Zététique

Un blog sur la zététique et la parapsychologie scientifique, l'étude critique des phénomènes paranormaux dans une optique scientifique.

19 avril 2008

Comment lire la littérature parapsychologique lorsque l’on n’a pas que cela à faire ?

informationNous reprochons souvent à certains sceptiques de parler de la littérature parapsychologique de façon approximative, ou bien de tout simplement ne pas en parler et faire comme si elle n’existait pas. Un de nos lecteurs nous a demandé quelques informations permettant à des personnes, notamment d’orientation sceptique, de se familiariser avec cette littérature sans y passer ses journées. Nous avons essayé de faire un petit condensé des meilleures sources permettant de la consulter.

Quelles sont les meilleures publications ? Comment se les procurer ?

Une demande récurrente parmi les sceptiques est celle-ci : « Citez-nous une seule, mais, s’il vous plait, une seule publication qui prouve l'existence des perceptions extra-sensorielles ! »

…ce qui est une mauvaise question selon nous. Pourquoi ? Car à l’heure actuelle, de notre point de vue, il n’y a pas de preuve des perceptions extra-sensorielles : il y a des publications qui semblent indiquer des transferts d’information inexpliqués. C’est très différent, car il y a plusieurs théories concernant ces transferts d’information : des théories sceptiques ou non-psi (qui, contrairement à ce que laissent entendre certains sceptiques, ne sont pas du tout l’exclusivité des sceptiques, puisque les parapsychologues proposent des théories de ce type) et des théories parapsychologiques ou psi. Ainsi, pour prouver les perceptions extra-sensorielles, il faudrait :

  1. déterminer la nature physique de l’interaction,

  2. déterminer comment l’information est perçue par le sujet,

  3. déterminer le trajet neurophysiologique de l’information.

A l’heure actuelle, personne n’a de réponse à ces trois questions. Il y a des pistes de recherches, ainsi que quelques données empiriques et des théories, mais il n’y a rien de confirmé permettant un consensus scientifique. A partir de là, la demande pertinente devient selon nous : « Citez-nous une publication mettant en évidence ces transferts d’information inexpliqués ? »...sachant que la notion de transfert d’information inexpliqué est synonyme pour nous du terme « psi », et que ce psi correspond soit :

  • à des biais et des artefacts indéterminés pour l’instant,

  • soit à des transferts d’informations par des modalités encore inconnues.

Donc, quand nous parlons de psi, nous ne présumons pas de la nature de l’interaction : elle peut être « classique » ou « non-classique ». Nous n’en savons rien. A partir de là, il devient possible de travailler dans de bonnes conditions. Il n’y a plus de guerre entre un camp « sceptique » et un camp « parapsychologique ». Il y a simplement des scientifiques qui tentent d’expliquer des résultats empiriques. C’est à partir de ce point d’entente neutre que nous pouvons proposer une publication.

Le choix reste cependant difficile. Pourquoi ? Car s’il n y a qu’une publication démontrant un effet, il est facile de l’isoler et de préférer suspecter une triche ou une erreur quelque part. En revanche, s’il y a plusieurs centaines de publications significatives (ce qui est le cas), une telle hypothèse devient moins cohérente. Mais puisqu’il faut en effet bien commencer quelque par, et s’il nous fallait conseiller une publication et une seule, ce serait probablement « Does psi exist ? » (Bem & Honorton, 1994). Pourquoi ? Car cet article est publié dans une revue à comité de lecture généraliste reconnue pour sa qualité (Psychological Bulletin). Car il est rédigé par l’un des meilleurs parapsychologues de son époque, Charles Honorton, et par Daryl Bem, un professeur de psychologie reconnu pour la qualité de ses travaux et qui s’est intéressé au Ganzfeld alors qu’il campait une position sceptique. Enfin, parce que ce travail reprend un ensemble important de travaux de recherche effectués par plusieurs universités, concernant un protocole, le Ganzfeld, qui a été le plus travaillé. Comme cette publication nous paraissait essentielle, elle a été placée sur le site de l’IMI et nous l’avons même traduite pour qu’elle soit plus facilement accessible : Version originale / version traduite.

La version traduite n’est pas parfaite mais c’est déjà plus facile à lire pour ceux qui nous ne maîtrisent pas entièrement la langue de Shakespeare.  Bien entendu, il y a eu d’autres publications depuis concernant le Ganzfeld (en particulier, les méta-analyses de Storm & Ertel, 2001 ; Radin, 2006) et concernant cette publication (les remarques de Blackmore ou encore de Milton et Wiseman). Mais ce qui ressort de l’ensemble des débats à l’heure actuelle, c’est que lorsqu’une équipe de recherche décide de monter un protocole Ganzfeld selon les normes standards, cette équipe parvient à reproduire un effet psi. Cela signifie que si une équipe sceptique voulait obtenir un effet psi, le meilleur des choix serait probablement de monter un protocole Ganzfeld, ce qui faisable pour des personnes qui ont accès à des laboratoires de psychologie par exemple. Cela ne demande pas une préparation et des moyens incroyables.

Pour ceux qui souhaiteraient ensuite avoir un éventail un peu plus large, les parapsychologues Parker et Brusewitz ont collecté les meilleures publications en faveur de l’hypothèse parapsychologique (2001). Cet article est une excellente ressource car il résume toutes les meilleures publications. Cela veut dire qu’un groupe sceptique qui voudrait par exemple étudier les publications de parapsychologie aurait intérêt à commencer par là. Comme cet article nous paraissait important, nous l’avons également traduit : version originale / version traduite.

Cependant, des complications arrivent car toutes les publications mentionnées dans ce recueil d’articles ne sont pas accessibles directement. Pourquoi ? Parce qu’il y a des droits d’auteurs qui dépendent des revues et qui interdisent de mettre directement les articles en ligne. Par contre, il existe heureusement une base de données scientifiques dans laquelle se trouve la plupart de ces articles. Il s’agit de lexscien.org (Library of Exploratory Science) qui offre accès à la plupart des revues anglophones de parapsychologie sous forme numérisée. Le prix d’abonnement n’est pas très élevé. Si un organisme sceptique souhaitait consulter les meilleures publications, nous leur conseillerions donc de prendre un accès à Lexscien. Sans cet accès, il paraît bien difficile de récupérer chacun des articles, car ces revues sont généralement mal diffusées en France.

Si vous préférez le support papier, nous conseillons comme ouvrage de base An introduction to parapsychology de H.J. Irwin & C. Watt (5th edition, 2007). C’est un ouvrage nuancé qui fait le bilan des recherches et qui propose les différentes interprétations parapsychologiques et sceptiques. Il peut être commandé par Internet pour environ 40 €.

Nous avons aussi fait le bilan des publications d’articles de parapsychologie dans des revues mainstream (plus d’un millier). Pour les étudiants et les universitaires, il est possible de se connecter à PubMed, PsychoInfo ou DirectScience à leur bibliothèque et de taper des mots clefs comme « parapsychology » et « paranormal ». Vous trouverez alors des dizaines de publications mainstream facilement. Dans certaines bases de données, les articles des revues de parapsychologie sont également indexés.

Comment se tenir à jour concernant les recherches ?

Une fois cette initiation à la littérature parapsychologie effectuée, comment se tenir à jour ? Une manière de se tenir à jour facilement consiste à commander chaque année les Proceedings de la Parapsychological Association (Actes des congrès annuels). La plupart des chercheurs présentent leurs travaux à ce moment-là. Ces actes permettent donc d’avoir aperçu des avancées au niveau international. Les Proceedings font quelques centaines de pages et comprennent en général une trentaine de publications. Les Proceedings peuvent être commandés sur le site de PA. Ils coûtent habituellement 40 dollars US. Il est également possible de consulter les résumés en ligne. Bien entendu, l’idéal reste de se rendre à un congrès de PA pour pouvoir se rendre compte du niveau des chercheurs et évaluer précisément la qualité de la communauté parapsychologique. Voici un exemple de résumé d'un congrès de PA.

Pour aller un peu plus dans le détail, nous conseillerions de commander également l’European Journal of Parapsychology. C’est la meilleure revue spécialisée de parapsychologie et les articles sont indexés dans plusieurs bases de données scientifiques. L’EJP peut être commandé ici et quelques articles sont disponible en ligne.

Il existe d'autres ressources intéressantes sur le net, notamment dans le domaine des applications psi. Par exemples les travaux de Schwartz en archéologie et sur la recherche des personnes disparues (nous avons également traduit l'article le plus clair sur cette question qui est disponible ici)

Ces différentes références permettent d'avoir un premier aperçu de la recherche en parapsychologie. Ensuite, pour réellement connaître le détail de la littérature,  il faut consulter dans les revues de parapsychologie qui sont malheureusement tout en anglais. Pour ceux qui ne liraient que le français, d'autres publications sont disponibles sur le site de l'IMI pour une introduction à la parapsychologie et pour avoir quelques ressources supplémentaires en français.

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14 avril 2008

L’Observatoire Zététique et le scepticisme de James Alcock

alcockL’Observatoire Zététique (OZ) a publié dans sa newsletter du 13 avril 2008 (téléchargeable ici) un compte-rendu de lecture ainsi que plusieurs citations de l’ouvrage du psychologue sceptique James Alcock (photo ci-contre). L’OZ a également publié une interview inédite de James Alcock par Géraldine Fabre, en le questionnant notamment au sujet d’une remarque le concernant tirée du Bulletin Métapsychique n°3 (article du membre du GEIMI Philippe Garnier, 2007). Quelques précisions nous paraissent nécessaires devant des remarques de l’OZ concernant la parapsychologie qui sont, une nouvelle fois, pour le moins approximatives.

« des erreurs méthodologiques dans les protocoles expérimentaux et le traitement des données, des interprétations problématiques et des explications ad hoc aux échecs (comme l’effet expérimentateur qui expliquerait que les sceptiques ne réussissent pas à mettre en évidence le psi). »

C’est une erreur classique d’incompréhension des travaux de parapsychologie. L’hypothèse mouton-chèvre et l’effet expérimentateur, ne sont pas des explications ad hoc. Si elles l’étaient, ces hypothèses seraient bien entendu illégitimes. Sauf qu’ici, ces hypothèses reposent sur des données expérimentales : les personnes qui ne croient pas à l’existence des perceptions extra-sensorielles ont de moins bon résultats (Pour une méta-analyse de ces travaux, cf. Lawrence, 1993). De même, plusieurs travaux ont semble-t-il mis en évidence l’influence des croyances de l’expérimentateur sur les résultats (Schlitz, Wiseman, Watt, & Radin, 2006). Bien entendu, ces résultats dérangent certains sceptiques, qui tentent de les camoufler en laissant entendre qu’il s’agirait d’hypothèses ad hoc, ou bien ne les mentionnent même pas.

« Si de telles erreurs se retrouvent dans d’autres domaines de la recherche scientifique, elles sont particulièrement importantes à pointer en parapsychologie car les résultats de cette discipline, s’ils étaient avérés, remettraient en question des connaissances solidement établies en biologie, physique, etc. »

Il y a effectivement des enjeux importants derrière les problèmes traités par la parapsychologie, mais les connaissances acquises qui vacilleraient restent encore loin d’être identifiées. Il est possible que la parapsychologie apporte des données complémentaires plutôt que révolutionnaires, ce sur quoi nous reviendrons. Dans l’immédiat, il n’y a pas d’étude mettant en évidence une surabondance d’erreurs méthodologiques en parapsychologie. Comme dit Alcock, la parapsychologie sert de support pour divulguer des problèmes se posant en fait dans tout le champ scientifique.

« Pour cette remise en question (toujours possible en science), la preuve avancée doit être incontestable. Le problème majeur reste donc, selon James Alcock, le fait qu’il n’existe toujours pas d’expérience rigoureuse, reproductible qui mette en évidence un phénomène psi. Il partage ainsi la vision de Hansel (1971) : « C’est une croyance en quête de données plutôt que des données en quête d’explication ». »

Cette argumentation a pour problème de réduire le point de vue des divers parapsychologues à celui d’une croyance unique. Or, il existe plusieurs cas de figures en parapsychologie comme il existe plusieurs avis différents selon les chercheurs. Il est tout à fait vrai qu’il n’existe pas une preuve incontestable du psi, ni une expérience si facilement reproductible qu’elle puisse convaincre n’importe quel chercheur de la réalité de ces phénomènes. Cependant, selon certains chercheurs, ces phénomènes sont reproductibles dans certaines conditions : par exemple le protocole sur les rêves télépathiques, le Ganzfeld standardisé ou les expériences de remote viewing (Pour des références sur ces travaux et sur d’autres, consulter le Recueil de preuves en faveur du psi de Parker & Brusewitz, 2003). Or, les sceptiques contemporains n’essayent pas de reproduire ces expériences. Lorsque certains s’y tentent, cela peut entraîner une certaine dissonance cognitive. Ainsi, deux sceptiques ont tenté de reproduire les expériences Ganzfeld standardisées (Delgado-Romero, & Howard 2005), obtenant un taux de succès de 32 % contre 25 % attendu, ce qui est conforme au taux moyen obtenu par les parapsychologues. Mais ces chercheurs ont alors conduit une autre étude ad hoc en modifiant la méthodologie, laquelle a échoué, et ont conclu leur article à partir de cet échec final.

L’absence de reproduction des protocoles parapsychologiques par les sceptiques est néanmoins la norme. Il est important de prendre conscience de ce que cela signifie : la communauté sceptique, qui prétend pourtant étudier le paranormal de façon scientifique, n’a jamais essayé de mettre tous les atouts de son côté. La logique voudrait que le chercheur qui souhaiterait se faire un avis fasse une revue de la littérature, et reproduise le protocole qui a le mieux fonctionné dans le plus grand nombre de laboratoires. Ce n’est pourtant pas ce que font la plupart des sceptiques, et cela a de quoi surprendre. Il existe en fait trois cas de figure :

· Vous êtes sceptique et refaites l’expérience, et vous obtenez éventuellement des résultats. Par honnêteté, vous les publiez. Dans ce cas, vous devenez louche, plus du tout fréquentable, bref, vous n’êtes plus considéré comme sceptique, mais comme parapsychologue et « pro-psi ». Cette mésaventure est arrivée par exemple au professeur de psychologie Daryl J. Bem avec le Ganzfeld (cf. Bem & Honorton, 1994).

· Vous êtes sceptique et refaites l’expérience, suite à quoi vous obtenez éventuellement des résultats. Cela ne correspond pas à votre conviction profonde, et vous altérez la présentation de vos recherches. Plusieurs exemples de sabotages de ce genre : Susan Blackmore (Berger, 1989), le CSICOP avec l’effet Mars (Rawlins, 1981 ; et Hansen, 2001, lisible ici), Delgado-Romero & Howard précédemment cité…

· Dernier cas de figure : vous faites comme l’OZ, en montant de mauvais protocoles ne donnant aucun résultat, ce qui entretient un discours sceptique.  Cela vaut par exemple pour Baker se débarrassant des conditions rigoureuses d’un laboratoire pour tester la sensation d’être observé « dans la rue » (2000).

« Je regrette de ne pas m’être plongée dans la lecture de cet ouvrage plus tôt dans ma vie de zététicienne. L’éclairage psychologique que James Alcock apporte sur les croyances est particulièrement fin et déborde largement du cas de la parapsychologie. J’ai également trouvé dans ce livre quelques éléments de réflexion concernant une interrogation que je garde toujours à l’esprit : « Les sceptiques refusent-ils de « voir », d’admettre une évidence « dérangeante » ? Sont-ils en dissonance cognitive, cherchant sans cesse à réfuter l’existence du psi qui mettrait en péril « leur science » ? ». Je n’imaginais pas que cette hypothèse puisse être étudiée en psychologie sociale et pourtant, ce fut le cas dès les années 70. Les résultats tentent à prouver que la sélectivité dans les informations et dans la perception soit en réalité du côté de ceux qui croient fortement au paranormal. »

C’est une incompréhension des travaux sur la dissonance cognitive, en particulier ceux de Léon Festinger. La dissonance cognitive touche toute personne face à des cognitions (croyances, opinions, connaissances) incompatibles entre elles. Il n’y a aucune recherche démontrant l’inexistence de ce phénomène chez des personnes se disant « sceptiques ». La tension désagréable générée par la dissonance cognitive peut conduire à une tentative de réduction de cette tension par sélection de l’information. Mais, là encore, toute personne sélectionne les informations qu’elle perçoit en fonction de ses systèmes de croyance, qu’elle soit sceptique ou parapsychologue.

Quelques remarques sur des citations de l’ouvrage de James Alcock

« Une des racines de la recherche métapsychique est […] le désir de combattre la vision du monde matérialiste, mécaniste, athée, scientifique, de plus en plus répandue, en prouvant scientifiquement que l’âme survit au corps. » (p. 55)

C’est un mythe amalgamant un discours croyant avec la démarche des scientifiques qui s’intéressent à la parapsychologie. Faire de la recherche en parapsychologie, c’est faire de la recherche scientifique sur les phénomènes paranormaux. Il ne s’agit que de cela. Voir des « racines » ou des « alliances » entre la parapsychologie et d’autres discours relève du procès d’intention, et non de l’analyse des faits. Encore une fois, le point de vue des parapsychologues n’est pas unifié, tout comme le point de vue des sceptiques. On trouve une grande diversité de croyances et de motivations parmi les parapsychologues, comme dans n’importe quel autre domaine.

« À ceux qui méprisent ainsi la science, la parapsychologie offre un monde de pouvoirs métapsychiques qui n’ont pas à subir la contraintes des « lois de la nature » que la science propose. » (p. 67)

Même amalgame entre un discours croyant et la démarche des parapsychologues. Or, la majorité d’entre eux pensent que, si les phénomènes psi existent, ils correspondent nécessairement aux lois de la nature.

« Le danger n’est pas tellement dans les croyances elles-mêmes que dans l’absence de jugement critique. » (p. 72)

Oui et dans les deux sens : lorsque l’on affirme que ce sont seulement ceux qui « croient au paranormal » qui sélectionnent les informations, on perd tout un pan de jugement critique : l’autocritique !

« Après un siècle de recherches, la parapsychologie a échoué à développer tout théorie cohérente, à produire des hypothèses vérifiables, à établir des normes qui permettent de distinguer spéculation créative et pensée magique. » (p. 230).

C’est faux. C’est une généralisation abusive. La parapsychologie a proposé plusieurs hypothèses testées de façon à être validées ou invalidées. Un exemple simple : l’effet mouton-chèvre dont nous parlions précédemment (Lawrence, 1993).

« La leçon immédiate que l’on peut en tirer est que les effets psi observés à ce jour pourraient bien n’être que les manifestations des caprices du hasard. » (p. 285)

Peut- être ! C’est ce que cherchent à comprendre les parapsychologues. Mais il faut que cette théorie soit démontrée, et cela passe par une explication des résultats obtenus par plusieurs laboratoires depuis des décennies.

« s’il est impossible d’établir de quelle façon l’on peut provoquer l’intervention du psi, ni les conditions qu’elle exige, ni le moment où le psi ne peut pas être observé, s’il est impossible de prédire son apparition en fonction de conditions initiales, il ne peut y avoir de régularité. » (p. 305)

Tout à fait et c’est pourquoi les parapsychologues ont dégagé, au fil des expériences, les paramètres permettant de prédire son apparition dans un cadre donné. Certainement pas de la même façon que l’on peut prédire la position d’un objet inerte dans un référentiel classique, mais faut-il rappeler que les parapsychologues travaillent avec des êtres humains ? Les difficultés qu’ils rencontrent sont courantes pour tout chercheur dans le domaine des sciences humaines.

Quelques remarques sur l’interview  

« JA - Non, pas complètement. Je connais des parapsychologues qui ont la compétence méthodologique excellente dans l'étude tant de la psychologie que de la parapsychologie, et ils sont très soigneux dans leurs recherches et dans leurs rapports. Malheureusement, il y a d'autres qui manquent clairement de cette expertise. »

Comme nous l’avons déjà dit, les sceptiques anglo-saxons sont dans l’ensemble d’un meilleur niveau que les sceptiques francophones. Certains d’entre eux, comme Alcock, ont lu une partie de la littérature parapsychologique et font parfois des remarques tout à fait pertinentes. Cela leur permet aussi d’arrêter de stigmatiser tous les parapsychologues comme étant des incompétents, ce que l’on trouve dans la plupart des ouvrages sceptiques français et sur le web sceptique français. Nous rejoignons tout à fait cette analyse d’Alcock mais rappelons que nous pourrions l’étendre à beaucoup d’autres domaines. Le fait est que les institutions parapsychologiques sont moins développées qu’en physique par exemple, et par conséquent, il y a un système de sélection des chercheurs qui est moins important.

« Quant à la manipulation de données, il y a un problème que j'observe plutôt souvent dans la littérature de parapsychologie : le chercheur commence par une hypothèse particulière, mais si cette hypothèse n'est pas soutenue par les données, il trouve d'autres aspects des données qui pourraient peut-être refléter des influences paranormales (mais peut-être, simplement les fluctuations statistiques, étant donné qu'elles n'ont pas été prédites) et ensuite, c'est pris comme la preuve que les influences paranormales ont été effectivement impliquées. C'est clairement inacceptable. L'approche correcte serait de former de nouvelles hypothèses basées sur ces données et les mettre à l'épreuve.

De nouveau, bien trop souvent on trouve des explications ad hoc pour expliquer pourquoi un effet prédit ne s'est pas produit. Il n'y a aucun problème avec l'offre des spéculations, mais il y a un problème si l'on prend cette absence d’effet en faveur d'une hypothèse comme la preuve de la présence d'un effet paranormal, l'effet d'expérimentateur par exemple. »

Un tel procédé serait anti-scientifique. Il aurait été judicieux de profiter de l’occasion pour demander à James Alcock à quelles publications il faisait référence.

« OZ - À de nombreuses reprises, nous avons demandé à des parapsychologues de nous fournir une référence de publication d’une expérience mettant en évidence le psi. La réponse n’a jamais été claire. Nos interlocuteurs évoquent à la place d’une preuve probante, un faisceau de présomptions en faveur de l’existence du psi. Que pensez-vous de cet argument ?

JA - Il ne faut jamais compter sur les présomptions. Au départ, la plupart des physiciens n'ont pas accepté la théorie de relativité - ils ont rejeté les présomptions, parce qu’elles ont été trop impossibles pour croire ! À présent, chacun l'accepte parce que cette idée très radicale a été soutenue régulièrement par les données. Dans beaucoup d'autres cas dans la science, les présomptions se sont révélées être incorrectes. Les présomptions sont utiles pour guider notre recherche, mais si elles ne peuvent pas être confirmées empiriquement, elles ne sont plus utiles. »

A quels parapsychologues l’OZ a-t-il fait cette requête et quelle a été cette réponse qui « n’a jamais été claire » ? En ce qui nous concerne, certains étudiants membres de GEIMI ont proposé à plusieurs reprises et très clairement plusieurs publications « mettant en évidence le psi ». Ces publications portent sur la question cruciale de l’authenticité empirique de ces phénomènes, mais elles ne sont pas en elles-mêmes des preuves. En outre, pour comprendre ce débat, une publication expérimentale n’est pas suffisante. Un abord sérieux de la question implique de consulter plusieurs publications expérimentales, leurs critiques, les tentatives de reproduction, et les méta-analyses ; et cela pour chaque protocole ciblant un type de phénomène.

Penser qu’il pourrait exister une telle expérience cruciale, et une seule, reviendrait à penser naïvement qu’une telle expérience existe obligatoirement. Dans l’état actuel des recherches, tout semble indiquer qu’une telle expérience paraît impossible. La raison en est que ces phénomènes impliquent des sujets humains et des expérimentateurs humains pouvant tout deux faire varier l’issue de l’expérience. Raisonner ainsi en termes d’expérience cruciale, c’est-à-dire une expérience indépendante du sujet testé, de l’expérimentateur et des conditions expérimentales, c’est plaquer une logique épistémologique inadaptée pour un tel objet d’étude. Si le psi existait sous la forme d’une interaction entre objets physiques inertes, on pourrait en revanche imaginer une telle expérience cruciale. Mais les recherches en parapsychologie n’ont pas permis d’extraire l’aspect strictement physique de cette supposée interaction psi.

« OZ - Pourquoi malgré l’absence de résultats probants et d’applications selon vous, la recherche en parapsychologie perdure-t-elle ?

JA - À mon avis, l'effort est fait pour justifier ce que les chercheurs croient déjà - c'est-à-dire qu'il y a un aspect à notre existence qui est plus que la chair et le sang, un aspect non-matériel. L'absence de données empiriques n'entame jamais l'enthousiasme d'atteindre ce but. »

Il existe des résultats intéressants qui méritent d’être approfondis et c’est pour cela que les recherches sont poursuivies. Quant aux applications, le fait même que Géraldine Fabre pose cette question illustre une nouvelle fois la méconnaissance de la littérature parapsychologique parmi les sceptiques. Il existe des applications dans plusieurs domaines, en particulier en archéologie et dans la recherche des personnes disparues (Pour quelques références, consultez cette page http://www.metapsychique.org/-Les-applications-du-psi-.html). Si de telles perceptions existent, n’est-ce pas essentiel d’essayer de les comprendre et de les maîtriser, par exemple pour rechercher des enfants disparus ?

En revanche, à ce jour, il n’y a pas d’application technologique du psi, mais comment pourrait-il y en avoir dans l’état actuel de nos connaissances ? La réponse de James Alcock met à nouveau en évidence une certaine représentation du chercheur en parapsychologie : des dualistes convaincus ! Mais qu’est ce que cela signifie ? De qui parle James Alcock ? Pour quelle raison faudrait-il être dualiste pour être parapsychologue ? Il est tout à fait possible d’être parapsychologue, matérialiste et athée ! Alcock n’a aucunement démontré le contraire, et procède d’un amalgame approximatif entre un discours croyant et la démarche scientifique des parapsychologues. Comme l’ont déjà remarqué plusieurs chercheurs de tout bord, tout le propos d’Alcock est de faire la psychologie des personnes qui croient au paranormal puis de l’appliquer directement aux parapsychologues, sans envisager réellement le fossé entre ces deux populations.

« OZ - Finalement, la parapsychologie est-elle une science, une pseudo-science ou autre chose ?

JA - Bien que j'aie conclu dans mon livre que c'est une pseudo-science, je dirais maintenant qu'il y a certains parapsychologues qui prennent une approche plutôt scientifique, mais comme tous les scientifiques, se trompent quelquefois, et ils sont quelquefois désorientés (misguided). Il y a d'autres dont l'approche est clairement pseudoscientifique. Pourtant, dans mon esprit, il n'y a pas de « science » de parapsychologie, car chaque science doit avoir au moins quelques données incontestables. La parapsychologie n'a jamais produit d'expérience qui puisse être répétée par des scientifiques neutres avec fidélité. Les théories parapsychologiques n'ont pas de sens du point de vue de la science normale. En effet, si la parapsychologie est correcte, il y a des erreurs fondamentales dans la physique, la biologie, les neurosciences, etc. et donc on aurait besoin de bonnes données pour être capable d'accepter les théories parapsychologiques. (La théorie d'Einstein, évoquée ci-dessus, a été finalement soutenue par les données solides). »

Cette question d’une qualification théorique de la scientificité de la parapsychologie dépend fondamentalement des critères utilisés pour définir science et pseudoscience. Selon les critères employés, la parapsychologie apparaît ou non comme étant une science. Cela perpétue la controverse sur l’authenticité des phénomènes psi mais sur un terrain purement théorique. De sorte que la question nous paraît secondaire. La première chose à se demander serait celle-ci : existe-t-il des travaux de parapsychologie de qualité ? On retombe ici sur le terrain d’une factualité dont Alcock ne donne trop souvent qu’une vision floue et implacable.

Quant aux révolutions supposées engendrées par la mise en évidence du psi, cela n’a pas de sens non plus. D’une part, car personne ne connaît la nature de ces interactions si elles existent, et par conséquent on voit mal comment on pourrait prédire avec certitude les connaissances qui seraient à revoir. Et d’autre part, si ces perceptions existent, elles permettraient très probablement de compléter les théories actuelles comme le font les théories d’Einstein par rapport à celles de Newton. Par exemple, si la psychokinèse existe, cela ne veut pas dire pour autant que les lois de la gravitation sont fausses. Cela signifie que dans certains cas particuliers, d’autres facteurs peuvent avoir un impact sur cette loi. En somme, l’argument d’Alcock ne fait que soutenir une mythologie du psi comme catastrophe scientifique, renforçant de ce fait crainte et fascination à l’égard de la parapsychoogie.

« OZ - Si vous rééditiez ce livre aujourd’hui, que changeriez ou rajouteriez-vous ?
JA - Je changerais la discussion sur science/pseudo-science. Les critères de Bunge que j'ai utilisés sont trop ad hoc. Je développerais bien plus ce qui concerne la formation et la maintenance des croyances. Je ferais une meilleure discussion sur les origines de magie et de religion. Je complèterais mes critiques sur la méthodologie des recherche en parapsychologie (tel de que je l'ai écrit dans le livre récent, Psi Wars). »

James Alcock a rédigé un excellent article dans le Journal of Consciousness Studies (2003, repris dans Psi Wars) conseillé aux étudiants du GEIMI dès leur entrée dans le groupe, et cela dans le cadre du pôle scepticisme et non-psi. Il est très intéressant car c’est à notre connaissance l’article le plus approfondi sur la théorie sceptique des résultats de la parapsychologie. Alcock a d’ailleurs été en collaboration avec le parapsychologue Parker qui propose un article qui fait à peu près le contre-point de celui d’Alcock (Parker, 2003).


Références :

Alcock, J. (2003). Give the Null Hypothesis a Chance. Reasons to Remain Doubtful about the Existence of Psi. Journal of Consciousness Studies, 10, No. 6–7, 2003, pp. 29–50.

Baker, R.A. (2000). Can We Tell When Someone Is Staring at Us ? Skeptical Inquirer, mars-avril. http://www.csicop.org/si/2000-03/stare.html

Bem, D., & Honorton, C. (1994), Does psi exist ? Replicable evidence of an anomalous process of information transfer. Psychological Bulletin, 115, 4-18.

Berger, R. (1989). A Critical Examination of the Blackmore Psi Experiments. Journal of the American Society for Psychical Research, 83, 123-144. (http://www.psiexplorer.com/blackmore_critique.htm)

Delgado-Romero, E.A., & Howard, G.S. (2005). Finding and correcting flawed research litteratures. The Humanistic Psychologist, 33(4), 293-303.

Garnier, P. (2007). Lumière sur quelques livres sceptiques : Parapsychologie, science ou magie de James Alcock. Bulletin Métapsychique, vol.1, n°3, p.16.

Hansen, G. (2001). The Trickster and the Paranormal. New York : Xlibris.

Lawrence, T. R. (1993), Gathering in the sheep and goats. A meta-analysis of forced choice sheep-goat ESP studies 1947-1993. Presented Paper. Proceedings of the 36th Annual Convention of the Parapsychological Association, 75-86.

Parker, A. (2003). We Ask, Does Psi Exist ? But is this the right question and do we really want an answer anyway ? Journal of Consciousness Studies, Volume 10, Numbers 6-7, 111-134(24).

Parker, A., & Brusewitz, G. (2003). A Compendium of the Evidence for Psi. European Journal of Parapsychology, vol. 18, 29-48.

Rawlins, D. (1981). Starbaby. Fate, 34(10), Octobre, 67-98.

Rhine, J. B. (1952). The problem of psi-missing. Journal of Parapsychology, 16, 90-129.

Rhine, J. B. (1969). Psi-missing re-examined. Journal of Parapsychology, 33, 1-38.

Schlitz, M., Wiseman, R., Watt, C., & Radin, D. (2006). Of two minds : Sceptic-proponent collaboration within parapsychology. Br J Psychol, 97(Pt 3):313-22. 


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31 mars 2008

Pourquoi ne pas prendre Ian Hacking au sérieux… lorsqu’il parle de parapsychologie

Ian_HackingIan Hacking (1936-) est un philosophe canadien spécialiste de la philosophie des sciences. Nommé professeur à l’Université de Toronto en 1982, il occupera la chaire de philosophie et d’histoire des concepts scientifiques au Collège de France de 2000 à 2005. Plusieurs de ses travaux sont largement reconnus par ses pairs : sur le style de la science en laboratoire, sur les statistiques et les probabilités, sur la classification en sciences humaines. Sans remettre en cause son œuvre, nous nous pencherons seulement sur un article qu’il a publié en 1993 dans Dialogue, la revue de l’association canadienne de philosophie (vol.32, pp. 587-94), intitulé « Some Reasons for Not Taking Parapsychology Very Seriously » (Quelques raisons pour ne pas prendre la parapsychologie très au sérieux).

Il est étonnant que cet auteur, qui n’avait jamais vraiment apporté de contributions au domaine de la parapsychologie ni de sa critique, produise un tel article au titre si affirmatif. Il s’agit en fait d’un article basé sur la revue du livre du parapsychologue et philosophe Stephen Braude, The limits of influence : Psychokinesis and the Philosophy of Science (1986). L’éditeur de la revue Dialogue pensait que ce travail, qui pénétrait donc dans le champ de la philosophie des sciences, n’avait jamais été discuté adéquatement. Il demanda donc à Ian Hacking de l’analyser, et celui-ci dit avoir saisi « l’occasion de le traiter sérieusement ».

Un historique miné d’erreurs

En matière de sérieux, Hacking nous avait habitué à mieux. Son article multiplie les erreurs donnant à penser que le travail a été bâclé. Nous allons repérer ces erreurs dans un premier temps :

  • Hacking parle de différents instituts de parapsychologie, mais ne donne pas toujours leurs noms corrects. Ainsi, le laboratoire du Princeton Engineering Anomalies Research devient le Engineering Anomalies Institute ; l’Institut Métapsychique International devient l’Institut de Métempsychique ! Cela fait dire à Hacking que ce nom, dérivé de « métempsychose » et attribué à Richet, implique que ses membres pensaient que les phénomènes psi étaient associés avec la survie après la mort et la transmigration des âmes…
  • Il parle du Stanford Research Institute, rattaché à l’Université de Standford, qui conduisit à partir de 1972 des recherches parapsychologiques. Cela est correct, sauf que Hacking affirme que Werner von Braun en était le principal chercheur. Ce scientifique allemand issu de l’Allemagne nazie n’est en fait intervenu que lors de la décision de la NASA d’attribuer des fonds à ces recherches (il y était favorable car sa grand-mère avait vécu une expérience psi !). Les chercheurs les plus connus étaient Harold Puthoff, Russell Targ et Ed May. Et leurs recherches ne portaient pas « en particulier » sur la psychokinèse, comme l’affirme Hacking, mais surtout sur le « remote viewing ». Quelle est la source de Hacking ? « I was told » (p. 589), c’est-à-dire : « On m’a dit que… »
  • Il s’appuie ensuite à plusieurs reprises sur l’avis de Charles Richet, qui aurait servi de caution scientifique pour ces recherches. Malgré le fait que Hacking a déjà publié une étude historique sur Richet (1988), il fait encore plusieurs erreurs. Il lui attribue le prix Nobel de médecine de 1909, alors que c’est celui de 1913. Il reconnaît que Richet est le premier à avoir appliqué les statistiques dans un protocole où les cibles sont randomisés, ce qui fut un progrès méthodologique à la fois pour les sciences psychiques et pour la science en général. Mais ensuite Hacking fait plusieurs approximations. Il dit que Richet décida au début des années 1880 que ce phénomène de clairvoyance étudié statistiquement n’était pas intéressant, et qu’il tourna son attention vers des psychokinèses à grande échelle. En fait, Richet a conçu ses expériences avec Léonie, le sujet déjà étudié par Pierre Janet, et présenta, comme Janet, ses 3 000 essais expérimentaux devant la Société de Psychologie Physiologique de Paris en 1885 et 1886. On est déjà au milieu des années 1880. Et les recherches de Richet sur ce qu’il appelait la métapsychique subjective ne s’arrêteront pas là, car elles occupent les deux tiers du Traité de Métapsychique (1922) et pèsent le plus dans sa conviction personnelle. C’est son élève, le Dr Jean-Charles Roux, qui reprit dès 1892 la méthode que préconisait Richet depuis 1884 : établir une preuve quantitative d’une faculté paranormale en faisant intervenir le calcul des probabilités. Ils anticipaient sur Rhine de plus de 30 ans. Enfin, Richet ne s’est pas tourné vers les psychokinèses à grande échelle par désintérêt : il a toujours mené ses recherches sur les deux faces du problème, et observait la médium à effets physiques Eusapia Palladino en conditions contrôlées dès 1882. Il considérait qu’à ses yeux, certaines preuves de la métapsychique objective n’étaient pas suffisantes, et qu’il lui fallait des expériences nouvelles pour triompher de ses hésitations (Revue Métapsychique, Jan-Fév 1924).

Ces erreurs, prises une à une, semblent anodines. Mais on trouve peu d’endroits où Hacking fait autant d’approximations en seulement 8 pages. Il semble donc ne pas maîtriser le dossier de la parapsychologie qu’il prétend traiter, et se référer parfois, de son propre aveu, à des on-dit.

Une litanie pseudo-sceptique

Cela ne nous empêche d’étudier l’argumentation qu’il déploie dans son article. Elle est finalement assez sommaire, et consiste à répéter que chaque expérience réalisée en parapsychologie a été un échec, sans donner aucune des références qui permettraient de vérifier (p. 591). Cette présomption dogmatique selon laquelle les données de la parapsychologie n’ont jamais pu être persuasives est placée du côté du pseudo-scepticisme par Irwin & Watt (Introduction to Parapsychology, 2007, p.251-252). En effet, et contrairement au vrai scepticisme scientifique, un élément de doute n’y est jamais pris en compte.

Par exemple, Hacking présente rapidement les recherches d’Ina Jephson, de la Society for Psychical Research, qui fit des expériences de clairvoyance sur des cartes entre 1924 et 1928. Elle reçut l’aide d’un grand statisticien, Sir Ronald Fisher, qui développa un système où pouvait compter pour succès la couleur, l’ordre des cartes, le nombre et le rang de la carte, le tout combiné dans un score moyen. Hacking nous dit qu’elle publia ses résultats, et arrêta ses recherches (p.591), ce qui laisse entendre que les résultats furent négatifs et provoquèrent un désintérêt. Cela est faux : ses résultats furent très significatifs (1928), mais les parapsychologues trouvèrent un biais dans son protocole, le corrigèrent et répétèrent les expériences. Jephson participa aux recherches jusqu’en 1933, puis travailla ensuite comme psychologue avec des enfants perturbés. Ses recherches furent reprises entre autres par Rhine à l’Université de Duke, ce que Hacking omet de mentionner.

Hacking se justifie pourtant de cette faiblesse de son argumentation (p.590) : il ne s’agit pas toujours de jugements a priori, mais « les gens » ne veulent passer leur temps à faire « d’autres sortes de science ». Certains refusent de passer plus de temps sur la parapsychologie parce qu’ils en ont déjà donné beaucoup, et qu’ils savent que rien de plus ne va arriver. « We have done our time », dit Hacking, mais se place-t-il lui-même dans ce lot ? Les raisons de ne pas prendre au sérieux la parapsychologie tourne vite à un « circulez, il n’y a rien à voir »…

Pour autant, Hacking ne conçoit pas la parapsychologie comme une pseudoscience (p.591) : ce serait une science tout à fait parfaite, basée sur quelques spéculations intéressantes mais malheureusement réfutées par les statistiques. Pour Hacking, les phénomènes psi ne seraient pas de ceux qui se laissent reproduire systématiquement dans les laboratoires. Il faudrait quitter l’usage des statistiques pour se tourner vers la constatation d’événements singuliers, convaincants, et opposés aux régularités statistiques, ce que Hacking appelle, à la suite de Peter Galison (1987), les « golden events ». Mais pour Hacking, les recherches de ce genre ne renvoient qu’à un âge d’or nostalgique du début du XXe siècle. Que ce soit avec Home et Palladino comme médiums, et Richet ou Lombroso comme expérimentateurs, ces recherches se faisaient dans une atmosphère propice à la fraude. Les expérimentateurs étaient des croyants, les séances se tenaient toujours dans l’obscurité, et il n’y aurait donc rien d’extraordinaire à expliquer. Et puis, s’il reste des choses inexpliquées, tout le monde sait bien que nous rencontrons souvent des myriades de bizarrerie que nous n’expliquons pas (p.592). Avec une telle stratégie argumentative, Hacking se met à l’abri d’une étude attentive du dossier, qui aurait pu lui faire se rendre compte que Home réalisait ses expériences en plein jour, et non dans l’obscurité, et à plusieurs reprises devant des témoins a priori sceptiques (voir à ce sujet : P. Lamont, The first psychic, Londres : Little Brown, 2005).

Même dans sa tentative pour critiquer les idées de Braude, Hacking procède par des raisonnements qui ne lui ressemblent pas. Ainsi, Braude affirme que les scientifiques, les universitaires et les intellectuels ignorent les preuves des phénomènes psi, qu’ils écartent celles que l’on connaît et ne cherchent pas à investiguer davantage, et que cela peut se comprendre comme de la lâcheté et de la malhonnêteté intellectuelle. Hacking se fait fort de répondre à cela, tout d’abord en reconnaissant qu’effectivement « la plupart des membres de ces classes professionnelles rejètent les phénomènes psi, et le font avec mépris ». A cela il oppose la création des sociétés savantes de recherches psychiques, qui ont réussi à instituer une séparation entre le paranormal vulgaire et les phénomènes psi que l’on pouvait étudier (p.588). Hacking retourne donc l’argument de Braude, parapsychologue critiquant le désintérêt des autres scientifiques, en disant qu’il n’y a pas de désintérêt vu qu’il y a des parapsychologues ! Il pousse l’argument jusqu’à son paradoxe : certes, ces sociétés n’ont reçu le soutien que d’une minorité de chercheurs curieux à chaque génération, et ceux-ci furent même l’objet des moqueries (p.589) ou d’embarras (p.590) de la part de leurs collègues plus « coincés » (p.589). Mais « la communauté scientifique en général n’a pas refusé d’étudier ces phénomènes » (p.589). Ainsi, lorsque c’est à son avantage, Hacking se sert de la minorité des parapsychologues comme de représentants de la communauté scientifique dans son ensemble. Il ajoute également que la plupart des scientifiques actuellement curieux restent silencieux parce qu’ils sont convaincus qu’il n’y a pas d’événements psi à étudier de nos jours (p.589), ce qui reste à prouver !

Hacking cherche donc à montrer que le mépris des scientifiques pour les phénomènes psi est légitime (p.588). Pour cela, il revient à son argument principal, à savoir sa litanie sur l’absence de résultats en parapsychologie. Le SRI n’aurait obtenu aucun résultat (à sa décharge, Hacking publie en 1993, alors que le programme gouvernemental connu sous le nom de Stargate n’a pas encore été déclassifié), le PEAR non plus. Comment Hacking, qui possède des informations fausses sur le SRI et ne connaît pas le nom exact du PEAR, peut-il affirmer que ces deux laboratoires n’ont obtenu aucun résultat ?

Quelques pistes pour comprendre

L’article que nous analysons n’est pas le seul où Hacking évoque la recherche psychique. Il l’avait déjà fait en 1988, en étudiant, en tant qu’historien des sciences, l’apport de Richet à la méthodologie expérimentale par l’introduction de la randomisation et des statistiques, au cours de ses expériences de clairvoyance avec Léonie (I. Hacking, « Telepathy : Origins of Rondomization in Experimental Design », Isis, 79, 427-451). Malgré les précautions qu’il avait prises, son article a été compris comme une reconnaissance des contributions de la parapsychologie aux autres disciplines scientifiques, et donc une sorte de soutien. Or, ce soutien ne reflétait pas vraiment l’état d’esprit de Hacking, et pouvait même le desservir dans sa carrière. On peut donc comprendre cet article critique comme une tentative de rééquilibrer la balance, et d’affirmer haut et fort son appartenance à une communauté rejetant la parapsychologie. Il s’agirait là d’un article stratégique, lavant Hacking de tout soupçon d’accointance avec la parapsychologie. Il reste néanmoins très étonnant que l’article ait été accepté sous cette forme, émaillé d’erreurs, manquant de références, à l’argumentation boiteuse, au titre affirmatif, bien loin du traitement « sérieux » qui était revendiqué. Hacking étant une autorité dans son domaine, connu pour sa rigueur, cela a pu influencé les correcteurs de la revue Dialogue, ce qui est d’autant plus problématique. Il s’agirait alors d’un nouveau exemple où est accepté comme parole experte par rapport à une discipline quelqu’un qui ne pourrait y prétendre, simplement parce qu’il s’agit de parapsychologie.

Une autre piste nous provient d’une communication personnelle de Bertrand Méheust, à qui Hacking avait confié s’être beaucoup plongé dans le paranormal durant son adolescence, son milieu étant très crédule. Ce revirement critique aurait donc des racines personnelles et affectives, expliquant en partie le manque de rigueur dans le traitement de ce dossier associé à la prétention de bien le connaître, et d’avoir perdu bien assez de temps à l’étudier.

Certes, le livre de Braude n’est pas exempt de tout défaut et réfère à des opinions (par exemple, sur le fait que l’usage des statistiques en parapsychologie n’est pas suffisant pour convaincre le grand public) qui ne sont pas nécessairement représentatives de celles de la communauté parapsychologique. Mais la tentative de Hacking pour légitimer le mépris de la parapsychologie ne fait que renforcer l’impression que ce mépris n’est pas intellectuellement honnête.

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26 mars 2008

Bilan des échanges avec les sceptiques

Lors de la rédaction des billets de notre blog, nous avons envoyé des mails aux personnes et aux organismes impliqués par nos remarques. Nous souhaitions ainsi leur indiquer ce qui nous est apparu comme des erreurs ou des approximations de façon à ce que ces articles soient modifiés, ou qu'en retour ces auteurs nous indiquent nos erreurs afin que nous modifions nos articles et/ou que nous publions un droit de réponse. Petit bilan actuel des réponses que nous avons reçu (nous avons envoyé ces mails au cours du mois de février). Vous trouverez ci-dessous les mails envoyés et les réponses reçues.

AFIS

Voici le message envoyé à l'AFIS :

Bonjour,

Nous avons publié sur notre site Internet des remarques concernant votre article à propos des expériences de Rupert Sheldrake avec le perroquet N'Kisi. Cet article est accessible à cette adresse :

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/25/7014117.html

Comme vous le constaterez, nous pensons que certaines informations contenues dans votre article ne correspondent pas à cette expérience et en donnent par conséquent une image incorrecte.

Nous vous proposons trois solutions :

- Vous êtes d'accord avec nos remarques : dans ce cas, vous modifiez ou vous supprimez votre article. Le cas échéant, nous modifierons ou nous supprimerons également notre article. Cela sera tout à votre honneur et montrera que vous êtes prêt à modifier votre point de vue selon les données dont vous disposez,

- Vous n'êtes pas d'accord avec nos remarques : nous ne prétendons pas être parfaits. Ainsi, si vous vous rendez compte que nos propres remarques sont incorrectes, transmettez-nous vos remarques et nous modifierons notre article en conséquence. Vous pouvez également avoir un droit de réponse que nous publierons sur notre site internet si vous le souhaitez. Dans le cas présent, pourriez-vous transmettre notre proposion à Nicolas Gauvrit, l'auteur de l'article ?

- Vous ne nous répondez pas : dans ce dernier cas, que nous regretterions, ce message, ainsi que le fait que vous ne nous ayez pas répondu, sera publié sur Internet.

Cordialement,

Blog zététique (GEIMI / Skeptical Investigation)

L'AFIS est l'organisme qui nous a répondu le plus rapidement. Voilà sa réponse :

Bonjour.

Je vous communique ci-dessous la réponse de Nicolas Gauvrit aux remarques que vous avez publiées sur votre blog à propos de son article intitulé "Tromperies statistiques".

"Etant donné que votre critique dépasse en longueur mon article, je ne vous répondrai pas de manière détaillée, mais je tiens à préciser quelques points importants :
1. Mon article porte sur les mathématiques et leur utilisation détournée, non sur la vie et l'œuvre de Sheldrake, qui n'est là que comme illustration. Il n'a donc pas vocation à décrire dans le détail
les publications du fameux auteur.
2. Je me suis basé, pour l'article, sur une version en ligne de l'article de Sheldrake, trouvée sur son site. Vous me reprochez malgré tout plusieurs erreurs de détail : à supposer que vous ayez raison, en
quoi cela remet-il en cause mon raisonnement ?
3. Votre critique finit de manière totalement contradictoire : après avoir tenté de prouver que j'avais tort pendant de nombreuses lignes, vous expliquez que ma critique n'est pas nouvelle, et que des auteurs
fort savants l'ont déjà faites ! Je ne savais pas que j'étais si peu original, mais loin de me rendre confus, cela me réjouit : ça confirme mon analyse.

Pour conclure : Je ne vois dans votre longue critique aucun argument montrant une erreur dans mon raisonnement. Celui-ci prouve que Sheldrake a commis une erreur (ou arnaque) statistique, illustrant fort bien le thème de mon article."

Je compte sur vous pour donner connaissance de cette réponse sur votre blog.

Cordialement.

Pierre Blavin

Association Française pour l'Information Scientifique (Afis)
Site
http://www.pseudo-sciences.org/
Revue Science et pseudo-sciences
 

Nous avons alors répondu ceci :

Bonjour,

Merci pour cette réponse rapide de Nicolas Gauvrit.

Nous l'avons publiée en proposant des modifications concernant l'article original présent sur le site de l'AFIS pour les raisons indiquées ici : http://zetetique.canalblog.com/archives/2008/02/15/7967359.html

Si l'AFIS ou Nicolas Gauvrit souhaite à nouveau nous répondre, nous publierons cette nouvelle réponse.

Cordialement,

Blog Zetetique ( GEIMI/Skeptical Investigation )

Cette fois-ci nous n'avons pas eu de réponse jusqu'à présent. L'article de l'AFIS n'a pas été modifié

Cercle Zététique

Voici le message envoyé au CZ :

Bonjour,

Nous avons publié sur notre site Internet des remarques concernant votre article à propos des expériences de René Peoc'h. Cet article est accessible à cette adresse :

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/09/27/6282250.html

Comme vous le constaterez, nous pensons que certaines informations contenues dans votre article ne correspondent pas aux expériences de René Peoc'h et donnent par conséquent une image incorrecte de ces expériences.

Nous vous proposons trois solutions :

- Vous êtes d'accord avec nos remarques : dans ce cas, vous modifiez ou vous supprimez votre article. Le cas échéant, nous modifierons ou nous supprimerons également notre article. Cela sera tout à votre honneur et montrera que vous êtes prêt à modifier votre point de vue selon les données dont vous disposez,

- Vous n'êtes pas d'accord avec nos remarques : nous ne prétendons pas être parfaits. Ainsi, si vous vous rendez compte que nos propres remarques sont incorrectes, transmettez-nous vos remarques et nous modifierons notre article en conséquence. Vous pouvez également avoir un droit de réponse que nous publierons sur notre site internet si vous le souhaitez. Dans le cas présent, pourriez-vous transmettre notre proposition à Damien Triboulot, l'auteur de l'article ?

- Vous ne nous répondez pas : dans ce dernier cas, que nous regretterions, ce message, ainsi que le fait que vous ne nous ayez pas répondu, sera publié sur Internet.

Cordialement,

Blog zététique (GEIMI / Skeptical Investigation)

Nous n'avons pas reçu de réponse du Cercle Zététique. L'article du Cercle Zététique n'a pas été modifié.

Laboratoire de Zététique et Henri Broch

Voici le message envoyé au Laboratoire de Zététique et à Henri Broch :

Bonjour Professeur Broch,

Nous vous avons déjà écrit mais nous n'avons pas reçu de réponse.

Nous avons publié sur notre site Internet des remarques concernant plusieurs de vos publications :

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/10/07/6458829.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/02/6750421.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768479.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/10/05/6379121.html

Nous tenions également à vous informer de la publication d'un article sur le site de l'Institut Metapsychique International concernant votre article sur les méta-analyses en parapsychologie :

http://www.metapsychique.org/La-meta-analyse-en-parapsychologie.html

Comme vous le constaterez, nous pensons que certaines informations contenues dans vos articles proposent une image incorrecte de travaux de parapsychologie.

Nous vous proposons trois solutions :

- Vous êtes d'accord avec nos remarques : dans ce cas, vous modifiez ou vous supprimez votre article. Le cas échéant, nous modifierons ou nous supprimerons également notre article. Cela sera tout à votre honneur et montrera que vous êtes prêt à modifier votre point de vue selon les données dont vous disposez,

- Vous n'êtes pas d'accord avec nos remarques : nous ne prétendons pas être parfaits. Ainsi, si vous vous rendez compte que nos propres remarques sont incorrectes, transmettez-nous vos remarques et nous modifierons nos articles en conséquence. Nous vous proposons aussi un droit de réponse que nous publierons sur notre site internet si vous le souhaitez.

- Vous ne nous répondez pas : dans ce dernier cas, que nous regretterions, ce message, ainsi que le fait que vous ne nous ayez pas répondu, sera publié sur Internet.

Cordialement,

Blog zététique (GEIMI / Skeptical Investigation)

Nous n'avons pas reçu de réponse de laboratoire de Zététique et d'Henri Broch. Les articles d'Henri Broch n'ont pas été modifiés.

Observatoire Zététique

Voici le message envoyé à l'Observatoire Zététique :

Bonjour,

Nous avons publié sur notre site Internet des remarques concernant plusieurs de vos publications :

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/10/10/6488011.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/09/6822272.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/11/6834478.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/11/17/6916844.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/12/15/6829691.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2008/01/25/7523657.html

http://zetetique.canalblog.com/archives/2008/02/20/8025096.html

Etant donné que plusieurs des membres de l'Observatoire Zététique ont déjà posté des messages en réponse à certains de ces articles, nous supposons que la plupart des membres de l'OZ connaissent ces articles, mais nous souhaitions quand même vous écrire pour vous proposer un droit de réponse. Si vous le souhaitez, vos réponses seront donc publiées sur notre site Internet. Nous sommes également prêt à modifier nos articles si vous mettez en évidence certaines imprécisions ou certaines erreurs de notre part.

Nous souhaitions également vous faire part de cette proposition déjà indiquée sur notre site :

"Nous proposons à l'Observatoire Zététique, mais aussi à d'éventuels autres groupes sceptiques, notre avis sur leurs protocoles. S'ils nous font parvenir un protocole détaillé, nous proposerons une lecture et des modifications en fonction des connaissances des laboratoires scientifiques sur ces questions. Nous tenons simplement à ce que ces échanges soient publics pour plus de transparence."

Nous vous proposons également, comme nous l'avons récemment indiqué à Florent Tournus en réponse à l'un de ses commentaires, de continuer le travail d'analyse effectué par Florent sur d'autres articles sur l'impression d'être observé. Cela nous paraît être une possibilité de collaboration intéressante.

Cordialement,

L'Observatoire Zététique nous a répondu :

Au Blog zététique.

Nous avons bien reçu votre mail, transmis par Géraldine Fabre à l'association le 24 février 2008.

Nous en avons bien pris note mais l'Observatoire zététique, en tant qu'association, ne souhaite pas actuellement s'associer à vous pour une discussion ou un travail d'étude ou d'investigation. Nous pensons en effet que ces travaux communs requièrent une confiance mutuelle dont les conditions ne sont pas réunies. Nous le regrettons, car votre travail serait digne d'intérêt s'il s'inscrivait dans une démarche plus saine et moins systématiquement polémique.

Pour l'Observatoire zététique
Stanislas Antczak, président.

Ce à quoi nous avons répondu :

Bonjour,

Nous regrettons que vous décliniez ces propositions de collaboration et de droit de réponse. Notre objectif n'est ni d'être polémique ni de développer une approche qui ne serait pas saine. Comme indiqué dans notre message précédent, nous restons disposés à revoir nos articles et notre approche en fonction de vos remarques si vous changiez d'avis et si vous souhaitiez nous aider à l'améliorer.

Nous n'avons pas reçu de nouvelle réponse de l'OZ. Les articles de l'OZ n'ont pas été modifiés.

Richard Monvoisin (membre de l'Observatoire Zététique)

Voici le message envoyé à Richard Monvoisin :

Bonjour,

Nous avons publié sur notre site Internet un article critiquant votre thèse :

http://zetetique.canalblog.com/archives/2008/02/11/7920042.html

Comme vous le constaterez, nous pensons que certaines informations que vous avez données dans votre thèse ne correspondent pas à la réalité des recherches actuelles.

Nous vous proposons trois solutions :

- Vous êtes d'accord avec nos remarques : dans ce cas, vous en prenez note dans vos prochaines publications et vous évaluez la pertinence de laisser votre travail en ligne sans « erratum auto-critique ». Cela sera tout à votre honneur et montrera que vous êtes prêt à changer de point de vue en fonction des données dont vous disposez. Nous modifierons ou nous supprimerons notre article en conséquence.

- Vous n'êtes pas d'accord avec nos remarques : nous ne prétendons pas être parfaits. Ainsi, si vous vous rendez compte que nos propres remarques sont incorrectes, transmettez-nous vos remarques et nous modifierons notre article. Vous pouvez également avoir un droit de réponse que nous publierons sur notre site Internet si vous le souhaitez.

- Vous ne nous répondez pas : dans ce dernier cas, que nous regretterions, ce message, ainsi que le fait que vous ne nous ayez pas répondu, sera publié sur Internet.

Cordialement,

Blog Zététique (GEIMI / Skeptical Investigations)

Richard Monvoisin nous a répondu qu'il prendrait le temps de nous répondre d'une façon ou d'une autre. Nous n'avons rien reçu.

Antoine Bagady

Voici le message envoyé à Antoine Bagady :

Bonjour,

Nous avons publié sur notre site Internet des remarques concernant vos réponses lors d'un chat sur l'Internaute:

http://zetetique.canalblog.com/archives/2007/12/01/7054515.html

Comme vous le constaterez, nous pensons que certaines informations que vous avez donné concernant le Ganzfeld ne correspondent pas à la réalité des recherches actuelles.

Nous vous proposons trois solutions :

- Vous êtes d'accord avec nos remarques : dans ce cas, vous demandez à l'Internaute de supprimer ou de préciser ce que vous aviez indiqué. Cela sera tout à votre honneur et montrera que vous êtes prêt à changer de point de vue en fonction des données dont vous disposez. Nous modifierons ou nous supprimerons notre article en conséquence.

- Vous n'êtes pas d'accord avec nos remarques : nous ne prétendons pas être parfaits. Ainsi, si vous vous rendez compte que nos propres remarques sont incorrectes, transmettez-nous vos remarques et nous modifierons notre article. Vous pouvez également avoir un droit de réponse que nous publierons sur notre site internet si vous le souhaitez.

- Vous ne nous répondez pas : dans ce dernier cas, que nous regretterions, ce message, ainsi que le fait que vous ne nous ayez pas répondu, sera publié sur Internet.

Cordialement,

Blog zététique (GEIMI / Skeptical Investigation)

Nous n'avons pas reçu de réponse d'Antoine Bagady

Bilan des échanges

  • Seul l'AFIS a répondu à nos remarques. En revanche, l'AFIS n'a pas pris en compte nos remarques et l'article initial n'a pas été modifié.
  • L'Observatoire Zététique nous a bien donné une réponse, mais négative. Selon l'OZ nous avons une approche polémique et non saine. Nous essayons pourtant de faire notre possible pour être respectueux et rigoureux dans nos remarques. En outre, nous proposons à nos critiques de nous indiquer nos erreurs et les problèmes de notre approche afin d'éventuellement de modifier nos articles. Que pouvons-nous faire de plus ?
  • Richard Monvoisin a dit qu'il répondrait mais pour l'instant il n'a pas encore trouvé le temps de le faire.
  • Le laboratoire de Zététique, Henri Broch et Antoine Bagady n'ont pas accusé réception de notre message et ne nous ont pas répondu.
  • Au final, aucun des articles sceptiques que nous avons critiqué en indiquant ce qui nous apparaissait être des erreurs ou des approximations n'ont été modifiés.

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06 mars 2008

L’Observatoire Zététique et les expériences de Targ et Puthoff : reprise détaillée des remarques de Cécile Ursini

Introduction

TargPuttof_couvNous avons repris en détail un article rédigé par Cécile Ursini et publié récemment par l’Observatoire Zététique. Cet article décrit et critique les expériences des physiciens Targ et Puthoff présentées dans Aux Confins de l’esprit : une étude expérimentale sur les phénomènes paranormaux (Albin Michel, 1978). Les expériences relatées dans ce livre ont également fait l'objet d'un article des mêmes auteurs dans Nature (« Information Transmission Under Conditions of Sensory Shielding », Nature, Vol. 152, Octobre 1974, p. 602-607.), qui est également critiqué.

Afin de profiter au mieux de notre relecture, nous conseillons à nos lecteurs de :


  1. Tout d'abord, lire l’ouvrage de Targ et Puthoff,
  2. De lire ensuite la critique de Cécile Ursini publiée par l’OZ,
  3. Enfin, de comparer cette critique avec nos remarques.

Nous avons copié-collé 28 remarques de Cécile Ursini, et nous y répondons à partir des données que nous connaissons à l'heure actuelle. Nous n'avons pas encore pu vérifier certains points. En bleu, les critiques issues de l’article de Cécile Ursini. En vert, nos précisions.


Reprise des critiques de l'Observatoire Zététique

1. "OZ : [Targ et Puthoff] sont à l'origine du projet Scanate, qui par la suite est devenu Stargate, en partenariat avec la CIA et la DIA (Defense Intelligence Agency), dont l'objet principal était l'étude de la vision à distance (Remote Viewing)."

> L’objectif du programme Stargate était en effet l’étude de la vision à distance mais aussi et surtout son application concrète dans le domaine du renseignement.

2. "OZ : Les expériences relatées dans ce livre ont fait l'objet d'un article de Nature [1], qui est toujours considéré comme une référence par certains parapsychologues."

> C’est un article cité fréquemment, notamment parce qu’il a été publié dans Nature et qu’il a donné suite à des débats très médiatisés. Mais ce n’est pas un article considéré comme une référence ou un modèle par les parapsychologues (Cf. par exemple le manuel de référence en parapsychologie : An introduction to parapsychology)


3. "OZ : Lorsque l'enregistrement fut fait à la main par un observateur, à l'exclusion de tout autre système d'enregistrement, les résultats redevinrent significatifs."


> Targ et Puthoff abordent cet aspect et sont bien conscients des biais potentiels provenant du fait de prendre les résultats à la main. En effet, il aurait été préférable d'éviter un enregistrement à la main.


4. "OZ : Dans la plupart des cas, Geller se trouve seul dans une salle dont les parois sont métalliques."

> Dans certains cas, Geller est seul dans une salle isolée sensoriellement avec une personne qui surveille devant la porte. Pour être sûr qu’il n’y avait pas de triche, Targ et Puthoff modifient ensuite les conditions : Geller est situé dans une autre pièce et c’est l’émetteur qui est dans la salle isolée. Puis l'émetteur est placé dans un autre batiment. Dans ces différentes circonstances, les résultats n’ont pas changé : Geller a proposé des dessins qui correspondent clairement aux cibles.

5. "OZ : Elle s'est produite aussi lors d'une série où il n'y avait effectivement pas de transmetteur, même si elle fut moindre."


> Il n'est pas précisé que Hammid, sans que cela lui a été dit, a elle-même eu l’intuition qu’il n’y avait pas eu de transmetteur.


6. "OZ : Cette étude avec Swann a tellement suscité d'enthousiasme qu'elle a été à l'origine du projet Scanate, pour « Scanning by coordinate », engagé pour trois ans, et précurseur du projet Stargate."


> Entre autre. Ce qui a certainement été l’élément crucial, décrit brièvement dans l’ouvrage, c’est la description de Price de façon extrêmement précise (noms des dossiers, des bureaux) d’une base secrète américaine.


7. "OZ : Tout d'abord, on peut tempérer l'enthousiasme suscité par la comparaison entre les dessins réalisés par les sujets et les photographies qui leurs sont accolées dans le livre. N'est-ce pas un cas de validation subjective ? Nulle part on ne nous indique quand ces photos ont été prises. Si elles sont postérieures à l'expérience, elles sont à peu près dénuées de valeur : consciemment ou non, le photographe aura probablement choisi les prises de vues les plus conformes aux dessins... "


> L'angle dans lequel peuvent être prises les photos peut être utilisé pour souligner une concordance. Dans le cas présent, nous n’en savons rien : on ne peut pas tempérer ou confirmer cet enthousiasme sans données supplémentaires pour vérifier ou infirmer cette hypothèse. Cependant, un documentaire a été réalisé par la BBC qui reprend certaines des cibles et on voit clairement que l'hypothèse de la validation subjective apparaît manifestement inadaptée pour rendre compte des résultats. Le sujet dit par exemple « je vois une jetée avec des bateaux » et la cible est une jetée avec des bateaux. On voit assez mal comment l’effet de validation subjective, sur la façon dont on prendrait la photo pourrait permettre d’obtenir un tel effet.


8. "OZ : David Marks et Dick Kamman, le co-auteur de la première édition de « The Psychology of the Psychic », ont répliqué l'expérience de vision à distance. Leur protocole est similaire à celui de Targ et Puthoff. Deux assistants ont repéré cent cibles à moins de trente minutes de voiture. La liste est placée sous surveillance. Trente-cinq expériences ont été menées, avec cinq sujets. Le premier résultat intéressant est que tous les sujets sont contents de leur description au moment du feedback, et les expérimentateurs aussi. Le deuxième fait capital est qu'aucun résultat significativement meilleur que le hasard n'a été obtenu lors de l'évaluation par les juges, ce qui a beaucoup déçu tout le monde."