indices, et les résultats sont restés significatifs. Cela signifie que lorsque les indices sont supprimés, des juges sont capables d’avoir des scores tout aussi significatifs. L’argument selon lequel ces indices permettraient d’expliquer des résultats ne tient donc pas la route. Notons également que Robert Morris, un parapsychologue connu pour son sérieux, s’était intéressé à l’ouvrage de Marks et Kamman. Voilà ce qu’il en dit dans un article publié en 1980 : « Marks et Kamman évitent l’ensemble des expériences considérées comme les meilleures et ne citent pas les résultats des revues de parapsychologie. Ils proposent une sélection biaisée des données qui peut être considérée comme inadéquate pour évaluer la recherche psi. »


11. "OZ : On peut également faire quelques remarques au sujet de la procédure d'évaluation. D'abord, l'intervention de juges rend l'interprétation des résultats un peu ambiguë (les éventuels bons résultats sont-ils le fait des juges, capables de faire les bons appariements, ou du sujet, capable de faire une bonne description ?) et complique les choses."

> Si Cécile Ursini connait une technique plus adaptée pour obtenir des résultats, elle peut la proposer. Les parapsychologues en cherchent depuis près de 30 ans et lors du récent congrès PA, ils ont encore proposé de nouveaux logiciels à cette fin. Il est un peu léger de se positionner ainsi, en affirmant que cela « complique les choses », sans consulter les dizaines de publications existant sur la question. Quand on fait une revue de littérature dans le domaine scientifique, on ne dit pas : « ça complique les choses ». On étudie les publications et si on est capable de proposer un moyen plus simple ou mieux adapté, la seule chose pertinente à faire est de le communiquer.

12. "OZ : Le feedback donné au sujet immédiatement après l'expérience en allant sur les lieux de la cible pose aussi problème, comme le fait remarquer Marks. Il serait logique que le sujet soit tenté, consciemment ou non, de ne pas faire de description rappelant une cible déjà visitée. Cela facilite d'autant la tâche des juges. "


> Quand les indices ont été supprimés, les juges ont quand même été capables de retrouver les bonnes cibles.


13. "OZ : Dernière remarque, une méthode simple aurait permis d'améliorer grandement le protocole en éliminant ou en minorant l'effet des biais évoqués : permettre qu'une cible soit tirée plusieurs fois (c'est-à-dire faire un tirage avec remise). "


> Targ et Puthoff avaient également pris en compte ce problème, et c’est pour cela qu'il y avait, dans le pool total, des cibles du même type (plusieurs églises par exemple) pour éviter un effet du type : « J’ai eu une fontaine hier donc je n’aurai pas de fontaine aujourd’hui ».


14. "OZ : Compte tenu de la proximité du protocole avec celui de la vision à distance, on peut se demander dans quelle mesure les remarques faites à ce sujet ne sont pas valables dans le cas présent."


> Soit il y a une critique précise et détaillée qui permet d’expliquer un résultat par un biais, soit il n’y a pas de critique précise et détaillée. En l’occurrence, la locution « on peut se demander » n’a aucune valeur. Avec des « on peut se demander », on peut « critiquer » absolument n’importe quoi.


15. "OZ : PrOZstat [12] permet de calculer que la probabilité d'obtenir quatre appariements justes lors de quatre expériences est de 4,2 %, ce qui est effectivement inférieur à la barre des 5 % utilisée par les auteurs pour décider qu'un événement est significativement trop peu probable par hasard pour avoir une origine parapsychologique. "

> Nous constatons donc que l'OZ confirme que les résultats sont bien significatifs pour cette expérience.

16. "OZ : Malheureusement, d'après Randi, qui tient les informations qui suivent du caméraman, Zev Pressman, ce qu'on voit sur ce film est une reconstitution de l'expérience, même si le commentaire affirme le contraire."

> Pressman, qui a été interrogé à ce sujet, a confirmé qu’il avait bien fait le film et a confirmé son authenticité. Il a démenti cette affirmation deux fois en public en indiquant « la révélation que Randi m’attribue est pure fiction ». Malgré cela, Randi n’a jamais modifié cette information dans la ré-édition de ses ouvrages.


17. "OZ : Des personnels du laboratoire racontent même des amas de dessins (des dizaines, voire des centaines) dans la salle où se trouvait Geller."

> Il faut croire Randi sur parole car aucun document n’atteste de cela. Randi n’est jamais allé sur place et tire cela de mystérieux scientifiques. Un homme, censé représenté un groupe de scientifiques, travaillant en secret et utilisant le nom de code Broomhilda, aurait passé ces informations à Randi. Randi n’a jamais été en mesure de donner le nom de ces personnes. Il aurait recoupé avec d’autres sources. Peut-être, mais il faut croire Randi sur parole. Peut-on vraiment le faire quand il a été démontré qu'il avait sciemment menté sur plusieurs autres informations ?

18. "OZ : le mur séparant la pièce contenant la cible (dans la plupart des expériences) de la pièce où était enfermé Geller a un trou de trois à quatre pouces de diamètre destiné à faire passer des câbles. Ce trou n'était bouché que par du coton"

> Le trou en question, dans lequel passaient des câbles, ne permettait qu’une vision très limitée. Mais surtout, il est bouché par une plaque et pour éviter toute suspicion, Puthoff, pensant qu’un sujet pourrait éventuellement tenter de passer une fibre optique, a surveillé le trou pour éviter tout problème durant les expériences de télépathie. On peut rajouter que Randi a également décrit le trou plus large et plus haut qu’il n’est en réalité. Le mieux que l’on puisse voir, comme l’explique Rogo, qui est allé vérifier sur place, c’est un bout du sol et le mur opposé. Cela ne permet pas de voir la cible. Rogo a également interrogé des personnes présentes à l’époque des expériences qui indiquent que des câbles bouchaient le trou lors des expériences avec Geller.


19. "OZ : Shipi Shtrang, un des accolytes israëliens de Geller, entraîné à lui faire passer des informations dans certains tours de ses spectacles de cabaret, était souvent présent sur les lieux de l'expérience ou à proximité immédiate. Certaines de ses conversations avec Targ pendant qu'elle dessinait la cible ont probablement pu être entendues par Geller à travers le mur."

> Dans les expériences avec Geller, Shipi n’était pas là.


20. "OZ : Celui de Randi date de 1980, celui de Marks a été publié une première fois en 1974, puis une deuxième en 2000. Le temps écoulé a laissé tout loisir à Targ et Puthoff de produire toute réfutation qu'ils songeraient utile, en particulier entre les deux éditions de « The psychology of the psychic ». D'après Marks et les quelques recherches que j'ai pu effectuer, ils ne l'ont pas fait (ou pas suffisamment ouvertement), ce qui laisse malheureusement supposer que ces négligences ont été commises, ou au moins certaines d'entre elles."


> Puthoff a rencontré Randi. Il avait repris les 28 critiques de la part de Randi et est donc allé le voir pour en parler avec lui, en prenant la précaution d’enregistrer la conversation. Randi avoua qu’il avait faux sur tous les points. Il a même indiqué qu’il corrigerait cela lors des prochaines publications du CSICOP. Il ne l’a jamais fait. Concernant Marks, comme indiqué précédemment, Tart a refait les expériences en supprimant les indices. En somme, Targ et Puthoff ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour essayer de contrer ces arguments.

21. "OZ : Deux points sur les dix du tableau p. 67 sont de manière évidente dans l'océan (45°N, 150°O et 30°S, 0°), ce qui procure deux succès faciles. […] Surtout, le fait que Swann se propose lui-même avec insistance pour cette activité, dont il fixe lui-même le protocole, suffit à rendre suspecte cette « expérience ». Est-il si difficile d'avoir une idée (même vague) du paysage d'un lieu désigné par des coordonnées qui ne sont pas tirées au hasard, mais choisies par des gens ? Il suffit d'un peu d'entraînement... D'autant qu'aucune précision n'avait été définie à l'avance sur la qualité des descriptions et sur la taille de la zone désignée par les coordonnées.


> Eventuellement, à supposer que Swann connaissait parfaitement les coordonnées. Targ et Puthoff sont bien conscients de ce biais potentiel : lors des expériences ultérieurs avec des coordonnées qui ne permettaient pas de faire le lien, les résultats ont persisté.


22. "OZ : La première de ces expériences, celle d'Ingo Swann, a fait l'objet d'un commentaire de Randi. Ce dernier a contacté Arthur Hebard, le constructeur du magnétomètre, qui était présent durant l'expérience. Il ignorait avoir été cité dans « Aux confins de l'esprit », et en fut irrité. En effet, il n'a pas été consulté sur l'interprétation physique du phénomène observé. Contrairement à ce qu'affirment Targ et Puthoff dans un passage jouant implicitement sur sa propre caution, il dit disposer de plusieurs autres interprétations qu'un phénomène paranormal, par exemple un problème avec l'hélium servant à refroidir le magnétomètre, dont le réseau de distribution était utilisé simultanément par plusieurs laboratoires au SRI. Un tel problème avait déjà produit des perturbations similaires par le passé. Plutôt que cinq secondes, c'est dix à quinze minutes après le début de l'expérience que la modification de la courbe enregistrée est apparue. Il ajoute qu'un changement dans l'enregistrement n'implique pas forcément un changement dans le champ magnétique lui-même, contrairement aux dires de Targ et Puthoff (p. 57). Il estime enfin que la non-reproductibilité du phénomène le rend suspect."

> Là encore, on serait tenté d’être stupéfait concernant l’écart entre ce que rapportent Targ et Puthoff et la réalité, sauf que Rogo a voulu vérifier l’information voyant cet écart entre ce que disait Puthoff et ce que disait Randi. Rogo a fini par retrouver Arthur Hebard dans le New Jersey, dans les laboraoires de Bell. Hebard a tout d’abord indiqué être intéressé par la parapsychologie ce qui contredit l’affirmation de Randi selon laquelle il ne connaissait pas les affirmations de Targ et Puthoff. Mais plus important encore, Hebard a précisé que Randi lui avait demandé de l'appuyer pour dire que Targ et Puthoff étaient des menteurs. Il avait refusé. Hebard a bien confirmé qu’il y avait eu l’effet observé.


23. "OZ : Du point de vue méthodologique maintenant, Randi fait observer que Swann n'a jamais dit quelle modification il entendait provoquer : n'importe quel changement de l'enregistrement aurait ainsi pu être interprété comme un bon résultat.[…] après la fin de l'expérience proprement dite, alors que Swann ne regarde plus l'appareil, la courbe redevient normale. Rien n'est volontaire ici."

> C'est-à-dire que Puthoff fait venir un sujet, dit que ce serait formidable d’obtenir un effet, et un effet anormal se produit sur l'enregistrement, effet qui disparait ensuite. La corrélation est quand même intéressante.

24. "OZ : Page 44, on peut lire « nous apprîmes que demander à un sujet d'effectuer notre expérience plutôt que la sienne, c'était un peu comme exiger d'un pianiste se présentant à une audition de jouer de la flûte ». Même si la comparaison est forte, elle est fallacieuse. Abandonner la mise au point du protocole au sujet, c'est abdiquer toute possibilité de conclure valablement en risquant de se faire mener par le bout du nez."

> Mais Targ et Puthoff n'ont pas abandonné la mise en place du protocole au sujet. Ils ont essayé de prendre en compte ce qu'indiquait le sujet. Il est possible de s'adapter au sujet tant que les contrôles scientifiques sont suffisants.


25. "OZ : Le livre se clôt sur un chapitre intitulé « Utilisation pacifique de l'énergie psi », qui évoque le diagnostic médical par perception extrasensorielle. La fille de Russell Targ, Elizabeth, pratique d'ailleurs la « guérison quantique » à distance. La dérive me semble facile et dangereuse."


> La fille de Targ, Elizabeth, ne pratique plus rien puisqu'elle est décédée. Elle était psychiatre et effectuait des travaux sur le sida. En outre, la guérison psi n'est pas une absurdité si l'on suppose que les effet psi existent. Ils existent plusieurs études effectuées en conditions contrôlées qui méritent que l'on s'interroge plutôt que l'on stigmatise cela à coup de préjugés en en faisant une dérive "facile et dangereuse".


26. "OZ : Sous la direction d'Edwin May le programme de Targ et Puthoff s'est poursuivi sans eux au SRI jusqu'en 1989. Le partenariat avec la CIA et le Département de la Défense a donné lieu à d'importants investissements financiers, même s'ils ont fluctué en fonction du temps. En 1989, Stargate a quitté le SRI pour le SAIC (Palo Alto offices of Science Applications International Corporation). En 1995, la CIA, qui avait abandonné le programme avant de se le voir reconfier plus tard, conclut que « la vision à distance n'a pas montré de valeur dans les opérations de renseignement » ( « Remote viewing, as exemplified by the efforts in the current program, has not been shown to have value in intelligence operations ») et met fin au projet."


> C'est un résumé partial et incomplet. Il est facile de citer ainsi uniquement les arguments qui vont dans un sens "sceptiqu". La CIA a demandé une évaluation à l'AIR. Deux experts se sont prononcés : le psychologue sceptique Ray Hyman et et la statisticienne parapsychologue Jessica Utts. Leurs conclusions sont identiques en ce qui concerne l'appréciation de la méthodologie, de l'analyse et du taux de signification des effets obtenus. Mais elles divergent sur le plan de l'interprétation théorique et pragmatique : Hyman pense que le remote viewing n'a pas d'intérêt pour le renseignement. Utts pense au contraire que les travaux effectués démontrent l'existence des perceptions psi et sont utiles pour le renseignement. On remarquera également que Joe McMoneagle, l'un des espions médiums, a reçu la Légion du Mérite, la plus haute distinction pour un militaire qui n'est pas au front, pour avoir apporté des "informations cruciales et vitales pour le renseignement qui n'étaient pas disponibles par d'autres sources" lors d'environ 150 missions. Plusieurs gradés de haut niveau ont également indiqué l'importance de ce programme. On remarquera enfin que le président Ronald Reagan a indiqué que le programme Stargate était ce qui était le plus étonnant qu'il ait vu lorsqu'il était président. Reagan fait référence à un crash d'avion retrouvé grâce au programme Stargate. La réalité est donc autrement plus complexe que cette décision de la CIA qui est d'ailleurs très controversée puisque plusieurs experts indiquent qu'ils ne savent pas si ce programme n'a pas été fermé pour en ouvrir un autre plus secret vu les résultats obtenus.

27. "OZ : Targ et Puthoff avaient quitté le SRI depuis longtemps, Targ dès 1982, alors que la qualité de son travail était mise en cause par le Département de la Défense, et Puthoff en 1985, alors que la réputation de son équipe du SRI était sur le déclin.


> Nous ne savons pas d'où Cécile Ursini tire cette information concernant la qualité des travaux de Targ et Puthoff. A notre connaissance, ils étaient et sont encore des physiciens respectés. En revanche, Cécile Ursini ne cite pas les autres travaux dans lesquels Targ et Puthoff ont reproduit des résultats de ce type. Targ a publié plusieurs  articles reproduisant des résultats en conditions contrôlées. Puthoff a développé une technique d'application de remote viewing lui ayant permis de gagner 25 000 dollars (dont la description est publiée dans "Research in Parapsychology", 1984).


28. "OZ : Il est à noter que des expériences dont le but était de montrer cette synchronisation avaient déjà été menées avant celles du SRI et qu'il y en a encore, trente ans après, qui sont réalisées. La plupart sont négatives.

> Nous ne connaissons pas de méta-analyse sur la question. A notre connaissance plusieurs équipes ont reproduit ces résultats. Nous ne savons pas à partir de quelles données Cécile Ursini conclut que la plupart sont négatives.

Conclusion

Cet article permet de mieux comprendre l'approche zététique de Cécile Ursini et de l'Observatoire Zététique face à la parapsychologie :

  1. Lecture d'une publication de parapsychologie,
  2. Lecture des ouvrages sceptiques concernant cette publication,
  3. Critique de la publication de parapsychologie à partir des critiques provenant des ouvrages sceptiques.

C'est également le travail que nous faisons, sauf que par expérience, nous avons remarqué qu'il fallait se méfier des ouvrages sceptiques et douter même de ces ouvrages, nous rajoutons donc une autre étape :

      4. Vérifier que les critiques sceptiques sont justes.

Malheureusement, Cécile Ursini et l'OZ n'ont pas jugé bon de faire ce travail de vérification, alors que nous trouvons 28 points qui auraient pu bénéficier de précisions. C'est suite à de telles vérifications que nous sommes devenus de plus en plus critiques envers ceux qui se présentent comme sceptiques. A notre connaissance, le même trajet a été emprunté par plusieurs sceptiques devenus "pro-psi" (comme les appelle les sceptiques, puisque quelqu'un qui prend la défense des parapsychologues est souvent jugé comme étant nécessairement un croyant). Par exemple, Michael Prescott, ancien sceptique et fan de Randi, s'est lui aussi intéressé aux expériences de Targ et Puthoff et aux critiques de Randi. Voici ce qu'il en dit après quelques années à vérifier les dires de Randi :

"[...] j'avais des sentiments contrastés concernant Randi. Je le voyais comme fier et arrogant, mais je supposais qu'il était sincère, et de son point de vue, honnête. Après avoir analysé sa contribution à la controverse concernant Targ et Puthoff en détail, je ne suis pas du tout impressionné par ses arguments. Randi  s'est posé comme figure d'intimidation, souhaitant attaquer et ridiculiser, et ayant la volonté de modifier, voire même d'inventer des preuves. En somme, le genre de personne qui ferait n'importe quoi pour dominer un débat, que ce soit par des moyens honnêtes ou par le mensonge."

Nous avons déjà repéré dans d'autres travaux que Randi a plusieurs fois était pris très clairement en train de mentir dans ses affirmations sur des travaux de parapsychologie (Cf. en particulier les expérience de Sheldrake sur Jaytee). Pourrons-nous un jour voir un site sceptique accepter cette idée et relayer cette information pourtant démontrée clairement dans plusieurs écrits ?

Tant que cela ne sera pas le cas, nous resterons très prudents concernant les écrits sceptiques.
Sans ce travail de doute et de vérification, le risque est grand d'effectuer un travail de désinformation secondaire : des sceptiques sincères dans leur démarche et qui font confiance à des sceptiques médiatiques. Ils ne vérifient ni les sources, ni les travaux originaux, et se passent de l'avis des parapsychologues. Ils propagent alors des contre-vérités tout en étant persuadés de proposer des critiques justes et pertinentes. Nous trouvons donc intéressant que l'OZ et Cécile Ursini analysent des travaux de parapsychologie mais nous regrettons que cette approche se traduise par un doute qui ne doute pas des écrits sceptiques.

Ce travail de désinformation secondaire explique en grande partie pourquoi de nombreuses expériences de parapsychologie sont jugées à tort comme n'étant pas fiables. C'est aussi la raison pour laquelle la plupart des universitaires français ne peuvent prendre au sérieux ces travaux : soit ils ne les connaissent pas, soit ils pensent les connaître comme étant une somme d'erreurs et d'approximations.

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01 mars 2008

Télépathie par téléphone : relecture critique d'une recherche de Rupert Sheldrake

Introduction

phoneBeaucoup de personnes pensent faire l’expérience de savoir qui les appelle avant d’avoir décroché le combiné téléphonique. Cette tendance est confirmée par plusieurs sondages effectués par Rupert Sheldrake [1,2]. Ce dernier a proposé comme hypothèse que cette impression est due à une communication télépathique.

Pour tester cette hypothèse de la télépathie, des chercheurs ont effectué plusieurs études dont les résultats publiés dans plusieurs articles [3,4] se sont montré hautement significatifs. Sur plus de 850 tests faits avec 65 participants, les récepteurs ont fourni une moyenne de 42% de réponses justes contre 25% pour le hasard, soit une probabilité d’occurrence par le hasard de p=10-26[1]. Suite à ces résultats, Rupert Sheldrake et d’autres chercheurs ont renouvelé l’expérience pour la télévision britannique [5]. Les résultats annoncés comme une reproduction des résultats antérieurs, ont été pointés [6] par Florent Tournus de l’Observatoire Zététique comme non-significatifs.

Protocole

Le protocole utilise un groupe de 5 personnes constitué de 4 émetteurs et de 1 récepteur. Lors des essais, l’un des 4 émetteurs est choisi au hasard pour appeler par téléphone le récepteur. Le récepteur doit alors deviner et noter qui l’appelle avant de décrocher le combiné. Dans des conditions évitant tout biais de communication entre émetteurs et récepteur, cela laisse au récepteur 1 chance sur 4, soit 25% de chance de deviner par le hasard qui l’appelle.

Pour cette nouvelle expérience [5], le groupe des sujets était constitué des Nolan Sisters, 5 sœurs (Anne, Denise, Linda, Maureen et Colleen) ayant formé un groupe de musique connu en Angleterre durant les années 1980. Cette expérience était filmée par une équipe de télévision et destinée à être retransmise dans une émission : « Are you telepathic ? », produite par 20/20 Productions pour la Channel Five Television le 19 juin 2003.

Sheldrake___sch_ma_protocole

Figure : schéma du protocole lors de l’expérience télévisée

Expérience et résultats

Colleen a été désignée comme la réceptrice de l’expérience et Anne, Denise, Linda et Maureen comme les émettrices. La réceptrice et le groupe des émettrices ont été séparées d’une distance de plus de 1 km. Par la suite 12 tests ont été effectués. Sur les 12 tests effectués, les expérimentateurs ont relevés que la réceptrice, Colleen, a fournit 6 bonnes réponses. 

Analyse du protocole

Même si le protocole n’empêche pas la tricherie par téléphone mobile (ou un éventuel montage de l’émission), Sheldrake explique les raisons lui laissant penser que la fraude n'apparait pas comme plausible lors de l'expérience. Cependant le résultat de celle-ci a pu, comme le montre l'analyse de Florent Tournus [6], s'avérer en réalité non significatif, ce qui conduit à une conclusion inverse : cette expérience n’est pas une reproduction des résultats obtenus en [3,4] et ne soutient pas individuellement l’hypothèse de la télépathie.

Calcul de la probabilité d’obtention du nombre de réussites

Alors que le nombre d’essais est assez petit (12), les auteurs ont décidé d’utiliser la loi binomiale pour calculer la probabilité de réussites :

Sheldrake___formule_6

Cette probabilité se situant juste au-dessus du seuil significatif, une discussion est nécessaire pour justifier la significativité du résultat. Sur ce point, Sheldrake précise dans sa réponse à Tournus dans JSPR que cette approximation de 0,0544 à 0,05 est souvent utilisée en sciences.

Prise en compte d'essais potentiellement biaisés

Lorsque le juge, Pam Smart, a dû analyser les vidéo de l'expérience, il s'est avéré que  la réceptrice a décroché le téléphone avant d’avoir donné sa réponse à deux reprises, ce qui ne respecte pas le protocole. D'après Sheldrake, la vidéo montre qu'il n y a pas d'interaction entre la personne qui téléphone et la personne qui décroche avant qu'elle ne donne sa réponse. Mais le fait est que cela implique un biais potentiel (on peut par exemple imaginer que la réceptrice repère, consciemment ou inconsciemment, laquelle de ses soeurs est à l'autre bout du téléphone en fonction de sa respiration). Ainsi, l’émettrice peut laisser échapper un signal sonore (volontaire ou involontaire) que la réceptrice peut décrypter (consciemment ou inconsciemment), ce qui biaise l’essai. Sheldrake est conscient de ce biais et écarte donc ces deux essais. Mais il fait alors une erreur : étant donné qu'il y avait 6 réponses justes sur 12 sans ce biais, il reste 5 réponses justes sur 10. Mais Sheldrake considére que dans les deux cas le taux de réussite étant identique (50%), le résultat statistique reste valide et les résultats demeurent significatifs. Comme le remarque pertinemment Florent Tournus, ce n'est pas pareil d'avoir un taux de 50% de réussite selon qu'il y ait 10 ou 12 essais et six ou cinq réussites. Ainsi, lorsque ces deux essais sont écartés il reste 10 tests dont 5 sont des réussites ce qui donne le résultat suivant sur le plan statistique :

Sheldrake___formule_7

Nous obtenons ainsi clairement un résultat au-dessus de la barre des 5%. Le résultat n’est donc pas significatif comme le pointe Florent Tournus [6] et  ne soutient donc pas l’hypothèse de la télépathie même en regard des résultats antérieurs [3,4]. Il y a en effet au final une chance sur 12 d'obtenir un tel résultat et cela n'est pas significatif sur le plan statistique.

Faible nombre d’essais

Si les résultats cumulés des expériences [3,4] sont reproductibles (42% de réussite), il aurait été préférable de faire plus d’essais. En effet, avec un effet [2] provoquant une moyenne de 42% de réussite contre 25% pour la chance, il faudrait à peu près une trentaine d’essais pour que l’on puisse distinguer cet effet du hasard pour un seuil de 5%. Il aurait donc fallu prévoir plus d’essais en prenant en compte l’intervalle de confiance autour de ces 42%. Ainsi, le nombre d'essais prévus pour l’expérience, soit 12, était trop faible pour espérer obtenir un effet, à supposer que cet effet existe et si l'on se réfère aux travaux antérieurs.

Conclusion

Dans sa réponse à Florent Tournus dans le JSPR [6], Ruppert Sheldrake admet à demi-mot son erreur. Il confirme que le taux reste à 50 % mais que le résultat statistique baisse dès lors que l'on supprime les deux essais potentiellement biaisés. Sheldrake se réfère ensuite aux deux essais biaisés, qui ont pourtant été exclus. Donc, il apparait clairement que l’expérience télévisée ne donne pas de résultat significatif et qu'elle ne peut pas être considérée comme une réplication des résultats antérieurs. Il est alors ennuyeux que Sheldrake conclut quand même à la fin de sa réponse dans le JSPR que cette petite expérience supporte l'hypothèse de la communication télépathique. Il nous aurait paru plus simple que Sheldrake admette plus clairement son erreur. On remarquera enfin, comme le précise également Rupert Sheldrake, qu'il s'agissait d'une reproduction mineur qui s'inscrivait dans un ensemble plus grand de protocoles visant à tester cet effet. Il serait donc intéressant que soient examinés attentivement les résultats des autres expériences du même type afin de déterminer s'il faut rejeter l'ensemble des résultats provenant de ce type d'expérience ou bien uniquement les conclusions initiales de cette expérience.

Références

[1] Sheldrake R., JSPR (2000) 64 224-232 : Telepathic Telephone Calls: Two Surveys

[2] Sheldrake R., Brown D., JP (2001) 65 145-156 : The Anticipation of Telephone Calls: A Survey in California

[3] Sheldrake R., Smart P., JP 67, 187-206, (June 2003) 64, 224-232 : Videotaped Experiments on Telephone Telepathy

[4] Sheldrake R., Smart P., JSPR (July 2003) 67, 184-199 : Experimental Tests for Telephone Telepathy

[5] Sheldrake R., Godwin H., Rockell S.,(2004) JSPR 68, 168-172 : A Filmed Experiment on Telephone Telepathy with the Nolan Sisters.

[6] Tournus F., Sheldrake R., JSPR (april 2007) : Correspondance

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24 février 2008

Le CSICOP et les debunkeurs

TricksterandparanormalL'article qui va suivre est une traduction du chapitre 12 (pp.148-161) du livre The Trickster and the Paranormal, de Georges P. Hansen, sorti en 2001 aux éditions Xlibris. Il s'intéresse au groupe sceptique le plus célèbre outre-Atlantique, le CSICOP, récemment renommé CSI. Présenté lors de sa fondation en 1976 comme une autorité scientifique consacrée à l'étude du paranormal avec un abord critique, le CSI est rapidement devenu un lobbying avec une politique centrée sur la dénonciation du paranormal plutôt que sur la recherche scientifique. Le fonctionnement réel du CSI a déjà été analysé dans un article détaillé de Hansen publié en 1992 (CSICOP and the Skeptics : An Overview), et il interprète maintenant ces données à partir de sa théorie du Trickster, comme pattern anthropo-sociologique fréquemment associé aux effets du paranormal. Le Web francophone ne disposait pas de ces données qui permettent de prendre du recul sur les informations diffusées par ce groupe. Nous remercions G.P. Hansen de nous avoir permis de publier une traduction de son travail.
Goerges_P
Invité du Blog : Georges P. Hansen, est un chercheur en parapsychologie ayant été employé de plusieurs laboratoires. Il a publié plusieurs articles dans des revues scientifiques sur les statistiques, la fraude et la mystification, le mouvement sceptique, les prestidigitateurs en parapsychologie, et des cas de hoax. Il sait être aussi critiques avec les parapsychologues qu'avec les sceptiques. Il est membre de l'International Brotherhood of Magicians. Son blog : http://paranormaltrickster.blogspot.com/


Le CSICOP et les debunkeurs


Je suis un ennemi de tous les dieux. Prométhée[1]

Le Comité pour l’investigation scientifique des revendications du paranormal (Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal, CSICOP) est actuellement l’antagoniste le plus virulent du paranormal. C’est pourquoi une analyse de ce groupe permet de mieux comprendre la théorie du Trickster. Le personnel du CSICOP, sa structure organisationnelle, ses opérations, et sa démographie nous disent beaucoup sur le paranormal et son statut dans notre culture.

Le Comité fut fondé lors de la convention de l’Amercian Humanist Association de 1976. Il grandit vite, et son magazine, The Skeptical Inquirer, est maintenant produit à plus de 50 000 exemplaires[2]. Un sondage du lectorat montre que celui-ci comporte 54 % d’universitaires, dont 27 % ayant obtenu le grade de docteur[3]. Le CSICOP a compté pour membres Francis Crick, Murray Gell-Mann, Leon Lederman, Glenn Seaborg, et Steven Weinberg, tous prix Nobel, ainsi que le paléontologiste Stephen Jay Gould, le psychologue B.F. Skinner, l’astronome Carl Sagan, l’écrivain Isaac Asimov, le zoologiste Richard Dawkins, et le philosophe Sidney Hook, parmi d’autres. Le siège du CISCOP, près du campus Amherst de l’Université d’Etat de New York à Buffalo, est un building de 7 650 m², coûtant 4 000 000 de dollars, un montant inférieur au total des fonds récoltés pour le projet[4]. Le Comité a engendré plus de 65 groupes locaux ou internationaux avec des buts similaires. Cet accomplissement impressionnant fait que le CSICOP a une très bonne visibilité auprès des milieux académiques et des élites. Son succès contraste fortement avec celui de la parapsychologie scientifique. La diffusion du Journal of Parapsychology est de 757[5]. Il est donc compréhensible que de nombreuses personnes voient le Comité comme une autorité légitime sur le paranormal.

Alors qu’il prétend être impartial, la rhétorique initiale du CSICOP révélait son activité actuelle. Dans une interview dans le magasine Science, Lee Nisbet, Directeur exécutif du Comité, articula cette position : « [La croyance au paranormal] est un phénomène très dangereux, dangereux pour la science, dangereux pour le tissu basal de notre société… Nous sentons que le devoir de la communauté scientifique est de montrer que ces croyances sont tout à fait cinglées. »[6] Depuis ses premiers jours, le CSICOP a légèrement tempéré sa rhétorique mais pas sa position. Il dénonce toujours agressivement le paranormal et le labellise « irrationnel ». Le CSICOP agit comme une force pour marginaliser le supernaturel, et c’est sa fonction première.

Il n’est pas surprenant que les parapsychologues voient parfois le CSICOP comme leur ennemi. Cependant, une telle attitude leur empêche de reconnaître un tableau plus large. Le Comité exemplifie seulement des patterns persuasifs et personnifie des forces sociales à l’œuvre de nos jours. Le CSICOP bénéficie à la parapsychologie parce que son antagonisme est explicite plutôt que dissimulé, et qu’un examen détaché peut en clarifier les enjeux. Le Comité devrait devenir un objet d’étude et de réflexion.

Le CSICOP peut avantageusement être comparé avec ceux qui cherchent intentionnellement à se confronter aux phénomènes paranormaux. Il contraste certainement avec des groupes tels que les parapsychologues, les spiritualistes, le mouvement New Age, et la sorcellerie moderne. Contrairement à eux, le CSICOP soutient le statut quo. Il est plus structural qu’anti-structural ; il valorise la hiérarchie plutôt que la communauté ; il désire la stabilité plutôt que la liminalité. Néanmoins, parce qu’il se confronte directement avec le paranormal, il ne peut pas échapper à une certaine influence de sa part, et je vais montrer que le Trickster se manifeste à la fois avec le supernaturel et avec ses opposants.

En 1992, j’ai publié une présentation générale de 45 pages sur le CSICOP. J’ai identifié quatre caractéristiques distinctes du Comité : son association avec des scientifiques de haut niveau, sa forte dominance masculine, son sentiment anti-religieux latent, et le rôle actif joué par les magiciens. Cet article était largement descriptif ; il présentait une documentation exhaustive mais très peu d’interprétation. Ce nouvel article est plus interprétatif. Ceux qui cherchent des détails plus spécifiques pour le CSICOP devraient consulter mon précédent article.

Le CSICOP et la Science

Le CSICOP prétend être scientifique, mais il déploie depuis plusieurs années une politique officielle contre la recherche sur le paranormal en elle-même. La genèse de cette politique est amusante. En 1975, avant que le CSICOP ne soit fondé, le philosophe Paul Kurtz a produit un manifeste dénonçant l’astrologie, et 186 scientifiques le signèrent. Cela généra une importante couverture médiatique et servit de rampe de lancement pour établir le Comité. Kurtz a continué à recommander aux journaux de mettre cet avertissement sur leurs colonnes réservées aux horoscopes : « Attention : si elle est prise au sérieuse, cette colonne peut être dangereuse pour votre santé ! » (italiques de Kurtz[7]). A l’époque, Kurtz était éditeur du magazine The Humanist, et il avait permis la publication de quelques attaques scientifiquement erronées contre l’astrologie.

Contraint de défendre sa position, Kurtz fut mis au défi de mener une étude scientifique pour confirmer ou infirmer certaines découvertes astrologiques de Michel Gauquelin. Lui et ses collègues acceptèrent le défi. Dès le départ, Dennis Rawlins, un astronome membre du Conseil Exécutif du CSICOP, les prévinrent d’un problème sérieux dans leur approche, et il se porta plus tard volontaire pour aider à l’analyse mathématique des résultats du projet. Les données furent collectées et analysées, et les résultats soutinrent la découverte de Gauquelin que la position de Mars au moment de la naissance était indicative d’habilité sportive. Rawlins compris que la méthode de Kurtz était défectueuse et ne fut pas convaincu par les données, mais il dit également que les résultats, favorables à Gauquelin, devaient être publiés honnêtement. Kurtz enragea de recevoir ce conseil, et il refusa de le suivre. Rawlins accusa Kurtz de dissimuler les erreurs, et il essaya à maintes reprises de porter les problèmes à l’attention des autres membres du CSICOP. Rawlins ne fut pas entendu, et se vit même éjecté du Comité, accompagné d’un certain nombre de membres du CSICOP qui démissionnaient à cause de cette dissimulation. Rawlins publia un exposé de 32 pages dans le numéro d’octobre 1981 du magazine Fate, et le même mois, le CSICOP adopta une politique officielle pour ne plus conduire de recherches[8].

Après que le scandale devint publique, les sociologues Trevor Pinch et Harry Collins publièrent une étude du CSICOP. Ils prévinrent explicitement le Comité que s’il conduisait réellement des recherches, il ne serait plus à même de tenir la vision de la science qu’il tenait jusqu’à alors. Les processus scientifiques ne sont pas toujours aussi objectifs qu’on aurait tendance à le penser, et des facteurs sociaux jouent un rôle significatif dans l’interprétation des résultats. Cela vaut entièrement pour l’idéologie du CSICOP. Si quelqu’un fait de la recherche, il court le risque d’obtenir des résultats inattendus, un danger que Kurtz avait sans aucun doute compris à ce moment-là. La politique du Comité s’accorda avec le conseil de Pinch et Collins de ne conduire de recherche en aucun cas[9].

Plutôt que de l’investigation scientifique, les efforts prioritaires du CSICOP furent dirigés vers l’opinion publique qu’il s’agissait d’influencer. Leur magazine déploya d’innombrables articles décrivant le traitement médiatique du paranormal et décrivant la tentative du CSICOP pour combattre toute réception favorable de ce sujet. Ces priorités sont particulièrement frappantes dans leur Manuel pour les groupes locaux, régionaux et nationaux (1987). 17 pages sont vouées à la « Façon de gérer les médias » et aux « Relations publiques » ; par contraste, seules trois pages sont consacrées à « L’investigation scientifique ». Aucune référence scientifique n’est citée dans cette dernière section, et le lecteur est renvoyé au livre de Paul Kurtz La tentation transcendantale, pour une explication de la méthode scientifique. Ce volume n’est en aucun cas un manuel scientifique, et parmi d’autres choses, il suggère que Jésus et Lazarus avaient une relation homosexuelle[10]. C’est un exemple de la façon de promouvoir un travail essentiellement religieux comme s’il s’agissait d’un texte scientifique, une tactique dont le CSICOP accuse souvent leurs opposants.

La fonction actuelle du CSICOP peut être mis en contraste avec celle d’organisations scientifiques telles que l’American Physical Society, l’Amercian Anthropological Association, et l’American Chemical Society. Il y en a des centaines d’autres qui partagent les mêmes caractéristiques. Leurs objectifs, leur structure organisationnelle, leurs opérations, leur démographie indiquent comment des sociétés scientifiques font progresser leurs champs. Le tableau suivant liste certains contrastes entre ces organisations et le CSICOP[11].

                                   
 

Sociétés scientifiques

 
 

CSICOP

 
 

Les sociétés scientifiques   publient des revues techniques, à comité de lecture, qui sont conçus en   priorité pour les spécialistes de la discipline.

 
 

Le CSICOP ne publie aucune   revue. Il produit un magazine populaire comportant des bandes dessinées et   des caricatures, et recommande que les articles techniques soient soumis à   des périodiques scientifiques.

 
 

Les revues scientifiques sont   éditées par des spécialistes qui ont une formation dans leur discipline et   qui ont réalisé des contributions techniques à leur champ.

 
 

Le Skeptical Inquirer est édité par un journaliste.

 
 

Les sociétés scientifiques sont   dirigées par des scientifiques éminents qui ont fait des contributions   majeures à leur champ.

 
 

Le CSICOP est dirigé par un   philosophe-businessman qui n’a jamais publié aucune recherche empirique sur   le paranormal dans une revue scientifique à comité de lecture.

 
 

Les dirigeants des sociétés   scientifiques le sont généralement pour un an ou deux.

 
 

Le président (chairman) du   CSICOP tient cette position depuis plus de deux décennies.

 
 

Les comités directeurs des   sociétés scientifiques sont généralement élus, et leurs membres occupent   cette fonction durant quelques années.

 
 

De nombreux membres du comité directeur   ou du comité exécutif du CSICOP sont dans leurs fonctions depuis des   décennies.

 
 

Les organisations scientifiques   organisent des conférences pour les spécialistes. Ils font des appels à   contributions publiés dans des revues, et les articles soumis transitent par   un comité de lecture.

 
 

Le CSICOP propose des   conférences pour le grand public avec un important battage médiatique. Les   appels à contributions ne sont pas publiés. Les présentations sont conçues   plus pour le grand public que pour les spécialistes techniques.

 
 

Les organisations scientifiques   promeuvent le développement professionnel de leur champ auprès des étudiants   dans les départements universitaires.

 
 

Le CSICOP promeut des   organisations profanes.

 
 

Le statut dans les   organisations scientifiques dépend de la publication d’articles dans des   revues professionnelles de la spécialité appropriée.

 
 

Le statut au CSICOP dépend du   statut scientifique ou médiatique, mais n’est pas relatif aux investigations   du paranormal.

 

Par lui-même, ce tableau devrait alerter n’importe quel lecteur sur le fait que la recherche scientifique n’est pas la grande priorité du Comité. Ce n’est pas surprenant, étant donné que sur quatre membres du Comité directeur, seul James Alcock est un scientifique.

Alors que le CSICOP possède un building valant plusieurs millions de dollars, une équipe rémunérée, et une bibliothèque d’une bonne taille, il n’a pas de programme de recherche. En fait, durant les quinze premières années de son existence, aucun des membres scientifiques du Conseil exécutif n’a publié un rapport sur une expérience parapsychologique dans une revue à comité de lecture. Le CSICOP n’a pas établi de laboratoire où des chercheurs pourraient essayer de provoquer des phénomènes paranormaux ; il ne fait aucun effort pour la recherche comparable à ceux d’une organisation scientifique. Toutefois, de temps à autre, un membre conduit un test ad hoc d’un sujet psi durant une après-midi et publie un bref rapport pour un périodique populaire.

Le Comité ne devrait pas être critiqué trop sévèrement pour tout cela, parce que les scientifiques installés confortablement dans l’establishment académique ne se confrontent que rarement, si ce n’est jamais, avec les revendications paranormales, alors que le CSICOP le fait. Son empressement pour combattre le paranormal implique la reconnaissance de son importance, au moins indirectement, et cela a des conséquences. Jusqu’à un certain point, le CSICOP tient un statut intermédiaire. Son siège est juste à côté d’un campus universitaire, et cela est symbolique d’un modèle plus général. Le CSICOP sert comme un tampon entre l’establishment académique et les revendications du paranormal. Les revendications ne sont pas conduites à l’intérieur du monde académique mais gérées à sa périphérie. Les membres scientifiques les plus éminents n’ont virtuellement rien à faire avec le fonctionnement du CSICOP ; ils servent juste de prête-nom pour des campagnes mais commentent rarement en public le paranormal. Lorsqu’ils le font occasionnellement, ils révèlent une vaste ignorance. Par conséquent, les scientifiques ne sont pas les principaux debunkers ; leur tâche revient prioritairement aux journalistes, aux magiciens et aux philosophes. Les plus actifs sont Kendrick Frazier, journaliste et éditeur du The Skeptical Inquirer ; Joe Nickell, écrivain ; Martin Gardner, écrivain et magicien ; James Randi, magicien ; Philip J. Klass, journaliste ; Paul Kurtz, philosophe et président (chairman) du CSICOP. Les quatre psychologues qui sont des debunkers actifs, à savoir Ray Hyman, James Alcock, Susan Blackmore et Richard Wiseman, ne figurent certainement pas parmi les scientifiques les plus éminents.

Bien que nettement différent des sociétés scientifiques, le Comité se prête pourtant encore à quelques parallèles avec la science. Par exemple, le CSICOP est particulièrement attentif aux problèmes de statuts. Le Comité honore des scientifiques de haut niveau, les invite à des congrès, leur donne des prix, et écrit des articles favorables à leurs endroits. Les membres du CSICOP[12] sont typiquement recrutés sur la base de leur prestige plutôt que sur celle de leurs recherches sur le paranormal. Leur statut autorise le Comité à parler avec une voix d’autorité, et ceux qui ne sont pas d’accord sont représentés comme des marginaux ou des scientifiques sans valeur, pouvant ainsi être éconduits.

La structure, les statuts et la hiérarchie sont maintenant centraux en science, et dans la bureaucratie en général. Dans l’ouvrage classique The Sociological Imagination (1959), C. Wright Mills consacre un chapitre entier à « l’ethos bureaucratique » de la science. Plusieurs années de formation sont requises avant de devenir un scientifique accompli, et il y a différents niveaux de statuts avant de devenir un praticien (rangs de professorat, grades scolaires, et différents niveaux de récompenses professionnelles). La hiérarchie est étendue à l’international. Ceux qui ont le plus été récompensés par le système lui vouent allégeance. Ils ont passé leurs vies à construire et grimper sur un édifice qui va perpétuer leur héritage. Les personnalités les plus à même d’opérer dans la hiérarchie des structures de l’Institution ont acquis des droits importants. Ils obtiennent des positions d’influence, gagnent des prix et des titres honorifiques, et autorisent la publication d’articles. Max Weber indiquait que les bureaucraties sont une partie du processus de rationalisation. Elles aident à désenchanter le monde et sont hostiles au pur charisme, qui implique des manifestations de pouvoir supernaturel. Considérant tout cela, il n’est pas surprenant que le sociologue James McClenon a trouvé que la soi-disant élite (c’est-à-dire les plus haut statuts) scientifique est un des corps les hostiles à la parapsychologie[13].

Anti-religion et Rationalisme

Dans mon article de 1992 sur le CSICOP, j’avais discuté de façon exhaustive des facteurs religieux affectant le Comité. Plus tard, certains de ses membres et soutiens se plaignirent auprès de moi en privé parce que j’avais consacré trop d’espace pour cela. C’était évidemment un problème sensible pour eux, et ils n’étaient clairement pas à l’aise avec ses implications.

Le CSICOP est pénétré d’un sentiment anti-religieux, et j’ai facilement compilé une liste de 29 membres ayant publiquement admis avoir des positions non-théiste ou athéiste. Cela constitue plus de 25 % des membres officiels de l’organisation. Ce pourcentage n’était pas attendu étant donné que le groupe se compose surtout d’universitaires, mais le plus frappant reste la façon agressive dont ils ont pu témoigner publiquement leur incroyance religieuse. Ces personnes promeuvent vigoureusement leurs opinions religieuses, et un certain nombre d’entre eux contribuent à des périodiques comme l’American Atheist de Madalyn Murray O’Hair.

En tant qu’organisation, le CSICOP est un allier formel des groupes athéistes. Il partage un building, du personnel, de la fourniture de bureau, et des recherches de fond avec le Conseil pour un humanisme démocratique et séculier (Council for Democratic and Secular Humanism, CODESH). Les deux organisations se chevauchent énormément, et toutes les deux sont dirigées par Paul Kurtz. Lorsque je visitais leurs bureaux en 1991, je m’étais assis dans une salle de lecture attenante à une photocopieuse. A plusieurs reprises, j’ai entendu des employés se demander si les copies devaient être payées par le CSICOP ou le CODESH, ce qui illustre le manque de démarcation entre les deux organisations. Certains pourraient être gênés qu’un nom aussi long et encombrant fût sélectionné pour désigner le Conseil, ainsi qu’avec l’usage de l’acronyme CODESH, à la place de CODASH avec un « A » pour « and ». Quand on sait que « kodesh » est le mot hébreu pour « sacré », cela fait sens. L’acronyme fut évidemment choisi pour taquiner la religion juive[14]. Quelqu’un s’est probablement plaint car le nom a été changé en Council for Secular Humanism en juin 1996.

Le Conseil publie Free Inquiry, un magazine qui dénigre la religion ; et il publie aussi le Secular Humanist Bulletin, édité par Tim Madigan, un cofondateur des Catholiques Anonymes. Kurtz a fondé l’Académie de l’Humanisme pour honorer des personnalités éminentes qui ont eu des croyances favorables à l’humanisme séculier ; approximativement un tiers des membres de cette Académie était affilié au CSICOP. Une autre connexion organisationnelle existe avec la Rationalist Press Association (RPA) en Grande-Bretagne, dont plusieurs des Associés d’honneur sont affiliés au CSICOP. De plus, l’American Rationalist fut édité par le membre et employé du CSICOP Gordon Stein.

L’affiliation explicite de rationalistes avec les organisations de debunking est conforme aux précédents historiques. De façon inhérente, le rationalisme est antagoniste au paranormal et au supernaturel, et cela s’est vu dès les premiers jours des sociétés de recherche psychique. Depuis un siècle, la RPA s’occupait d’éditions similaires à ce que sont aujourd’hui les Prometheus Books. Avec leur maison d’édition Watts & Co., la RPA a publié de nombreux volumes attaquant le spiritisme et la recherche psychique. Ce long antagonisme est inhérent, car les debunkers sont fondamentalement une force pour la rationalisation et le désenchantement du monde (au sens des termes de Max Weber).

Le CSICOP est un exemple extrêmement riche pour la rationalisation et ses conséquences. Comme cela a été discuté dans le chapitre sur Weber, la rationalisation est un processus en cours sur le long terme. Il est particulièrement marqué dans le monde académique, mais se retrouve aussi dans la religion. La marginalisation du mysticisme et des miracles dans les grandes lignes des dénominations du protestantisme en est un exemple. En fait, virtuellement toutes les religions reconnaissent les pouvoirs supernaturels mais ajoutent des restrictions à leur sujet. Elles les gardent à une certaine distance. Les premiers hommes avaient compris que le supernaturel était dangereux. Il devait être mis à l’écart du monde quotidien. Il y avait des règles, des prohibitions et des tabous à son endroit. Ce processus se poursuit aujourd’hui, mais à un niveau inconscient. La religion établie et le CSICOP, chacun avec ses propres moyens, découragent la fréquentation du paranormal. Tous les deux imposent des tabous. Les religions décrètent que l’occulte traîne le péché ; le CSICOP le marginalise en le rendant ridicule. Tous les deux font respecter le tabou, mais par des voies quelque peu différentes.

Le mouvement sceptique exemplifie les tendances des pensées scientifiques et académiques. Il les rend explicites. Plusieurs psychologues et sociologues avaient prédit la fin de la religion pendant des décennies et avaient largement évité son étude. L’éminent sociologue Peter Berger déclarait : « Durant les dernières années, les sociologues, à quelques exceptions près, ont montré très peu d’intérêt [dans la religion], probablement parce qu’ils ont juré allégeance à un ‘progressisme’ scientifique qui regarde la religion comme un résidu voué à disparaître, tiré des âges sombres de la superstition, et ne se préoccupait pas d’investir leurs énergies dans l’étude d’un phénomène moribond. »[15]

Beaucoup de psychologues sont même gênés par ces gens qui croient, quant bien même un sondage réalisé en 1994 par U.S. News & World Report montrait que 93 % des américains adultes croyaient en un Dieu ou un esprit universel[16]. Manifestement, de nombreux sociologues ne peuvent pas comprendre un vaste domaine de l’expérience humaine. Ils sont isolés des gens ordinaires, et leur existence aliénée à une tour d’ivoire les coupe de toute compréhension.

Même les universitaires ouverts à la religion sont fortement influencés par ces tendances. Par exemple, Peter Berger, qui est lui-même activement religieux, dit dans son livre La rumeur des anges (1990) à propos du supernaturel : « C’est impossible d’être sûr si une telle redécouverte [du supernaturel] va rester la propriété de minorités isolés cognitivement » (italiques ajoutés)[17]. Alors qu’un sondage en 1993 par le magazine Time montrait que 69 % des Américains adultes croyaient aux anges[18]. Ce sont clairement les universitaires qui sont les « minorités isolés cognitivement ». Berger se spécialise dans la sociologie de la religion. Son ignorance des données basiques de l’expérience humaine est comparable à un physicien qui ne connaîtrait pas la densité de l’eau, et en fait étalage publiquement. Et pourtant, Berger est typique ! C’est difficile à comprendre pour les personnes ordinaires, mais beaucoup de travaux académiques sont marqués par ces abstractions extrêmes, et cela porte préjudice à la compréhension du supernaturel.

D’une certaine façon, les sceptiques sont plus astucieux que l’universitaire moyen, et le philosophe-businessman-debunker Paul Kurtz a probablement une meilleure intuition des problèmes posés par le supernaturel que la majorité des chercheurs en religion. La plupart d’entre eux ne saisissent pas la portée problématique d’objets comme le numineux et le supernaturel. Beaucoup considèrent le supernaturel seulement comme une superstition vulgaire, et ses problèmes ont été bannis de l’horizon intellectuel académique, quand bien même ils ont été énormément discutés au début du XXe siècle. Dans Le sacré (1917), l’éminent chercheur allemand Rudolf Otto a reconnu que : « En vérité, l’ennemi a souvent un vision plus affûtée dans ce domaine que le champion de la religion ou le théoricien neutre et impartial. De leur côté, les adversaires savent très bien que tout le ‘tapage à propos du mysticisme’ n’a rien à faire avec la ‘raison’ ou la ‘rationalité’. » [19]

Les dynamiques de personnalité de certains sceptiques peuvent les rendre inconsciemment sensibles à ces problèmes cruciaux. Peut-être sentent-ils le potentiel subversif, destructif et chaotique du Trickster, de l’anti-structure et du paranormal[20]. Le sociologue Nachman Ben-Yehuda dans son livre Deviance and Moral Boundaries (1985) notait : « Le sens de l’effroi et de la perplexité expérimenté de façon répétée dans la science-fiction et dans l’occultisme amène nécessairement celui qui le vit au plus proche de ce que O’Dea (1966) appelait les « points de rupture » existentiels, ou à une situation liminale, c’est-à-dire à un état transitoire de l’existence… Il devient impossible de le rencontrer dans la science-fiction et l’occultisme et d’y rester indifférent, à moins d’être protégé par une autre croyance forte » (italiques ajoutés)[21]. Il poursuit en disant que « les phénomènes relatifs à l’occultisme [fantômes, possession, réincarnation, transes, séances spirite, écriture automatique] peuvent avoir un impact expérientiel plus profond et plus persuasif sur un observateur que la science-fiction. »[22] Comme nous l’avons discuté dans le chapitre sur le totémisme et la pensée primitive, ces passages font allusion au pouvoir du numineux.

Alors que les religions mettent en place des restrictions contre la fréquentation du supernaturel, les athéistes et les rationalistes préfèrent bannir ou réprimer entièrement ces idées. Le supernaturel se retrouve encore dans toutes les cultures, et il ne peut pas être effectivement éliminé par des incantations rationalistes comme : « des revendications extraordinaires requièrent des preuves extraordinaires. » Le paranormal fait partie de la condition humaine, et sa répression a des conséquences. John Wren-Lewis, un physicien mathématicien et professeur de religion, a écrit dans le Journal of Humanistic Psychology à propos de l’antagonisme à la parapsychologie, et il remarquait « qu’il est clair que le meilleur exemple d’émotion forte de nos jours vient de ceux qui ont des sentiments antireligieux » (italiques de Wren-Lewis)[23]. Il écrivait ceci en 1974, avant même que le CSICOP soit formé. D’autres ont reconnu ces sentiments forts. John F. Schumaker, un psychologue clinicien qui est également debunker, a reporté que, sur la base de ses propres études, « les personnes avec des croyances religieuses traditionnelles ont significativement moins de symptômes de maladies mentales que les athéistes. »[24] Il a conclu qu’il y a un besoin pour la croyance au paranormal, et que ceux à qui elle manque ont des niveaux de stress et d’anxiété plus élevés.

D’autres auteurs ont documenté le comportement irrationnel des sceptiques lorsqu’ils sont confrontés à des revendications paranormales. Le livre de Walter Franklin Prince La frontière enchantée (The Enchanted Boundary, 1930) était entièrement consacré à cette question. Prince était un membre du clergé épiscopal, et un des chercheurs en science psychique les plus prudents et les plus respectés durant les premières décennies du XXe siècle. Ses analyses considérables et détaillées démontrent encore et encore que lorsque des critiques croisent le domaine de la recherche psychique et tentent d’examiner les preuves, elles perdent le sens commun et les bonnes capacités de jugement qu’elles montrent dans d’autres activités. L’incapacité du CSICOP à mettre en place un programme de recherche scientifique systématique et leur choix de dénoncer, plutôt que d’investiguer, le paranormal, est un indicateur du pouvoir de la frontière enchantée. En essence, la frontière enchantée de Prince est le liminal de van Gennep et Turner.

La figure du Trickster

Le volume pur et l’intensité des activités des debunkers suggèrent quelque chose d’autre qu’une enquête dépassionnée ; on suspecte plutôt l’opération d’une sorte de processus énergétique, inconscient, archétypal. La figure du Trickster Prométhée éclaire cela, et il a beaucoup en commun avec les sceptiques. Prométhée n’était pas un dieu, mais un titan qui vola le feu aux dieux pour le bénéfice de l’humanité. Il partage certaines mais pas toutes les caractéristiques d’Hermès. Dans son livre Hermes and His Children, Rafael Lopez-Pedraza explique : « Prométhée ne montre en aucun cas de le côté indigne et faible d’Hermès ; au contraire, il veut ordonner le monde, mais du fait de l’énergie indifférenciée tirée de sa nature titanesque, cela devient seulement une ambition de prise de pouvoir. Il montre seulement une rébellion suspecte et vantarde contre les formes archétypiques de la vie, formes qu’il arrive à faire chanter ou à détruire. Il montre un manque de tolérance, que l’on peut sentir dans les attitudes des nombreux missionnaires d’aujourd’hui, si prédominants et si différents de la variété de l’attitude d’Hermès.

« Hermès vole et puis sacrifie aux dieux tout ce qu’il a volé, alors que Prométhée sacrifie aux dieux et par ce sacrifice, il dupe et il vole. Si le sacrifice d’Hermès semble être le sacrifice religieux par excellence, alors le sacrifice de Prométhée est simplement son opposé – il est ouvertement anti-religieux. Nous pouvons donc considérer que la fonction anti-religieuse dans l’homme est prométhéenne. »[25]

Les commentaires de Lopez-Pedraza furent faits à partir d’une compréhension psychologique de Prométhée, sans aucune référence à la controverse sur le psi. A la lumière de cela, ils deviennent encore plus pertinents lorsque l’on sait que les Prometheus Books sont les éditeurs les plus actifs de travaux de debunkers et un pourvoyeur majeur de tracts athéistes ou anti-religieux ; ils furent fondés par Paul Kurtz, président (chairman) du CSICOP[26]. (Pour poursuivre sur la similitude avec la constellation du Trickster, il faut savoir que les Prometheus Books publient également un certain nombre de titres qui défient la morale sexuelle traditionnelle.)

Bien que les aspects de Prométhée présentés ci-dessus ne sont pas flatteurs pour les sceptiques, cette figure mythologique possède néanmoins plusieurs attributs positifs. Pour son vol du feu, Prométhée fut enchaîné à un rocher sur ordre de Zeus, et un aigle mangea son foie. L’organe se renouvelait chaque jour, était mangé encore et encore, prolongeant ainsi l’agonie de Prométhée. Prométhée a donc souffert pour avoir aidé les hommes et soutenu leur dignité ; il a défié les dieux qui pouvaient être vaniteux, imprévisibles, vengeurs et même cruels. Leurs pouvoirs avaient besoin d’être réduits.

L’influence du Trickster sur le CSICOP est également perceptible dans la disproportion du nombre de magiciens dans l’organisation. Dans mon étude de 1992, j’ai trouvé qu’au moins 13 magiciens avaient été des membres officiels du CSICOP (environ 10 % du total des membres officiels). Cela nous ramène au départ historique, au prédécesseur immédiat du CSICOP qu’était le RSEP (Resources for the Scientific Evaluation of the Paranormal), constitué en effet d’un groupe de magiciens incluant Martin Gardner, Ray Hyman, James Randi et Marcello Truzzi. Truzzi et Hyman étaient aussi professeurs, et Gardner un écrivain, mais ils ont tous les trois fait des contributions substantielles à l’art de la magie pour lesquelles ils étaient bien reconnus. Randi et Gardner ont été les promoteurs les plus efficaces du CSICOP, devenant les figures dominantes des débats sur la parapsychologie à un niveau populaire.

Les Contributions du CSICOP à la Parapsychologie Scientifique

Je me suis concentré sur le rôle social joué par le CSICOP, accordant peu d’attention à sa contribution sur des questions techniques en parapsychologie. Ce n’est qu’un aspect mineur de ses activités. Néanmoins, deux de ses membres méritent une mention spéciale. Le psychologue Ray Hyman a fourni un commentaire détaillé sur plusieurs expériences parapsychologiques, et il doit être considéré comme le critique extérieur le plus proéminent sur des questions techniques. Je dois cependant ajouter que certaines de ses critiques sont sérieusement affectées de défauts, dont un certain nombre ont déjà été démontrés[27]. Martin Gardner a critiqué de manière incisive des manquements dans les contrôles visant à éviter la fraude dans des études parapsychologiques. Il est une figure exceptionnellement importante du mouvement sceptique, et son travail sera analysé dans un autre chapitre du livre.

Le Comité a réalisé une contribution valable en insistant sur l’association fréquente entre le paranormal et la mystification. Il a eu une grande influence sur mon intérêt pour ce sujet. J’ai publié moi-même de nombreux articles critiques, et les membres du CSICOP Philip J. Klass et Martin Gardner m’ont fourni une aide précieuse pour certains d’entre eux. Plusieurs de mes collègues en parapsychologie ignorent le problème de la mystification, et la plupart n’ont pas développé de compétences en prestidigitation de manière à pouvoir exclure certaines tricheries dans leurs études. En effet, dans mon étude de 1990 sur les 23 anciens présidents de la Parapsychological Association, j’ai noté que seuls 4 d’entre eux avaient suivi des cours en magie et seulement un possédait plus de huit livres sur le sujet[28]. La formation donnée aux étudiants perpétuent ce que j’ai appelé « l’héritage de l’ignorance de la magie »[29]. La somme éditée par Benjamin Wolman (Handbook of Parapsychology, 988 pages, 1977) est révélateur : son index de 30 pages ne contient aucune entrée pour les mots « prestidigitation », « dissimulation », « mystification », « fraude », « illusionnisme », « dextérité » ou « tricherie ». Toutes les entrées à « magie » et « magiciens » réfèrent à des notions anthropologiques ou occultes. Il n’est peut-être pas trop fort de dire qu’une telle négligence a été pathologiquement naïve.


[1] Prometheus Bound par Aeschylus. Traduit par Rex Warner. New York : Heritage Press, 1966, p.41.

[2] Le chiffre figure sur le Skeptical Inquirer, Novembre/Décembre 1999, p.21.

[3] Communication personnelle de Barry Karr, le Directeur Exécutif du CSICOP, 19 août 1991.

[4] La taille du building n’est pas claire. Skeptical Inquirer, Printemps 1993, p.249 donne le chiffre de 25,000 pieds carrés ; le numéro de Septembre/Octobre 1995, p.55, donne 20,000 pieds carrés ; le numéro de Juillet/Août, p.8, donne 15,000 pieds carrés. Le CSICOP a annoncé que la récolte de fonds avait permis d’obtenir 4,200,000 de dollars, ce qui excédait l’objectif préalablement fixé ; cf. Skeptical Inquirer, Mai/Juin 1995, p.8.

[5] Diffusion du numéro de mars 1997.

[6] Nicholas Wade, A Pyrrhonian Sledgehammer, Science, Vol.197, 1977, pp.646-647, cf. p.646 pour la citation.

[7] Astrology and Gullibility, par Paul Kurtz, The Humanist, 1975, Novembre/Décembre, Vol.35, n°6, p.20.

[8] Policy on Sponsoring Research, Testing Individual Claims, and Conducting Investigations of Alleged Paranormal Powers and Phenomena, Skeptical Inquirer, Vol.6, n°3, Printemps 1982, p.9. Le Comité Exécutif du CSICOP approuva la politique lors de la réunion du 22-24 octobre 1981.

[9] Pinch, T., & Collins, H. (1984). Private Science and Public Knowledge : The Committee for the Scientific Investigation of the (sic) Claims of the Paranormal and Its Use of the Literature. Social Studies of Science, 14 : 521-546.

[10] Kurtz, P. (1986). The Transcendental Temptation : A Critique of Religion and the Paranormal. Buffalo, NY : Prometheus Books, p.146.

[11] Le livre de Kurtz Toward a New Enlightenment : The Philosophy of Paul Kurtz (1994) contient une liste de ses publications. Bien que des centaines d’articles soient listés, je n’ai trouvé aucun rapport sur une recherche empirique publié dans une revue à comité de lecture.

[12] Je me réfère ici aux Full Members. Le CSICOP propose plusieurs statuts : Fellows, Scientific and Technical Consultants, Comité Directeur et Comité Exécutif.

[13] McClenon, J. (1982). A Survey of Elite Scientists : Their Attitudes Toward ESP and Parapsychology. Journal of Parapsychology, 46 : 127-152. McClenon, J. (1984). Deviant Science : The Case of Parapsychology. Philadelphia, PA : University of Pennsylvania Press.

[14] Je voudrais remercier Jennie Zeidman d’avoir porté ce point à mon attention.

[15] Berger, P.L. (1990). A Rumor of Angels : Modern Society and the Rediscovery of the Supernaturel. (Expanded edition). New York : Anchor Books Doubleday, p.4. (Première édition publiée en 1969.)

[16] Sheler, J.L. (1994). Spiritual America. U.S. News & World Report, April 4, pp.48-59.

[17] Berger, P.L. (1990), p.182.

[18] Gibbs, N. (1993). Angels Among Us. Time, December 27, pp.56-65.

[19] Otto, R. (1917/1975). The Idea of the Holy : An Inquiry into the Non-rational Factor in the Idea of the Divine and its Relation to the Relational. (Traduit par John W. Harvey), London : Oxford University Press, p.4. (Publication originale en 1917.)

[20] Voir Stillings, (1984). The Darker Side of Psi : Letters to Dr. Charles T. Tart. Newsletter [of the] Archaeus Project, 3(6), December, pp.12-15.

[21] Ben-Yehuda, N. (1985). Deviance and Moral Boundaries : WItchcraft, the Occult, Science Fiction, Deviant Sciences and Scientists. Chicago, IL : The University of Chicago Press, p.91.

[22] Ben-Yehuda, (1985), p.93.

[23] Wren-Lewis, J. (1974), Resistance to the Study of the Paranormal. Journal of Humanistic Psychology, 14(2) : 41-49 ; p.43 pour la citation.

[24] Schumaker, J. F. (1990). Wings of Illusion : The Origin, Nature and Future of Paranormal Belief. Buffalo, NY : Prometheus Books, p.82.

[25] Lopez-Pedraza, R. (1977/1989). Hermes and His Children. (New expanded edition). Einsiedeln, Switzerland : Daimon Verlag, p.61.

[26] Concernant l’interprétation de Prométhée par Kurtz, voir Promethean Love : Unbound, dans son livre Towards a New Enlightenment : The Philosophy of Paul Kurtz (1994, pp.279-291).

[27] Hansen, G. (1991). The Elusive Agenda : Dissuading as Debunking in Ray Hyman’s The Elusive Quarry. Journal of the American Society for Psychical Research, 85 : 193-203. Pour d’autres erreurs statistiques d’Hyman, voir : On Hyman’s Factor Analysis par David R. Saunders, Journal of Parapsychology, Vol.49, n°1, 1985, pp.86-88. Voir aussi : Rejoinder to Jessica Utts, Statistical Science, Vol.6, n°4, 1991, pp.396-403, en particulier pp.398-399.

[28] Hansen, G. (1990a). Description by Subjects in Psi Research. Journal of the American Society for Psychical Research, 84 : 25-80 ; citation p.56.

[29] Hansen, G. (1992d). The Research with B.D. and the Legacy of Magical Ignorance. Journal of Parapsychology, 56 : 307-333.

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20 février 2008

Protocole de l'Observatoire Zététique : un détail dans l'expérience de radiesthésie

Quand le radiesthésiste se rend aux toilettes

0000011800452026Lors de récents échanges sur la mail-liste "psiliste" , un membre de l'Observatoire Zététique a précisé un détail intéressant concernant le dernier protocole de l'Observatoire Zététique (dont nous avons déjà discuté ici) : durant l'une des séries, le radiesthésiste s'est rendu aux toilettes. Malgré la possibilité potentielle de tricher en se rendant ainsi dans un lieu non contrôlé par les expérimentateurs, ce membre de l'Observatoire Zététique indique que les expérimentateurs se sont réunis afin de valider la série malgré tout.

C'est là une grave entorse au protocole dans la mesure où dans un protocole scientifique, toute possibilité potentielle de triche doit être exclue. Cependant, il est possible, pour les expérimentateurs, selon des paramètres imprévus dans l'expérience, de s'adapter en conséquence pour que l'expérience puisse se dérouler. Ainsi, si les membres de l'OZ peuvent avoir jugé que selon eux, la triche n'était pas possible, même si le magnétiseur s'était rendu aux toilettes, il était possible de préciser cela dans le protocole expérimental.

Quand l'Observatoire Zététique ne publie pas l'ensemble des paramètres

Mais ce détail n'est pas mentionné dans le protocole de l'Observatoire Zététique : il n'est mentionné nulle part :

  1. Que le magnétiseur a été autorisé à se rendre aux toilettes,
  2. Que les expérimentateurs ont échangé autour de cet incident et se sont réunis pour valider la série.

Ainsi, si l'on peut parfois accepter dans une publication que l'auteur explique une difficulté ou un paramètre sujet à discussion, il est inadmissible qu'un paramètre de ce type ayant engendré un tel choix ne soit pas mentionné dans le protocole. C'est une grave erreur sur le plan scientifique. Comme le souligne l'un des intervenants sur psiliste, on peut s'interroger qu'Henri Broch, professeur de physique et enseignant en zététique à l'université, indique à propos de ce protocole :

"Très bel exemple de comment il faut procéder, dans la convivialité la plus complète (mais avec une méthode rigoureuse)"

Le membre de l'Observatoire Zététique précise cependant à ce sujet qu'Henri Broch ne connaissait alors pas ce détail.

Quand l'Observatoire Zététique sait avoir fait une erreur

Mais le plus étonnant n'est pas là. Le membre de l'Observatoire Zététique précise ensuite que les membres de l'Observatoire Zététique ont discuté ensuite de la nécessité de mentionner l'incident dans le rapport. La majorité de l'Observatoire Zététique soutient alors qu'il aurait fallu l'indiquer, et même Henri Broch indique lui aussi qu'il aurait fallu le faire dans un échange ultérieur, ce qu'accepte également le membre de l'Observatoire Zététique en question. Mais malgré cela

  1. L'Observatoire Zététique n'a pas publié de rectificatif
  2. Henri Broch n'a pas jugé bon de revoir son commentaire initial sachant pourtant à présent que la méthode n'était pas rigoureuse : un biais n'a pas été contrôlé et ce biais n'a pas été mentionné dans le compte-rendu.

Quand l'Observatoire Zététique dit aux autres de ne pas faire ce qu'ils font

Enfin, on remarquera qu'un membre de l'Observatoire Zététique, Florent Tournus, a publié sur le blog de l'OZ une critique d'une expérience de Sheldrake, en avril 2007, c'est à dire après la première publication du protocole de l'OZ sur ce même blog :

"Lastly, the authors themselves admit that cheating was possible (for instance using electronic devices). Although the authors are “confident” on this point and claim that “it is not plausible”, cheating can not be totally ruled out. For the sake of scientific rigor, an experiment where any form of “normal” communication is really made impossible would have been preferable, otherwise any sound conclusion can unfortunately not be drawn from the results..."

Aucune conclusion ne peut être tirée des résultats, dans un sens comme dans l'autre : certains membres de l'Observatoire Zététique critique donc chez Sheldrake une erreur que d'autres membres ont eux-même commis (Florent Tournus nous a précisé qu'il n'avait pas connaissance de ce détail de l'expérience de l'OZ lors de la rédaction de son article). Si Sheldrake a eu l'honnêteté d'expliquer son choix et de le mentionner dans son protocole, l'Observatoire Zététique a préféré cacher ce détail en ne le mentionnant pas, même en sachant qu'ils devaient le faire.

Quand il faut essayer de comprendre tout cela

Nous avions déjà analysé en détail ce protocole et montré les différents problèmes qu'il comportait. Ce détail est encore plus problématique que ceux que nous avions déjà souligné. Comment comprendre que les membres de l'Observatoire Zététique ne l'aient pas mentionné ?

Il y a de nombreux docteurs parmi les membres de l'OZ : il n'est pas raisonnable de penser que les membres de l'OZ ne savaient pas qu'il faisait une erreur : ils savaient très bien qu'ils devaient publier ce détail. Alors pourquoi ne pas l'avoir fait ?

Ce n'est pas la première fois que nous trouvons dans des protocoles sceptiques de telles approximations. Nous pensons qu'elles ne sont pas dues au hasard, mais nous n'irions pas jusqu'à dire quelles sont voulues consciemment (car au fond, nous ne savons rien de ce qui s'est passé dans la tête des membres de l'Observatoire Zététique). Nous pouvons simplement raisonner à partir des faits dont nous disposons en proposant l'hypothèse suivante : ce type d'imprécision dans le protocole permet la mise en place d'une stratégie auto-immune quel que soit le résultat qui sera obtenu. Supposons en effet que le protocole ait été un succès, que le magnétiseur ait effectivement obtenu des résultats significatifs, les membres de l'Observatoire Zététique auraient-ils "oublié" de mentionner ce détail ? Nous n'en savons rien en revanche, nous savons qu'il leur aurait été possible de le faire et de dire :

  1. Nous avons commis une erreur,
  2. Cette erreur invalide le résultat obtenu,
  3. Les résultats ne peuvent être pris en compte ; Il serait nécessaire de refaire cette expérience.

Le fait même qu'il y ait cette possibilité invalide l'ensemble du protocole et interroge une nouvelle fois la démarche de l'Observatoire Zététique : car dans tous les cas, du fait même de cette imprécision, l'Observatoire Zététique, pouvait, quel que soit le résultat, ne pas conclure à un effet psi, car il y avait deux possibilités :

  1. Le magnétiseur n'obtient pas de résultat : dans ce cas, le détail concernant les toilettes n'est pas mentionné (car bien entendu, si cela se savait, cela invalidait l'ensemble du protocole pour les raisons que nous décrivons),
  2. Le magnétiseur obtient un résultat : possibilité d'invoquer le biais potentiel afin de ne pas conclure au vu des résultats.

Dans le deuxième cas, il ne restait qu'à l'Observatoire Zététique de laisser un commentaire du type "malgré les résultats statistiquement significatifs obtenus par le magnétiseur, nous avons malheureusement laissé un biais potentiel en laissant le magnétiseur se rendre aux toilettes. En conséquence, et même si cela nous déçoit beaucoup, nous ne pouvons conclure quant aux résultats obtenus et des tests plus rigoureux s'avèrent nécessaire".

Il s'agit selon nous d'une nouvelle illustration des incohérences de l'approche de l'Observatoire Zététique dont les sources sont peut-être à trouver dans le paradoxe même de leur fondation : investiguer des phénomènes que la plupart de ses membres pensent impossible de façon certaine. Dans ces conditions, obtenir réellement un résultat significatif metttrait ses membres face à une sérieuse dissonance cognitive. Ceci explique peut-être la mise en place de ce type de stratégie, qu'elle soit volontaire ou non.

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19 février 2008

Futura-sciences : la parapsychologie attendra

Parapsychologie_en_attenteNous avons déjà abordé le tabou académique qui se reflète dans l’impossibilité de discuter scientifiquement de parapsychologie sur le forum de Futura-sciences, ceci étant explicitement interdit dans la charte du forum (art. 6) (Voir notre article Futura-sciences, tabou académique et pseudo-scepticisme).

Un récent débat a relancé cette question. Il venait questionner la présence d’universitaires de France et de l’étranger qui ont accepté d’intégrer le Comité d’Honneur de l’Institut Métapsychique International, fondation reconnue d’utilité publique se consacrant à la recherche scientifique sur les phénomènes dits paranormaux.

En résumé, ce débat a montré plusieurs positions différentes :

- Certains trouvaient ridicule ce Comité d’Honneur, et la parapsychologie en général (10 foreurs)

- D’autres trouvaient bon que des scientifiques fassent preuve de curiosité et de rigueur dans ce domaine (7 foreurs)

Un vrai débat pouvait avoir lieu, car plusieurs des foreurs montraient quelques connaissances sur la question, au-delà des préjugés courants. Néanmoins, l’équipe de modération est rapidement arrivée pour casser les liens vers des sources parapsychologiques, et fermer la discussion. Après réflexion, elle s’est efforcée de préciser les raisons de cette modération (ici) :

"Futura-sciences ne souhaite pas que les thèmes de parapsychologie soient développés sur ses forums.

Rappel des raisons pour cela :

- en tant que site de référence sur les sciences, nous nous limitons au traitement de domaines bien établis, ne faisant pas polémique et dans un esprit plutôt techno/scientifique. Par exemple, pour éviter les polémiques, les discussions politiques ou religieuses ne sont pas acceptées, et pour rester dans l'esprit du site, les sujets de sciences humaines sont limités (pas de sociologie, d'histoire, de philosophie générale, une psychologie orientée neurosciences...).
Nous faisons malgré tout preuve d'une certaine tolérance mais à la discrétion de l'équipe de modération et fonction de l'attitude des participants.

- la parapsychologie, quoi que le préfixe "para" puisse signifier et aussi scientifique que se veuillent les intentions de ses promoteurs, n'est pas un domaine bien établi et elle est objet de polémique. Futura-sciences ne décide pas de la réalité des sciences et il ne sert à rien d'insister pour que soit reconnu ici un statut qui n'est pas reconnu dans le monde scientifique et pédagogique. Le jour où la parapsychologie sera intégrée de manière normale à l'université, sans polémique, avec des manuels de cours etc., alors Futura-sciences pourra éventuellement s'y intéresser.

Remarques sur certaines attitudes

- Futura-sciences n'entend pas décider de sa conduite selon des actions de lobbying, que ce soit sur le forum, par message privé ou autre.

- sur la discussion fermée, le lien renvoyait vers un organisme qui n'est pas académique et dont les arguments ne sont pas neutres. La parapsychologie étant sujette à débat, ceux qui s'en considèrent comme spécialistes devraient aussi renvoyer aux documents en défaveur de celle-ci, du moins si ils attendent qu'on considère leur attitude comme scientifiquement neutre plutôt que militante."

La ligne éditoriale de Futura-sciences est assez claire et raisonnable. Néanmoins, le cas de la parapsychologie pose problème :

- Ce n’est ni un domaine politique, ni un domaine religieux.

- Ce n’est pas une science humaine au sens strict, les expérimentations utilisant généralement les outils de la physique, de la physiologie et de la psychologie cognitive.

- Soutenir que la parapsychologie n’est pas un domaine bien établi est un point de vue qui demanderait à être étayé. On peut soutenir que c’est un domaine minuscule (300 chercheurs dans le monde), mais qui a pris place dans une trentaine d’universités, et également depuis 1969 dans la prestigieuse American Association for Advancement of Science qui chapeaute l’establishment scientifique. Trop peu d’études permettraient de conclure de manière assurée qu’il s’agit d’une pseudo-science. Quels sont les critères utilisés par l’équipe de Futura-sciences pour dire que la parapsychologie n’est pas une science établie ? Nous verrons que cela doit surtout à une vision française de la question, souffrant d’une carence en informations.

- La tolérance de Futura-sciences aux questions polémiques sur des domaines moyennement établis est très variable : ainsi, sont débattus sans trop de censures des sujets comme les OVNIs, les NDE, les Crop Circles, les théories exotiques en physique et en biologie, la psychanalyse, la cryptozoologie, etc.. Dire que les thèmes parapsychologiques ne doivent pas être développés sur ce forum n’est qu’une façon fallacieuse de dire que la discussion est permise tant qu’elle n’implique pas la confrontation avec des références scientifiques sérieuses. Nous remarquons également qu’il n’y a aucun problème à discuter de phénomènes paranormaux tant qu’il s’agit d’une approche zététique fermée, reposant sur une partie tronquée de la littérature scientifique et ne souffrant pas la remise en cause. Cela est d’ailleurs mentionné explicitement dans la réponse de l’équipe de modération : « La parapsychologie étant sujette à débat, ceux qui s'en considèrent comme spécialistes devraient aussi renvoyer aux documents en défaveur de celle-ci, du moins si ils attendent qu'on considère leur attitude comme scientifiquement neutre plutôt que militante. » Rien n’indique dans les débats sur le forum de Futura-sciences que ceux qui disposent des références scientifiques n’aient pas les arguments et les contre-arguments. Toutefois, on ne doit pas avoir un préjugé trop positif envers les documents défavorables à la parapsychologie, les critiques de qualité étant rares et plus souvent le fait de parapsychologues ou de sceptiques anglo-saxons. Les parapsychologues ont d’ailleurs tendance à mieux connaître la littérature sceptique que les sceptiques français eux-mêmes. Si la possibilité leur était donnée, ceux qui sont favorables au débat pourraient tout à fait exposer l’endroit et l’envers.

L’équipe de Futura-sciences nous fait néanmoins l’amabilité d’ouvrir une issue au débat : « Le jour où la parapsychologie sera intégrée de manière normale à l'université, sans polémique, avec des manuels de cours etc., alors Futura-sciences pourra éventuellement s'y intéresser. » Cette proposition montre bien l’ignorance dans laquelle est plongée de l’équipe de modération. En effet, la parapsychologie est déjà intégrée à l’université, comme l’un des foreurs l’avait dit dans le fil en question. Depuis 1927, et le département de parapsychologie de l’Université de Duke, plus d’une trentaine d’universités ont ouvert des départements ou des chairs consacrés à la parapsychologie. Actuellement, il y a seize universités en Europe qui sont dans ce cas : neuf en Angleterre (Edimbourgh, Londres, Northampton, Hertfordshire, Liverpool, Cambridge, Coventry, Manchester, York), deux aux Pays-Bas (Amsterdam et Utrecht), deux en Suède (Lund et Göteborg), une en Hongrie (Budapest) et deux en Allemagne (Berlin et Giessen). Et cela n’inclue pas les laboratoires privés et sociétés savantes (en Suisse, Autriche, Espagne, Portugal, Islande, Danemark, Pologne, Italie). L’Institut Métapsychique International, qui n’est effectivement pas académique et dont les arguments ne sont pas neutres, au sens où plusieurs des recherches menées depuis 1919 montrent des effets favorables à l’hypothèse psi, n’en est pas moins le référent français en matière de parapsychologie scientifique. Plusieurs des membres de son Comité Directeur sont membres ou membres associés de la Parapsychological Association, et leurs travaux s’inscrivent dans une recherche internationale qui n’est pas restreinte au domaine académique. Le fil en question venait d’ailleurs questionner le fait qu’une vingtaine d’universitaires français et étrangers soutenaient l’activité de recherche de cet institut. L’un des membres du Comité Directeur, Paul-Louis Rabeyron, est d’ailleurs responsable d'enseignement à l’Université Catholique de Lyon (pour un cours sur « Sciences, sociétés et phénomènes paranormaux »).

- Enfin, il existe un ouvrage identifié comme un manuel, puisqu’il est utilisé dans la plupart des universités donnant des cours de parapsychologie. Il s’agit d’Introduction to parapsychology (2007, 5e édition, Irwin & Watt), issu de 25 ans d’expérience d’enseignement du psychologue Harvey Irwin à l’Université de New England (Australie). Son contenu est bien équilibré, puisqu’il présente avec la même rigueur la diversité des points de vue avec les données les plus récentes.

Bref, le manque d’informations sur la situation de la parapsychologie, reconnue comme science et discipline académique dans de nombreux pays, semble toucher également l’équipe de modération de Futura-sciences. Cela pourrait expliquer ses choix actuels, mais pas sa persévérance dans cette position. On ne peut pas empêcher la polémique et la controverse, et cela quelle que soit la discipline scientifique. Si bien qu’il n’y a pas de raison de bloquer l’accès aux informations sérieuses sur la parapsychologie simplement parce que c’est un domaine qui suscite de la fascination. Futura-sciences ne décide effectivement pas de la « réalité des sciences » ou du statut scientifique et pédagogique de la parapsychologie : mais il serait anti-scientifique de refuser de reconnaître une réalité perçue par une communauté internationale.

Nous proposons donc d’ouvrir un débat sur la parapsychologie sur le forum de Futura-sciences, respectant la charte du forum quant à la modération des messages agressifs et non-référencés. Nous pouvons nous même proposer un modérateur pour ce type de débat scientifique, quelqu’un qui aura connaissance des avancées de la recherche scientifique sur les phénomènes paranormaux dans son abord zététique et parapsychologique.

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15 février 2008

Experiences de Sheldrake : réponse de Nicolas Gauvrit et de l'AFIS à nos remarques

Nous avions publié un article critique d'une publication de l'AFIS (Les tromperies de l'AFIS). Nous avons proposé un Droit de Réponse à l’AFIS et à Nicolas Gauvrit, l'auteur de article. Voici le commentaire de Nicolas Gauvrit que nous a transmis l'AFIS en réponse à nos remarques :

« Etant donné que votre critique dépasse en longueur mon article, je ne vous répondrai pas de manière détaillée, mais je tiens à préciser quelques points importants :


1. Mon article porte sur les mathématiques et leur utilisation détournée, non sur la vie et l'œuvre de Sheldrake, qui n'est là que comme illustration. Il n'a donc pas vocation à décrire dans le détail les publications du fameux auteur.
2. Je me suis basé, pour l'article, sur une version en ligne de l'article de Sheldrake, trouvée sur son site. Vous me reprochez malgré tout plusieurs erreurs de détail : à supposer que vous ayez raison, en quoi cela remet-il en cause mon raisonnement ?
3. Votre critique finit de manière totalement contradictoire : après avoir tenté de prouver que j'avais tort pendant de nombreuses lignes, vous expliquez que ma critique n'est pas nouvelle, et que des auteurs fort savants l'ont déjà faites ! Je ne savais pas que j'étais si peu original, mais loin de me rendre confus, cela me réjouit : ça confirme mon analyse.

Pour conclure : Je ne vois dans votre longue critique aucun argument montrant une erreur dans mon raisonnement. Celui-ci prouve que Sheldrake a commis une erreur (ou arnaque) statistique, illustrant fort bien le thème de mon article. »

Nous remercions Nicolas Gauvrit d’avoir pris la peine de nous répondre. Nous reprenons ses arguments à notre tour :

  1. "Mon article porte sur les mathématiques et leur utilisation détournée, non sur la vie et l'œuvre de Sheldrake, qui n'est là que comme illustration. Il n'a donc pas vocation à décrire dans le détail les publications du fameux auteur."

Vous pouvez ne pas décrire en détail la vie et l’œuvre de Sheldrake. En revanche, nous ne comprenons pas pourquoi vous dites des choses qui sont fausses à son sujet. Vous décrivez de façon erronée la théorie des champs morphiques. De même, vous utilisez le terme de surnaturel alors que Sheldrake ne l’utilise pas. En somme, pour le peu que vous en dites, vous décrivez de façon inexacte ses recherches et en donnez par conséquent une image caricaturale.

  1. Je me suis basé, pour l'article, sur une version en ligne de l'article de Sheldrake, trouvée sur son site. Vous me reprochez malgré tout plusieurs erreurs de détail : à supposer que vous ayez raison, en quoi cela remet-il en cause mon raisonnement ?

Dans votre article, vous vous référez à l’article du JSE et non à l’article du site de Sheldrake. Que penseriez-vous d’un scientifique qui publierait une critique d’un article, en indiquant qu’il fait référence à cet article, et qui préciserait ensuite, en réponse à quelques questions, qu’il s’est en fait basé sur un autre article ?  En outre, si vous avez commis des erreurs, cela ne remet pas en cause votre raisonnement : cela veut dire que vous avez publié un article sur le site de l’AFIS et que cet article comporte des erreurs. Nous souhaitions donc vous les indiquer dans l'espoir que votre article soit modifié en conséquence.

3. Votre critique finit de manière totalement contradictoire : après avoir tenté de prouver que j'avais tort pendant de nombreuses lignes, vous expliquez que ma critique n'est pas nouvelle, et que des auteurs fort savants l'ont déjà faites ! Je ne savais pas que j'étais si peu original, mais loin de me rendre confus, cela me réjouit : ça confirme mon analyse.

  • Précisons la nature de nos remarques :

1. Vous indiquez que les résultats de la parapsychologie sont la conséquence d’erreurs statistiques. Cette affirmation est contredite par les données scientifiques (et statistiques) existant à l’heure actuelle.

2. Vous décrivez de façon erronée les travaux de Sheldrake et vous faites plusieurs erreurs dans la description d'une expérience qu'il a réalisé.

3. Vous proposez une critique de cette publication, critique présente dans l'article original, ce que vous ne mentionnez pas.

4. En comparaison des remarques des reviewers, votre critique manque de précision.

  •     Ainsi, l’article qui est actuellement proposé sur le site de l’AFIS comporte plusieurs erreurs et approximations. Nous vous proposons donc :

  1. Que vous fassiez correspondre vos hypothèses avec les données que vous analysez. En l’occurrence, pour affirmer que les résultats de la parapsychologie sont réductibles à des erreurs statistiques, il faudrait proposer des arguments scientifiques en ce sens. Ces arguments ne sont pas présents dans votre article. Avec le procédé que vous avez utilisé, qui consiste à réduire le tout (la parapsychologie) à une partie (une recherche de Sheldrake), nous pourrions affirmer que la physique, la biologie ou la chimie sont réductibles à des erreurs statistiques. Cela ne nous parait guère raisonnable.
  2. Que vous corrigiez les erreurs concernant la description des travaux de Sheldrake et de cette expérience.
  3. Il nous paraitrait donc plus cohérent que votre article  soit restreint à ce qu'il étudie : une critique d’une recherche de Rupert Sheldrake. Dans cette perspective, il serait intéressant que votre article soit plus précis car vos remarques, dans l’état actuel des choses, ne nous semblent pas suffisamment précises et donne par conséquent une image approximative du débat en question.
  4. Il nous paraitrait important de préciser que les scientifiques qui ont relu l'article ont fait les mêmes remarques que vous dans l'article original. Dans ces conditions, il nous parait difficile de critiquer la parapsychologie (JSE étant une revue dans laquelle sont publiés de nombreux articles de parapsychologie) étant donné que vous faites les mêmes remarques que les scientifiques qui ont relu l'article. D'une certaine façon, cet article contredit votre argumentation initiale dans la mesure où le comité de lecture semble avoir joué son rôle.
  5. Enfin, de façon plus générale, nous pensons que votre article gagnerait en qualité s'il n'était pas ponctué du ton qui le caractérise actuellement qui semble mettre en évidence votre aversion prononcée pour la parapsychologie. Un ton plus mesuré serait l'occasion de souligner l'objectivité de votre argumentation.

Ainsi, avec ces quelques modifications, votre article nous paraîtrait tout à fait constructif car vous pourriez ainsi participer et apporter des éléments pertinents au débat concernant cette publication. En attendant, votre article, tel qu’il est actuellement, nous apparait comme une tentative de décrédibiliser la recherche parapsychologique dans son ensemble, par des procédés qui nous paraissent fort mal venus de la part d’un Maître de conférence ayant la prétention de critiquer les pseudo-sciences en utilisant des stratagèmes qui pourraient leur être imputées.

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11 février 2008

Zététique et didactique des disciplines scientifiques : Critique de la thèse de Richard Monvoisin

TheseRichard

Introduction

La méconnaissance de la parapsychologie 2

L’ESP comme fantaisie pseudoscientifique 2

Procès d’intention_ 2

La parapsychologie ne peut pas être une science 3

Hypothèses immatérielles 3

Trop de fraudes 3

La fraude démontrée dans une expérience de pensée 4

La pata-analyse 4

Les statues de l’Île de Pâques 4

Le test d’un magnétiseur 5

Effet Cerceau_ 5

Des sources de seconde main_ 5

Laboratoires, départements et chaires de parapsychologie 6

Les parapsychologues ne sont pas experts en parapsychologie 8

Eux ils croient, moi je ne crois pas 8

Rhine est irrationnel 9

L’argument de pseudo-autorité 9

Brian Josephson : exemple à méditer ? 10

Le phénomène jaloux et l’effet expérimentateur psi 11

La causalité rétro-active

Targ & Puthoff dans Nature 12

12

La critique de Backster 12

Un Suisse a dit…_ 13

Recouvrement entre zététique, science et parapsychologie 13

Des lacunes dans l’épistémologie des pseudosciences 13

Un apriorisme sophistiqué 14

Curseur Vraisemblance de Broch

Parcimonie des hypothèses 15

_ 14

Critère de la proportionnalité du poids de la preuve 15

Critère du « small effect »_ 15

Critère de l’irréfutabilité 15

Critère des hypothèses ad hoc 15

Critère de la stagnation théorique et de l’enfermement dogmatique 16

La parapsychologie : une pseudoscience ? 16

L’alternative des parasciences 16

Militance et éducation_ 17

La zététique apolitique 18

La thèse de l’opposition Matérialisme-POMO_ 18

La thèse de la prophylaxie des pseudosciences par la critique des couvertures de magazine 19

La thèse de l’utilité sociale de la critique des pseudosciences 21

Conclusion_ 22

 

Introduction

Le 25 octobre 2007, Richard Monvoisin, membre de l’Observatoire Zététique et chargé de cours à l'université des sciences de Grenoble, a soutenu sa thèse de didactique des disciplines scientifiques à l'Université Joseph Fourier de Grenoble, intitulé « Pour une didactique de l’esprit critique. Zététique & utilisation des interstices pseudo-scientifiques dans les médias ». Cette thèse de doctorat de 444 pages, dirigée par les Professeurs P. Lévy et H. Broch, est disponible en ligne.
Il y a un intérêt certain à lire cette thèse qui constitue le premier travail universitaire français à présenter de manière pédagogique la pensée zététique :

· Les termes sont bien définis ;

· La partie historique (19-22) et l’historique de la notion de zététique (22-26) sont bien faits ;

· L’auteur essaye de préserver un domaine « sacré » de la foi, de la vérité, qui ne sont pas affaires de science.

· Le chapitre 3 (« Pseudosciences et media », p.111 et suiv.) montre effectivement les biais de diffusion de l’information scientifique dans un monde mercantile.

· Les nombreux « effets de la zététique » sont détaillés et mis en application, renforçant l’utilité de ces outils.

· Les annexes constituées de 22 fiches pédagogiques donnent consistance à un exercice méthodique de l’esprit critique.

Nous avons néanmoins un certain nombre de critiques à faire de ce travail. Ces critiques se répartissent en trois parties : ce qui nous semble un abord biaisé de la parapsychologie ; ce qui nous semble un abord biaisé de l’épistémologie des sciences et des pseudosciences ; et les éléments d’un militantisme qui est regrettable dans ce contexte éducatif. Enfin, nous utiliserons certains outils de l’esprit critique pour les appliquer à ce mémoire, dans un juste retour auquel Richard Monvoisin se prête avec courage en diffusant sa thèse en libre accès.

La méconnaissance de la parapsychologie

Le corps de la thèse de Richard Monvoisin présente l’aspect « didactique » de la zététique, et non son aspect fonctionnel consistant à appliquer la démarche scientifique d’investigation sur les phénomènes dits paranormaux (p.26). Cela est normal pour une thèse en didactique des disciplines scientifiques, mais pose un problème dès lors que Monvoisin s’écarte de cette didactique pour multiplier les affirmations sur les recherches parapsychologiques. Si ces affirmations – ou les travaux sur lesquels elles reposent – sont critiquables, il serait néanmoins dommage de réduire le travail de Monvoisin à ces quelques erreurs, alors que la dynamique de développement de l’esprit critique ne peut être qu’encouragée. Mais voilà : que peut valoir cet esprit critique quand il est mal appliqué par celui-là même qui le professe ? Il est tout de même malheureux que l’ensemble des assertions concernant la parapsychologie soit erroné, comme nous allons à présent le constater :

L’ESP comme fantaisie pseudoscientifique

Page 32, une citation présente l’ESP comme une fantaisie pseudoscientifique (Losh & al. 2003 ; Goode 2002). Une opinion qui n’est pas contextualisée, si bien que l’on pourrait parler d’un « effet Cerceau » (qui consiste à admettre au départ ce que l'on entend prouver par la démonstration que l'on va faire). Mais, comme nous allons le voir, il n’y aura pas de démonstration de la pseudoscientificité de la parapsychologie. La place de celle-ci est d’ailleurs variable, puisque Monvoisin ne range plus la parapsychologie dans les pseudosciences lors de sa description du paranormal (64-65).

Procès d’intention

Dans la note 25, p.34, Monvoisin juge que la plupart des thèses métapsychiques sont relativistes au sens postmoderne ; que les parapsychologues sont adeptes de la trituration de données, de la « martyrisation » des faits au moyen d’hypothèses ad hoc, et de l’utilisation d’autres outils d’analyse que la rationalité. La parapsychologie serait donc plutôt du côté d’une pseudoscience, voire d’un spiritualisme lors qu’elle peut être amenée à refuser au psi le statut d’objet « classique ». Malheureusement, derrière ce jugement sans procès, il n’y a qu’un préjugé ne renvoyant à aucune publication étayant ces graves accusations. Monvoisin se passe de leur vérification, et n’invite pas non plus ses lecteurs à aller plus loin. Deux pages plus loin, il condamne pourtant le procès d’intention, consistant à condamner des actes ou des théories auxquels on prête des intentions que l’on n’est pas en mesure de prouver (note 33, p.36).

La parapsychologie ne peut pas être une science

Pages 37 et 38 (dont la note 37), toutes les définitions de l’activité scientifique qui sont données, et qui correspondent pourtant à ce que font les parapsychologues de la Parapsychological Association, semblent bizarrement devoir en écarter la parapsychologie. Monvoisin évoque ici les objections ad hoc que feraient les parapsychologues, selon laquelle la méthode scientifique classique n’est pas adaptée aux phénomènes psi, que ces phénomènes sont évanescents ou « jaloux » (c’est-à-dire dépendants de l’expérimentateur). Encore une fois, aucune référence n’est donnée, et Monvoisin propose un monologue. Depuis 130 ans, les parapsychologues ne cessent pourtant de répéter que la science classique doit s’intéresser à ces « phénomènes » qui peuvent faire l’objet d’expérimentations en laboratoire !

Hypothèses immatérielles

Page 90, Monvoisin force une distinction entre des hypothèses ad hoc matérielles et d’autres immatérielles. Il entend par là que cette hypothèse se prête ou pas au jeu de l’expérimentation (« matériel » prend ici le sens d’« opérationnalisable »). Or, cela l’amène à décréter qu’une hypothèse comme le 6ème sens n’est pas une hypothèse expérimentable. Cette version française de l’ESP a pourtant été popularisée par le physiologiste et prix Nobel Charles Richet dans Notre sixième sens, qui décrit les expérimentations sur la question. Richet a d’ailleurs fait un apport important à la psychologie avec l’utilisation des probabilités pour ses études métapsychiques (voir Hacking, 1988 ; et plus globalement sur les contributions de la parapsychologie à la psychologie, Watt, 2005, traduit ici). En bon matérialiste, Richet reprend l’adage « Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu » - Rien n’est dans l’intellect qui n’ait été d’abord dans les sens – pour proposer une voie physiologique de compréhension des acquisitions paranormales d’informations.

Trop de fraudes

Page 42, il tente d’expliquer le désintérêt des scientifiques, et de H. Broch en particulier, pour le champ de la parapsychologie, par le fait que celui-ci serait « entaché de fraudes récurrentes ». Harvey J. Irwin et Caroline A. Watt indiquent pour leur part qu'aucune étude ne démontre qu'il y a davantage de fraude en parapsychologie que dans les autres disciplines (An introduction to parapsychology, 5th edition. McFarland & Company, 2007). Il faut en effet différencier la fraude des expérimentateurs (révélée le plus souvent par les parapsychologues eux-mêmes) et la fraude des sujets : comme dans toute expérience utilisant des humains, les expériences en parapsychologie peuvent subir la fraude consciente ou inconsciente des sujets dans les cas où la possibilité leur est donnée. Or, les expériences en parapsychologie répondent aux standards méthodologiques prévenant de telles fraudes des sujets. C’est ce qui a permis à la Parapsychological Association d’intégrer la prestigieuse AAAS en 1969.

La fraude démontrée dans une expérience de pensée

On peut également lire un exemple de fraude décrite par H. Broch (1985, p.139-140) et reprise par Monvoisin. Il s’agit d’Eusapia Palladino qui prétendait déclencher dans le noir des déplacements d’objet sans déplacer ses membres. Monvoisin utilise cet exemple pour montrer comment un effet paillasson (dans les comptes rendus d’expérimentation) peut dissimuler une fraude (p.168) : « Sachant désormais ses modes de triche, il est cocasse de constater que l’huissier croyait contrôler « son pied » alors qu’il ne contrôlait que… la chaussure. » Or, en se reportant à la source originale, on trouve chez Broch la description imaginaire d’une expérience où un médium est mal contrôlé par un expérimentateur, si peu soucieux qu’il place la sonnette toute proche. Il n’y a chez Broch aucune référence à aucune expérience en particulier (le nom de Palladino n’est pas utilisé en 1985), ce qui n’empêche pas Broch d’affirmer avec aplomb (1985, p.186) : « Et c’est pourquoi le pied du médium n’était pas contrôlé par le pied de l’ « huissier » lorsque, comme je vous l’ai rapporté, l’esprit invoqué agitait la sonnette dans l’obscurité. » Or, Broch ne nous parle que d’une expérience de pensée, et si on ne peut accepter d’un parapsychologue une preuve d’une anomalie sur un scénario imaginaire, il est aussi peu évident d’accepter la démonstration d’un biais par ce moyen. Et pourtant, ce serait simple de s’y prendre scientifiquement, en examinant par exemple le rapport de Jules Courtier sur les expériences conduites avec Eusapia Palladino de 1905 à 1908, par un groupe de savants de l’Institut Général Psychologique comportant Pierre et Marie Curie, Ballet, D’Arsonval, Bergson, Branly, etc. Ces savants affirment avoir constaté par enregistrement automatique des mouvements à distance sans intermédiaire matériel connu. Tombent-ils sous le coup d’un « effet paillasson » ?

La même situation se répète pages 266 et 267 : Monvoisin reprend à son compte un « scénario imaginaire » de Blanrue, déjà réutilisé par Broch. Il s’agit ici d’insinuer que les parapsychologues se suffisent de la bonne foi d’un sujet comme seul contrôle pour une expérience où il s’agit de tordre des barres de métal par la pensée, et non par la force mécanique ou par une astuce de prestidigitateur. Derechef, aucune référence : on reste dans la démonstration imaginaire d’un biais.

La pata-analyse

Dans le même ordre d’idée, Monvoisin se contente de reprendre à son compte les travaux de son co-directeur Henri Broch sans leur appliquer le moindre questionnement. Il cite ainsi intégralement un propos de Broch (La méta-analyse en parapsychologie ?) qui discrédite l’usage de la méta-analyse par les parapsychologues (p.267-268). Or, cet article a fait l’objet d’une critique (J. Buisson, La méta-analyse en parapsychologie !). Les assertions de Broch sont contredites dans les faits. De plus, dans cet article, l’absence de références précises à des travaux de parapsychologie entre encore une fois dans cette problématique d’assertions vagues, qui ne permettent pas au lecteur de se faire lui-même son avis en lisant les travaux critiqués.

Les statues de l’Île de Pâques

Idem page 97, Monvoisin reprend l’argument de Broch (1989) quant à la diminution des tailles d’effet de la psychokinèse en fonction de la sophistication des contrôles. Il ne s’inquiète pas du fait que, pour faire tenir son raisonnement, a) Broch postule que les statues de l’Île de Pâques ont été mis en place par psychokinèse (en prêtant à des parapsychologues anonymes cette affirmation) ; b) Broch ne référence aucune analyse (ou méta-analyse) montrant que les tailles d’effet de la psychokinèse ont diminué, et que cela peut être directement imputable à la sophistication des contrôles. Bref, l’argument n’est qu’une vague insinuation de l’hypothèse de la fraude, sans véritable raccord à la réalité.

Le test d’un magnétiseur

Dans la fiche pédagogique n°22 (p.418), Monvoisin donne un exemple de protocole zététique : le test d’un magnétiseur. Nous avons montré dans une analyse de ce protocole qu’il faisait l’impasse sur la revue de littérature, et souffrait de plusieurs défauts méthodologiques. Faut-il vraiment enseigner cela aux étudiants ?

Effet Cerceau

Monvoisin nous comble d’un bel « effet Cerceau » page 308 : afin de montrer que la parapsychologie est anti-matérialiste, il développe une trame argumentative selon laquelle 1/ Un phénomène paranormal sort du champ de la science ; 2/ C’est parce que ce phénomène n’est pas matériel ; 3/ Donc le matérialisme est faux. Monvoisin cherche ensuite à faire croire que ce n’est pas lui qui posent ces prémisses fausses qui biaisent tout ce raisonnement, en citant l’ingénieur Pierre Janin (pour qui la réintroduction du psychisme dans la science est une contradiction du matérialisme, mais ne démontre ni sa fausseté, ni la sortie du phénomène hors du champ scientifique), puis un sombre occultiste avec un discours anti-matérialiste. Au fond de ce raisonnement se situe une erreur de niveau logique : tout phénomène détectable en science l’est par des moyens matériels (c’est le niveau épistémique), mais cela n’est pas suffisant pour décider si le phénomène est uniquement matériel (Corpusculaire ? C’est le niveau ontique. Pour une discussion des problèmes posés par les niveaux ontiques et épistémiques, cf. Atmanspacher, 2001).

Des sources de seconde main

Il est facilement visible que les connaissances de Monvoisin en matière de parapsychologie sont au mieux de seconde main. Il emprunte néanmoins une position ouverte, une suspension de jugement à propos de la réalité du psi (note 226, p.214-215) : « l’existence du psi est toujours controversée, et fait l’objet de débats, notamment entre l’Institut Métapsychique International et l’Observatoire Zététique. Constatons toutefois que les meilleurs papiers sur le psi, - à en croire l’IMI -, datent de moins de dix ans (notamment Honorton, Radin et éventuellement Sheldrake, malgré ses protocoles peu rigoureux). » Néanmoins, même cette position ne sied pas à Monvoisin, car elle découle chez lui d’une connaissance très approximative de ce dont il parle. Ainsi, dès qu’il est question de parapsychologie scientifique, il dit faire une confiance aveugle à ce que dit l’IMI, ce qui dissimule la part qu’il prend dans cette méconnaissance. Comment expliquer autrement qu’il rajeunit le « papier » d’Honorton, lui attribuant moins de dix ans d’âge, alors que le dernier date de 1994 et concerne des expériences antérieures (Charles Honorton étant mort en 1992, un de ses articles co-écrits avec Daryl J. Bem venait juste d’entrer dans un long processus de peer-review pour une publication dans le Psychological Bulletin) ? Comment expliquer qu’il ne cite que deux autres parapsychologues contemporains, alors qu’il y a plus d’une centaine de chercheurs actifs ? Comment peut-il décréter quels sont les meilleurs articles sur le psi et non pas les seuls dont il ait eu vent ? Comment peut-il généraliser la critique du manque de rigueur des protocoles de Sheldrake à partir de critiques parcellaires de ses travaux ? Comment Monvoisin peut-il ne pas suspendre son jugement sur les 120 premières années de recherche en parapsychologie, alors qu’elles semblent lui être aussi mal connues que les dix dernières ? L’illusion devrait se dissiper, et derrière cette suspension de jugement, dont Monvoisin se targue de la produire « en bon sceptique » (p.215), il y a en fait une simple méconnaissance. Monvoisin nous rappelle (p.19) que l’étymologie du mot sceptique vient de « skeptikos », « qui examine », mais en réalité, son examen n’est que superficiel et de seconde main, si bien que les travaux sur lesquels il suspend son jugement ne figurent même pas en bibliographie.

Laboratoires, départements et chaires de parapsychologie

Une autre affirmation bancale (p.68) prétend que les parapsychologues affichent une « légitimité illusoire », puisqu’ils vont jusqu’à créer de toutes pièces voire à inventer des laboratoires universitaires et des chaires de parapsychologie. Si cette affirmation se vérifie partiellement dans le cas du Laboratoire de parapsychologie d’Yves Lignon, qu’une confusion intéressée a associé avec l’Université de Toulouse-Le Mirail, on ne comprend pas comment les parapsychologues auraient inventer des chaires universitaires de parapsychologie. C’est tout simplement un mensonge, doublé d’une omission. Monvoisin semble méconnaître (comme une récente intervention à l’ENS le 11 décembre 2007 l’atteste, car il répond à une question de la salle qu’il n’existe que cinq ou six départements universitaires dispensant des cours de parapsychologie en Europe) qu’il y a déjà de nombreux départements universitaires étudiant la parapsychologie, certains étant dirigés par des sceptiques, d’autres par des parapsychologues, d’autres par des chercheurs inclassables. Il est facile de taxer de pseudo-science une discipline qui n’a pas de reconnaissance universitaire actuellement en France, mais c’est aller trop loin que de dire qu’il y a une invention et une légitimité illusoire de la parapsychologie universitaire. L’Angleterre a compté jusqu’à 12 départements universitaires actifs en parapsychologie (dont Cambridge, Liverpool, Edimbourgh… la liste ici ), et 9 le sont encore aujourd’hui. Des recherches se poursuivent actuellement à Göteborg et Lund en Suède, Utrecht et Amsterdam aux Pays-Bas. Une chaire de Psychologie et zones frontières a été mise en place à l’Université de Freiburg en Allemagne de 1954 à 1998 ; furent ouvertes également à la parapsychologie les universités d'Adelaïde, de Tasmania et de New England en Australie ; et de nombreux départements aux Etats-Unis. Néanmoins, il ne s’agit pas toujours de formations « officielles » à la parapsychologie (dans la mesure où il n’y a pas de titre professionnel protégé), les intéressés ont seulement la possibilité de suivre des cours de parapsychologie (généralement de niveau Master) en plus d’un cursus classique, et de faire une thèse sur un thème parapsychologique. Il y a ainsi plus d’une centaine de thèses en parapsychologie conduites dans les milieux universitaires, ce qui atteste d’une certaine légitimité de ceux qui se prétendent experts après les avoir conduites (Par exemple, voici 57 thèses de langue allemande recensées par l’IGPP)  ; Pour des travaux universitaires en français, consultez le site de Pierre Macias). Face à cette réalité, Monvoisin ne propose qu’une critique de l’intrusion pseudo-scientifique que constitue la thèse d’Elisabeth Teissier en Sorbonne (p.126). Les dossiers ne sont strictement pas équivalents.

La méconnaissance de Monvoisin porte à conséquence, puisqu’il se fonde sur celle-ci pour critiquer l’argument de l’exception française avancé par plusieurs parapsychologues. Pour lui (p.230), il serait faux de croire qu’une majorité des autres pays du monde seraient dotés de laboratoires de parapsychologie, de chaires consacrées à des disciplines reniées en France, ou consacreraient d’importants moyens à des domaines que « l’esprit français obtus » considère comme pseudoscientifique. Mais il y a des laboratoires, des départements universitaires et des chaires à l’étranger, et Monvoisin ne s’est même pas inquiété de savoir à quel point cela était vrai. Il en compte six : « D’après le site de l’IMI, les laboratoires et chaires en parapsychologie sont au nombre de six en Europe : deux aux Pays-Bas, un en Écosse, deux en Angleterre et un en Allemagne... ce qui représente trois pays (sauf à considérer que l'Écosse est un pays). » Or, il y en a actuellement seize : neuf en Angleterre (Edimbourgh, Londres, Northampton, Hertfordshire, Liverpool, Cambridge, Coventry, Manchester, York), deux aux Pays-Bas (Amsterdam et Utrecht), deux en Suède (Lund et Göteborg), une en Hongrie (Budapest) et deux en Allemagne (Berlin et Giessen). Et cela n’inclue pas les laboratoires privés et sociétés savantes (en Suisse, Autriche, Espagne, Portugal, Islande, Danemark, Pologne, Italie). Bref, sur la seule base des centres universitaires, Monvoisin divise la réalité au moins par deux.

Pour Monvoisin, cet argument est une variante de l’ad populum, et use de manœuvres de victimisation et d’argumentaire légaliste (p.230-231). Mais qu’en est-il si cet argument est fondé ? Il semble l’être dans le sens où il y a un vrai déséquilibre entre la recherche internationale en parapsychologie et la reconnaissance française. Ce déséquilibre se joue à deux niveaux : au niveau des institutions dont on peut faire le décompte, et au niveau des informations sur cette recherche qui semblent visiblement avoir du mal à passer, même à l’ère d’Internet. Plusieurs, y compris Monvoisin, sont ainsi victimes de leur ignorance du développement académique de la parapsychologie. De plus, R. Chauvin et B. Méheust ne se privent pas d’une enquête historique qui montre bien que la France est le berceau de ces recherches, et qu’elle occupait un statut proéminent au niveau international au début du XXe. Ne pas s’étonner de ce revirement de situation serait un comble.
Mais Monvoisin va encore plus loin pour infirmer la thèse d’une parapsychologie française « en retard » sur ses voisines européennes. Il concentre son argumentation (p.232 et suiv.) dans ces phrases : « Prétendre la science "en retard" sur certaines questions (la plupart du temps des questions « paranormales ») flatte une lecture « progressiste » de l’histoire dont nous avons déjà vu quelques dégâts. Dans la majorité des cas, ce genre de victimisation est factice : soit parce que "la majorité des autres pays du monde" n’est… pas a majorité des pays du monde. Soit parce qu’il y a effectivement des recherches sur les sujets soi-disant étiquetés "interdits", "dangereux", "révolutionnaires" (voir 4.4 Ips scénaristiques). Soit parce qu’il n’y a tout simplement pas de recherches "interdites". » A ces trois arguments, on peut répondre :

1) Il y a de nombreux laboratoires de parapsychologie sur tous les continents (nous n’avons jusqu’à présent comptabiliser que les centres universitaires en Europe !). Une majorité des pays riches (précision nécessaire) ont effectivement des laboratoires officiels de parapsychologie. Monvoisin n’en dénombre que 4 (p.232). La France n’en possède pas au sens où aucune subvention officielle n’est venue soutenir la recherche en parapsychologie dans ce pays. On remarquera d’ailleurs qu’entre la page 230 et la page 232, deux laboratoires de parapsychologie ont été égarés.

2) Quand cela l’arrange, Monvoisin prétend que « les pouvoirs psi firent l’objet de recherches aux USA (projet Alpha), et se poursuivent en Europe, notamment en Grande-Bretagne. » (p.232) Plutôt que de nous parler de ces recherches (et de nous apprendre en quoi le projet Alpha est représentatif de la recherche en parapsychologie, alors que ce n’est qu’une tentative de mystification planifiée par le magicien James Randi, plus proche d’un coup médiatique que d’un projet scientifique, cf. Analyse d’une controverse, de Mario Varvoglis), Monvoisin se sert de cette allusion pour nier qu’il y ait un quelconque péril professionnel à s’occuper de parapsychologie. En parfaite contradiction avec sa thèse selon laquelle la recherche parapsychologique française n’est pas « en retard », il « infirme facilement » (p.232) l’argument français du « champ interdit » en invoquant... la recherche internationale !

3) Quant à l’argument sur l’absence de recherches interdites, nous pouvons renvoyer aux travaux de Méheust qui montrent la difficulté actuelle pour rendre possible un débat sur les phénomènes paranormaux, même avec la question de la réalité de ces phénomènes « en attente de validation ». Contrairement à ce qu’en pense Monvoisin (p.231), en sociologue, Méheust ne fait pas un tour de passe-passe en démontrant les mécanismes sociaux et politiques de cette fermeture au débat, qui sont questionnables au-delà de la question de la scientificité de telle ou telle étude. L’analyse que Monvoisin fait justement de ce travail nous semble erronée : il parle (p.232) d’une pure création scénaristique (le « carpaccio "bravade de l’interdit" ») auquel se greffe un effet bi-standard classique « si l’exception française est dénoncée activement lorsqu’il s’agit du délaissement d’un champ pseudoscientifique, elle n’est pas discutée lorsqu’une pratique est presqu’exclusivement française. Le cas de la psychanalyse comme thérapeutique, largement limitée à la France et à l’Argentine, ou de l’homéopathie, également centré sur l’axe France-Suisse-Allemagne, ne semble jamais invoqué de la sorte — hormis pour signifier l’état avancé des recherches en France dans ce domaine» (p.232). Or, Méheust développe justement cette hypothèse que la place de la psychanalyse dans la société française est justement un élément qui protège cette société de la reconnaissance de l’interdit posé sur la recherche parapsychologique. Cela fait l’objet d’une longue annexe dans le tome 2 – auquel Monvoisin ne fait référence nulle part – de Somnambulisme et médiumnité (livre qui, en passant, a été publié en 1999 et non 1998 comme cela est indiqué). Mais on voit que Monvoisin préfère citer de façon fallacieuse Méheust (p.288), comme si celui-ci était partisan de l’analogie Freud = Colomb, alors qu’il ne fait que la citer (p.331 du premier tome, et p.410 et suiv. du second tome, dans cette annexe où les psychanalystes font l’objet de critiques) pour montrer qu’il ne s’agit que d’une reprise d’une rengaine que l’on trouve déjà chez les magnétistes, étant bien au courant qu’Ellenberger a déjà montré que le Freud-Collomb n’est qu’un aspect d’une légende freudienne.

Dans la lignée des conseils « faites ce que je dis, pas ce que je fais », Monvoisin conclut ce passage sur les laboratoires de parapsychologie, miné d’erreurs, par ce précepte heureusement exact : « Le meilleur précepte à donner aux étudiants souhaitant se confronter à ce genre de cliché est d’aller tout simplement vérifier. Nous sommes dans un cas semblable aux légendes urbaines. Tout le monde le répète, personne ne le vérifie, mais de toute façon, l’histoire est trop belle. » (p.232)

Les parapsychologues ne sont pas experts en parapsychologie

Dans la continuité de cette représentation biaisée de la parapsychologie, Monvoisin (p.68) refuse le discours d’expertise sur la question de (ouvrez le grand sac) Lignon, Chauvin, Van Cauwelaert, Sheldrake, Varvoglis, Kristen, Bogdanoff, Reeves, Coppens (fermez le grand sac). Ce joyeux amalgame vient gommer que plusieurs des personnes citées (Lignon, Chauvin, mais surtout Sheldrake et Varvoglis) ont publiés des recherches scientifiques en parapsychologie, parfois dans des revues mainstream mais principalement dans des revues spécialisées. Varvoglis, actuel président de l’IMI, a même consacré sa thèse de psychologie expérimentale à une expérimentation originale en parapsychologie, et est largement reconnu par ses pairs qui l’ont même élu Président de la Parapsychological Association en 2001-2002. C’est donc une erreur supplémentaire lorsque Monvoisin avance qu’exceptés Coppens et Chauvin, « tous les autres sont médiatiquement présents largement au-delà de ce que leur contribution scientifique laisserait présumer ».

Eux ils croient, moi je ne crois pas

Pages 40 et 41, Monvoisin cite Truzzi, un sociologue ayant développé une zététique qui s’appliquait symétriquement aux assertions des tenants du paranormal qu’à celles de ces opposants. Truzzi avait mis à jour des mécanismes de pseudo-scepticisme, incluant « la négation pure et simple des faits qui a priori » dont Monvoisin constate qu’elle relève autant de l’acte de foi que la croyance inconditionnelle dans le phénomène considéré. Pourtant, il s’empresse ensuite de mettre dans le camp des croyants inconditionnels les membres de l’Institut Métapsychique International, fondation reconnue d’utilité publique depuis 1919 qui étudie scientifiquement les phénomènes paranormaux, et dont le site porte actuellement la devise : « Le paranormal : nous n’y croyons pas, nous l’étudions ». Il préfère la remplacer (note 44) par une phrase absurde : « Le paranormal : nous n’y croyions plus, nous avons la certitude et nous l’étudions », et cela en se basant sur une interprétation d’un ancien membre de l’IMI. Pourquoi refuser à l’IMI sa position de société savante, dont les membres ont des positions différentes sur différents phénomènes, et qui sont bien loin de la croyance inconditionnelle sans justification empirique ? C’est pourtant simple : Monvoisin prétend ensuite éviter l’écueil de se positionner uniquement en termes de « j’y crois/je n’ crois pas » pour avoir une démarche heuristique. Il se croit donc obligé de faire un procès d’intention à l’IMI pour gommer la proximité avec sa démarche.

Rhine est irrationnel

Les travaux de Rhine sont contestés de la même façon, sur la base d’un article du sceptique Michel Rouzé (1980), fondateur de la revue Sciences et Pseudo-Sciences, et qui fait de Rhine l’exemple d’une « étrange inhibition de l’esprit critique qu’entraîne l’attitude de vouloir croire ». Même si Rouzé reconnaît en Rhine un homme de laboratoire méticuleux, « rompu aux contre-épreuves et aux vérifications expérimentales », tout son crédit s’effondre parce qu’il aurait une certitude absolue et irrationnelle de la réalité du psi. L’argument de la croyance irrationnelle aurait alors plus de poids pour expliquer les résultats de Rhine qui ont pu emporté sa conviction. Et pour tout examen, Monvoisin se contente de ramener l’affaire de la jument « Lady Wonder », l’un des premiers travaux des Rhine en tant que psychologue et parapsychologue. Nous avons analysé ce travail sur notre site. On peut y voir que l’attitude de Rhine est loin d’être un fiasco ou une démarche irrationnelle. Il réalise 200 tests dans des conditions de contrôle progressives et obtient des résultats troublants, qu’il publie dans une revue mainstream de psychologie, concluant à l’hypothèse télépathique mais appelant à l’obtention de preuves plus « sécurisées ». D’autres chercheurs font ensuite des expériences avec Lady Wonder, et obtiennent des résultats variables. Rhine décide donc, la même année, de refaire 500 tests qui donneront des résultats non significatifs, ce qui amènera Rhine à publier encore une fois dans la même revue et à conclure que l’animal a perdu sa faculté télépathique, et qu’il faut faire de nouvelles études prudentes en conditions contrôlées avec des animaux ou des hommes. Monvoisin (p.196-197), à la suite de Broch (1985), Christopher (1970), Randi (1995) et Nickell (2002) continue à considérer ce premier travail de Rhine comme un « cas de fourvoiement », illustrateur de facettes de la zététique.

L’argument de pseudo-autorité

Mais ce type de démarche est plus fondamentale : elle cherche à critiquer l’argument de pseudo-autorité auquel font appel les parapsychologues. Plusieurs choses sont problématiques avec cette démarche :

  • Le « pedigree scientifique des pratiquants » (pour reprendre l’expression de Monvoisin, p.214-215) de la parapsychologie concernent-ils de véritables autorités scientifiques ou des pseudo-autorités ? D’après la liste très incomplète donnée par Alcock (1990, p.10-11 ; et reprise par Monvoisin, p.214-215), il s’agit de véritables autorités scientifiques. Pourquoi parler alors de pseudo-autorité ? Parce qu’ils ne sont pas compétents par rapport à la parapsychologie scientifique ?

  • On en vient subséquemment à cette question : ces scientifiques font-ils des apports au domaine, ou sont-ils simplement utilisés pour leur appétence au psi ? Pour la majorité, il s’agit de personnes qui collaborent aux domaines, réalisent des expériences et les publient, développant donc une vraie compétence. Avant donc d’être des arguments d’autorité jouant sur des idéalisations, ce sont des références empiriques qui sont impliquées. Pourquoi parler alors d’un simple « argument » ? Pourquoi mélanger, à la suite d’Alcock, « les grands noms qui adhèrent trop rapidement à l’hypothèse psi, surtout lorsque l’adhésion se fit sur les démonstrations du préstidigitateur-escroc Uri Geller » (Monvoisin ne cite d’ailleurs que John Taylor, Ph.D., Département de Mathématiques, King's College, Université de Londres) avec les personnes qui ont pu réalisées des expériences en conditions contrôlées, parfois avec des sujets aussi problématiques qu’Uri Geller ? D’une manière générale, on ne peut pas parler « d’adhésion trop rapide » si on ne montre pas le défaut des expérimentations publiées.

  • A partir de quel moment le fait qu’un nombre important de grands scientifiques et penseurs soutiennent la parapsychologie est-il l’expression d’autre chose qu’un argument de pseudo-autorité ? Ces chercheurs sont reconnus dans leur domaine, et leurs capacités d’observation et de rigueurs sont attestées. Bien évidemment, cela ne peut suffire, car tout le monde peut s’illusionner. Monvoisin pointe à juste titre (p.227) que « l’argument du gratin » (énoncé par Rémy Chauvin, en 1997, sous la forme : « Des hommes de sciences ne peuvent pas tous se tromper pendant des décennies ») a ses limites. Tout le monde peut évidemment se tromper, et même persévérer dans l’erreur. Sauf qu’ici, Chauvin s’identifie aux hommes de sciences qui font des expérimentations. S’il devient illégitime de fonder une connaissance sur l’appareillage scientifique déployée sur des décennies, cela revient à nier un des aspects essentiels de la science. En effet, si ces chercheurs suivent une démarche scientifique, qu’ils expérimentent et soumettent des faits à leurs pairs, ils placent alors la communauté scientifique dans un état de dissonance. L’histoire montre qu’ils sont souvent jugés en traîtres, en hérétiques. Le problème de l’argument de pseudo-autorité invoqué par Monvoisin est donc qu’il vient confondre un recours stérile à l’autorité et une procédure de légitimation scientifique, portée par une communauté de recherche dont plusieurs des membres sont inscrits au sein même de l’élite scientifique.

  • L’argument n’a d’ailleurs que peu de valeur lorsque l’on constate que les groupes sceptiques usent et abusent des arguments d’autorité, invoquant des prix Nobel qui seraient de leur côté bien que n’ayant jamais contribué à un travail critique. L’exemple du CSICOP est remarquable : les scientifiques du comité (dont les prix Nobel Francis Crick, Murray Gell-Mann, Leon Lederman, Glenn Seabord et Steven Weinberg) ne sont pas du tout ceux qui animent cette institution, mais ne servent que de cautions. Ils prêtent leurs noms à des campagnes mais commentent rarement en public les questions autour du paranormal. Quand ils le font, ils révèlent souvent une vaste ignorance. Monvoisin n’est pas sans ignorer que de tels recours à des pseudo-autorités ont également lieu en France, puisqu’il lui est arrivé de critiquer à plusieurs reprises le discours du prix Nobel Georges Charpak, qui a cautionné les ouvrages de son co-directeur Henri Broch.

Brian Josephson : exemple à méditer ?

Il est très étonnant de voir Monvoisin perpétuer un travail visant à décrédibiliser ceux qui ont pu apporter leurs contributions à la parapsychologie, plutôt que de critiquer leurs travaux. Ainsi, Brian Josephson est épinglé (p.214) pour avoir donner « une grande audience à son initiation avec Maharishi Mahesh, leader de la Méditation Transcendantale (MT) ». Certes, ce fait est exact, mais l’absence du contexte le transforme en un raccourci association un prix Nobel à une secte. En réalité, Josephson s’est intéressé à la pensée orientale, mais n’en fait pas une utilisation d’ordre spirituelle ou religieuse. Il l’intègre dans une réflexion sur la science et une approche holistique du langage (cf. par exemple : B. Josephson & D. Blair, A holistic approach to langage, 1982). Il n’est d’ailleurs pas le seul scientifique (et prix Nobel) à avoir assisté aux cours du fameux yogi. Depuis 1970, et donc avant son prix Nobel, Josephson a une pratique de méditation et de développement personnel. Peut-on discréditer son travail scientifique sur cette base ?

Monvoisin répondrait négativement à cette question, mais cela ne l’empêche pas de produire ce genre de raccourci. Le seul qui y réchappe est Yves Lignon, présenté comme un parapsychologue (p.216) bien que ses ouvrages soit surtout axés sur la vulgarisation. Monvoisin insiste pour que ne soit pas utilisé l’argumentum ad personam « s’attaquant à la personnalité de l’individu plutôt qu’à ce qu’il a réellement dit ou écrit », qui vient « discréditer a priori les faits allégués » (p.216). Il fera pourtant tout le contraire, s’évertuant à documenter la personnalité des chercheurs sans jamais en venir à ce qu’ils ont réellement fait. Après avoir lu les quelques exemples dont nous avons discutés, on ne pourra comprendre la facette Z placée à la fin de cette partie (p.216, « Les faits, rien que les faits, quelle que soit la personne qui les rapporte. ») que comme un autre exemple d’une didactique du « faites ce que je dis, pas ce que je fais. »

Le phénomène jaloux et l’effet expérimentateur psi

Monvoisin n’est pas plus capable de citer les études qui vont à l’encontre de sa thèse selon laquelle la parapsychologie se rapprocherait d’une pseudo-science. Il prête aux parapsychologues une hypothèse ad hoc « immatérielle » qu’il appelle, à la suite de Schaeffer (1998), le phénomène jaloux (c’est-à-dire le phénomène rétif à se produire devant n’importe qui). Il serait évidemment contestable de se réfugier derrière l’idée que les sceptiques produisent des « ondes négatives » qui font échouer les tests scientifiques de phénomènes paranormaux à proximité. Mais quel parapsychologue défend cette idée ? Devant l’absence de référence, nous sommes obligés de contester l’affirmation de Monvoisin : les parapsychogues, depuis les travaux de la psychologue Gertrude Schmeidler sur l’effet « mouton-chèvre » en 1943, ont mis en évidence que l’attente croyante du sujet et de l’expérimentateur était corrélée avec la taille de l’effet psi. Cet effet est tellement stable qu’une méta-analyse pour 73 études à choix forcées réalisées par 37 chercheurs différents de 1947 à 1993 produisit une valeur de z astronomique de 8,17 (p=1.33 x 10^-16) (Lawrence, T. R. (1993), Gathering in the sheep and goats. A meta-analysis of forced choice sheep-goat ESP studies 1947-1993. Presented Paper. Proceedings of the 36th Annual Convention of the Parapsychological Association, 75-86.). Et pourtant, même devant cette corrélation significative, les parapsychologues ne développent pas l’hypothèse ad hoc d’ondes négatives sceptiques agissant de façon proximale.
Mais Monvoisin n’en reste pas là, et il frôle une des questions épistémologiques que se sont posés les parapsychologues : « qu’en serait-il des mesures si l’objet à étudier était justement capable de déformer les mesures ? » (p.92). Il s’embrouille néanmoins très vite puisqu’il ne peut accepter des moyens d’actions sur des mesures qui ne seraient pas mesurables. Cette interprétation est tout à fait paradoxale et erronée. Le « psi missing » est une taille d’effet significative (le score z est significativement négatif au lieu d’être significativement positif, autrement dit, un nombre d’erreurs significativement trop important pour être dû au hasard). Son observation passe par les mêmes outils de mesure que le « psi hitting », et il n’est nul besoin d’invoquer un phénomène sournois car non-mesurable. Il est néanmoins important de souligner que la mise en évidence du « psi-missing » s’est fait de manière prédictive (d’abord par Schmeidler) et non rétrodictive (même si Rhine a proposé que l’on teste cette hypothèse à partir de la lecture de ses propres données). Comme nous l’avons déjà indiqué, avant que de propager l’idée que le psi-missing est l’exemple même d’une explication ad hoc des parapsychologues, il serait bon de vérifier si c’est le cas dans la littérature. Nous conseillons par exemple : Rhine, J. B. The problem of psi-missing. Journal of Parapsychology, 1952, 16, 90-129 ; Rhine, J. B. Psi-missing re-examined. Journal of Parapsychology, 1969, 33, 1-38. (Consultable sur Lexcsien).

Monvoisin pense également que ce que les parapsychologues appellent l’effet expérimentateur « ressemble étrangement à une hypothèse ad hoc non testable » (note 222, p.211). Cela est incorrect pour deux raisons : premièrement, parce que les parapsychologues différencient l’effet expérimentateur mis en évidence par Rosenthal dans les études en simple aveugle, et l’effet expérimentateur psi qui pose problème même dans les situations de double et triple aveugle. Deuxièmement, parce que les parapsychologues en parlent après en avoir fait une étude expérimentale. Monvoisin cite de façon erronée Wiseman & Schlitz (1997, Experimenter effects and the remote detection of staring, Journal of Parapsychology, 61(3), pp.197-207). Cette publication fait partie d’une série d’expériences où un même protocole est administré par une parapsychologue et par un sceptique, avec un pool de sujets similaires. Cette expérience de 1997 montre que les résultats obtenus par la parapsychologue Marylin Schlitz sont significatifs et favorables à l’hypothèse psi, alors que le sceptique Richard Wiseman obtient des résultats conformes au hasard. Cette expérience est déjà une réplication d’expériences antérieures ayant conduit au même constat. (Pour une revue de l’ensemble de ces expériences, cliquez ici) On peut donc logiquement se demander si Monvoisin a lu l’article cité, publié dans une revue de parapsychologie, puisqu’il contredit entièrement son propos au lieu de l’étayer.

La causalité rétro-active

Un autre exemple de méconnaissance de la parapsychologie passe par la critique de la notion de causalité rétro-active (p.92), forme de causalité que pourrait prendre le psi. Les physiciens Mattuck et Costa de Beauregard en avaient discuté à l’aune d’un rapprochement entre parapsychologues et théoriciens de la physique quantique (1979). La critique de Monvoisin consiste simplement à rapporter, et à partager, l’incrédulité de Pracontal (2001) devant cette hypothèse. Cette position est intenable sur le plan scientifique : l’incrédulité, ainsi exprimée, n’est qu’une forme de crédulité. Alors que de nombreuses expériences, d’abord aux USA par Schmidt suite aux propositions de l’ingénieur français Pierre Janin, ont montré qu’il était possible d’étudier une forme de psychokinèse dans le passé. On peut encore critiquer les résultats de ces expériences, mais se contenter de faire croire qu’une position d’incrédulité va de soi est une erreur. En juin 2006, à San Diego, un congrès de l’American Association for Advancement of Science a convié des physiciens et une dizaine de chercheurs en parapsychologie à discuter de la rétro-causalité. En effet, sur cette question, et c’est là une bonne exemple de compatibilité des données de la parapsychologie avec celles d’autres disciplines, physiciens et parapsychologues se rejoignaient, au moins sur le plan théorique, pour admettre la possibilité d’une telle action (Sheehan, 2006).

Targ & Puthoff dans Nature

Page 211, Monvoisin cite comme exemple de publication insuffisamment sérieuse celle de Targ & Puthoff dans Nature. L’Observatoire Zététique ayant produit un argumentaire conséquent sur cette question, nous y répondrons prochainement en détail.

La critique de Backster

Dans le même genre, Monvoisin répète ce que Broch dit des travaux de Cleve Backster (International Journal of Parapsychology, 1968) sur la sensibilité des plantes (p.203). Broch parle d’une publication de mauvaise qualité qui ne serait que le compte-rendu d’un reportage, alors que l’article se présente comme une véritable expérience conduite sur trois ans (Monvoisin cite d’ailleurs un travail de Géraldine Fabre qui reprend l’essentiel de ces expériences). Monvoisin se contente de rappeler qu’une reproduction de cette expérience publiée dans Science fut un échec, ce qui ne peut être suffisant pour parler d’un artefact. Ce sont les différentes critiques méthodologiques rappelées par Géraldine Fabre qui permettraient de conclure dans ce sens. Quand il aborde de tels travaux publiés dans des revues de parapsychologie, Monvoisin ne propose pas d’exposés complets et des arguments vraiment valables, alors qu’ils sont pourtant à portée de main. Le fait que ces travaux rejoignent un folklore préexistant et persistant doit être mis de côté pour l’analyse scientifique de ces expériences.

Un Suisse a dit…

Certaines remarques sur la parapsychologie n’ont tout simplement pas leur place dans une thèse : lorsque Monvoisin dit illustrer « l’effet Pangloss version flèche dans l’eau » (p.260) à partir d’une conférence sur la parapsychologie en Suisse en 2005, et qu’il ne donne aucun moyen de savoir de quelle conférence il s’agit et de quel conférencier, l’exemple devient tout à fait factice. En absence de références précises, mieux vaudrait s’abstenir.

Recouvrement entre zététique, science et parapsychologie

Les nombreuses erreurs de Monvoisin sur la parapsychologie n’enlèvent pas tout l’intérêt de son propos, mais elles ne sont pas anodines. La zététique appliquée par Monvoisin se révèle insuffisante pour convaincre de la pseudo-scientificité de la parapsychologie, et montre plutôt un manque d’esprit d’auto-critique et de vérifications des sources. A aucun moment les thèses pseudoscientifiques de la parapsychologie ne sont développées « complètement », puis soumises à l’analyse critique, comme le propose la zététique d’Henri Broch (p.33), mais ce dernier n’a pas lui-même réalisé méthodiquement cette démarche.
Or, la parapsychologie n’est pas juste une des disciplines du champ du paranormal. Monvoisin superpose zététique et démarche scientifique appliquée aux phénomènes dits paranormaux (p.26), comme le font également les parapsychologues. Il superpose aussi les objets d’étude, en reprenant (p.72) la distinction de Doury (1997) sur les deux catégories de phénomènes prétendus paranormaux : le paranormal exogène et le paranormal endogène, ce qui est tout à fait comparable aux catégories utilisées par Mario Varvoglis de « psi projectif » et « psi réceptif ».

Néanmoins, Varvoglis ne fait pas le même rapprochement de Doury (cité p.72) entre « témoignages » et « comptes-rendus expérimentaux », qui ne seraient que des « récits » posant la question controversée de l’existence de phénomènes paranormaux. Si, dans le champ du paranormal, l’assertion discutée est de savoir si « ça existe » ou pas (p.72), alors c’est la même question que dans n’importe quel domaine scientifique. Et pour répondre à cette question, la démarche parapsychologique et zététique sont tout à fait similaires. Il est donc tout à fait problématique pour une zététique didactique de méconnaître les recherches en parapsychologie, de même que, inversement, il est justement affirmé qu’une parapsychologie académique ne peut se passer de la zététique (p.68).

 

Des lacunes dans l’épistémologie des pseudosciences

La didactique prônée par Monvoisin s’insère dans un cadre épistémologique délicat : l’opposition sciences/pseudo-sciences. Comme il le reconnaît (p.34) : « les épistémologues ayant toujours eu grand mal à définir ce qu’est la science, définir ce qu’est une pseudoscience et, à plus forte raison, décrire les fondamentaux épistémologiques d’une lecture critique de ces pseudosciences pourrait laisser croire qu’elle dépend du positionnement de départ de celui qui parle. » Il y a donc un vrai problème de définition, mais surtout de détermination des critères opposables permettant de différencier entre sciences et pseudo-sciences. La majorité des épistémologues ont abandonné depuis quelques décennies cette recherche de critères différentiels, consentant à un certain relativisme en ce qu’on ne peut définir absolument la scientificité (cf. Chalmers, 1987 ; Barberousse & Ludwig, 1999). Les listes de critères qui ont pu être dressées se sont révélées insuffisantes, en ce qu’elles ne permettaient pas d’éviter les deux erreurs de tout processus de différenciation :

- erreur type 1 : considérer comme pseudo-scientifique ce qui serait propre à la découverte scientifique (« Jeter le bébé avec l’eau du bain »)

- erreur type 2 : ne pas réussir à distinguer une pseudo-science d’une discipline scientifique (« indifférenciation »)

Ces deux erreurs sont véritablement problématiques, du simple fait que l’histoire des sciences est minée de cas où un jugement tranché « au nom de la Science » (ou de la Raison, etc.) a conduit à une erreur de type 1 (voir l’exemple des ultrasons chez les chauves-souris, dont les preuves furent d’abord rejetées, détaillé dans cet article de Guy Lyon Playfair). Les voies de la science semblent multiples, et c’est aussi pour cela qu’il y a plusieurs disciplines scientifiques avec des méthodologies propres.

Un apriorisme sophistiqué

Cette complexité ne semble pas prise en compte par Monvoisin, qui réduit la logique de la découverte scientifique à un processus où il suffit de remplir des cases comme dans une grille de mots croisés (Haack, 2003). Ce principe est illustré par le tableau de la classification périodique des éléments, dont l’esthétique ordonnancement est un exemple fort appuyant la thèse d’un réalisme. Mais cela ne reste qu’un exemple, et il n’est pas exclu qu’ils subissent les mêmes biais que d’autres connaissances scientifiques, à savoir a) l’illusion rétrospective b) et la reconstruction historique. Les historiens des sciences et de nombreux épistémologues parviennent à documenter les difficiles processus qui conduisent à la découverte scientifique, l’ingéniosité des moyens et les aléas de la recherche. Ils découvrent ainsi des cas qui contredisent la thèse unique de la « grille de mots croisés », selon laquelle les découvertes ne sont font que dans des directions de recherche prédéfinies : il y a aussi de l’imprévu, qui doit parfois attendre longtemps avant d’être reconnu. Si bien que prétendre que le savoir est préstructuré permet seulement de dire d’une manière sophistiquée que la psychokinèse ne peut pas exister parce qu’elle tombe dans les critères « d’isolement » et « d’incommensurabilité » (p.83).

Derrière cette vision de la science comme « une grille de mots croisés » qu’affectionne Monvoisin se cache une épistémologie naïve de l’apriorisme. Cela revient à appliquer le déterminisme laplacien, si suranné depuis la thermodynamique, la mécanique statistique et la mécanique quantique, à la découverte scientifique elle-même. La démonstration de cet apriorisme est faite par Monvoisin : il n’arrive pas à dégager un critère ou une liste de critères testables qui permettraient de différencier sciences et pseudo-sciences.

Curseur Vraisemblance de Broch

(p.85) : les phénomènes étudiés par les pseudo-sciences ne sont pas vraisemblables. Monvoisin précise qu’il y a risque de déformation culturelle, la « vraisemblance » ne devenant relative qu’à une culture « non éclairée par l’information contradictoire qui se rapproche dangereusement du préjugé ». Il prétend donc que, pour bien placer le Curseur Vraisemblance, il faut se poser à la position rationnelle de celui qui évalue « "en connaissance de cause", c’est-à-dire avec toutes les connaissances attenantes nécessaires pour juger » (p.85). Il faudrait donc une érudition totale, laplacienne, pour placer avec certitude le Curseur Vraisemblance. Monvoisin nous a montré que ce n’était pas son cas, et on n’imagine mal un savant mis à cette place aujourd’hui, à l’heure où le savoir est affaire de spécialistes. Ce critère est donc insuffisant.

Parcimonie des hypothèses: De ce critère insuffisant en découle un autre, celui de la parcimonie des hypothèses. Il s’agit de « trier rationnellement entre un scénario saugrenu et une hypothèse recevable » (p.96). Mais il faut de nouveau occuper la position d’une Raison absolue omnisciente, et ne laisser aucune place à la découverte incongrue.

Critère de la proportionnalité du poids de la preuve

 (p.87-89) : Monvoisin s’approprie la maxime selon laquelle « des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires », et en fait l’historique jusqu’à Hume. Il ne mentionne qu’une seule critique de ce principe, mais qui nous semble décisive (p.89) : « Ce point de méthodologie soulève bien des débats dans les milieux sceptiques, dans la mesure où
l’"extraordinarité" d’une allégation est difficile à évaluer, et où l’"extraordinarité" d’une preuve peut être discutée (d’une manière probabiliste) : W. C Harvey (2005), répondant à Pigliucci, pointe du doigt le fait que la fusion froide par exemple, ne nécessite pour exister qu’une bonne preuve thermodynamique qui n’a rien d’extraordinaire. La méprise relève ici de l’effet paillasson : la preuve n’a besoin d’être extraordinaire qu’au sens de rigueur maximale. » Ainsi, la notion d’« extraordinarité » n’a aucun fondement scientifique, mais relève d’un relativisme culturel ou d’une pondération probabiliste personnelle. Si Monvoisin conclut qu’elle peut se réduire, par un « effet paillasson », à la question de la « rigueur maximale », et qu’elle n’a donc rien à voir avec des attentes en termes de taille d’effet au-delà des normes courantes, alors cela peut montrer que l’usage qui est fait de cette maxime par les sceptiques est souvent erronée. Et, s’il s’agit seulement de « rigueur maximale » (et que la notion de « maximale » ne fait pas que reproduire le relativisme précédent), alors le problème n’est pas du tout spécifique aux allégations extraordinaires : il n’y a aucune raison scientifique d’accepter une preuve – quel que soit le phénomène – obtenue avec une rigueur moyenne ou médiocre.

Critère du « small effect »

(p.96-97) : le prix Nobel Langmuir, dans son travail sur la « science pathologique » donne plusieurs critères de distinction inefficaces, dont celui de « l’effet ténu à faible significativité ». Si un phénomène étudié n’est pas frappant, alors la science qui l’étudie est pathologique. Monvoisin note bien que cela pathologiserait la physique des hautes énergies qui montre aussi des phénomènes ténus mais détectables. Le critère est donc réorienté par Monvoisin (p.97) : « Ce n’est donc pas le ténu d’un phénomène qui doit être évalué, mais le décalage entre ce ténu et la largeur du champ phénoménologique prétendument couvert. » Cela est tout de même problématique (au sens d’un fort risque d’erreur de type 2) dans le sens où les conditions artificielles du laboratoire ne permettent pas toujours de reproduire le milieu complexe où ont d’abord lieu des effets naturels, d’autant plus lorsqu’ils sont spontanés, ce qui est particulièrement le cas dans les sciences sociales et psychologiques.

Critère de l’irréfutabilité

(p.103) : le critère de Karl Popper a été largement critiqué car, bien qu’il se révèle utile contre les systèmes de pensée comme le Marxisme ou la psychanalyse freudienne, il implique des erreurs de type 2 pour de nombreux champs classés du côté « scientifique ». Monvoisin l’exprime dans une affirmation auto-destructrice (p.103) : « L’irréfutabilité des pseudosciences fut le premier critère (non suffisant) de démarcation science / pseudoscience. »

Critère des hypothèses ad hoc

Langmuir considérait comme pathologique le fait de produire des hypothèses après avoir observé un phénomène, car cela laissait place à des fantaisies imaginaires ressemblant à des excuses, et non à une démarche théorique prédictive. Néanmoins, comme le conçoit Monvoisin à propos des critères de Langmuir en général (p.90, et note 94 p.90) : « Ces critères sont désormais connus comme insuffisants. Rhodes a montré par exemple que les critères de Langmuir auraient tout à fait correspondu à la découverte des prions par Prusiner. Voir Rhodes (1997), p. 54. »

Critère de la stagnation théorique et de l’enfermement dogmatique

(p.104) : Monvoisin décrit ce critère comme probablement le plus important, bien qu’à retardement : « une pseudoscience se distingue d’une science par le fait qu’elle a tendance à rester immuable dans le temps, ses défenseurs ne fournissant pas d’évolution et se drapant dans un traditionalisme (voir 4.3.3 L’argument d’historicité – éloge de l’ancienneté) déférent vis-à-vis du ou des fondateurs. Pis, elle présente une absence de correction interne (lack of self correction) : un signe de pseudoscience est la non prise en compte des contradictions ou des faits allant son encontre, à l’image de la résistance intellectuelle aux idées contraires chez un individu. » Cela semble être effectivement une caractéristique décelable dans certains domaines comme l’astrologie. Mais est-ce vraiment spécifique ? L’épistémologue Imre Lakatos a montré que non. Il a souligné que, le plus souvent, face à un résultat qui remet en cause leurs conjectures, les scientifiques commencent par développer des stratégies immunisatrices. Le dogmatisme serait donc une caractéristique intrinsèque des systèmes scientifiques : ceux-ci seraient divisés en un noyau dur (une tradition intouchable) et une ceinture protectrice d’hypothèses auxiliaires. Seules ces dernières seraient soumises à réfutation. La capacité d’un programme de recherche à être progressif (générateur de connaissances nouvelles, capable de prédire des faits inédits et d'absorber les anomalies, gagnant en influence) ou régressif (devenu incapable de prédire des faits inédits, perdant de l'influence et des adeptes parmi les scientifiques) ne se superpose pas à la capacité de « scientificité » de ces programmes. Tout ce qui est apparemment pseudo-scientifique n’est pas régressif (erreur de type 1) et tout ce qui est apparemment scientifique n’est pas progressif (erreur de type 2).

La parapsychologie : une pseudoscience ?

Devant l’insuffisance de ces critères de démarcation pris un à un, Monvoisin propose (p.96) de réunir un faisceau de critères, la plupart se recoupant et pouvant se ramener à deux choses :

- L’absence d’une démarche empiriste auto-correctrice (incluant présentation des résultats aux pairs, reproduction, réfutation).

- L’absence d’une démarche théorique prédictive (excluant des appels à l’ignorance, des hypothèses ad hoc et un manque de parcimonie des hypothèses).

Monvoisin ajoute également la façade médiatique et mercantile des « découvertes qui dérangent » (p.96), mais ce n’est pas vraiment spécifique, comme il le constate lui-même à propos d’allégations sur les nouvelles découvertes en physique. On peut donc se contenter d’examiner ces deux critères de distinction, en prenant l’exemple de la parapsychologie. N’y a-t-il pas une démarche empiriste auto-correctrice et une démarche théorique prédictive en parapsychologie ? On ne trouve à aucun moment, dans cette thèse, la démonstration du contraire. Il n’y a aucune référence à des travaux qui montreraient que la parapsychologie se comporte comme une pseudo-science, seulement une multiplication d’allégations dont aucune n’est vérifiée et qui se rapprochent de « l’effet Cerceau ».

L’alternative des parasciences

Néanmoins, il serait faux de conclure que cela fait de la parapsychologie une science. D’autres alternatives sont possibles : le sociologue sceptique Marcello Truzzi en parlait comme d’une proto-science ; le sociologue des sciences Pierre Lagrange en parle comme d’une parascience. Mais Monvoisin refuse ces alternatives qui lui seraient pourtant utiles (p.81). Il refuse ce relativisme minimal des épistémologues concédé devant l’impossibilité de définir dans l’absolu ce qui est science et ce qui ne l’est pas. Il rejette donc une conception « statistique » de la science, comme celle portée par la notion de « parascience », alors que celle-ci est plus à même de ne pas tomber dans les travers des erreurs de type 1 et 2. Parler de parascience, et non uniquement d’une opposition science/pseudoscience, est plus conforme à la pensée zététique car cela implique de ne pas faire l’économie de l’examen, d’admettre que de véritables phénomènes scientifiques peuvent être produits ailleurs que dans le champ traditionnel. Dès lors que d’apparentes anomalies sont étudiées avec suffisamment de scientificité, le zététicien devient un anomaliste, puisque son objectif est avant tout l’exploration scientifique.

Tandis que Monvoisin plaide pour un monisme de la science, ne souffrant pas de « science parallèle », de pluralité des épistémologies et des rationalités (p.81). Son travail sur l’esprit critique lui donne raison, car de nombreux effets de la zététique sont des propositions logiques universelles. Mais cette universalité est à double tranchant : l’esprit critique peut s’appliquer à toutes les revendications, scientifiques, pseudo-scientifiques et aux revendications intermédiaires (sceptiques et anomalistiques). L’association entre zététique et critique des pseudo-sciences est plutôt un mariage arrangé, et d’ailleurs Monvoisin montre bien que la zététique s’applique également au discours de vulgarisation scientifique. A quelques rares moments, il emploie même cet esprit critique face à des assertions sceptiques ou scientifiques. Nous nous trouvons effectivement dans une situation générale : le schéma de la pseudo-science décrit par Monvoisin (p.81) est en fait celui de la pseudo-scientificité, soit un processus dynamique partant d’une revendication et suivi par un examen qui montre si sa portée est universalisable. Et il est possible, dans ce cadre, qu’une revendication concernant la façon même de concevoir la science soit évaluée et conduise à des réaménagements. L’histoire des sciences compte plusieurs événements de ce genre, semblant montrer que la science évolue, dans ses parties comme en tant que tout.

On regrettera que les critères de démarcation utilisés par Monvoisin ne soient pas issus des recherches épistémologiques (surtout anglo-saxonnes), mais directement des ouvrages sceptiques (p.81). Leur validité et leur fiabilité n’a donc pas fait l’objet d’examens, et ils se prêtent plus à l’illustration choisie qu’au test, contrairement à ceux sélectionnés par Marie-Catherine Mousseau, qui ont pu être appliqués dans une comparaison entre des revues de parapsychologie et des revues mainstream. Elle a pu conclure que les revues de parapsychologie respectent au moins autant les standards de publication scientifique que les autres revues (Science, recherches sur le paranormal et croyances irrationnelles : quel est le lien ? Mémoire de Master de Communication Scientifique, Université de Dublin, 2002). Mousseau remarque d’ailleurs que (p.57) : « Les scientifiques usent beaucoup de critères épistémologiques pour reléguer la parapsychologie dans le domaine des pseudosciences. Ce ne sont en fait que des outils rhétoriques, qui sont difficilement applicables, même à leurs propres travaux. » Le même problème se pose ici.

Militance et éducation

Monvoisin nous livre dans sa thèse quelques informations sur son adolescence, baignée dans le monde du « paranormal », adhérant à toutes les gnoses et spiritualismes chamaniques, explorant les capacités extra-sensorielles et les dons d’auto-guérison, lisant Koestler, Castaneda, Coehlo, La gnose de Princeton de Raymond Ruyer… (p.14, p.326-327). De cet intérêt juvénile, nous pourrions inférer un intérêt actuel anaclitique, à partir des nombreux exemples que le scepticisme militant nous a déjà donnés (Broch, Deguillaume… pour une analyse d’un tel revirement, voir notre article). Mais cette inférence ne serait au final qu’une interprétation. Nous préférons donc situer dans le texte les passages qui marquent un certain militantisme de son auteur.

La zététique apolitique

Tout d’abord, nous nous accordons avec Monvoisin pour rendre la zététique a-politique (p.70) : « La zététique promouvant une démarche critique d’investigation scientifique rigoureuse, il est quasiment impossible d’en détourner politiquement le propos ni le ton, à moins que ses praticiens ne se prêtent au jeu des médias. La méthode zététique matérialiste sceptique est, à cause de la clarté de ses critères de scientificité, son ontologie et son épistémologie claires, très peu malléable et offre au champ du ‘paranormal’ une stabilité qu’il n’avait pas. Sociologiquement, la zététique et son cadre philosophique sont une garantie intéressante d’une « apolitisation », au sens de Bourdieu, du champ de ‘paranormal’. » Toutefois, il peut y avoir des actions de militantisme au-delà même d’une politique explicite. La thèse de Monvoisin nous semblent d’ailleurs reposer sur plusieurs thèses implicites qui peuvent légitimement être interrogées par rapport au cadre éducatif dans lequel elles se déploient :

La thèse de l’opposition Matérialisme-POMO

La première thèse est une opposition de cadres philosophico-épistémologique (l’expression est donnée p.33). Monvoisin instaure une dichotomie entre sa vision d’une zététique matérialiste (la doctrine matérialiste étant exposée brièvement p.49-51 ; cela ne l’empêche pas de se revendiquer également d’un socioconstructivisme cognitif, p.31) et le problème du post-modernisme (rebaptisé POMO). Cette opposition se déroule sur deux niveaux qui sont souvent confondus : le premier est sur le plan épistémologique, où Monvoisin critique ce qu’il rattache au POMO et qui tend à faire s’écrouler le fragile faisceau de critères démarquant sciences et pseudo-sciences (p.76) ; le second est sur le plan métaphysique, où Monvoisin réalise sa profession de foi tout en attribuant au matérialisme la qualité d’être « un rempart efficace aux intrusions spiritualistes » (p.59) bien qu’il admette que « le niveau de connaissances nécessaire pour en critiquer les fondements est élevé, voire très élevé. » (p.59) Adhérer à cette théorie alors qu’elle paraît difficile à remettre en cause revient vite à faire un usage défensif du matérialisme, et le champ lexical de la guerre est d’ailleurs prégnant dans cette thèse. Par exemple, Monvoisin se rapproche de Baillargeon et de son Manuel d’Autodéfense Intellectuelle, et associe la critique de certains intellectuels, « l’attaque » pseudoscientifique et ses conséquences « tragiques » : « Nous disons que les discours relativistes maffesoliens ne sont pas dangereux per se, mais tout comme certaines activités du corps, abaissent les défenses et désarment l’individu face aux sollicitations pseudoscientifiques. Comment, lorsque de grands noms universitaires comme Maffesoli ou Lenoir incrustent l’irrationnel, lorsque Prigogine vante le changement de paradigme prochain et la fin des certitudes, lorsque Stengers piétine la science et lui dénie toute spécificité vis-à-vis des méthodes intuitives, des transes chamaniques, comment expliquer ensuite leur erreur aux individus qui se commettent, commettent leur santé ou celle de leur famille et corrodent leur compte bancaire en souscrivant à des pseudosciences ou des pseudomédecines ? On se retrouve dans un cas de figure très proche des injonctions papales à l’abstinence plutôt qu’à la contraception : l’injonction est assez mal justifiée, et les conséquences sur la population sont tragiques. » (p.129) Ne quitte-t-on pas ici le champ de la science pour celui de la militance sociale ?

Le vocabulaire assez imagé est monnaie courante dans les ouvrages qui servent de références à ce discours : la science y est une forteresse attaquée de toute part par des intrusions spiritualistes, quelques brèches ont été ouvertes (les fameux « Interstices Pseudo-Scientifiques », ou Ips), et il s’agit de les refermer pour d’obscures visées morales. On peut comprendre que Monvoisin côtoie les nombreux abusés du charlatanisme pseudo-parapsychologique, qu’il ait lui-même baigné dans un paranormal pour adolescent, mais ce discours personnel et victimaire n’a pas sa place dans une thèse de didactique des disciplines scientifiques. Comme la discussion scientifique n’est pas close, une telle attitude conduit trop souvent à conspuer les contradicteurs potentiels, à les pathologiser, à les ridiculiser, à préjuger de leurs intentions. Ce militantisme est une sortie de route par rapport à la possibilité d’un dialogue entre scientifiques.

Ainsi, il y a rupture du dialogue avec les « relativistes post-modernes » : leurs arguments ne sont pas discutés, mais on dénonce par exemple le fait que Stengers ait participé à un colloque où s’exprimait, outre le philosophe et sociologue Méheust, la voyante Maud Kristen et la représentante du mouvement de néo-sorcellerie Starhawk. Qu’ont-ils dit ou qu’ont-ils fait ? On ne sait pas. Pour Monvoisin, ils viennent simplement justifier que l’on agite une bannière unique dans le combat contre « relativisme cognitif – métapsychique – voyance – pseudo-féminisme essentialiste – mysticisme New Age » (p.57). Le dénigrement frise le ridicule lorsque Monvoisin « fait la moue » dès lors qu’il doit utiliser la notion de « concept nomade » d’Isabelle Stengers (note 146 p.154, et p.155). Inutile de rappeler la facette Z de la page 216.

La thèse de la prophylaxie des pseudosciences par la critique des couvertures de magazine

La seconde thèse est l’hypothèse de travail, énoncée comme une critique de la vulgarisation scientifique faisant office de critique des pseudosciences (p.129) : « L’objectif, rappelons-le, n’est pas de conspuer la vulgarisation scientifique, ni d’édicter des règles d’orthodoxie de transmission de l’information. Il est de sortir de la critique frontale des pseudosciences, et de remonter à leurs sources, dont l’une est cette transposition plus démagogique que didactique. Nous aimerions que tout individu souhaitant prendre de l’information scientifique puisse le faire en connaissance de cause. » Faire de la vulgarisation scientifique une des sources des pseudosciences est une idée étonnante ; plus étonnant encore est le choix de sortir de la « critique frontale des pseudosciences », comme si le tour de la question avait été fait, et alors même que Monvoisin reconnaît aux pseudosciences un développement argumentaire rationnel (p.320). Comment la prophylaxie des pseudosciences peut-elle se faire autrement qu’en examinant leurs revendications ? C’est tout le défi relevé par Monvoisin.
L’hypothèse de travail se décline en deux temps :

  • Hypothèse n°1 : Les processus de fabrication de l’information scientifique médiatique sont poreux, piqués d’Interstices      Pseudoscientifiques (Ips) qui sont autant de brèches pour des postures non scientifiques.

  • Hypothèse n°2 : Utiliser ces Ips et leur critique permet de développer une pédagogie zététique et la fabrication chez l’étudiant d’une autodéfense intellectuelle sceptique.

Ce qu’il y a de surprenant avec la première hypothèse, c’est que la fabrication de l’information scientifique a toujours été une forme de travestissement, avec une argumentation beaucoup moins efficace que l’original. N’est-il évident d’y trouver quelques lacunes ? D’autant plus que Monvoisin ne travaille pas systématiquement à partir des œuvres de vulgarisation, mais surtout à partir des maquettes des magazines populaires. Là encore, le travail du maquettiste ne s’éloigne-t-il pas forcément de l’argumentation scientifique ? N’y a-t-il pas un risque d’aller « contre la culture », de critiquer le recours mercantile au spectaculaire et au mélange des genres, alors que ce n’est l’expression locale du marché ? C’est surtout qu’il est difficile d’imaginer un lien ténu entre les impératifs qui guident le travail du maquettiste et les intrusions pseudoscientifiques.

Plus surprenant encore est ce que Monvoisin propose en remplacement, en termes de zététique didactique. Il souhaite rétablir un langage monosémantique et véritablement scientifique (p.136), sans les différentes variantes des effets paillasson et autres effets Z. Mais qu’est-ce au fait que ces effets Z ? Ce sont des formes de raisonnement échues de la psychologie, de la logique ou de la linguistique, mais détournées de leur milieu initial dans une visée d’enseignement. Ainsi, au lieu de parler de « métonymie », Monvoisin utilise, à la suite de Broch, l’expression d’ « effet paillasson », censée être « plus facile à retenir » (p.137), bien qu’elle conduit inexorablement ce concept linguistique vers un sens métaphorique non maîtrisé. Il en va de même pour la « tautologie », devenant « effet Cerceau », la « fausse causalité » changée en « effet Atchoum », « l’effet expérimentateur psi » devient « le phénomène jaloux », etc.

C’est là un paradoxe de cette thèse : comme le maquettiste ou le vulgarisateur scientifique, le zététicien affronte le problème de la transmission de l’information. Et comme eux, il constate que (p.319) : « l’efficacité de la pédagogie zététique est d’autant accrue qu’elle utilise : des images simples et marquantes pour les esprits, une terminologie mnémotechnique permettant de repérer puis de nommer un sophisme ou un biais de raisonnement lorsqu’il est rencontré, et surtout des objets d’études qui captivent tant par leur caractère fantasmatique que par le fait que les connaissances mises en jeu peuvent aisément sortir du cadre enseignemental. Il est utile pour le réinvestissement des connaissances des étudiants que de leur offrir du matériau quotidien à discuter hors-classe, des thèmes "extra-ordinaires" à se mettre sous la dent en famille, ce que tous les objets d’enseignement ne permettent pas facilement. » Ainsi, l’efficacité de la zététique passe par le spectaculaire de son enrobage, la même chose que Monvoisin critique de la part de magazines comme Science & Vie. Or, il n’ignore pas que ce qui pousse à ce travestissement de l’information scientifique tient pour une part à des enjeux commerciaux, mais aussi à des enjeux politiques, métaphysiques et idéologiques (p.320). La vulgarisation est certes un « ventre mou » (p.320) de la science, mais l’information scientifique est devenue un outil idéologique très puissant.

Or, nous avons pu voir que la zététique didactique développait également un nouveau vocabulaire, déformant des concepts scientifiques ; des scénarios imaginaires transmis d’auteur en auteur à la manière des mythes (cf. tout ce que Monvoisin répète sans examiner) ; que les exemples sont choisis en particulier dans « le paranormal comme support pédagogique », alors que l’esprit critique s’applique partout. Si bien que la zététique peut aussi se concevoir comme une marchandise, dans un monde où connaissances et croyances sont des produits (selon une métaphore de travail du sociologue Gérald Bronner, 2003). On aurait apprécié une dose de réflexivité du travail critique, une analyse de la manufacture de la pensée zététique qui semble pouvoir se permettre tout ce qu’elle reproche aux autres. Imaginons par exemple que, dans la citation suivante, Monvoisin parle en fait de la zététique didactique (p.268) : « Si scénariser la science, par le caractère affectivement stimulant, facilite beaucoup l’appropriation des faits présentés, cela contribue aussi à ancrer les misconceptions, voire à dévoyer l’entreprise d’éducation scientifique (figure 100). Les scénarios développés sont, contre toute attente, très souvent les mêmes pour un champ de connaissance donné, et "figent" les objets (trou noir = ogre tapi dans l’ombre, par exemple). Outre le problème des déviations pseudoscientifiques que nous allons aborder ci-dessous, la régularité scénaristique que nous avons découverte pose le problème du stéréotypage et de la fabrication des préjugés sur la science et son épistémologie. » Cela semble fonctionner, d’autant plus après la manne de « misconceptions » de la parapsychologie décelées dans ce travail.

Monvoisin se dédouane tout seul du fait de n’avoir étudié que la surface des choses, à savoir les couvertures des magazines (p.322) : « Bien sûr, il aurait été instructif de multiplier les comparaisons entre la tenue du traitement d’une information sur la couverture puis dans l’article, mais ce n’est pas exactement ce que nous cherchions : plutôt que de désigner d’éventuels coupables, nous avons voulu nous situer exactement à l’interface entre l’individu consommateur et la "surface" de l’information telle qu’elle est proposée. En cela, la couverture est le phénomène principal, puisque c’est elle qui séduit, encourage ou rebute. Elle est construite pour coller au goût, pour servir de publicité. » On peut penser que c’est accorder beaucoup d’importance à la forme et bien peu au fond, de présumer de beaucoup ce qui décide le lecteur d’acheter un magazine, mais un publiciste pourrait réussir à nous convaincre du contraire. D’une certaine façon, le problème de la médiatisation de l’information scientifique discutée dans l’hypothèse n°1 est le même problème que celui de l’enseignant de l’hypothèse n°2 « pour trouver les meilleurs moyens de rendre une discipline aussi martiale que la zététique appropriable et stimulante, et pour incruster un peu d’esprit critique aux étudiants. » (p.319) Les risques sont mêmes comparables en termes d’Ips : intrusions pseudo-scientifiques ou pseudo-sceptiques…

La thèse de l’utilité sociale de la critique des pseudosciences

La troisième thèse est formulée implicitement comme une critique des pseudosciences à visée sociale, répondant à une urgence et à une dramaturgie (p.325) : « Je ne sais pas s’il sera un jour possible de faire de l’esprit critique et de la zététique des enjeux sociétaux et une préoccupation vraiment scolaire. M’est avis, devant les drames occasionnés par les diverses croyances pseudoscientifiques, que le monde y aurait pourtant un certain intérêt. » L’hypothèse soutenant ce discours est que la critique des pseudosciences permet de diminuer leur dangereuse diffusion dans la société.

Or, il existe une hypothèse alternative soutenue par des faits historiques. Le commerce du paranormal a vraiment commencé au milieu du XIXe, lorsque les scientifiques ont décrété que le magnétisme animal ne pouvait plus être étudié, après des manœuvres douteuses de sceptiques militants dont le Dr. Dubois d’Amiens. Ainsi, comme le dit le psychologue Renaud Evrard : « Le magnétisme est parti des corps savants, de l’aristocratie, de la haute bourgeoisie... pendant longtemps ces pratiques étaient l’apanage d’un milieu non populaire. Le peuple en entendait très peu parler et de manière déformée. Peu à peu le sujet s’est vulgarisé, et c’est vers la deuxième moitié du XIXème qu’on a vu apparaître des gens qui en on fait un commerce, en même temps que la doctrine magnétique dégénérait sous l’influence de la vulgarisation. Or, nombreux sont les auteurs - à commencer par Victor Hugo - ayant mis en lien ce rejet par « la science » et cette récupération par « l’ignorance ». On n’envisage à peine le rôle joué par une poignée de sceptiques militants dans la fabrication de la société actuelle. Cette police intellectuelle administrée en amont justifie le jugement dédaigneux du monde de la voyance, lequel, en retour, justifie la noble cause défendue par les sceptiques. Un discours qui fait système sans qu’on n’y puisse rien faire. »

Une autre idée, pouvant aussi être explorée, serait donc que c’est plutôt la recherche scientifique sur ces phénomènes qui limitent leur diffusion dramatique. Cette recherche doit évidemment inclure l’appareil critique, mais elle permet à chacun de distinguer phénomènes réels et abus pseudoscientifiques, et ne consistent plus seulement à nier et ridiculiser des expériences que disent vivre une majorité de la population. La visée éthique est la même, mais elle favorise un dialogue plutôt qu’une opposition entre science et opinion.

Un dernier point doit être questionné, même s’il ne dépend pas directement du doctorant : comment se fait-il que la majorité des membres du jury soient des sceptiques médiatiques (Broch, Bricmont, Lecointre), et qu’aucun rapporteur critique ne soit nommé ? Une personne telle que Paul-Louis Rabeyron, psychiatre reconnu dans la région lyonnaise, membre du Comité Directeur de l’Institut Métapsychique International, qui donne depuis quelques années un cours optionnel à l’Université Catholique de Lyon sur « Sciences, sociétés et phénomènes paranormaux », aurait certainement eu la compétence pour relever les nombreuses critiques sur la parapsychologie et l’épistémologie qu’ils nous a été données de faire. Toute complaisance universitaire est problématique sur le plan scientifique et éducatif, surtout ici où la plupart des membres du jury se montrèrent incapables de distinguer les erreurs qu’ils répètent eux-mêmes.

 

Conclusion

Contrairement à l’avis d’un jury, nous suggérons la non-publication de ce travail avant que les trop nombreuses erreurs ou approximations qu’il comporte soient corrigées.

Nous partageons les inquiétudes de Monvoisin sur l’accès à l’information scientifique en matière de parapsychologie (p.113) : « Il n’y a aucune raison pour que lors d’un choix d’efficacité à faire, un individu en pleine possession de ses moyens intellectuels ne choisisse pas les solutions scientifiques décrites comme les plus adaptées ou les plus efficaces du moment. S’il ne le fait pas, c’est soit parce qu’il n’a pas accès à l’information ou parce que cet accès est compromis ou dévoyé (1), soit parce qu’il rejette l’information scientifique qu’on lui donne (2), soit parce que l’information scientifique qu’il reçoit est biaisée (3). »

Nous souhaitons que l’hypothèse (3) prime ici, car c’est la plus facilement corrigible.

Et nous reprendrons pour finir la méthode en « 6 questions + 1 » qui permet à Monvoisin de montrer en quoi une action est un acte de foi (p.110), à propos de son propre travail :

  • Question 1 : quel est le germe de départ de la (pseudo)théorie ?

> Des expériences personnelles à l’adolescence.

  • Question 2 : comment les faits / les témoignages ont-ils été collectés ?

> Par la lecture d’ouvrages sceptiques, mais sans vérification des sources, et sans lectures contradictoires.

  • Question 3 : y avait-il d’autres interprétations possibles de ces collections de faits ?

> Certainement. Mais il n’y a jamais eu de limites aux possibilités d’interprétations.

  • Question 4 : y  a-t-il un moment où la réfutation des critiques est devenue non rationnelle ?

> Si on peut considérer que le recours à des scenarii imaginaires sans raccord à la réalité (la démonstration d’un biais par une expérience de pensée) est une pratique non rationnelle, alors oui.

  • Question 5 : les nouvelles entités invoquées sont-elles nécessaires ?

> Est-ce à dire que le principe de parcimonie des hypothèses n’est pas parcimonieux ?

  • Question 6 : quelles sont les trames argumentatives et les signes de la communauté d’adhérents à cette (pseudo)théorie ?

> Ils propagent des histoires qu’ils ne vérifient pas, à la manière de la transmission des mythologies dans un groupe social minoritaire.

  • Question 0 : y avait-il un acte de foi préalable ?

> Dieu seul le sait !

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21 janvier 2008

Précognition subliminale lors d'accidents de train : relecture critique d'une recherche de W.E. Cox

Introduction

88882986_70b4b4e91aDans l’article présent nous faisons une relecture et analyse d’un article de parapsychologie paru dans un numéro du JASPR de 1956. E.W. Cox, l’auteur de l’article original, a voulu savoir si une précognition non perçue consciemment pouvait pousser une personne à changer son comportement à l’avance d’un danger. Dans ce but il a utilisé les comptes, tenus par les compagnies ferroviaires, du nombre de réservations sur les lignes ayant subies un accident grave provoquant plus de 10 blessés, pour chaque ligne ces données couvrent le jour de l’accident ainsi que le mois précédent (cf. annexe). L’hypothèse qui a été testée est qu’à l’avance d’une mésaventure inattendue, une précognition subliminale (non consciente), peut amener une personne à changer son comportement de manière à l’éviter.

L’analyse conduite par Cox consiste à compter le nombre de minima (« hit ») de réservations sur les différentes lignes le jour de l’accident, et à déterminer si ce nombre est significatif. Lorsque cette comparaison est faite par rapport à la huitaine de l’accident (comparaison par jour : JJ, J-1, J-2, J-3, J-4, J-5, J-6 et J-7), 8 « hit » sur 28 lignes sont recensés, ce qui représente un écart à l’espérance de z=2,8 (p=0,004). Lorsque cette comparaison est faite par rapport au mois de l’accident (ie comparaison par semaine : JJ, J-7, J-14, J-21 et J-28), 5 « hit » sur 25 lignes sont recensés, ce qui représente un écart à l’espérance de z=2,2 (p=0,028). Ces résultats sont significatifs et mènent E.W. Cox à conclure en faveur de la précognition subliminale.

Selon nous, l’analyse menée contient certaines erreurs et approximations, mais surtout elle ne teste pas l’hypothèse de travail de manière satisfaisante. Une analyse se basant directement sur la comparaison du nombre de réservations semble plus adéquate. Ce faisant, cette nouvelle analyse ne donne pas de résultat significatif, en effet, l’écart à l’espérance est de z=-0,21 (p=0,69) pour la comparaison par semaine, et de z=0,25 (p=0,77) pour la comparaison par jour. L’analyse des données selon cette méthode n’a donc pas pu mettre en évidence de précognition subliminale.

Analyse statistique

Méthode utilisée dans l’article de E.W. Cox :

La méthode d’analyse des données choisie s’inspire de celle utilisée pour l’analyse d’un test ESP* classique avec cartes Zener. Lors d’un de ces tests, un sujet doit ‘deviner’ quelle est la face de la carte qui lui est cachée. On parle de « hit » lorsque le choix du récepteur coïncide avec la face de la carte cachée, et de « miss » dans le cas contraire. Le nombre de « hits » obtenus par le percipient est comparé au nombre de « hits » qui auraient dû être obtenu si les réponses étaient données conformément au hasard. Si le nombre de « hits » obtenus est significativement supérieur au hasard, alors on peut soutenir une hypothèse psi après avoir écarté toutes les possibilités de biais.

Pour pouvoir utiliser cette méthode d’analyse sur les précognitions subliminales d’accidents, Cox a dû faire des analogies avec le test ESP de type Zener. Celles-ci sont regroupées dans le tableau ci-dessous. Par exemple pour chaque accident ferroviaire, le nombre de réservations le jour de l’accident a été comparé au nombre de réservations sur le même trajet les jours précédents. Lorsque le nombre de réservations le jour de l’accident est inférieur au nombre de réservations les jours sans accidents, on parle alors de « hit ».

Cox___tableau_1

Les compagnies ferroviaires ont fourni à E.W. Cox les données sur le nombre de réservations pour 28 trajets de train ayant connu un accident majeur (cf. annexe), ces données couvrent le jour de l’accident et partiellement les 4 semaines le précédant, mais sont cependant parfois incomplètes. La méthode d’analyse de E.W. Cox consiste à déterminer si le nombre de « hits » est significativement éloigné de l’espérance.

Les données sont en quantité suffisante pour se livrer à une comparaison par semaine sur 27 trajets (ie Jour de l’accident versus J-7, J-14, J-21, J-28), sur lesquels X=10 « hits » ont été recensés. La probabilité que le nombre de réservations le jour de l’accident soit minimum par rapport à J-7, J-14 J-21 et J-28 est de 1/5, l’espérance du nombre de « hits » pour 27 trajets est alors :

Cox___formule_1

avec un écart-type :

Cox___formule_2

on trouve un ratio critique, ou écart à l’espérance normalisé :

Cox___formule_3

ce qui en consultant une fonction de répartition de la loi normale donne une probabilité bilatérale :

Cox___formule_4

résultat significatif car situé sous la barre des 5%.

Pour la comparaison par jour sur 28 trajets (ie Jour de l’accident versus J-1, J-2, J-3 J-4, J-5, J-6, J-7), ont été trouvés 8,5 « hits ». L’un des « hits » est considéré comme une demi-réussite car il est minimum ex æquo avec J-3. En utilisant la même méthode que précédemment, on trouve :

Cox___formule_5,

On retrouve donc les résultats avancés par E.W. Cox pour soutenir l’hypothèse de la précognition subliminale.

Critique de la méthode utilisée

La méthode d’analyse utilisée par EW Cox est cependant critiquable sous plusieurs aspects.

Premièrement, des données artificielles ont été introduites pour certains jours sur 3 trajets, elles sont chaque fois égales à la moyenne des réservations sur la ligne, ce qui ne semble pas correct.Cette operation annule l'independance entre essais, ce qui n'est pas correct puisque la methode de comparaison utilisee suppose l'independance des essais.

Deuxièmement, les probabilités d’occurrence du nombre de « hits » recensés ont été déterminées à partir des écarts à l’espérance et à l’aide de la fonction de répartition de la loi normale. Cependant la quantité de données disponible semble insuffisante pour cette approximation. Un critère couramment admis pour l’utilisation de la loi normale au lieu de la loi binomiale est :

1.     Cox___formule_6 

2.     Cox___formule_7

ce critère n’étant pas respecté il aurait été plus prudent d’utiliser directement la loi binomiale sur une quantité aussi faible de données.

En utilisant directement la loi binomiale* et sans prendre en compte les trajets pour lesquels des données artificielles ont été insérées, les probabilités du nombre de « hits » ont été recalculées :

  • Comparaison par jour :

25 trajets, nombre de « hits » : 7, probabilité associée :     Cox___formule_8

  • Comparaison par semaine :

27 trajets, nombre de « hits » : 10, probabilité associée :    Cox___formule_9

Les résultats restent significatifs, mais il semble plus approprié de les obtenir de cette manière.

Troisième point pouvant être critiqué : la méthode d’analyse utilisée par E.W. Cox, consistant à recenser le nombre de « hits » et calculer l’écart à l’espérance. Si celle-ci est adéquate pour les tests ESP avec cartes, il semble difficile de l’utiliser pour des données telles que le nombre de réservations. Rappelons ici l’hypothèse de travail :

À l’avance d’une mésaventure inattendue, une précognition subliminale peut amener une personne à changer son comportement de manière à l’éviter.

On peut traduire cette hypothèse mathématiquement :

la probabilité pour qu’une personne décide de ne pas réserver ou d’annuler sa réservation sur une ligne de train donnée est :

     Cox___formule_10   lorsqu’il n’y aura pas d’accident,

et :

       Cox___formule_11     lorsqu’il y aura un accident,

alors pour un nombre suffisamment grand de réservations, si l’hypothèse se vérifie, on devrait observer une différence significative entre le nombre de réservations les jours normaux et les jours d’accidents. Cependant une analyse par recensement des hits ne semble pas adéquate pour détecter cette différence car tel que définit, le hit :

  • n’est pas pondéré par le nombre moyen de personnes par ligne,

  • ne prend pas en compte la valeur relative des hits par rapport au nombre moyen de réservations.

Pour donner un exemple concret, comparons les données pour 2 accidents pour lesquels il y a eu hit. Sur la ligne Atchison Topeka & Santa Fe il y a eu une moyenne de 67,3 réservations la huitaine de l’accident du 22 sept 1954, et le jour de l’accident il y avait 48 réservations, ce qui représente une différence relative à la moyenne de 29%. Sur la même ligne il y avait en moyenne 47,5 réservations la huitaine de l’accident du 22 août 1954, jour pour lequel il y avait 35 réservations, ce qui représente une différence à la moyenne de 26%. Bien que le deuxième hit soit défini par un nombre moyen et une différence relative inférieure au premier, il a la même importance que le premier dans la méthode d’analyse de E.W. Cox. Autre exemple, sur la ligne New York Central, le jour de l’accident du 27 mars 1953 n’est pas un hit alors que la différence relative entre le nombre de réservation la huitaine de l’accident et le jour de l’accident est de 35%, et sur la même ligne, le jour de l’accident du 4 octobre 1950 est un hit alors que la différence relative à la moyenne n’est que de 27%.

Il semble plus adéquat de se livrer directement à une analyse du nombre de réservations, et de déterminer si la différence de nombre de réservations entre jour d’accident et jour normal est significative.

Nouvelle analyse

Les tableaux ci-dessous sont établis à partir des données recueillies par E.W. Cox (cf. annexe). Les nombres de réservations pour chaque ligne de train ont été sommés pour chaque jour, et le total le jour de l’accident a été comparé à la moyenne des totaux des jours de trafic normal.

  • Somme "par semaine

table_semaines_correct

  • Somme "par jour"

table_jours_correct

La différence n’est significative ni dans la comparaison par jour, ni dans la comparaison par semaine, il n’y a pas un nombre significativement moins élevé de réservations pour les trains allant subir un accident.

Conclusion

L’analyse à laquelle s’est livré E.W. Cox donne des résultats significatifs, mais ne semble pas valide pour le test de l’hypothèse de travail, car tel que défini le « hit » n’est pas pondéré par le nombre moyen de réservations, ni par son importance relative par rapport au nombre moyens de réservations.

Une nouvelle analyse des données, consistant directement en une comparaison du nombre de réservations entre jour normal et jour d’accident, ne donne pas de résultat significatifs. Nous en concluons que les données réunies par E.W. Cox ne soutiennent pas l’hypothèse d’une précognition subliminale amenant un individu à modifier son comportement.

Annexes

Article original : "Precognition: An Analysis, II. Subliminal Precognition" (Article de WE Cox paru dans le Journal of the American Society for Psychical Research, 1956).

Données

Les données issues de l’article de E.W. Cox sont regroupées et classées sous forme de 4 tableaux. Pour chacun d’entre eux la colonne de droite reporte le nombre de réservations le jour de l’accident. Les colonnes plus à gauches reportent le nombre de réservations les jours précédant l’accident. Les colonnes les plus à gauche reportent la date de l’accident, le numéro du train ainsi que le nom de la ligne.

Cox___l_gendes

Tableaux

Cox___tableau_4

Cox___tableau_5

* Perception Extra Sensorielle
* Calcul de la probabilité d’obtenir un nombre supérieur ou égal de « hit »,Cox___formule_12___binomiale

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11 janvier 2008

L'appel de Richard Dawkins

dawkinsNous avons jusqu’à présent principalement discuté de données provenant des sceptiques francophones. Nous avions cependant, lors de l’un de nos premiers billets, repris en détail un reportage de Michael Shermer, un sceptique américain, à propos du remote viewing. Comme nous aurons l’occasion de le voir, bien souvent des critiques erronées provenant de ces sceptiques étrangers sont ensuite diffusées, sans vérification, par les sceptiques français, et participent ainsi à une image erronnée de la recherche scientifique dans ces domaines. Dans le cas présent, nous vous proposons une traduction d'un court d'article qui vient de paraître. Rédigé par Rupert Sheldrake, il permet de mieux saisir les mécanismes du pseudo-scepticisme lorsqu’il s’associe aux médias.

*

Cet article (don’t le titre initial est “Richard Dawkins Comes to Call”) vient d’être publié dans le Network review : The Journal of the Scientific and Medical Network et sur son site Internet. Voici cet article :

Richard Dawkins est une homme qui a une mission – l’éradication de la religion et des superstitions et leur remplacement par la science et la raison. La chaîne de télévision Channel 4 lui offert de façon régulière une tribune d’expression à ce sujet. Son reportage polémique en deux parties d’août 2007, appelé Enemies of Reason, était une suite à sa diatribe contre la religion intitulée The Root of All Evil ?

Peu de temps avant que Enemies of Reason soit filmé, la société de production, IWC Media, m’a dit que Richard Dawkins souhaitait discuter de mes recherches sur les capacités inexpliquées des hommes et des animaux. J’étais réticent à l’idée de participer à cette émission, mais les représentants de la société m’ont assuré que « ce documentaire, à la demande de Channel 4, sera beaucoup plus neutre que The Roof of all evil ne l’était ». La société ajouta « Nous souhaitons vivement qu’il s’agisse d’une discussion entre deux scientifiques concernant deux méthodes d’investigation ». J’ai donc accepté et nous avons fixé un rendez-vous pour l'enregistrement de l'emission.

Je n’étais pas vraiment sûr concernant ce à quoi je devais m’attendre. Richard Dawkins allait-il être dogmatique, refusant  tout élément allant à l’encontre de ses croyances ? Ou serait-il ouvert d’esprit et enclin à la discussion ?

Le réalisateur nous demanda de nous mettre debout face à face. Nous étions filmés par une caméra tenue à la main. Richard commença par dire que nous étions d’accord sur beaucoup de choses « mais ce qui m’ennuie vous concernant, c’est que vous être prêt à croire pratiquement tout et n’importe quoi. La science doit pourtant être fondée sur un nombre minimum de croyances ».

J’étais d’accord avec le fait que nous ayons beaucoup en commun, « mais ce qui m’ennuie vous concernant, c’est que votre attitude est dogmatique et que vous donnez ainsi aux gens une mauvaise image de la science ».

Richard a alors dit que s’il avait un esprit romatique, il adorerait lui aussi croire à la télépathie, mais il n’y avait aucune preuve pour cela. Il rejeta toutes les recherches d'un revers de main. Il compara le refus d’accepeter la télépathie, chez des scientifiques comme lui-même, avec la façon dont le système d’ultrason et de localisation avait été découvert chez la chauve-souis, suivant son acceptation rapide par la communauté scientifique dans les années 40. En fait, comme je l’ai découvert ultérieurement, Lazzaro Spallanzani a démontré en 1793 que les chauve souris s’appuyaient sur l’audition pour se déplacer, mais les sceptiques de l'époque ont rejeté ces expériences comme étant biaisées et ont permis d'empêcher la recherche d’avancer durant près d’un siècle.

Cependant, Richard a reconnu que la télépathie représentait un challenge plus radical que l’écho-location. Il expliqua que si cela existait vraiment, cela « chamboulerait les lois de la physique » et ajouta « une affirmation extraordinaire requiert des preuves extraordinaires ».

J’ai répondu : « Cela dépend de que vous concevez comme extraordinaire ». « La plupart des gens disent qu’ils ont vécu une expérience de télépathie, en particulier lors d’appels téléphoniques. En ce sens, la télépathie est ordinaire. L’affirmation que la plupart des gens tombent dans une illusion à propos de leur expérience est extraordinaire. Ou se trouve la preuve extraordinaire qui accrédite cela ? »

Il ne proposa aucune preuve, hormis l’argument générique à propos de la faillibilité du jugement humain. Il assura que les gens voulaient croire au « paranormal » à cause de la pensée magique (wishful thinking).

Nous étions alors d’accord que des expériences en conditions contrôlées étaient nécessaires. J’ai indiqué qu’en fait j’avais déjà effectué de telles expériences, impliquant des tests afin de déterminer si des personnes pouvaient réellement dire qui allait les appeler au téléphone quand la personne qui appelle était sélectionnée au hasard. Les résultats étaient bien au dessus du niveau du hasard.

La semaine précédente, j’avais envoyé à Richard une copie de certains de mes articles, publiés dans des revues à comité de lecture, de façon à ce qu’il puisse consulter les données.

Richard sembla nerveux et dit: « Je n’ai pas envie de discuter des preuves ». Je lui ai demandé: « Pourquoi cela ? ». « Je n’ai pas le temps. C’est trop compliqué. Et ce reportage n’est pas à ce sujet ». La caméra s’arrêta.

Le réalisateur, Russell Barnes, confirma que lui aussi n’était pas intéressé par les preuves. Le film qu’il faisait était à propos des polémiques concernant Dawkins.

J’ai dit à Russell “Si vous traitez la télépathie comme une croyance irrationnelle, les preuves à propos de son existence ou de sa non-existence sont absolument essentielles pour la discussion. Si la télépathie existe, ce n’est pas irrationnel d’y croire. Je pensais que c’était à propos de cela que nous allions discuter. J’ai indiqué clairement dès le début que je n’étais pas intéressé par le fait de participer dans un nouvel exercice de debunking de bas étage ».

Richard ajouta « Ce n’est pas un debunking de bas étage ; c’est du debunking de haut niveau ».

Dans ce cas, répliquai-je, il y a une réelle incompréhension, car on m’a laissé croire qu’il s’agissait une discussion neutre à propos des preuves. Russell Barnes demanda à voir les mails que j’avais reçu de la part de son assistant. Il les lu avec un désarroi flagrant et m’indiqua que ce qu’on m’avait dit était faux. L’équipe rangea ses affaires et parti.

Richard Dawkins a longtemps proclamé que sa conviction était que « Le paranormal est fuyant. Ceux qui essayent de le vendre sont des imposteurs et des charlatans ». Enemis of Reason avait pour intentation de diffuser cette croyance. Mais est ce que sa croisade promeut réellement « la compréhension de la science par le public », matière dont il est professeur à l’université d’Oxford ? La science doit-elle être une source de préjugé, une sorte d’instrument pour un système fondamentaliste ? Ou doit-elle être une méthode d’investigation de l’inconnu ?

Rupert Sheldrake

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Il n'y a pas grand chose à ajouter. Cette attitude est fréquente et caractéristique des dérives sceptiques. Sheldrake l'avait déjà rencontrée lors d'un assez récent débat avec Lewis Wolpert. Cette attitude est généralement un mélange de rejet et de méconnaissance. Les sceptiques, absolument certains d'être dans une croisade juste et honnête, ne lisent pas la littérature, et se permettent de juger ceux qui s'interrogent selon l'argument suivant "Je ne connais pas la littérature mais cela ne m'intéresse pas. Même si, vous savez, moi aussi j'aimerais y croire, ce serait merveilleux, mais aucune expérience sérieuse ne va dans ce sens et des preuves extraordinaire sont nécessaires pour des affirmations extraordinaires". Pourtant les données sont là et méritent que l'on s'interroge. Ainsi, tant qu'une telle attitude sera le moteur des groupes sceptiques, le débat scientifique sur ces questions ne pourra pas évoluer. Ce type d'attitude, et les débats qu'elle engendre, nous semble également avoir été illustrée dans un long et récent débat sur le blog de l'observatoire zététique qui intéressera peut-être également nos lecteurs.

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05 janvier 2008

Le blog skeptico : quand un sceptique dialogue avec les sceptiques et les parapsychologues

kubrickheader

Alex Tsakiris est le créateur d'un blog appelé "Skeptico" sur lequel il a posté  plus de trente interviews sous forme de podcasts, effectuées avec les principaux chercheurs en parapsychologie et les principaux sceptiques. Comme il l'explique lui-même dans cette interview, il était lui même sceptique, aussi bien envers les parapsychologues que les sceptiques car il trouvait des deux côtés des argumentations cohérentes :

"I was skeptical… of both sides. I had read some books and papers on psi and was impressed, but I had also explored the skeptical side of the debate and found their arguments persuasive. I found the whole thing rather frustrating, here were these very smart scientists with completely opposing viewpoints."

Alex Tsakiris a donc réalisé des interviews dans l'espoir d'avoir quelques réponses à ses questions. Cette démarche nous paraît exemplaire car c'est selon notre expérience le seul moyen de réellement se faire un avis objectif concernant les données scientifiques actuelles à propos des phénomènes réputés paranormaux. Cela implique de consulter et d'étudier en détail à la fois les recherches scientifiques controversées sur ces sujets ainsi que leurs critiques, et c'est également ce que nous faisons au sein du Groupe Etudiants de l'IMI : étudier les faits et les critiques, quelles que soient leurs origines.

Nous avons alors découvert ce qu'Alex Tsakiris a également rapidement observé : un réel problème avec les arguments de la communauté sceptique. Tsakiris s'en est tout d'abord rendu compte en étudiant les critiques de Ray Hyman concernant les expériences de Dean Radin :

"I went into the interview inclined to side with Ray Hyman because he sounded so sure of himself, like he had really dug into this stuff and found the fatal flaw. Well, I played Ray Hyman clips to Dean Radin during the interview and he countered them very convincingly. He pointed out how his published research directly contradicted Ray Hyman criticism. I tried to follow-up with Ray Hyman, but he would never respond. I finally was able to interview Dr. Steven Novella from Skeptics’ Guide to the Universe. He had done the original interview with Ray Hyman, but had no explanation for Hyman’s claims. The experience opened my eyes to what some parapsychology researchers face."

C'est également ce que nous avons observé :  lorque vous consultez les critiques sceptiques, ces derniers semblent si sûr d'eux, les arguments paraissent si percutants, que vous pourriez être tenté de rejeter l'ensemble des travaux de parapsychologie comme un ensemble d'ineptie. C'est ce que font les pseudo-sceptiques.

Mais, si vous faites réellement sérieusement vos devoirs, et que vous retournez voir les parapsychologues avec les arguments des sceptiques, que vous analysez les publications dans le détail, vous vous rendez progressivement compte qu'il y a un problème : les critiques sceptiques, qui paraissaient pourtant si convainquantes, sont dans un grand nombre de cas un mélange d'approximations ou d'erreurs. Cela nous a conduit, tout comme Tsakiris, à cette conclusion :

"As I looked into the work of some of the leading parapsychology researchers I realized some of the best research is ignored."

Après près de trente inteviews avec les sceptiques les plus célèbres comme James Randi, Richard Wiseman ou encore Steven Novella, Tsakiris a décidé récemment de faire le point dans un podcast intitulé " Ce que j'ai appris des sceptiques comme Michael Shermer, Steven Novella, James Alcock et James Randi" dont le résumé est le suivant :

"Skeptiko Host Alex Tsakiris looks back at over thirty episodes of Skeptiko and examines what he’s learned from his interviews with skeptics: Michael Shermer, Steven Novella, James Alcock and James Randi. Tsakiris explains how his opinion of the skeptical community has evolved: "…I started this journey expecting genuine debate, a battle of ideas, a war over the evidence, but that’s not what I found. I found a lot of frustrated researchers who were facing a well-organized, aggressive skeptical community that’s managed to change the rules of the game when if come to how certain kinds of controversial science research is done."

Nous conseillons à nos lecteurs d'écouter les interviews de Tsakiris avec les différents sceptiques et de consulter ensuite ce podcast qui fait le point sur ces échanges. Tsakiris explique qu'il avait comme idée initiale qu'il devait y avoir dans ce domaine des échanges et des débats honnêtes entre des scientifiques d'avis différents. Mais après avoir discuté avec la plupart des sceptiques, Tsakiris en arrive à cette conclusion, résumée par trois principales critiques :

  • Les sceptiques ne supportent pas la recherche

Tsakiris souligne un problème récurrent (particulièrement visible en France) : l'absence de financements pour les recherches dans ce domaine. Ainsi, les sceptiques font tout pour éviter que le moindre financement soit dédié à la recherche scientifique sur les phénomènes réputés paranormaux. Est-il normal que pour des sujets si importants, et qui intéressent tant le public, il n'y ait que si peu de financements pour la recherche ?

  • Les sceptiques ne lisent pas les recherches

Tsakiris parle en connaissance de cause puisqu'il a pu confronter dans le détail les arguments des sceptiques et des parapsychologues sur plusieurs dossiers. Il en arrive à la même conclusion que le pôle scepticisme de GEIMI : si les sceptiques sont sceptiques, c'est pour une raison simple : ils ne lisent pas la littérature. Ils ne cessent de répéter qu'ils aimeraient lire ne serait-ce qu'un rapport scientifique de qualité, que la charge de la preuve revient aux parapsychologues, mais ce qui est paradoxal, c'est que les données sont là et les interviews de Tsakiris le montrent bien : lorsque les sceptiques sont confrontés aux données, ils ne les connaissent pas car ils ne les ont pas consulté. Pourquoi ? Car cela contredit leur vision du monde, ils préférent donc les éviter.

Tsakiris a également observé ce que nous repérons fréquemment dans les groupes sceptiques : la répétition au sein de ces groupes de ce que d'autres sceptiques disent sans que ces faits soient vérifiés. Tsakiris propose un exemple provenant de ses interviews. Rupert Sheldrake avait mis en place des expériences sur les "chiens qui attendent le retour de leur maitre" comme s'ils avaient une capacité spéciale pour deviner cela. C'est là une étrange idée, mais pourquoi pas. Le seul moyen n'est-il pas de mettre en place des expériences en conditions contrôlées afin de tester cette hypothèse ? C'est ce qu'a fait Sheldrake, obtenant des résultats probants dans ces conditions. Mais Richard Wiseman, un sceptique britannique célèbre, fit également des expériences avec le même chien et affirma n'avoir obtenu aucun résultat. Voilà ce que la plupart des sceptiques croient, et notamment le célèbre James Randi lui aussi interviewé à ce sujet, qui n'hésita pas à affirmer sur Skeptico que Sheldrake et cette histoire de chiens qui attendent leurs maitre avaient été "débunkés" par Wiseman. Sauf que Wiseman a fait une erreur dans ses conclusions concernant ses données et que paradoxalement, ses résultats confirment ceux de Sheldrake, ce que Wiseman reconnait lui-même. On peut ainsi constater comment des affirmations erronnées de la part de sceptiques sont ensuite diffusées dans l'ensemble du monde sceptique même si elles sont complètement erronnées. Nous avons pu constater qu'il existait ainsi des dizaines de mythes sceptiques que vous rencontrez dès lors que vous discutez avec des sceptiques et qui rendent le débat difficile.

  • Les sceptiques ne font pas d'expériences

Enfin, le troisième point souligné par Tsakiris concerne le fait que les sceptiques ne font pas d'expériences. C'est là encore un aspect très spécifique de la controverse en ce domaine : d'un côté des parpasychologues qui font des expériences et de l'autre, des sceptiques qui critiquent mais qui ne font pas d'expériences. C'est probablement l'un des arguments majeurs qui met la puce à l'oreille de tout observateur extérieur qui s'intéresse à ces débats : l'absence de reproduction des protocoles probants de la part de la communauté sceptique. Pourquoi ? Car 1/ Les sceptiques ne lisent pas ces recherches, ils ne les connaissent donc pas 2/  Ils croient en connaitre certaines car ils ont pris connaissance de leurs critiques, mais ce sont le plus souvent des critiques mensongères 3/ Ce serait prendre le risque pour eux d'obtenir réellement des résultats et de se trouver dans un état de dissonance cognitive fort désagréable.

Pour aller plus loin, Tsakiris a mis en place OpenSourceScience.net dont l'objectif est de permettre l'expérimentation autour de travaux controversés, comme ceux sur les chiens qui attendent leur maitre. Vous pouvez également  discuter des podcast de skeptico sur le forum de Skeptico.

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21 décembre 2007

Le Blog Zététique devient une antenne du site Skeptical Investigations produit par le pôle scepticisme et non-psi du GEIMI

Après environ trois mois d’existence, le Blog Zététique devient officiellement une antenne française du site Skeptical Investigations dont l’objectif est : 

«  la promotion du scepticisme authentique, de l’esprit de la recherche et du doute scientifique. Cela inclut une recherche avec un esprit ouvert concernant les phénomènes inexpliqués, le questionnement des affirmations dogmatiques, et une étude sceptique des affirmations des sceptiques auto-proclamés. »

Le site Skeptical Investigations défend une approche sceptique et neutre et propose de nombreux articles qui mettent en évidence les approches pseudo-sceptiques de certains « sceptiques médiatiques » anglo-saxons.

SI

Le Blog Zététique est soutenu par les scientifiques et les universitaires conseillers et associés de Skeptical Investigations :

Ralph Abraham, Ph.D., ; Professeur de mathématiques, Université de Californie, Santa Cruz

Dick Bierman, Ph.D. ; Physique expérimentale, Université d’Amsterdam et d’Utrecht

Larry Dossey, M.D. ; Editeur de la revue Alternative Therapies in Health and Medicine

Prof David Fontana, Ph.D. ; Professeur de psychologie, Université du Pays de Galles

Dr Peter Fenwick ; Institut de Psychiatrie, Londres

Prof Brian Josephson, Ph.D., prix Nobel de physique ; Professeur de physique, Laboratoire Cavendish de l’université de Cambridge

Stanley Krippner, Ph.D. ; Professeur de psychologie, Institut SayBrook, San Francisco

Edwin May, Ph.D. ; Physicien dirigeant le Laboratories for Fundamental Research, Palo Alto, Californie

Adrian Parker, Ph.D. ; Département de psychologie, Université de Göteborg, Suède

Guy Lyon Playfair ; Society for Psychical Research

Dean Radin, Ph.D. ; Institute of Noetic Sciences, Petaluma, California

Chris Roe, Ph.D. ; Département de psychologie de l’université de Northampton, Grande Bretagne

Gary Schwartz, Ph.D. ; Directeur de l’Human Energy Systems Laboratory, Université d’Arizona

Stephan Schwartz ; Chercheur associé au Cognitive Sciences Laboratory

Rupert Sheldrake, Ph.D. ; Membre de l’Institute of Noetic Sciences

Nancy L. Zingrone, Ph.D. ; Parapsychology Foundation, New York

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Initialement lancé indépendamment de toute institution ou organisme, le Blog Zététique est également rattaché dès à présent au Groupe Etudiants de l’Institut Métapsychique International (GEIMI) de façon à proposer plus de clarté concernant l’origine de certains articles de ce blog.

GEIMI

Le GEIMI est composé d’étudiants qui défendent un abord scientifique et critique des phénomènes dits ou réputés paranormaux de façon à promouvoir les travaux universitaires de qualité sur ce thème. Le GEIMI, qui a déjà participé à la formation de plus de 50 étudiants en quatre ans, est composé de plusieurs pôles : « parapsychologie expérimentale », « philosophie et épistémologie », « sciences humaines » et enfin « scepticisme et non-psi ». Le Blog Zététique est une émanation du pôle « scepticisme et non-psi » de GEIMI. Ce pôle a pour objectifs l’étude et la diffusion :

  • des ouvrages et des travaux sceptiques et zététiques universitaires,

  • des processus non-psi ou pseudo-psi qui recouvrent l’ensemble des explications classiques des phénomènes réputés « paranormaux »,

  • d’une pensée zététique et sceptique authentique, dans la lignée de chercheurs comme Robert Morris ou Marcello Truzzi. L’objectif n’est pas de défendre une position « parapsychologique » ou « sceptique » mais au contraire, d’étudier, avec rigueur et objectivité, l’ensemble des travaux scientifiques existants à l’heure actuelle sur ces questions. Cela implique la critique des procédés pseudo-sceptiques et de désinformation qui visent à nuire aux recherches scientifiques sur ce sujet

Même si ce blog est à présent sous la bannière de Skeptical Investigations et du pôle « scepticisme et non-psi » du Groupe Etudiants de l’IMI, les personnes qui partagent notre approche peuvent continuer à nous faire parvenir des textes. Nous les publierons s’ils sont en phase avec notre approche, anonymement ou non, selon la volonté de leurs auteurs.

Ce blog est la première étape d’un projet plus vaste qui a pour objectif le développement, en France, d’un scepticisme rationnel qui a pour ambition de se distinguer  de certaines approches sceptiques et zététiques actuelles qui, sous couvert de scepticisme, diffusent parfois une approche dogmatique nuisant à l’abord scientifique des phénomènes « dits » paranormaux. Nous rejoignons ainsi un courant de pensée international qui s’est développé depuis les années 2000 et qui a pour objectif de répondre à un certain nombre d’affirmations que l’on peut parfois entendre dans les médias concernant les phénomènes paranormaux.

Nous tenons également à préciser que l’objectif de ce blog n’est pas de promouvoir la croyance ou l’incroyance en l’existence des phénomènes paranormaux. Il vise simplement à diffuser les connaissances scientifiques actuelles sur ces questions.

Les articles publiés jusqu’à présent ont eu pour objectif principal de mettre en lumière un certain nombre d’excès pseudo-sceptiques. Il semblait urgent de diffuser auprès du grand public ces informations car l’impact médiatique de ces pensées pseudo-sceptiques nous paraît dangereux. Il a notamment pour conséquence, en particulier en France, la quasi absence de recherches scientifiques et universitaires sur les phénomènes dits paranormaux.

Cette situation ne nous parait plus possible car la France risque ainsi, dans ce domaine, de prendre beaucoup de retard en comparaison de certains voisins européens, à commencer par la Grande-Bretagne qui dispose d’une dizaine de laboratoires de recherche universitaires travaillant sur ces thèmes.

Nous pensons qu’une recherche universitaire française ne pourra voir le jour que lorsque les approches pseudo-sceptiques auront cédé le pas à des approches universitaires critiques rigoureuses et de qualité. Nous souhaitons ainsi alerter progressivement la communauté scientifique et le monde universitaire des techniques de désinformation utilisées par certains. Nous espérons que la diffusion progressive des données proposées par ce blog, notamment auprès des grands médias et avec le soutien de scientifiques et d’universitaires français et étrangers, aboutira à une approche plus objective de ces questions et à la disparition des approches pseudo-sceptiques francophones.

C’est pourquoi nous demandons à toutes les personnes qui soutiennent notre démarche et notre action de diffuser les données présentes sur ce blog. Nous proposons également aux sceptiques français qui souhaitent participer à cette recherche, se détournant alors des positions de croyances menant à des débats immobiles, de nous rejoindre dans cette entreprise. Ils pourront ainsi lutter plus efficacement contre les dérives liées à un certain usage du paranormal. Nous espérons ainsi contribuer progressivement à la création d’un scepticisme nouveau qui sera fondé sur une approche scientifique et universitaire des phénomènes réputés paranormaux.

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